I. Voir Rondot, t. I, p
LA PRODUCTION UNIVERSELLE DE LA SOIE 187
Ainsi^ durant la période 1 863-68, la récolle française représentait 63 o/o de la récolte italienne, et durant la période suivante, 1877-83, la proportion s'abaisse à 26 0/0!
Enfin, si nous mesurons le chemin parcouru après une nouvelle période de dix années, voici les chiffres qui permettent de formuler une conclusion :
Productirni en cocons frais.
(D'après P. de \ ecclii pour ritalie et d'après les statistiques olBcielles
pour la France.)
Millions de kilos
Observations France Italie
On pourra remarquer \ iSgS 9. 3 42.0
que les chiffres afle- i 189C). .... 9,3 ^i.o
rents aux récolles 1 1897 7.7 36.7
italiennes différent ) 1898 G. 8 39.6
de ceux donnés plus \ 1899 ^-9 d^.o
haut et obtenus à I 1900 9.1 42.7
l'aide de méthodes' 1901 8.1 4o.3
nouvelles. | 19^2. .... 7*2* 4i.9
Moyennes 8.0 4o 3
Nous avons vu plus haut que la production française entre 1877 et i883 ne représentait plus que le quart de la récolte italienne ; et nous constatons que durant les dix dernières années, 1894-1903, cette proportion ne s'est pas relevée, bien au contraire, elle s'abaisse au cinquième î
Nous avons dit ailleurs 1 ce que nous pensions de cette décadence de la sériciculture française.
I. Voir notre chapitre sur les Encouragements officiels, page iio.
,38 lA SOIE
Certes, la substitution de certaines cultures maraîchères à la production des feuilles de mûrier, et surtout la concurrence de la vigne, peuvent expliquer, en France, la stagnation de l'industrie séricicole. INous persistons à penser que le système des i^rimes n'a pas servi les intérêts de la sériciculture, en contribuant efficacement à son développement, parce que les encouragements d'ordre techniqvie ont été insuffisants.
Il est intéressant de remarquer que les récoltes du Levant (Asie occidentale notamment) ont pris un développement rapide. Pour l'Asie Mineure, la Perse, le Caucase, les trois chiffres suivants donnent la mesure de ces progrès :
Quantités de soie grège fournies par le Levant.
1887 788.000 kilos
1907 ri.93().ooo —
Pour prouver qu'il ne s'agit pas ici de productions anormales relevées durant des années exceptionnelles, nous calculons ci-dessous les moyennes triennales depuis 1896 :
Production du Levant.
1896-1898 i.,^,o4.ooo kilos
LA PRODLCTIOX UNIVERSELLE DE LA SOIE
La rapidité de cet accroissement est tout à fait remarquable, et précisément vin spécialiste autorisé, M. Grandgeorge, résumant d'ailleurs l'opinion de ses collègues à la Commission des valeurs dédouane (V section), dit à ce propos :
u Les récoltes du Levant ont augmenté de ii o/o en un an (1906 à 1907). Elles atteignent aujourd'hui trois millions de kilos. C'est un progrès considérable, entièrement dû à l'action de l'Institut séricicole de Brousse qui, par des efforts persévérants, a su produire des graines parfaitement saines, bien appropriées au pays, et a répandu dans toute l'Asie Mineure des méthodes scientifiques et rationnelles pour l'éducation des vers à soie- On ne saurait trop reconnaître l'action bienfaisante de cette institution qui fait honneur à son pays »
Dans une lettre personnelle qui nous est obligeamment communiquée, le directeur de l'Ecole de Brousse, M. K. Torkomian, s'exprime ainsi — en français:
(( L'Institut séricicole de Brousse a été créé au mois de mars 1888 sur ma proposition.
« Le but de cette création était de former des jeunes gens appartenant à la classe des sériciculteurs et capables de propager les bonnes méthodes d'élevage des vers à soie, ainsi que le système Pasteur en ce qui concerne la sélection des graines.
c( J'ai donc entrepris, dès le début, de faire des cours sur la sériciculture en général et sur le système Pasteur en particulier, puis des conférences sur la culture du mûrier.
I. Et dans notre cas les méthodes appliquées sont françaises et les collaborateurs de l'œuvre doivent beaucoup aux laboratoires français.
LA SOIE
« Dans l'espace de vingt ans, j'ai eu plus de treize cents élèves diplômés de l'Institut séricicole qui se sont répandus dans tout l'Empire, se sont adonnés à la sériciculture et à la profession de graineurs.
(( Grâce à l'eflbrt déployé par les diplômés, grâce aux concours séricicoles qui furent organisés chaque année dans les diverses régions séricicoles de la Turquie, la production des cocons, qui avait diminué à la suite de Taj^parition de la pébrine, a fait dans ce laps de temps d'immenses progrès.
« Le revenu de la dîme des cocons, qui était en 1888 * (date de la création de l'Institut) de i.o35.ooo francs, a atteint, en 1907, le chiffre de 5.760.000 francs.
« Le trésor de l'Etat a encaissé dans ces vingt dernières années plus de 3i millions, qui représentent le montant des plus-values du revenu de la dîme chaque année.
(( Les bases du progrès ayant été ainsi établies, le progrès séricicole ira dorénavant toujours en augmentant.
(( Quanta la production des cpcons, de 3 millions de kilos, chiffre relevé en 1888, elle s'est élevée à 18 millions de kilos. »
On voit que la note de M. K. Torkomian confirme pleinement l'opinion formulée plus haut au sujet de l'action aussi décisive que bienfaisante des encouragements d'ordre technique.
Quant au chiffre de 18 millions de kilos, relatif à la production actuelle, il dépasse visiblement celui qu'indique M. Grandgeorge, mais cet écart est aisément expliqué par l'importance de la consommation intérieure ; la quantité visée dans la statistique de la Com-
XA PRODUCTION UNIVERSELLE DE LA SOIE I /| f
mission des valeurs de douane ne se rapporte, en effet, qu'aux ventes faites sur les marchés européens et américains pour les soies venant du Levant.
Enfin nous avons déjà insisté sur Timportance relative de plus en plus marquée de la production d'Extrême-Orient quand on la compare à celle de l'Europe ou du Levant. Au point de vue absolu, c^'està-dire au point de vue des quantités vendues et mises à la disposition des manufactures européennes ou améri caines, les récoltes d'Extrême-Orient deviennent énormes et s'accroissent avec une extrême rapidité. C'est ce qui ressort très visiblement des chiffres suivants relatifs aux exportations totales de Shanghaï, de Canton^ de Yokohama et de Calcutta ou de Bombay :
Exportations à destination d'Europe ou des Etats-Unis
Millions (le kilos
L'accroissement des disponibilités, et par suite le développement de la production correspondante, ont donc dépassé toutes les prévisions.
I . Syndicat des marchands de soie de Lyon, statistique de la production de la soie, 36* année, Lyon, chez Rey.
Grapdiqle 3. — Production actuelle de la soie par pays d'origine.
LA PRODUCTION UNIVERSELLE DE LA SOIE
A ce propos, M. Granclgeorge écrit clans son rapport, pour l'année 1907 :
(( Quant à rExfrême-Orient, il semble que la progression puisse être sans limites.
u C'est un véritable grenier d'abondance, et les contrées encore mystérieuses delà Chine, de l'Asie centrale, de la Corée et du Japon semblent garder à l'industrie du monde entier des réserves de soie inépuisables. En 1907, l'Extrême-Orient a exporté 22-168.000 kilos de soie ; c'est une augmentation de 22 0/0 sur i9o5 et de 6 0/0 sur 1906, mais en réalité Taugmentation de la production de la soie en Extrême-Orient est bien plus forte encore. D'après les renseignements recueillis par M. Cliamonard ^, il existait à la fin de la campagne 1907 d'importantes quantités de soie retenues sur les marchés d'origine. En tenant compte du ralentissement des exportations pendant les derniers mois de la campagne de 1907, c'est-à-dire pendant les premiers mois de 1908, notre collègue estime que l'importance des stocks de soie (soie et cocons) retenus aux marchés d'origine des pays de l'Extrême-Orient représente au moins i million de kilos provenant de la récolte de 1907. »
Il faut, d'ailleurs, distinguer avec soin les diverses régions d'introduction et d'exportation pour bien caractériser le mouvement ascensionnel des récoltes et marquer exactement l'importanee relative des centres de commerce ou de production.
Voici, d'après le Syndicat des marchands de soie de
I, Membre et rapporteur (soles brutes) de la 4^ section.
LA SOIE
Lyon, les sorties des divers ports appartenant aux pays producteurs :
Millions de kilos de soie grège.
(^alcutla
Périodes Shanghai Canton Yokohama lioml)av
1881-85 2.Vi8 8y4 i.36o .'106
Si la production et l'exportation de Chine et surtout du Japon ont pris un essor extraordinaire, en revanche, l'Inde ne paraît pas suivre cet exemple.
Tous les chiffres qui piécèdent donnent une idée précise de l'importance qu'a prise depuis un demi-siècle, et particulièrement depuis une trentaine d'années, la production de la soie. A cette statistique si instructive il conviendrait d'ajouter celle qui se rapporte aux déchets de soie. Nous voulons parler des bourres, des frisons, des cocons troués, doubles ou multiples qui sont expédiés de toutes les parties du monde pour servir à la fabrication de tous les fds qu'on obtient en cardant, en peignant et en fdant cette matière première de seconde ([ualité mais de prix moins élevé, dont les usages sont devenus très nombreux pour permettre de livrer au public des étoffes de soie à la portée de toutes les bourses
LA PRODUCTION IMVERSELLE DE LA SOIE
dans nos sociétés démocratiques. Le poids et la valeur des déchets de soie bruts ou travaillés sont également considérables. Un pays comme la Fiance importait en 1907 7./i/i0.ooo kilos de soies grèges, valant 293 millions de francs, mais, en outre, on constatait aux entrées un poids de bovines s'élevant à :
12.555.000 kilos, valant 69 millions de francs, pour les bonnes en masse ;
Et à 259.000 kilos, valant 4 millions de francs, pour les bourres peignées et cardées.
Il est toutefois très diffrcile, povir ne pas dire impossible, d'évaluer le poids de décliets qui s'ajoute aux grèges, car il est certain qu'une partie de ces déchets provient des grèges elles-mêmes lorsqu'elles subissent les transformations industrielles du moulinage, de la fdature et même du tissage.
La consommation de la soie.
A part quelques stocks qui peuvent subsister à la fin d'une campagne commerciale, il est certain que la totalité des soies mises annuellement à la disposition de l'industrie est utilisée, c^est à-dire consommée. On peut donc affirmer que les progrès de la consommation ont marché de pair avec ceux de la production dans les grands pays civilisés.
Bien entendu, nous ne parlons pas de la quantité — pourtant considérable — des fibres soyeuses que conservent les pays d'Orient et qui restent en dehors de nos calculs.
Comment sont réparties les masses énormes de matières premières qui ont grandi, cependant, si rapidement encore depuis vingt ans ?
Graphique 4. — La Production totale et la consomniatiou de la soie en Europe et aux Etats-Unis.
LA PRODUCTION UNIVERSELLE DE LV SOIE
Voici 1111 premier tableau qui indique la part prise par les grandes régions industrielles du globe dans la consommation des fibres soyeuses :
7/7 Qr\Ëii é*ti 1 (t oUlt^ L II
J"*^ 1 1 f* rh 1 à à* /»/ f // Ol> c t- 1
Millions
i II il f fit / liJUt
de kilo.s
Périodes
iMiropc
Illals-Unis
Autres pays
Totau