I.\ SOIE
Le commandant X. n'a pas lardé à abandonner cette magnanerie et à faire construire des magnaneries fort bien comprises, mais sur le modèle des cases annamites. A la station séricicole de Phu-lang -Thuorig ellemême, on a dû abandonner l'éducation des vers dans les locaux construits à reuropéonne, à cause des mêmes inconvénients d'écart de tem[)érature, et surtovit parce que, dans ces locaux très éclairés et munis de nombreuses ouvertures, il était impossible de se garantir des mouches. Un modèle de magnanerie se rapprochant <lu type de construction indigène a été adopté par la direction de l'Agriculture, des Forêts et du Commerce.
11 n'est pas rare de voir les petites magnaneries familiales établies au voisinage des étables, des dépots de fumier. C'est un tort, mais l'Annamite ne peut aller installer son bétail ou sa magnanerie loin du village ou de son habitation : il serait inlailliblement volé.
D'aillems en France, si toutes les éducations faites dans des magnaneries situées à proximité des porcheries, des étables, des dépôts de fumier^ avaient échoué, la récolte des cocons amait été bien minime.
Il est possible de faire au Tonkin avec la race actuelle çept ou huit éducations successives, sans compter des intercalaires. En admettant que les éducateurs puissent, avec une seule éducation, récolter des cocons d'une valeur sept ou huit fois supérieure à celle de ceux qu'ils récoltent actuellement, ils auraient tort d'abandonner leur race polyvolline. En sept ou huit éducations les chances sont mieux réparties ; l'échec d'une éducation peut être compensé par le succès des suivantes. Pour une seule éducation, il faudrait une quantité de feuilles (Considérable, par suite ime grande surface plantée en
iniiriers, et la feuille de ces mûriers reslerail iniililisée tout le reste de l'année.
La soie est, au même titre que le riz, ia canne à sucreoule thc, nndes produits naturels de rindo-Chine. (( Plutôt que de porter nos efforls vers l'acclimatation, à grands frais^ de denrées dont le moins que nous puissions dire est que nous ne savons même pas si elles s'acclimateront jamais, n'est-il pas préférable de poursuivre l'amélioration des cultures déjà existantes, certains d'être avec elles à l'abri de toute déception ? A ce titrç, il serait grandement désirable que nous devions un jour à l'Indo-Gliine la plus grande partie de notre consommation de soie grège, qu'aucune autre de nos colonies ne pourra jamais produire en aussi grande quantité. Cette situation privilégiée, que nous serions, si ce n'est les seuls, du moins parmi les rares à posséder, nous serait infiniment précieuse. »
Précisément à cause de tout l'intérêt que présente la sériciculture en Indo-Chine, le gouvernement général ne s'est pas découragé. Malgré les sacrifices énormes qui avaient été déjà faits sans résultats appréciables, M. Beau, gouverneur général, décida de faire une nouvelle tentative.
Un spécialiste fut chargé d'étudier tout particulièrement la question ; il se rendit bientôt compte que les cocons d'Indo-Chine pouvaient, filés à l'européenne, donner une soie de bonne qualité. Sur ses conseils, la direction de l'Agriculture fit construire des bassines dites à feu nu. Ces bassines furent confiées gratuitement à des indigènes. Des échantillons de la soie produite furent envoyés à l'Exposition de Marseille et à Lyon, où ils furent appréciés.
Ces bassines n'ont été construites qu'à titre d'expérience ; elles ne peuvent être utilisées pour la fabrication industrielle, car chaque bassine étant chauffée par un foyer direct, la dépense en combustible est très considérable et ne compense pas la plus-value de la soie.
Les Annamites filent les cocons dès qu'ils sont récoltés et ne les étouffent pas. L'évolution de la chrysalide étant rapide, on ne peut transporter les cocons à de grandes distances. C'est pour remédier à cet inconvénient que l'on étudia la possibilité de les étouffer ; on construisit unétouffoird'un maniement simple, d'un transport facile, ce qui permit de conserveries cocons pour les expédier.
Il était donc prouvé que les cocons annamites filés à l'européenne donnaient une soie marchande et cotée sur les marchés. Mais, pour augmenter la production des cocons et de la soie en Indo-Chine, il fallait avant tout que les éducateurs eussent la certitude de pouvoir obtenir un plus fort rendement en cocons dans les éducations, où la mortalité était effrayante, et des cocons de meilleure qualité.
Le gouvernement général décida, en conséquence, la fondation d'une station séricicole et d'un établissement de grainage.
Station séricicole de Phii-lang-Thuonc)
Cette station séricicole fut installée en septembre iQoS à Phu-lang-Thuong, province de Bac-Giang, centre assez important de production de cocons et de petites éducations. Elle fut rattachée, comme toutes les stations expérimentales, au Service agricole et des laboratoires de la direction de l'Agriculture.
r v IMIODL CTION DE LA SOIE DA>8 LES COLOMES (J "J
Bien que la race indigène ait de nombreux défauts, elle avait la très grande qualité d'être parfaitement accli- Tnat^e, robuste et appropriée aux exigences du milieu. L'introduction des races étrangères n'avait donné que de mauvais résultats. Il y avait Jieu, dès lors, d'essayià* si l'application des méthodes de sélection à la race indigène, chose qui n'avait pas été tentée, ne donnerait pas des résultats appréciables.
A cause des pluies persistantes et des inondations, les cocons étaient rares ; on trouva cependant chez un nommé Ba-My, sériciculteur intelligent du village de Châu-xuyên, un petit lot de cocons qu'il avait choisis pour la reproduction. Comme il ne voulait s'en dessaisir à aucun prix, le directeur de la station de PIïu iang- - Thuong lui expliqua son but en lui proposant de ne prendre qu'une partie de ses cocons et de lui rendre la graine saine obtenue avec eux, graine qu'il élèverait parallèlement et comparativement à celle qu'il aurait conservée. Il y consentit, et quelques jours après il reçut quatre-vingts pontes de graines non corpusculeuses ; il avait obtenu pour sa part cent cinquante pontes avec les cocons conservés.
Appelons :
A, le lot formé par les graines produites par Ba- My, soit i5o pontes ;
. B, le lot formé par les 80 pontes qui lui furent remises ;
G, un lot formé par les 12 pontes gardées, afin de les élever, à la station.
Ces trois lots A, B, C étaient donc formés par des graines issues de cocons d'un même lot.
En cours d'éducation, et surtout après la sortie de la
LA SOIE
quatrième mue, I^a ATy fut frappé de la différence de la mortalité daus des lots A et B.
Le lot C fut élevé dans des conditions analogues, mais en ayant soin d'espacer les vers le plus possible et de les nourrir abondamment.
Les résultats furent :
Lot A: i5o pontes ont produit 5 kg. 4oo de cocons, soit 36 grammes par ponte.
Lot B : 8o pontes ont produit lo kg. 6oo de cocons, soit i32 gr. 5 par ponte.
Lot G : 12 pontes ont produit 4 kg. i^o de cocons, soit gr. par ponte.
Les vers du lot C sont montés deux jours avant ceux des lots A et B.
De ces faits il résulte :
I'' Que les graines sélectionnées donnent, toutes choses égales d'ailleurs, un poids de cocons quatre fois plus fort que les graines non sélectionnées.
2^ Qu'en élevant des vers provenant des graines sélectionnées en espaçant les vers et les nourrissant plus abondamment que ne le font généralement les Annamites, on obtient un rendement en cocons de plus du double.
Ce qui prouve d'ailleurs surabondamment la différence des résultats obtenus, c'est que non seulement Ba-My a immédiatement demandé de lui réserver des graines pour sa prochaine éducation, mais que tous les éducateurs du village et des environs sont venus en demander.
Il y a un autre résultat dii à la sélection microscopique des reproducteurs, résultat qui ne saute pas aux }eux de l'éducateur, mais qui intéresse grandement
racheteur de cocons et le filatevir : c'est la rentrée ou rendement en soie des cocons.
Les trois lots A, B, G ont donné au dévidage les résultais suivants :
Lot A : rentrée, 0^2,06 ; frisons, 100 0/0.
Lot B : — 20,80 — 97^22 0/0.
Lot C : — 18,75 — 81, 25 0/0.
Celte différence enlre les lots A et B provienl de ce que dans le lot B les vers, élant tous sains, ont fourni des cocons réguliers, tandis que dans le lot A beaucoup de vers, atteints par la maladie, ont fait des cocons f^iibles et défectueux.
Ces résuilats étaient suffisamment probants pour qu'il n'y eut qu7i conlinuer dans cetle voie.
Le but de la slation séricicole fut dés lors de sélectionner, par des procédés microscopiques et autres, la race des vers à soie indigènes.
La soie à Madacjascar.
Madagascar pourrait produire des quantités considérables de soies provenant soit du ver à soie propre- . ment dit, soit du ver à soie sauvage connu sous le nom de a Landibe )> (Borocera Madafjascariensis) .
Dès à présent, il existe dans Tîle une industrie séricicole, presque exclusivement conffnée, il est vrai, sur les hauts plateaux.
Cependant les exportations de soie provenant des éducations locales sont insignifiantes. Elles ne s'élevaient, en 1904, qu'à i52 kilos !
Des mûriers existent dans presque tous les villages * du centre, et surtout à proximité des principales villes
lOO
LA SOIE
(le Tanaiiarivc, Vmbosilra, Fianaianlsoa ; mais le nombre en est insnirisanl et les soins de culture sont mal compris.
D'autre part, le grainage tout a lait délectueux — chez les indigènes — ne permet pas de faire des éducations avantageuses. Les cocons produits sont formés d'une paroi soyeuse très mince, peu résistante, et leur valeur marchande est celle des déchets ordinaires.
Au moment où la France s'est chargée de l'administration de Madagascar, on peut dire sans exagération que tout était à faire en matière de sériciculture.
Dès le mois de mai 1901,1e gouvernement général se préoccupait de cette situation et confiait à la direction de rAgriculture le soin de rechercher pratiquement les meilleures méthodes de culture- d'élevage et de dévidage. En même temps, un arrêté du général Gallieni, en date du 7 mai 1901, créait à la station agronomique de Nanisana, près de Tananarive, ime station d'études techniques et de travaux pratiques de sériciculture avec un personnel spécial. L'établissement de Nanisana devait être chargé, en outre, a d'initier les jeunes Malgaches des deux sexes aux méthodes d'élevage. »
Le service de la sériciculture, pourvu ainsi d'un centre d*études et de travaux, s'est proposé de vulgariser les meilleures méthodes de la façon suivante :
i"" Par la publication de notes, comptes rendus et rapports techniques ;
2"" Par la distribution gratuite de graines saines de Bombyx Mori soigneusement sélectionnées ;
3*' En dressant pratiquement des ouvriers et ouvrières qui pendant leur temps d'apprentissage seraient exercés
L\ PRODUCTION DE LA SOIE DANS LES COLOxMES lOL
à la culture du niùiier, à réducation des vers et au dévidage de la soie ;
Par l'organisation de conférences pratiques réservées, les unes aux Européens fonctionnaires ou colons s'intéressant à la sériciculture, les autres aux indigènes, et principalement aux fonctionnaires de tous grades.
Ces mesures devaient être et ont été effectivement complétées par la création de mûreraies et de magnaneries de village installées sous la direction de TAdmiiiistration pour les habitants de chaque contrée où l'industrie séricicole présentait des cliances sérieuses de développement.
Des primes accordées aux mûreraies les mieux entretenues sont, en outre, destinées à encourager les indigènes jusqu'au moment où les éducations pourront donner des profits.
Enfin, dans le but d'ouvrir des débouchés aux premiers éleveurs, l'Administration a décidé de faire acheter tous les cocons produits.
Au point de vue extérieur, le service de la sériciculture exerce son action :
I'' Par l'organisation de tournées séricicoles annuelles, pendant lesquelles le directeur de l'Agriculture a inspecté de 190 1 à 1906 les mûreraies déjà créées par les villages, visité les magnaneries, les plantations particulières, et délivré des primes aux meilleures mûreraies ;
2'* Par l'installation d'expositions et concours séricicoles ;
3' Par envoi en France d'échantillons convenablement choisis.
LA SOIE
Les résullals.
Le service de rAgriculture a publié les résultats obtenvis par lui de 1902 à iqoB. Durant les deux années i9o3 - iQo'i, plus de 3o.ooo boutures de miiriers et 3i.ooo plants ont été distribués, sans compter 4o kilos de graines. Les mûreraies de village, cultivées à titre collectif, passèrent, dans le même intervalle, de 167 à 622, et la surface correspondante s'éleva de 288 à 080 liectares.
Les mûreraies créées et cultivées par les indigènes, à titre privé, augmenterenl parallèlement d'étendue, et le nombre des pieds de mûrier passa de 1^7 000 à 323.000
Voici, d'autre part, le tableau qui se rapporte aux distributions de graines pures sélectionnées :
Tableau récapitulatif des cessions de cellules de Bombyx Mort i 902-05.
'^ p. mois
190a 1908 1904 190') Observations
Cessions aux provinces
et districts
. oo5
Service de l'enseignement et école profeî?-
sionnelle.
Ecoles libres. .
Colons européens.
Cessions directes aux
indigènes. » . .
Cellules mises en éclo-
sion par le service
de la sériciculture.
Totaux. .
l.V PRODUCTION DE LA SOIE DANS LES COLONIES I o3
Le directeur de rAgriculture écrivait à ce propos en 1900 :
(( Le développement des mûreraies de village a permis de décider la création en 1904 de 38 magnaneries provinciales dont les emplacements ont été choisis. Les collections de démonstration de la station d'essai de Nanisana ont été développées et complétées par de nouveaux nombreux échantillons qui permettent de mieux faire suivre aux visiteurs les progrés réalisés depuis
« A Paris, les collections de vulgarisation ont été complétées par le dépôt au Jardin colonial et à l'Ottice colonial d'un nombre important de nouveaux échantillons séricicolos.
(( Ces échantillons, qui font inaintcMiant partie des expositions permanentes de la colonie, définitivement installées il y a quelques mois à Nogent-sur-\Iarne et au Palais-Ro} al, ont été remarqués par tous les visiteurs, surtout pendant l'Exposition nationale d'agriculture coloniale organisée à Nogent en juillet
' (( En ce qui concerne l'école séricicole, nous devons signaler que les travaux d'installation sont entièrement achevés depuis quelques mois. La rentrée de la deuxième promotion d'apprentis a eu lieu en juin 1900. Le nombre des élèves sériciculteurs s'élève maintenant à quarante.
« Les éducations particulières dirigées par chaque ménage d'apprentis se poursuivent maintenant d'une manière régulière. La première promotion a présenté à l'exposition d'agriculture coloniale de Nogent toute une série de beaux échantillons de cocons et de grèges.
LA SOIE
(( La .filature expérimentale commencée en igo^ est maintenant complètement terminée ^. »
Les races de vers à soie élevées à Madagascar proviennent de sélections opérées en élevant des vers existant déjà dans l'île avant la conquête française, ou des envois faits de France soit par des graineurs du Gard et du Var, soit par le Jardin colonial.
Les espèces provenant de France deviennent « poly-^ voltines » sous l'influence du climat de Madagascar. En d'autres termes, au lieu d'éclore une seule fois par an, après une période d'hibernation, les œufs éclosent après la ponte, et les éducations peuvent être multipliées pendant le cours d'une année, comme cela se passe en Indo-Gliine.
Le directeur de l'Agricullure à Madagascar dit à ce propos :
(( Si la première éclosion, pour les graines venant de Fiance, se montre à peu près régulière, grâce à une hivernation préalable, la deuxième génération recommence à présenter de novivelles irrégularités. Cet inconvénient pourra sans doute être supprimé lorsque nous aurons ici un appareil frigorifique permettant de faire, hiverner artificiellement les œufs de chaque génération ; mais, pour le moment, il faut se résoudre à utiliser un autre procédé.
(( Les irrégularités d'éclosion cessent heurevisement au bout de six ou sept générations. Cette modification se produit progressivement dans l'espace de i5 à i8 mois. Peu à peu, simplement sous l'influence du
1 . Voir Tonvrage : La Sériciculture aux colonies (étude faite à Madagascar), par E. Prud'homme, directeur de TAgriculture aux colonies, (^liallamol, Paris, 190G.
LA PRODUCTION DE LA SOIE DANS LES COLONIES lOO
climat, les vers de race monovoltines (européens) cleviennent polyvoltins. Avec des soins, et en veillant d'une manière toute spéciale sur la sélection, il suffit d'un an et demi environ pour que celte transformation soit complète.
(( On obtient alors des graines donnant des résultats presque aussi bons qu'en Fiance, et qui certainement poiUTont être comparables à ceux des meilleures éducations européennes lorsqu'il sera possible de rendre la sélection continue.
(( Les éleveurs français sont accoutumés à considérer les races polyvoltines comme très inférieures aux espèces monovoltines. Ce qui se passe à la station de Nanisana montre jusqu'à présent que celte opinion est au moins exagérée pour les variétés monovoltines de belle qualité devenues polyvoltines à Madagascar. »
En ce moment, cinq éducations par an oTit été obte nues à la station d'essais. Les époques sont les suivantes :
i^^ éducation septembre, octobre.
2*" — ...... novembre, décembre.
3^ — janvier, février, mars,
4^ — mars, avril.
5^ — mai, juin, juillet,
(Education d'hiver ou anormale.)
Pour arriver à préciser la qualité et Içs rendements des cocons obtenus, le service de TAgriculture à Madagascar pria le directeur de la Condition des soies à Lyon de procéder, sous sa surveillance personnelle, à des essais complets.
Voici les résultats obtenus en iQoS comme premier lot.
LA SOIE
10 FJssais a la bassine expérimentale [filature des cocons un à un ^ : Sur ipo cocons pesant 68 grammes, on trouAc :
5 fournissant de 3oo à ^oo m. de fd,
5 — 5oo à 6oo —
3o — {)oo a 700 —
Totaux 100 — 71 .100 m. de fil pesant 19 gr, 58.
Ces résultats permettent de donner les indications complémentaires suivantes :
Nombre de cocons secs par kilo i .470
Rentrée, c'est-à-dire :
Rapport Poids des corons dévidés ^ ,
Poids de la grege obtenue
Il faut donc 3 kg, 470 de cocons de celte qualilc pour obtenir i.ooo grammes de soie grège.
Ce résultat est plutôt satisfaisant, puisque le rapport obtenu en France d'ordinaire s'élève à 4> c'est-à-dire qu'il faut fi kilos de cocons secs poiu- obtenir i kilo de soie grège.
Pour deux autres lots, la « rentrée » a été trouvée égale à : lot, 3,36 ; 3"" lot, 3,/ii. Enfin, povu^ l'ensemble des lots examinés, le rapport moyen s'élève à 3. 98 y chiffre qui ne diffère pas de celui cpie l'on constate en France.
La soie saiivar/e des Landibcs à Maclagascar.
On donne le nom de I^andibé aux chenilles de plusieurs espèces de papillons séricigènes dont la plus
importante est le BoroceraMadagascariensisj(^\i\ fournit une soie couleur brune plus ou moins claire avec laquelle les indigènes tissent les pièces d'étoffes servant à envelopper leurs morts avant de les inhumer.
Tovite famille malgache un peu aisée du centre considère comme un devoir sacré de mettre ses morts dans un ou plusieurs linceuls de ce genre désignés dans le pays sous le nom de « Laniba mena » (mot à mot lamba rouge i), aussi l'industrie locale des tissus de Landibé est-elle relativement très importante et donnet-elle lieu à de sérieuses transactions.
On fait également, surtout depuis 1896, avec cette soie, souvent appelée u soie Betsileo », des vêtements de couleur grisâtre renommés pour leur solidité et leur durée .
La chenille du Landibé se nourrit de plusieurs genres de feviilles appartenant à des arbres différents parmi lesquels on cite notamment : l'Ambrevade (Cajanus indica), le Tsitoavina (DoJonea Madagascar riensis), le Tapia {Chrysopia) et l'Afiafy (A vice nia).
L'éducation de la chenille se fait en plein air, et l'on peut ajouter, en pleins champs. Toutefois l'éleveur dirige cette éducation de la façon suivante : Les œufs pondus par le papillon femelle sont recueillis sur de petits bâtonnets ou sur des herbes sèches que l'indigène place de distance en distance sur les arbres dont les feuilles doivent servir à la nourriture du ver. !/éclosion a lieu quinze ou vingt jours après la ponte. Lorsque l'éleveur malgache estime qu'il y a assez
I. ils sont teints en rouge avec Técorce du nato. (Voir : La Sérîcîciil^ tnre aux colonies^ par E. Prud'homme.
io8
LA SOIE
de \ers à un endroit déterminé, il porte les œufs suid'autres arbres.
Les chenilles pourvoient elles-mêmes à leur nourriture et forment leurs cocons soit dans les branches de l'arbre qui les a nourries, soit sur les herbes sèches qui tapissent le sol.
On a essayé d'élever le Landibé en le faisant éclorc dans des chambrées et en lui fournissant les feuilles qu'il préfère ; mais la chenille est trop mal domestiquée poiu- rester sur les claies où sa nourriture est préparée. Les jeunes vers se dispersent de tous côtés et l'élevage ordinaire devient impossible.
Le fil ou « brin » de soie du Landibé est fort diffl cile à dévider. Les indigènes filent cette soie au fuseau après avoir ouvert les cocons pour en extraire la chr} salide. La masse soyeuse est jetée dans des bassines renfermant de l'eau chaude et des cendres.
Les vernis et les (( grès » qui agglutinent les brins sont dissous. Un lavage à l'eau froide fait disparaître la première lessive alcaline, et la bourre obtenue est étirée, cardée, puis filée au fuseau à la main.
Cependant deux Français attachés au laboratoire séricicole de Nanisana, MM. Piret et Agniel, sont parvenus à dévider des cocons du Borocera Madagascarieiisis, après les avoir soumis à l'action d'une lessive chaude de potasse.
Ajoutons, enfin, que dans la région .N.-O de Madagascar, aux environsde Majunga, les indigènes recueillent sur l'Afiafy des cocons de Landibé fort probablement de même espèce que le Landibé du centre. Les cocons fermés sont exposés au soleil, puis fendus pour pouvoir retirer la chrysalide. On les place ensiiilo
dans des emballages qui les compriment et on les envoie à Tananarive.
Conclusion.
Il est démontré aujouicrhui que Télevage du Bombyx est possible à Madagascar^ et nous avons exposé les résultats obtenus par l'Administration de l'Agriculture. L'œuvre accomplie doit être poursuivie avec méthode et pendant un fort long temps avant que la production séricicole indigène puisse prendre un développement intéressant. Il serait tout à fait déraisonnable (le songer à escompter des résultats industriels im23orlants avant bien des années, car l'éducation des éleveurs n'est pas suffisante.
Quant à la soie sauvage du Landibé, les quantités ([ui sont recueillies ne paraissent pas permettre de ( ompter sur des exportations notables.
A l'heure actuelle, la sériciculture ou la cueillette de soies sauvages sur les plateaux de Madagascar ne* sauraient être comparées à l'industrie de l'élevage du Bombyx en Indo-Chine, au point de vué du développement constaté et du poids de la soie recueillie.
C'est assurément dans nos possessions indo-chinoises ([lie l'on peut espérer voir la production séricicole grandir rapidement et assurer — dans une certaine mesure — l'approvisionnement de nos manufactures.
jiiiiu:s Ti:xTiLi:s