ILE DE MÉLOS
M. Challet, naguère consul de France à Syra, a fait don au Musée du Louvre, de ces deux terres cuites trouvées dans l’île de Milo.
Fig. 1. — Groupe de deux femmes, qui dansent en jouant des crotales et en faisant flotter derrière elles un grand voile, qui leur est commun. Un Amour coiffé de la mitra de Bacchus, les excite au son du tympanon. La danseuse couronnée de feuillage fait penser à Thallo, l’une des Heures ou Saisons; mais la tête de l'autre figure manque. — Terre rose. Haut. om20 ; larg. omi 7.
Fig. 2. — Petit vase en forme de figurine, représen-
tant un génie ailé, vêtu et coiffé à la phrygienne, sans doute un Mên-Atys , exécutant la même danse asiatique que le n° 7 de la PL 16 bis. (cf. surtout Monum. delV Inst, archeol I, PL 5o). — Terre orangée. Haut. omi65.
GRÈCE
Sujets familiers du thiase de Bacchus.
Fig. 1. — Tête de satyre d’un type très accentué, formant une petite œnochoé à orifice trilobé. Tanagre.
— Terre rose, traces de couleur. Haut. omio.
Fig. 2. — Jeune fille accroupie, dans l’attitude des joueuses d’osselets; mais le modeleur en a fait une nymphe bachique en lui mettant une grappe à la main. Cette figurine formait un petit vase, dont le goulot est rajouté. Tombeaux de YAttique. — Terre orangée. Haut. omo8.
Fig. 3. — Bacchus adolescent se dévoilant. Il est assis sur sa jambe repliée, attitude qui dérive du type d’Horus enfant (cf. notre Catalogne, introd., p. 10). Autre petit vase, dont l’orifice est brisé. Tombeaux de YAttique. — Terre d’un rouge orangé. Haut. omi8.
Fig. 4. — Petit groupe estampé sur une seule face, représentant Papposilène, chauve et entièrement velu, qui conduit Eros ailé, à cheval sur un bouc. Athènes.
— Terre orangée, traces de couleur. Haut. om95.
GRÈCE
Fig. i. — On a trouvé dans les tombes béotiennes quelques véritables sujets de genre, tels que l’art grec les comprenait, c’est-à-dire modelés très sommairement, dans un style familier, qui frise l’intention comique. C’est une classe de petites compositions, représentant des occupations rustiques ou des métiers, sans doute pour le service du mort. Tel est ce pâtissier, placountopoios , au type encore éginétique : assis sur une souche, penché vers son four, il est garanti contre le feu par une tunique longue et par un bandeau ou naîtra. Donné par M. Lebègue, membre de l’Ecole française d’Athènes, comme provenant de Tanagre. — Terre grise, brûlée et très dure, comme celle des figurines de la Béotie occidentale. Haut. omoç); long. omi65.
Fig. 2 et 3. — Les sujets franchement grotesques avaient un autre but; c’était de rompre, par la puissance du rire, l’horreur néfaste du tombeau. Il est rare d’ailleurs qu’ils ne se rattachent pas à quelque cycle mythique, comme ces caricatures, si nombreuses, de vieilles nourrices, qui rappellent la légende de Déméter et la tradition des déesses courotrophes. Nécropole de Tanagre. — Terre orangée. Haut. omii et omi3.
Fig. 4.— Cette espèce de Silène à la barbe touffue, aux larges oreilles bestiales, qui ne semblent pas être des oreilles de bouc, caché sous de longs habits féminins de couleur bleu clair, chaussé de persiques jaunes marquées d-’un croissant rouge, se retrouve aussi dans plusieurs représentations du mythe d’Aphrodite; c’est, croyons-nous, un proche parent du dieu de Lampsaque. Tanagre. — Terre rosâtre. Haut. om2i5.
C YR ÉNAÏQ.UE
Les fouilles de Tanagre ont trop fait oublier les figurines grecques de la Cyrénaïque, qui bien souvent ne sont inférieures aux terres cuites tanagréennes ni par la finesse de l’expression ni par la gracieuse liberté des attitudes. Elles ont même l’avantage de ne pas être sorties de fouilles clandestines et de ne pas nous être venues par l’intermédiaire des marchands. Le Louvre les a presque toutes reçues directement, en i85o et 1 85 1 , de feu J. Wattier de Bourville, agent consulaire de France dans la régence de Tripoli, qui avait été chargé, en 1847, d’exécuter des fouilles dans les tombeaux de la Pentapole cyrénéenne. Elles peuvent donc servir de critérium pour l’authenticité du travail et de la coloration antiques.
On y remarque des époques différentes et plusieurs variétés de style; mais les indications de détail nous manquent et nous ne pouvons pas savoir si ces variétés répondent à des lieux distincts. Il y aurait eu intérêt pourtant à séparer les terres cuites de l’antique et importante nécropole de Cyrène et celles qui proviennent des villes nouvelles, fondées ou restaurées à l’époque ptolémaïque, comme Arsinoé ou Bérénicé. L’unité de la fabrique est d’ailleurs attestée par la similitude de la terre, qui est ordinairement d’un rouge violacé, souvent dure et mêlée de gravier non roulé, et qui se reconnaît au premier coup d’œil.
Les terres cuites cyrénéennes n’accusent aucune influence ancienne et particulière exercée sur l’industrie locale par le voisinage de l’Égypte ou par celui de Car-
thage. La fabrique est toute grecque par son origine comme par ses relations et par le caractère de ses produits. Malgré l’antiquité relative de la fondation de Cyrène (63 1 av. J.-C.), l’archaïsme n’est que très faiblement représenté dans ses ateliers de terres cuites, dont l’installation ne paraît pas remonter à une époque reculée.
En revanche, l’influence du grand style de la sculpture attique s’y accusa très nettement. On y rencontre aussi un assez grand nombre de types voyageurs, qui se sont retrouvés à Athènes et surtout à l’autre extrémité du monde grec, en Crimée, parmi les figurines de Kertch (anc. Panticapée). Cette identité ne s’explique pas seulement par le commerce, mais aussi par la grande unité de l’art et de l’industrie helléniques, due à l’émigration des ouvriers, à la diffusion des modèles et des moules. Les mêmes rapports existent en Cyrénaïque, pour les vases peints, particulièrement pour les amphores panathénaïques , datées de noms d’archontes athéniens qui se placent entre les années 367 et 3 1 3 avant notre ère.
Fig. 1. — Dans toute la collection Wattier de Bourville, une seule maquette rappelle les terres cuites primitives de Tégée ou de Tanagre. Elle représente une déesse funéraire assise sur un trône élevé, coiffée d’un bandeau ou d’une couronne, avec le profil en bec et un double collier à plaque centrale , attaché par de larges agrafes (cf. PI. 17, fig. 4 ). La facture, assez libre, peut indiquer une imitation traditionnelle des anciennes idoles. — Terre jaune. Haut. omi3.
Fig. 2. — Un assez grand nombre de figurines de femmes reproduisent, avec la terre du pays, les types éginétiques de la Planche 14. D’autres appartiennent à un archaïsme encore plus raffiné, comme cette petite idole d’Aphrodite, tenant la pomme et relevant le pan de son péplon transversal, type qui se retrouve, avec de légères variantes, dans beaucoup de fabriques grecques. Revers légèrement concave. — Terre jaune. Haut. omi5.
Fig. 3. — Petite idole assise, de beau style hiératique, dont la coiffure rappelle celle des déesses de Kittion. Elle tient des deux mains une bandelette. Son plastron, formé d’un triple rang de plaques triangulaires et ovales, produit quelque chose de l’aspect des multiples mamelles de l’Artémis d’Ephèse. Un collier analogue est souvent porté par les idoles primitives de la Grande Grèce. — Terre rouge, un peu lustrée. Haut. omi3.
Fig. 4 et 5. — Jeunes filles assises, coiffées en pointe sur le front. Elles appartiennent à une nombreuse série de figurines semblables, portant des attributs différents, une colombe, une grenade, une pomme ou une balle, un plateau, symboles religieux ou variantes de l’offrande funéraire. Les mêmes types exactement à Kertch ( Comptes rendus de Saint-Pétersbourg, 1869, Pi. 3, fig. 3, 4, 5). — Terre jaune. Haut. omo8.
Fig. 6. — Figurine à mi-corps d’un éphèbe vêtu de la chlamyde et couronné d’une haute stéphané, estampée de palmettes. La fréquence des figures d’Aphrodite parmi les terres cuites cyrénéennes pourrait faire penser à un Adonis sortant du sol. Beau style grec. Revers plat, avec trou d’évent carré. — Terre jaune. Haut. omi 1.
PLANCHE 40 bis
CYRÉNAÏQUE
Suite du style archaïque. Figurines tronquées et articulées.
Fig. 1. — Les figurines tronquées sont communes dans les sépultures cyrénéennes. Un type assez fréquent consiste en un très petit buste de Déméter, à la haute stéphané évasée en forme de calathos (cf. PI. 19 bis et 20, 5o, fig. 1). — Terre grise. Haut. omo8.
Fig. 2. — Une autre série représente une sorte d’Aphrodite nue, tronquée aux bras et aux genoux, mais différant des poupées de terre cuite en ce qu’elle n’a jamais de trous pour des membres mobiles. Sur une stèle grecque du musée d’Avignon (Le Bas, Voy. archéol., pl. 83), une jeune fille adulte tient une figure semblable, comme type de la statuette déposée dans le tombeau. — Terre rouge. Haut. omn.
Fig. 3. — Charmante tête de femme, estampée, forme intermédiaire entre le masque et le buste funéraire. Les grands yeux aux paupières profondes, les lignes fermes du menton, accusent la belle époque grecque. Les cheveux sont colorés en jaune. — Terre orangée. Haut. omi5.
Fig. 4. — Figurine d’Aphrodite entièrement nue, les bras collés au corps, coiffée d’une large stéphané et disposée pour être assise sur un trône façonné à part. Une autre figurine analogue a les épaules percées pour des bras mobiles et fait la transition avec les poupées nues, que les anciens considéraient souvent ellesmêmes comme de petites idoles d’Aphrodite (cf. Pl. 3, fig- i). — Terre jaunâtre. Haut. omi5.
Fig. 5. — Nous passons aux imitations de poupées articulées ou nevrospasta, qui sont assez communes dans les nécropoles antiques, sans qu’il soit prouvé qu elles s y rencontrent d’ordinaire dans les tombeaux des enfants. Elles devaient aussi participer à la vertu piotectrice des images à suspendre, appelées aiora. Cette danseuse archaïque, qui jouait des cymbales, porte la haute stéphané des déesses ou tout au moins de certaines hiérodules. Petit torse plein à revers plat. — Terre jaune. Haut. omi4.
Fig. 6. — Autre poupée mobile, entièrement nue : celle-ci est creuse, articulée aux bras et aux genoux. Elle jouait des crotales ou castagnettes et porte sur la tête un ornement de feuilles de lierre qui lui donne le caractère d’une bacchante. — Terre rougeâtre. Haut. omi 6.
CY RÉNAÏQUE
Le grand style de la sculpture attique était certainement représenté, dans la fabrique de Cyrène, par des compositions où l’ampleur de la forme, tempérée par la grâce des détails, s’alliait à la gravité de la pensée.
Fig. 1. — Cet admirable groupe, que nous appellerons Y Aphrodite au livre, nous montre la déesse assise, accoudée, dans une attitude pensive, contre le tronc d’un cyprès. Vêtue d’une molle tunique, qui découvre le haut de la poitrine, elle relève son manteau, pour s’en voiler, selon le geste consacré dYOurania, l’Aphrodite céleste. Un livre ouvert est sur ses genoux. Le même siège de rocher porte Éros adolescent, qui, le front ceint d’une riche stéphané, s’appuie sur l’épaule de sa mère. Pour comprendre le sujet, il faut savoir que l’Aphrodite céleste, d’origine orientale, celle même qui, par ses rapports avec Adonis, avait particulièrement le rôle d’une déesse funéraire, était considérée par les anciens comme « l’aînée des Parques ». Sur ce point voir Pausanias , I, 19, 2.
Le style est celui de l’école de Phidias; la coiffure indique seule une époque d’un goût plus affecté, sans doute la fin du Ve siècle. Une tête brisée, exactement semblable, s’est retrouvée parmi les fragments de beau style grec delà fabrique de Kittion, dans l’île de Chypre (cf. notre Catalogue, t. I, n° 199 de Chypre). Le groupe cyrénéen est estampé en creux, avec revers plat; il provient de M. Blanchet, consul de France à Tripoli de Barbarie, avec un charmant vase peint, qui représente aussi un sujet du cycle d’Aphrodite; les deux objets sont entrés au Louvre en i85o. — Terre rouge fine et serrée. Haut. omi8; larg. omi 1.
pIG< 2. — Le même type d’Aphrodite, encore plus nettement caractérisé par la présence de la colombe, se retrouve dans une petite figurine debout, provenant des fouilles de Watier de Bourville. — Terre rouge. Haut. omi 1.
Fig. 3. — Pour les amateurs de sujets de genre, qui seraient tentés de voir dans le groupe précédent une « leçon de lecture donnée à l’Amour » ou toute autre fadaise pseudo-anacréontique, nous avons placé sur la même planche un petit groupe brisé de la fabrique
grecque de Kittion, où Y Aphrodite au livre a près d’elle Eros tenant l’œnochoé et la phiale. On trouve aussi à Kittion un groupe hiératique de deux déesses liseuses, tenant sur leurs genoux, l’une un livre, l’autre un volumen. Ces rapprochements donnent une preuve des relations qui existaient entre les fabriques grecques d’Athènes, de Chypre et de la Cyrénaïque, à l’époque où le beau style attique était encore florissant (Cf. notre Catal. des figurines de terre cuite, t. I, p. t g3) . — Terre rose. Haut. om09.
Fig. 1. — Plus tard Aphrodite prend, dans les tombeaux cyrénéens, un type tout à fait dégagé de l’idée symbolique et funéraire. La voici complètement nue, couronnée de fleurs : car ces couronnes pointillées portent des traces de couleur rose. Son geste indique l’admiration qu’elle éprouve de sa propre beauté, en se contemplant dans un miroir, qu’elle devait tenir de la main droite. Le modelé très sobre de cette belle figurine, retrouvée en double exemplaire, l’attitude fière et simple du corps qui porte presque également sur les deux jambes, sont encore d’une excellente époque. — Terre rouge. — Haut. om32.
Fig. 2 et 3. — Nous avons placé aux côtés de la déesse deux figurines d’Eros qui comptent aussi parmi les plus charmants ouvrages de la fabrique de Cyrène. — L’un, au sourire malicieux, se drape dans son chiamydion blanc à larges bordures roses, et semble glisser sur le sol, comme s’il exécutait une danse ailée, dont le mouvement se marque jusque dans l’agitation de ses cheveux et de ses boucles d’oreilles. — L’autre est nu, sauf une légère draperie rose, à bordure bleue, entortillée autour de ses épaules, et les cordons dorés qui se croisent sur sa poitrine ; les feuilles de lierre de sa couronne l’associent au thiase bachique; son attitude est celle du joueur de cymbales. C’est, en effet, au son de cet instrument que l’Amour, sur un vase peint, précède le couple nuptial de Bacchus et d’Ariadne (. Monum . dell’ Inst, archeol ., III, PL 3 1). — Terre jaune pour le n° 2, rouge pour le n° 3. — Haut. omi35 et omi3o.
CYRÉNAÏQUE
Fig. 1. — Femme debout, demi-nue, dont le torse a la grâce souple et large des figures de la belle époque grecque. Le type rappelle toute une classe de statues
d’Aphrodite, à laquelle appartiennent la Vénus d’Arles et la Vénus de Milo. La main droite paraît avoir été élevée comme pour montrer la pomme. Seulement, la fantaisie du modeleur a donné à cette figurine une couronne de lierre, qui l’associe au cycle de Bacchus. Double exemplaire. Traces de couleur. — Terre jaune. Haut. om20.
Fig. 2. — Cette petite figurine de femme demi-nue, assise sur un rocher, couronnée de fleurs et tenant, un énorme masque comique, ne pouvait avoir aucune réalité dans la vie des anciens. On ne saurait non plus en faire une Thalie, les Muses étant vêtues. C’est encore une de ces déesses ou de ces nymphes qui portent les emblèmes protecteurs du culte de Bacchus, peutêtre la nymphe Comœdia des vases peints. Une figure analogue se voit dans une scène d’initiation bachique. — Terre rouge. Haut. omi2.
Fig. 3. — Autre figurine de femme qui est , au contraire, tout enveloppée dans une draperie blanche à plis serrés, dont la transparence est marquée, seulement à l’endroit des bras, par des touches de couleur rose. On admirera la belle disposition de sa couronne de lierre aux feuilles dressées, qui lui donne le caractère idéal des plus fières déesses du cycle dionysiaque. Conservation remarquable. — Terre rouge. Haut. om25.
Fig. 4. — Dans cette série, qui flotte entre le symbolisme d’Aphrodite et celui de Bacchus, il est naturel de placer un petit Eros bachique, tenant devant lui une amphore posée sur la pointe. — Terre rougeâtre. Haut. omo8.
CYRÉNAÏQUE
Fig. 1. — Bien que le symbolisme s’efface de plus en plus, on peut encore reconnaître une déesse dans cette femme gracieusement drapée, au sein découvert, coiffée de la même couronne pointillée que l’Aphrodite de la Planche 42. Elle est assise sur un de ces grands coffres à pieds ( larnax , kypsélos ) où les dames grecques serraient leurs vêtements précieux. C’était dans un bahut de ce genre que Perséphone avait enfermé le petit Adonis. Une réplique, donnée au Louvre par M . Schéfer, montre la même figure portant à sa couronne de larges feuilles de lierre ou de vigne. — Terre violacée, mêlée de gravier, couverte d’un engobe jaunâtre. Haut. om2 1 ; larg. omi 1 .
Fig. 2. — On a douté de l’origine mythologique des innombrables figures de femmes tenant des enfants, qui se trouvent dans les tombeaux antiques. Mais dans quelle scène de la vie réelle les modeleurs cyrénéens auraient-ils jamais rencontré cette nourrice demi -nue qui a mis sur sa tête, pour remplir son office, une
épaisse couronne de fleurs ou de feuillage? Mieux vaut chercher dans la classe des déesses courotroplies, et, sans vouloir préciser plus que de raison, on peut au moins se rappeler que la nymphe locale Kyréné appartient à cette série, comme mère du petit Aristée. — Terre rouge. Haut. om225.
Fig. 3. — Par des motifs analogues, et sans prétendre à plus de précision, nous ne pouvons nous défendre de penser à une Ariadne, à une Coré ou à quelque déesse du même genre, devant cette élégante et fière figurine, à laquelle sa large couronne de fleurs, ornée de grandes feuilles qui ressemblent moins au lierre qu’à la vigne, fait comme une auréole. Elle s’appuie sur une colonne corinthienne, et le manteau qui l’enveloppe est si légèrement modelé que l’on croit en voir la transparence. — Terre rouge. Haut. om2Ô.
Cette figure, et surtout le n° j de la même planche, sont remarquables par des' proportions allongées à l’excès, adoptées généralement dans la fabrique cyrénéenne, vers l’époque ptolémaïque.
CYRÉNAÏQUE
Choix de figurines « enveloppées » qui ne le cèdent en rien à la classe correspondante des terres cuites de Tanagre : cependant celles de Cyrène présentent des nuances de style particulières à la fabrique locale et n’ont produit jusqu’ici aucune véritable réplique des types tanagréens. Les statuettes de la Cyrénaïque sont un peu plus composées que les tanagréennes, elles ont moins d’imprévu. Pour la détermination très fugitive des sujets, il faut se reporter à ce que nous avons dit à propos de la Planche 21. Je suis d’avis, autant que personne, que souvent on ne doit pas vouloir les expliquer rigoureusement par la mythologie; mais je crois qu’il y a un égal inconvénient à y chercher des motifs de la vie commune nettement déterminés.
Fig. 1. — Cette figurine assise sur un rocher, par son expression noble et grave, par l’étroite stéphané qui la couronne, se rattache encore de loin aux déesses funéraires. La position du trou d’évent montre qu’elle était faite pour être vue de profil. — Terre rouge, avec trace d’enduit blanc. Haut. omi6; larg. omn.
Fig. 2. — Jeune fille qui laisse retomber avec une gracieuse négligence le pan de son manteau rose, entouré, comme sa tunique, d’une large bande bleue; ses cheveux sont ramassés en touffe sur le front. — Terre rouge. Haut. om20.
Fig. 3. — Jeune femme dans l’attitude d’une marche
tranquille, relevant légèrement, sous sa draperie, le devant de son manteau. La tête aux cheveux violacés, divisés par côtes et relevés en forme de nœud à deux coques, s’incline avec une charmante expression de modestie. Les bras, repassés en rose, sur le fond jaunâtre du vêtement, montrent la transparence de l’étoffe. Ce type, l’un des chefs-d’œuvre de la fabrique cyrénéenne, est reproduit moins heureusement par plusieurs répliques, dont l’une porte une couronne de lierre. Sans vouloir abuser de la comparaison , il est intéressant de remarquer que, sur un bas-relief éleusinien bien connu, du Musée du Louvre, la figure de Coré présente de grandes analogies de coiffure, d’ajustement et de grâce juvénile avec cette figurine. — Terre jaune. Haut. ora2 x .
CYRÉNAÏQUE Figurines diverses.
Fig. 1. — Jeune femme, vêtue de blanc, gracieusement penchée, les deux bras à demi étendus, comme si elle se courbait vers un enfant placé devant elle. La position du trou d’évent montre que cette mignonne figure, l’une des plus fines qui soient sorties des tombeaux de la Cyrénaïque, était posée de profil, dans le groupe dont elle faisait probablement partie. — Terre rouge, mêlée de gravier. Haut. omi6.
Fig. 2. — Fragment d’une danseuse à la couronne pointillée, se retournant pour voir flotter le pan de son manteau, et faite aussi pour être posée de profil : spécimen d’une série de danseuses dans une attitude analogue. Traces de coloration rose à la couronne et au vêtement. — Terre rouge. Haut. omi4-
Fig. 3. — Jeune fille, très librement drapée, remarquable par l’excellente conservation de la couleur bleuciel de son manteau à bordures blanches, sur une tunique blanche. — Terre rougeâtre. Haut. omi8.
Fig. 4. — Petit Eros qui renverse sa tête en arrière, en élevant la main gauche. C’est la pose que l’on retrouve dans plusieurs statues, où l'on a voulu voir l’Amour jouant au ballon ou bien encore l’Amour s’essayant à voler, seulement ici le bras droit est abaissé derrière le dos. L’attitude serait plutôt celle de l’enfant qui se retourne vers sa mère. Ravissante petite figurine, toute peinte, avec bordure noire à l’aile. — Terre jaune. — Haut. omo8.
CYRÉNAÏQ UE Choix de figurines voilées.
Fig. 1. — Femme debout, voilée d’une ample calyptra, qui encadre étroitement son doux et triste visage. L'expression de douloureuse lassitude, qui se trahit dans toute sa démarche, fait de cette figurine, chef-d’œuvre de naturel et de grâce touchante, l’un des exemples que l’on peut rapprocher avec le plus de vraisemblance du type de la Déméter affligée ( Monuments grecs, 1874, pl. I, fig. A). Exécution très soignée. — Terre rougeâtre. Haut. omi7-
Fig. 2. — Les danseuses voilées tiennent de près, suivant nous, au type précédent. Elles dérivent des chœurs de femmes qui représentaient, dans le culte de Déméter, la danse cyclique des Heures ou Saisons, le retour de Coré et les autres scènes du mythe des Grandes Déesses. Ces chœurs d’initiées étaient transportés, par la croyance des anciens, jusque dans les Enfers, sous' la conduite dTacchos (Aristophane, Grenouilles, v. 344), et ils se trouvent parfois aussi associés au thiase bachique. Nous avons signalé particulièrement la présence de la danseuse voilée, comme emblème funéraire, sur un sarcophage gréco-étrusque du Louvre [Monuments grecs , 1874; voir surtout la photographie publiée avec le tirage à part). — Terre rougeâtre. Haut. omi7.
Fig. 3. — Autre femme voilée jusque sur la bouche; sa calypira recouvre une coiffure en pointe, disposée comme une couronne d’épis ou comme une haute stéphané. Cet ajustement plus maniéré trahit les temps macédoniens et romains. Une figurine de ce type, dans la collection Eug. Piot, s’appuie sur un génie ailé. — Terre jaune. Haut. om2i.
CYRÉNAÏQUE
Les terres cuites de la Cyrénaïque comprennent une nombreuse suite de figures de femmes, d’un style élégant et facile, mais de proportions élancées à l’excès (cf. Pl. 44, fig. 1 et 3). Ce caractère, qui a son origine dans les principes de l'école de Lysippe, s’exagère de plus en plus et finit par marquer la décadence de la fabrique grecque. Par un curieux retour, on voit alors reparaître dans les types courants de la plastique cyré-
néenne le symbolisme, qui s’était effacé ou qui plutôt était resté sous-entendu pendant la période du style libre.
Fig. 1. — Ce type, souvent reproduit, nous montre une figurine à la couronne pointillée, coiffée maintenant du haut calathos des déesses orientales et portant sur la poitrine une sorte de plastron, qui rappelle les multiples mamelles attribuées à l’Artémis d’Ephèse (cf. PI. 40, fig. 3). L’un des bras était rajouté à part. — Terre d’un rouge brun. Haut. om3o.
Fig. 2. — Une autre figurine de femme a le front surmonté d’un bouquet de plumes, qui caractérise parfois les Sirènes et les Muses, mais qui paraît être plutôt, ici une coiffure isiaque. — Terre jaune. Haut. omi9-
Fig. 3. — Fragment d’une toute petite figurine de style différent (cf. PL 5o, fig. 4), portant le même ornement de plumes. — Terre jaune. Haut. om075.
Fig. 4. — Petite figurine voilée, de proportions sveltes, qui tient familièrement l’éventail et porte en même temps la haute stéphané des reines et des déesses. — Terre rouge. Haut. om20.
CYRÉNAÏQUE
Fig. 1. — A Cyrène comme à Tanagre, certaines figurines isolées se retrouvent groupées ensemble et prennent ainsi un caractère plus déterminé. Nous avons déjà signalé, parmi les terres cuites cyrénéennes, la présence du groupe des deux femmes, l’une voilée et l’autre non voilée (PI. 24, fig. 3). Nous avons ici une variante du même motif, où les deux femmes ont la tête découverte; mais elles sont toutes les deux couronnées de fleurs, et l’inégalité de la taille indique nettement qu’il s’agit de la mère et de la fille. La signification de cette double couronne ne se conçoit guère dans une scène de la vie commune, tandis qu’elle s’explique naturellement dans la représentation traditionnelle de Déméter et de Coré. — Terre rouge. Haut. omi65.
Fig. 2. — L’explication qui précède est justifiée par l'existence d’un véritable pendant au groupe de la mère et de la fille : une autre figure de femme s'appuie de la même manière sur un jeune garçon presque nu. Que l’on y reconnaisse Aphrodite et Adonis enfant ou, si l’on veut, Cyrène et Aristée, ou mieux encore l’une des Grandes Déesses avec le petit lacchos, le caractère mythologique delà représentation n’en reste pas moins ce qu’il y a de plus vraisemblable. Ce curieux groupe est malheureusement très fruste. — Terre rouge. Haut. omi7.
Fig. 3. — Le type de l’enfant lacchos, assis sur le sol
et tendant les bras vers sa nourrice, est trop répandu pour qu’il soit possible de le méconnaître dans cette petite figure si expressive; sa haute couronne en forme de polos suffirait pour la classer parmi les représentations mythologiques. Double exemplaire. — Terre rougeâtre, colorée en rose vif. Haut. om07.
Fig. 4. — Quoique plus banal, le type de l’enfant assis à la jambe repliée, dérivé comme le précédent du petit Horus égyptien, s’applique de même à lacchos, confondu de bonne heure avec Bacchus enfant (cf. PI. 38, fig. 3).
PLANCHE 5o
CYRÉNAÏQUE
Fig. i. — Nous donnons la première place dans cette planche à un petit buste estampé dont l’attribution à Déméter est indéniable à cause de sa stéphané et de ses cheveux tombants. Il confirme tout ce que nous avons dit des divinités représentées à mi-corps, comme sortant du sol, et particulièrement de cette déesse et de son rôle funéraire. — Terre rougeâtre. Haut. om09.
Fig. 2. — Une catégorie à part de figurines cyrénéennes, d’un travail un peu lourd et négligé, est caractérisée par une sorte de haute stépliané striée et comme radiée, avec traces de couleur d’or. Cette curieuse coiffure est portée par des femmes qui paraissent accomplir certains actes du culte. Telle est surtout cette petite figure, remarquable par sa tunique blanche attachée par deux grandes fibules saillantes et par quatre autres plus petites : les mains couvertes d’un linge sacré, elle porte religieusement devant elle la phiale ou patère à libations. Trois autres figurines, deux de proportions moindres, reproduisent le même motif. — Terre grise. Haut. omi75.
Fig. 3 — Jeune fille que sa couronne striée et ses fibules coniques rattachent aux précédentes. Son mouvement est celui d’une danse religieuse ou d’une marche rythmée. Ses mains tiennent les bouts brisés de deux objets cylindriques (flambeaux ou crotales). Pour le caractère funéraire de cette représentation , comparer les peintures d'un tombeau de Capoue, Bol- Icttino Napolitano , nouv. sér. an. II, PI. 4. — Terre rouge. Haut. omi8o.
Fig. 4. — Dans un style tout différent, il y a une certaine analogie entre cette représentation et celle que nous venons de décrire. La haute stéphané non striée, le seul bras qui reste, tendu en avant et tenant aussi l’extrémité d’un objet brisé, la robe sans plis, qui indique le mouvement de la marche, ont quelque chose de tragique et se rapporteraient parfaitement à une
Déméter portant les flambeaux. Petite figurine, sommairement modelée à la main, sauf la tête qui présente des détails d'une extrême finesse. Même fabrication, toute particulière, que le n° 3 de la Planche 48. Terre orangée, fine. Haut. omi4-
PLANCHE 5i
CYRÉNAÏQUE
Une classe très curieuse de terres cuites est formée par les vieilles femmes grotesques et ventrues, tantôt voilées ou drapées, souvent aussi complètement nues et même indécentes, qui parfois minaudent avec de faux airs de Vénus pudiques. Les créations de la comédie ont eu certainement une grande influence sur ces représentations, comme sur toute la caricature antique. Nous croyons cependant que la persistance et l’universalité de plusieurs de ces figures ne peuvent s’expliquer, si l’on ne remonte aux types étranges des anciennes déesses orientales, aux fables irrévérencieuses qui couraient sur leur compte et qui avaient rejailli sur les déesses grecques correspondantes, sur Aphrodite, sur Cybèle et même sur la grave Déméter, malgré l’effort fait pour les rejeter sur des formes secondaires des mêmes divinités, comme la vieille nourrice Dêo, la plaisante Iambé ou l’impudique Baubo.
Fig. 1. — Vieille femme grotesque, qui lève son voile de couleur bleue; la face a le caractère d’un masque scénique. Type qui s’est retrouvé en Crimée ( Compt . rend. St-Pétersb., 1875, PI. 2, fig. 3 1 ) . — Terre rouge. Haut. om85.
Fig. 2. — Autre vieille femme voilée, pérorant : la rugosité de son visage pourrait la faire prendre pour une caricature d’homme, malgré le caractère féminin de sa longue tunique jaune, sous son voile brun, et de ses chaussures fermées, coloriées en rouge : un des exemples les plus fins de la caricature grecque. — Terre rouge. Haut, orao8.
Fig. 3. — Vieille femme grotesque, coiffée en pointe; elle ramène avec une intention très marquée son voile et sa main, comme pour se cacher le visage ou se fermer sa bouche (cf. notre Catal. des figurines, nos 185-192, de Chypre, et Revue archéol., anc. sér. V, p. 6 5 1 , PI. io5). La même àKertch [Compt. rend. Sl-Pétersb.} 1869, PI. 3, fig. 11). — Terre rougeâtre. Haut. om85.
Fig. 4. — Autre vieille, coiffée en pointe, mais non voilée, inclinant la tête et ramenant son manteau sur sa poitrine avec une expression de pudeur affectée et grimaçante (cf. Compt. rend. Sl-Pétersb., 1 865, PI. 6, fig. 5). Une très jolie terre cuite du même type, au British Muséum, est coiffée du calathos. Cette attitude
se retrouve surtout dans les figures comiques de vieilles femmes nues: nous n’avons pas cru pouvoir reproduire une terre cuite béotienne de cette série, où le modelé atteint à une puissance de réalisme grotesque vraiment surprenante. — Terre rouge. Haut. omo8.
Fig. 5. — Au milieu de ces figurines cyrénéennes, qui, d’ailleurs, reproduisent des types répandus dans tout le monde antique, nous avons placé, comme terme de comparaison, un petit groupe de la collection Campana, où la vieille femme grimaçante et voilée, au ventre proéminent, a devant elle un enfant nu, dont le geste singulier paraît une allusion à la fable d’Iacchos, de Baubo et de la Déméter orphique. La partie inférieure, au-dessous de la cassure, est restaurée. — Terre grise, analogue à celle de Capoue. Haut. omi6.
Fig. 6. — La fabrique grecque de Kittion, dans l’île de Chypre, a produit cette petite figurine de vieille femme grotesque, d’une nudité inconvenante, bossue, accroupie en boule, tenant un canthare des deux mains. — Terrejd’un jaune rosé. Haut. omo5.
CYRÉNAÏQUE
Enfants, génies ailés ou aptères.
Fig. 1. — Eros funèbre ou Pothos, appuyé sur une torche renversée, le haut du corps seul enveloppé dans une chlamyde blanche à bordure grise, la tête couronnée d’une haute stéphané à bordures rouges et à palmettes noires. Les indications de couleur sont prises sur un second exemplaire, en partie brisé. — Terre rouge. Haut. omi45.
Fig. 2. — Eros couronné de fleurs, tenant la phiale, à demi couché sur le lit de festin, image du lit funèbre : il participe ainsi au caractère des divinités couchées, comme Bacchus, Ariadne, Atys, Adonis. Double exemplaire. — Terre rougeâtre. Haut. omio5 ; larg. om90.
Fig. 3. — Eros équestre, spécimen d’une série de figurines assez nombreuses parmi les terres cuites de la Cyrénaïque. 11 faut y rattacher les autres enfants à cheval, même quand ils sont sans ailes. — Terre rouge. Haut. omio.
Fig. 4. — Petit génie aux ailes bleues, jouant avec un cygne ou une oie. — Terre rouge. Haut. om55.
Fig. 5. — Enfant à la jambe repliée, jouant avec une oie et avec un petit chien de Malte, symboles d’Iacchos et d’Éros (cf. PI. 53). Estampé en applique. — Terre jaune. — Haut. omo6; larg. omo8.
Fig. 6. — Génie aptère, assis sur un chien bichon ou chien de Mélité (Malte). Composition toute de fantaisie: car cet animal favori des jeunes garçons était inca-
pable de porter même le plus petit enfant, ce qui n’empêche pas les anciens de l’associer, comme monture ou comme bête de trait, à Eros ou aux génies similaires, qu’ils soient ailés ou sans ailes. — Terre rouge. Haut. om i o.