CYRÉNAÏQUE, TARSE
S’il est un sujet qui, même' en sculpture, ait toutes les apparences d’un sujet de la vie familière, c’est assurément celui de l 'Enfant à Voie, connu par plusieurs statues de marbre, qui sont probablement des reproductions d’un ouvrage célèbre du fondeur Boéthos (Pline, Hist. natur., XXXIV, 19, 34). Ce plaisant motif a été multiplié, avec beaucoup de variété et d’enjouement, par les modeleurs de terre. Leurs compositions prouvent cependant combien il est facile de se laisser tromper par les prétendus sujets de genre, où la fantaisie de l’artiste ne fait souvent que broder sur des thèmes traditionnels et sacrés. Nous avons déjà rappelé que l’oie était l’animal d 'Herkyna, forme de la Déméter souterraine (cf. PL 18, fïg. 1). Il est naturel que les petits génies de ce cycle, comme Trophonios enfant, Iacchos ou le petit Bacchus, qui a fini par résumer en lui les caractères de tous les divins nourrissons des Grandes Déesses, soient représentés jouant avec l’oie. Nous avons réuni ici plusieurs terres cuites de la Cyrénaïque et de Tarse qui démontrent le rapport de ces représentations avec la religion des anciens. De ce qu’un modeleur de Tanagre s’est amusé à leur donner un pendant comique, en figurant une petite fille qui étrangle une poule, ce n’est pas une raison pour suivre je ne sais plus lequel de nos réalistes qui ne voit, dans les représentations d’enfants montés sur des animaux, que des scènes de « basse-cour. »
Fig. 1. — L’enfant assis sur l’oie, qui lui sert de monture, est nettement caractérisé, par la grappe de raisin à trois ramifications, comme un petit Bacchus; malheureusement sa tête est brisée. Dans un autre exemplaire, il a de plus des ailes. Cyrénaïque. — Terre rouge. Haut. omio5.
Fig. 2. — Si l’on doutait de l’explication précédente, cette femme tenant le tympanon, à demi couchée sur l’oie qui la porte (que ce soit Ariadne, Coré ou Herkyna), échappe à toute réalité et nous transporte en pleine fantaisie symbolique. Cyrénaïque. — Terre rouge. Haut. omo8.
Fig. 3. — L’enfant s’efforce de grimper sur l’oie qui cherche à se dégager par la fuite, ce qui donne la raison de la lutte si souvent représentée. Cyrénaïque, double exemplaire. — Terre rouge. Haut. omi 1.
Fig. 4. — L’enfant cherche à terrasser l’oie, en la serrant et en la mordant au cou. Ce n’est pas sans intention que le modeleur lui a donné l’attitude, traditionnelle de la jambe repliée. Dans un petit fragment de la même composition, la tête de l’enfant est couronnée de lierre. Rapporté de Tarse, par Victor Langlois. — Terre jaune. — Haut, et larg. omir.
Fig. 5. — Une autre terre cuite de Tarse, d’une époque plus avancée, nous donne de nouveau le résultat de la lutte. L’enfant vainqueur s’avance triomphalement, à cheval sur son oie. Les symboles, qui n’étaient que très légèrement indiqués dans les figurines précédentes, reparaissent ici et se compliquent d’éléments fournis par le syncrétisme alexandrin. La torche et les ailes appartiennent à Iacchos comme à Éros, la couronne de vigne de Bacchus est surmontée de l’emblème particulier du petit Horus, plus tard associé naturellement à ces dieux enfants et aussi à l’oie : en effet, dans les hiéroglyphes, l’oie, placée après la figure d’Horus, servait à écrire l’idée de fils (de la déesse Isis). — Terre d’un rose brunâtre. Haut. omi4.