BABYLONIE (BASSE ÉPOQUE
Les tombeaux de la Babylonie contiennent aussi un grand nombre de figurines tout à fait distinctes de la série qui précède, bien que fabriquées avec les mêmes argiles; elles sont creuses, moulées en deux pièces, et présentent les formes négligées de la décadence grécoromaine, modifiées par l’action des cultes sensuels de l’Orient. Si imparfaites qu’elles soient pour la plupart, elles témoignent de la longue vitalité des grandes communautés de Grecs et d’Orientaux hellénisés que la conquête macédonienne avait fondées dans la haute Asie et qui s’y perpétuèrent après la conquête parthe (255 av. J.-C.) au milieu de la demi-barbarie des Arsacides. Sur la ville libre de Séleucie, eijcore toute macédonienne au Ier siècle ap. J.-C., avec ses 600,000 habitants (voir Pline, Hist. nat., VI , 3o.) Plusieurs de ces figurines, que nous appellerons gréco-babyloniennes, ont été décrites par P. Delaporte comme trouvées dans une chambre sépulcrale près de Hillah et des ruines de Babylone.
Fig. 1. — Poupée funéraire, dont les épaules sont percées pour recevoir des bras mobiles, le bras droit étant ordinairement replié en avant, avec la main ouverte, dans l’attitude hiératique des anciennes idoles. Quelques exemplaires, dont les bras sont fixes, ont la main portée au sein ou à la chevelure. Le type est celui d’une Vénus nue, aux formes développées, à la volumineuse coiffure, en rapport avec la Mylitta et l’Anaïtis de l’époque perse et babylonienne. Pour les tombeaux plus riches on exécutait les mêmes figures en albâtre, avec des bijoux d’or, des pierres fines enchâssées au nombril et aux yeux, et sur la tête le croissant de Diane s’ajoutant aux attributs de Vénus. Les terres cuites gardent les traces d’un enduit blanc de stuc, sans doute à l’imitation de l’albâtre; la coiffure est retouchée à la pointe, les détails du modelé et du sexe accusés par des traits de couleur rose. On ne peut douter que l’usage des poupées articulées ne se complique ici d’une idée religieuse ou magique. — Terre cuite d’un gris brunâtre. Haut. om24-
Fig. 2. — Un autre type de terres cuites, très commun dans les sépultures gréco-babyloniennes et dont les modèles les plus élégants sont de même exécutés en albâtre , représente une femme à demi couchée sur un lit de festin , attitude qui pouvait convenir aux morts, mais qui était aussi celle des divinités dans les lecîisternes d’origine orientale. Comparez le lit et la table de la chambre de Bel, dans la tour à sept étages de Babylone (Hérodote, I, 181). Il y en a de deux espèces : les premières, ordinairement vêtues d’une tu¬
nique à manches, portent sur la tête une haute tiare recourbée, qui semble indiquer une déesse locale, analogue à la Cybèle phrygienne. Nous en donnons un spécimen bien caractérisé, quoique d’une exécution assez grossière. — Terre d’un rouge brunâtre. Haut. omio; long. omi 2.
Fig. 3. — La seconde variété de ces figurines couchées représente une femme, le plus souvent nue, d’un type qui se rapproche de celui de Vénus, coiffée d’un nœud de cheveux formant une sorte de croissant sur le sommet de la tête. — Terre d’un jaune rosâtre. Haut. om07; long. omio.
Fig. 4. — Figurine de femme analogue à la précédente, mais avec les jambes enveloppées dans le manteau ; elle est couchée dans une litière à quatre pieds. — Terre brunâtre. Haut. omo8; long. omn.
Fig.. 5. — Cône creux, surmonté d’une petite figure assise qui rappelle les Vénus gréco-babyloniennes précédemment décrites. On ne connaît pas bien l’usage de ces espèces de clochettes de terre cuite, toujours percées d’un trou vers leur partie supérieure et communes dans les mêmes sépultures. Comparez les objets analogues trouvés dans les tombeaux cypriotes, les cônes funéraires et les anciennes idoles orientales de forme conique. — Terre grise. Haut. omi2.
Fig. 6. — Sommet d’un autre cône creux, portant un enfant assis, la jambe gauche repliée; sa tête est ornée d’une coiffure à trois pointes. L’attitude est celle des dieux enfants, comme Harpocrate ou le petit Bacchus: un rôle semblable était attribué dans la mythologie babylonienne à Tammuz ou Adonis. — Terre jaunâtre. Haut. omog.
ORIGINES COMPARÉES
Ce titre est commun à celles de nos planches où nous avons rapproché , pour l’étude des commencements de l’art, des terres cuites de provenance diverse. La Planche 4 est particulièrement consacrée à quelques rudes images de caractère oriental , dont plusieurs sont pour nous de provenance incertaine. En face d’une collection aussi ancienne et aussi vaste que celle du Louvre, une des difficultés de notre tâche a été de rechercher l’origine d’un assez grand nombre de figures, dont l’entrée n’était pas toujours régulièrement constatée sur les documents remis entre nos mains. La présente publication aura pour effet, nous l’espérons, de faire venir jusqu’à nous les renseignements qui ont pu nous manquer; nous les recevrons avec une grande reconnaissance.
Fig. 1. — Petite image grossièrement pétrie, exemple
rudimentaire des figurines terminées en cône creux. Les traits qui dessinent sur sa poitrine la forme des mains et une sorte de plastron (?) semblent tracés avec un instrument analogue à celui qui servait pour les écritures cunéiformes. Décrite comme découverte en Assyrie (A. de Longpérier, Notice des monuments assyriens, n° 292). — Terre d’un gris jaunâtre. Haut. om09-
Fig. 2, 3 et 4. — Trois maquettes plates, représentant des femmes nues dont les jambes accolées s’effilent en tiges minces. C’est une question de savoir à quel pays et à quelle époque appartiennent ces bizarres idoles, d’un type sauvage, modelées cependant par endroits avec une fermeté singulière. La première, faite d’une terre blanchâtre soigneusement lustrée, porte sous son bras un grand vase; la deuxième, de terre brune, est remarquable par son front démesurément élargi et percé de trous où sont engagées des houppettes de fil; la troisième, de terre rosâtre, sorte de Latone barbare, portant deux enfants, accrochés à son dos et à sa poitrine, est aussi parée de bouts de fil antique. Elles peuvent être comparées à certaines figures de la Babylonie , de la Sardaigne et surtout de l’île de Chypre. Deux d’entre elles (n°‘ 2 et 4) faisaient partie delà collection Rousset-Bey, formée en Égypte; l’autre ne porte pas de numéro d’entrée. — Haut. om22, omi6 omi 5.
Fig. 5. — Grossière idole cypriote de femme nue, très voisine des précédentes, mais d’un travail moins serré. On y remarquera la même manière d’indiquer le sexe par un triangle, qui se retrouve dans beaucoup de figures orientales (cf. PI. 2, fig. 4). Les oreilles percées en deux endroits, pour des anneaux mobiles, rappellent aussi l’usage phénicien (cf. PL 7, fig. 1). Au lieu de se tenir la poitrine, comme beaucoup de figures semblables, celle-ci a le rôle d’une déesse mère et porte un enfant aussi grossièrement modelé que son étrange nourrice. Pour le rapport de ces idoles avec l’Aphrodite cypriote, voyez PI. 6, fig. 6; PI. 9, fig. 4 et 6; PL 10, fig. 7, et Pl. 1 5, fig. 4. Ce sont en somme des imitations rustiques des déesses babyloniennes de la Planche 2. M. de Cesnola les considère comme provenant de la région de Dali (anc. Idalion), principalement de la très ancienne nécropole d'Alambra (Cesnola, Cyprus, p. 87, PL 6; cf. Catal. Cesnola, 1870, Pl. 1, n°‘ 125 et 126). Ce spécimen provient de la collection Barre ( Catalogue , n° 142). — Terre orangée, mêlée de gravier fin. Haut. omi2.
Fig. 6. — Autre figure cypriote du même caractère que la précédente; mais elle est creuse et travaillée à la manière d’un vase grossier. Trouvée à Athiéno (anc. Golgos ), fouilles de M. Lang. — Terre dure, d’un gris rosâtre. Haut. om20.
Fig. 7. — A la même tradition se rattache une figurine horriblement barbare, qui fait le double geste des déesses mères et des déesses nourrices. Elle a été
publiée comme un prototype phénicien de l’Aphrodite grecque. Nous la rangerions plutôt parmi les terres cuites babyloniennes de la basse époque parthe, et de toute manière parmi les reproductions tardives du style oriental. M. Guillaume Rey croit la reconnaître comme rapportée par lui de Hillah (cf. le n° 17 de sa liste, Archives des Missions, sér. 2, t. III, p. 372). Figure plate, mais creuse, déjà fabriquée dans un moule à deux pièces et travaillée sur l’une et l’autre face. Sous le collier, traces de caractères en relief, d’apparence grecque, employés peut-être pour transcrire une autre langue. Comparez : aussi certaines Vénus gauloises, qui portent de même des inscriptions en relief et des cercles décoratifs (Ern. Curtius, Archœologische Zeitung , 1869, p. 62). — Terre d’un gris verdâtre. Haut. om2o.
PHÉNICIE
Terres cuites phéniciennes de style pseudo-assyrien. Les terres cuites de la Phénicie n’offrent pas d’unité dans le style. Celles que nous avons réunies sur cette planche relèvent visiblement de la sculpture ninivite et se rapprochent surtout des statues cypriotes inspirées par le même art. Par la nature et la couleur orangée de la terre, elles appartiennent aux fabriques de la Phénicie septentrionale, et proviennent en effet de la nécropole d ''Amrit (anc . Marathus). Elles sont déjà moulées en creux, mais ajustées très librement à la main et caractérisées par une retouche du détail à la pointe, qui est particulière à cette catégorie, d’imitation assyrienne.
Fig. 1. — Quadrige équipé et armé à l’assyrienne : il devait être monté par quatre guerriers, dont les deux premiers sont brisés. La base est percée de trous, sans doute pour des roulettes mobiles. Les chars de guerre portant quatre hommes se retrouvent dans les bas-reliefs des derniers rois de Ninive (vers 65o av. J.-C.), mais ils n’ont que deux chevaux. (Cf. Bulletin de l’Athenœum français, 1 85 5, p. 40.) — Terre orangée. Haut. omn ; long. omi2.
Fig. 2. — Chariot, sur lequel est à demi couché un personnage barbu, en longue robe; les deux chevaux sont tenus en main par un serviteur placé entre eux. Ce sujet et le précédent se rapportent aux idées funéraires de voyage et d’escorte, idées dont l’expression variait suivant la condition du défunt. ( Athenœum français, ibid.) — Terre orangée. Haut. om2o; long. omi8.
Fig. 3. — Personnage barbu, coiffé d’une sorte de chapeau de forme particulière et vêtu d’une tunique
fendue par devant, comme Vabail des Syriens modernes. Fragment d’un sujet analogue aux précédents. — Terre orangée. Haut. omio.
Fig. 4. — Dieu portant à ses tempes les cornes d’Ammon, assis entre deux béliers qui forment les bras de son trône. Le même type est fréquent à Chypre. Exemple intéressant de représentation mythologique dans cette série de terres cuites funéraires. Le style, très négligé, indique la décadence de la fabrique. (A. de Longpérier, Musée Napoléon III, PI. 23, fig. 3.) — Terre orangée. Haut. omi2.
PHÉNICIE
Figurines phéniciennes de style pseudo- égyptien. Le même type est aussi très commun à Chypre , dans le dépôt de terres cuites de Larnaca (anc. Kittion), où il est mêlé avec des fragments de la belle époque grecque.
Fig. 1. — Tête d’une figurine de femme; imitation assez franche, mais rude, du style égyptien. Elle provient des fouilles de M. Renan à Tyr. (E. Renan, Mission de Phénicie, PI. 24, fig. 3, p. 532). — Terre rose pâle, épaisse et dure, de la région de Tyr et de Sidon. Haut. omo8.
Fig. 2. — Femme à coiffure égyptienne élargie; elle est assise sur un siège évidé sur les côtés et tient dans ses mains un éventail (?). Estampage creux, à revers plat, d’un modelé très sommaire. Toute la figure est couverte d’une engobe jaunâtre. On distingue des traces de couleur rouge aux oreilles, à l’éventail, au collier. — Terre orangée de la Phénicie septentrionale. Haut. omi9.
Fig. 3. — Femme assise, analogue à la précédente, mais dont l’attitude , fréquemment répétée dans les figures de la même classe, semble indiquer un état de grossesse. La coiffure, en s’élargissant davantage, arrive à former des espèces d’oreillettes. Cette altération progressive de la mode égyptienne est aussi un trait caractéristique de la série. Figurine acquise dans la région de Tortose (anc. Antaradus), par M. Renan [Ibid., PI. 24, fig. 1, p. 55). — Terre d’un rouge orangé, couverte d’une engobe jaunâtre. Haut. om20.
Fig. 4. — Partie supérieure d’une figurine de la même série, jouant du tympanon. Le visage, assez bien venu au moule , rappelle les types distingués du nouvel empire égyptien. Le tympanon était peint en rose. Fragment trouvé à Tripolis de Phénicie. — Terre d’un rouge orangé, engobe jaunâtre. Haut. omi4.
Fig. 5. — Imitation cypriote du même type, d’un travail un peu plus sec , reproduisant exactement
l’attitude du n° 3 ; elle provient , comme toutes les figurines semblables trouvées à Chypre, du dépôt de terres cuites de Larnaca (anc. Kittion). Lignes de couleur rouge et noire. — Terre d’un jaune rosé. Haut. omi8.
Fig. 6. — Autre reproduction cypriote, très commune aussi parmi les terres cuites de Larnaca ; elle diffère seulement des précédentes en ce que la femme assise tient ici à son sein un petit enfant, grossièrement raojuté à la main sur la terre estampée. Lignes de couleur rouge. — Terre d’un jaune rosé. Haut. omi8.