LE VIRUS ORIGINEL
À l’origine, nous l’avons dit, le virus de toutes ces fièvres exanthématiques était « un ».
La nature exacte de ce virus originel, nous l’ignorons; mais tout nous permet de croire qu'il avait pour hôte un rongeur, le rat ou d’autres, et pour agent de transmission un ectoparasite de ce rongeur.
Si nous considérons, en effet, le comportement du rat visà-vis des virus actuels, 1l est remarquable que ce rat y paraît adapté depuis longtemps : le virus du typhus épidémique ne détermine chez lui qu’une infection inapparente et les virus des typhus endémiques, à peine une légère réaction fébrile de courte durée.
Le pou, au contraire, paraît bien moins parfaitement adapté. Le virus de la fièvre boutonneuse, malgré des expériences nombreuses, n’a pu lui être transmis et le virus du typhus épidémique, par contre, provoque sa mort.
Un autre fait nous a frappé :
En dehors des guerres, des famines ou des causes forfuites de surpeuplement, le typhus épidémique frappe presque uniquement les points de pénétration d’un pays, les ports, les frontières ou les villes à population dense.
Si nous considérons au contraire la répartition géographique des autres fièvres, nous les voyons bien sévir avec prédilection
dans les mêmes endroits (le pourtour méditerranéen en est un exemple remarquable), mais elles existent aussi dans des régions peu exposées à la pénétration massive de gens du dehors ou dans des contrées modérément peuplées. On objectera que l’arrivée d’un seul sujet malade peut suffire à déterminer l'infection dans un pays, mais l’homme n'étant atteint de ces Hèvres exanthématiques qu'accidentellement, il est malaisé de croire que ces affections partout retrouvées sont dues à une extension d’origine humaïne.
Etant donnée la connaissance de l'infection naturelle fré-. quente du rat et de d'habitat mondial de ce rongeur, il paraît beaucoup plus simple de penser que c’est à lui que nous devons la dissémination du virus primitif sur tous les points du globe.
Une fois ce virus porté sous toutes les latitudes, il a eu à s'adapter à des hôtes de transmission variés et, subissant dans l'organisme de ces vecteurs des modifications de caractères, il a pris, selon les cas, une individualité plus ou moins accusée et a donné des maladies cliniquement superposables ou
n'ayant que des différences de nuances, mais différenciables par le laboratoire.
Il est manifeste, pour ne prendre qu'un exemple qui nous paraît démonstratif, que la fièvre des Montagnes Rocheuses! de l'Etat d'Idaho et celle de l'Etat de Montana sont bien deux formes de la même maladie et dues à un même virus. Nous savons pourtant que la mortalité de ces deux fièvres est de 7 % dans un de ces Etats et de 70 % dans l’autre. Or, la tique qui transmet ces affections est la tique Dermacentor Variabilis dans l’Etat d'Idaho, et la tique Dermacentor Andersoni dans l'Etat de Montana.
Le même virus, ainsi que le montre cet exemple, peut donc se présenter sous des formes très différentes, à la même époque et dans des pays très voisins. A plus forte raison, à travers le temps, et en des points du globe éloignés les uns des autres, ce virus peut-il donner des affections parfois dissemblables ?