LES RELATIONS ENTRE CES MALADIES
Toutes ces maladies, on peut le voir, ne sont pas exactement superposables; cependant, après l’exposé de leurs grandes similitudes cliniques, sérologiques et expérimentales, elle nous paraissent bien devoir être considérées comme faisant partie de la même famille.
C'est pourquoi, reprenant le sujet d'une autre façon, nous allons essayer d'établir le bilan de cette étude en montrant les liens étroits qui unissent l’une à l’autre ces différentes affections.
A côté du typhus exanthématique épidémique, typhus historique de Nicolle, nous avons le groupe des typhus murins, groupe dont l’unité nous paraît désormais hors conteste; la maladie de Brill et la fièxre exanthématique toulonnaise sont bien la même affection; et cette fièvre toulonnaise présente avec le typhus mexicain, nous l'avons vu, la plus grande analogie. De plus, les expériences d’immunité réalisées tant en clinique qu’au laboratoire confirment absolument leur parenté avec le typhus exanthématique épidémique.
A côté de ces typhus murins, il y aurait le groupe constitué par la fièvre boutonneuse, la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, la fièvre fluviale du Japon.
Mais, nous l'avons déjà dit et nous y revenons, il ne paraît pas y avoir entre la fièvre boutonneuse et la fièvre exanthématique toulonnaise toutes les différences qu'on veut bien y voir. Au point de vue clinique (si l’escarre a bien la signifi-
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cation que nous lui donnons), il n’y a pas de distinction possible. Dans les deux affections, d’autre part, la réaction de Weil- Félix se montre positive, et suivant le même rythme. Enfin, les deux virus déterminent chez le rat blanc et chez le cobaye des lésions identiques.
Le seul obstacle qu’on puisse trouver au rapprochement de ces deux fièvres est le résultat, toujours trouvé négatif jusqu’à maintenant, de l’immunité croisée. Faut-il élever au nom de ce seul élément de distinction, élément négatif, une barrière entre les typhus murins et les fièvres boutonneuses ou similaires ? L’objection est, en effet, une objection de valeur et on doit compter avec elle. Mais il est possible tout d’abord que d'ici peu, à la faveur de conditions expérimentales nouvelles, cet obstacle tombe de lui-même. Ne peut-on penser, d'autre part, que cette différence dans les, expériences d'immunité croisée pourrait être due à une modification plus profonde du virus originel ?
Sans oser et sans vouloir affirmer d' une façon absolue notre. hypothèse de l'identité des virus, nous la croyons cependant légitimée par plus d’un argument et solidement appuyée sur un grand nombre de faits précis.
En ce qui concerne les autres fièvres, sont-elles aussi distinctes qu'on le pense généralement des typhus murins et la présence de l’œdème testiculaire dans la fièvre pourprée notamment (s'il existe vraiment) n’est-elle pas un fait troublant permettant de croire à une certaine parenté ?
Il paraît bien ainsi que nous ayons tous les chaînons d’une chaîne qui partirait de la fièvre fluviale du Japon, passerait successivement par la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, la fièvre boutonneuse, le typhus tropical, les typhus endémiques bénins et enfin le typhus mexicain pour aboutir au typhus historique épidémique.
D'ailleurs, n’avons-nous pas pour ainsi dire des formes de passage ou de transition entre ces différentes affections ?
Nous avons déjà mentionné ailleurs le typhus guatémaltèque. Raynal, en janvier 1932, rapporte un certain nombre de cas dûs manifestement à une infection par des poux et qui furent pourtant reconnus par le laboratoire pour du vrai typhus mexicain.
Monteiro, au contraire, signale à Sao-Paulo (février. 1934) l'apparition de cas nombreux de typhus exanthématique, à mortalité de 100 %, à Weiïl-Félix irrégulier, ne déterminant pas de lésion scrotale chez le cobaye et qui ne seraient pas dus au pou.
Maxcy, en 1927, observait dans les états du sud-est des Etats-Unis des cas de typhus endémique bénin, ne donnant pas de maladie apparente au rat blanc et dont Mooser et Dummer voient le virus survivre et se multiplier chez les poux.
Vielle et Souchard (15 avril et 1% octobre 19310) remarquent un cas de typhus exanthématique à Saïgon présentant la symptomatologie de la maladie de Marseille, ou plutôt de la fièvre fluviale du Japon. Ils notent la présence d’un petit ulcère avec bubon.
Rappelons enfin que Plazy, en décembre 1928, signalaït un cas de fièvre exanthématique toulonnaise qui réalisait cliniquement le « chaïînon reliant le typhus endémique bénin. au typhus exanthématique vrai ».
Enfin, et c’est un fait notable, tous les pays où l’on observe des foyers de fièvres exanthématiques, ont été peu ou prou frappées par des épidémies de typhus éprdémique, et bien souvent les deux affections coexistent :
Bornons-nous à en donner quelques exemples :
Il est à l'heure actuelle à peu près prouvé qu'il y a au Mexique les deux virus (R. Jorge). Il en serait de même à Sumatra et en Indochine.
Nous savons que le typhus exanthématique a sévi à plusieurs reprises à Marseille ou dans sa banlieue; Boïnet en signale en juin 14926, quatre petites épidémies, et Carrieu et Chaptal, en décembre 1928, observent à la fois un cas de fièvre exan:thématique et un cas de typhus vrai.
Le typhus exanthématique a sévi récemment en Algérie (Raynaud, 1923 et 1927), à Naples (Ciaccia, 1926), à Paris (Netter, 1893, 1917, 1920, et Legry, Courcoux et Lermoyez, 1920) et à Toulon, comme nous l'avons exposé il paraît bien y avoir une relation étroite entre les cas de typhus bénin et l’arrivée de navires provenant de zones infectées par le typhus épidémique.