BABYLONIE, CHALDÉE, SUSIANE
On recueille sur l’emplacement des anciennes villes de la Babylonie, de la Chaldée et aussi de la Susiane, un grand nombre de très petites idoles, toutes fabriquées d’après le même procédé et formant une classe à part, qui n’a pas été assez remarquée. Elles sont d’argile massive, moulées sur une seule face : la terre cuite, de couleur pâle, presque blanche, parfois d’un gris verdâtre, plus rarement brune, est d’une extrême dureté. Les plus anciennes sont d’un style purement oriental, qui se distingue cependant du style assyrien proprement dit. Je n’hésite pas à reconnaître dans plusieurs d’entre elles de précieux spécimens de l’art chaldéo-babylonien, encore si peu connu. Plusieurs de ces figures proviennent de la collection formée à Bagdad par feu Pacifique Delaporte, consul général de France.
Fig. i. — Homme debout, barbu, en longue robe, tenant ses mains l’une dans l’autre : c’est l’attitude du repos et de l’attente respectueuse chez les Orientaux, donnée aussi à des figures royales et aux statues du dieu Nébo. Exemple, malheureusement très fruste, de toute une classe de petites images aux formes courtes et replètes, comprenant aussi des figures de femmes dans la même attitude. On les trouve dans le voisinage des sépultures; elles sont considérées comme les plus antiques que l’on tire notamment des collines funéraires de Ouarka (l’ancienne Orkhoé ou Erekli ), la grande nécropole de la Chaldée (Loftus, Travels in Chaldœa and Susia?ia, p. 219). — Terre d’un blanc verdâtre. Haut. om 1 2 .
Fig. 2. — Femme vêtue d’une robe à quatre rangs de franges, selon la mode babylonienne, portant des deux mains un vase qu’elle tient à la fois par le goulot et par le fond. Un fragment exactement semblable a été trouvé, à notre connaissance, dans la Basse- Chaldée. Comparez deux statuettes de femmes en bronze et en albâtre, du Musée du Louvre, et les statues d’un dieu à la tiare ornée de cornes, figuré dans la même attitude, à l’entrée du harem de Khorsabad. — Terre d’un gris verdâtre. Haut. omi2.
Fig. 3. — Tout observateur attentif reconnaîtra dans
cette figurine de femme nue, allaitant debout son enfant, un type purement asiatique, modelé, dans ses formes un peu pleines, avec une vérité charmante et une rare finesse. Je ne crains pas de la signaler comme une petite merveille en son genre, où se révèle le degré de perfection que l’art babylonien avait su atteindre. D’après P. Delaporte, elle aurait été trouvée dans un tombeau grec, près de Hillah et des ruines de Babylone, mais avec des cachets et des amulettes d’une époque beaucoup plus ancienne, au nombre desquels elle avait pu être conservée. La nudité de la figure ne peut guère s’expliquer que par une donnée mythologique que nous allons voir se développer dans les exemples suivants avec une exagération qui la rendra incontestable.— Terre d’un blanc verdâtre. Haut. omi4-
Fig. 4. — Déesse nue, debout, dans une pose hiératique, se pressant des deux mains la poitrine. Ses formes exubérantes, où se montrent tous les signes de la maturité et de la force, sont chargées de multiples parures, haute stéphané, chaînes croisées, etc., parmi lesquelles une étoile suspendue au cou. Les traits, malgré leur exagération, procèdent du même type oriental que dans la figure précédente, mais avec des traces d’affectation et de décadence qui paraissent indiquer l’époque perse. Loftus a trouvé sur l’emplacement même de Suse tout un dépôt de petites idoles exactement semblables à cette figure, dont le Louvre possède aussi de nombreux fragments. Or on sait qu’il existait dans cette ville un temple célèbre d’une déesse appelée en perse Anahata , en grec Nannaia, ou plus communément Anaïtis , et assimilée par les anciens tantôt à Diane, tantôt à Vénus. Les Achéménides et surtout Artaxercès Mnémon (404-362 av. J.-C. ) adoptèrent ce culte, qui n’est autre que celui de la déesse chaldéenne Nana ou Anat, et le propagèrent dans tout leur empire. D’après Bérose, ce fut Artaxercès Mnémon qui l’établit à Suse. (Loftus, Travels in Chaldœa and Susiana , p. 379; Bérose, Fragm., 16., éd. Didot; Plutarque, Artaxercès , 27; Pausanias, III, xvii, 8.) — Terre d’un blanc verdâtre. Haut. omi6.
Fig. 5. — Tête brisée d’une grande figurine à revers plat, du même genre que la précédente, mais avec des traits exagérés et un style de convention qui marquent la décadence de l’art asiatique. Rapportée de Syrie dans un lot d’objets orientaux de provenance diverse. — Terre d’un gris verdâtre. Haut. om07.
Fig. 6. — Ici la petite figure qui fait le geste des déesses nourrices est vêtue : elle porte une robe frangée et une tiare persique. Modelé plat, travail médiocre. Le Louvre possède une autre figurine presque identique trouvée à Ouarka. — Terre jaunâtre. Haut. omi2.
Fig. 7. — Fragment d’une petite figure plate très sommairement estampée : démon aux yeux ronds, à la face effrayante et barbue, couvert d’une sorte de manteau à capuchon. — Terre d’un blanc verdâtre. Haut.
omQ7.