‹ Les figurines antiques de terre cuite du Musée du LouvreChapitre 5 sur 18 · OUVRAGES PHÉNICIENS · texte numérisé non relu

OUVRAGES PHÉNICIENS

Nous avons placé hors série trois monuments phéniciens de terre cuite, tous les trois d’une extrême rareté et d’un grand intérêt pour l’histoire de l’art. Ils témoignent de l’influence prédominante de l’Égypte sur l’ancien art phénicien. Le premier est un précieux spécimen de la fabrique carthaginoise. Les deux autres ont été portés par le commerce hors de la Phénicie, à Corinthe et dans l’île de Cos.

Fig. 1. — Masque peint, qui rappelle de très près ceux des couvercles de momies, mais dont le modelé n’a pas cependant toute la fermeté du travail égyptien et se sent un peu du naturalisme asiatique. De proportions réduites, muni de trois trous de suspension au sommet et d’autres trous sur les côtés, il ne pouvait avoir qu’un usage votif ou symbolique. Il n’est pas aisé de déterminer si c’était un masque d’homme ou de femme. L’oreille est percée au lobe inférieur et porte aussi la trace de trois anneaux au bord supérieur, suivant un usage des femmes phéniciennes. D’autre part, les joues sont marquées d’un profond sillon à la limite ordinaire de la barbe; le peintre n’a pas tenu compte de cette division, mais le ton rouge-brun, dont il a couvert toute la face, avait un caractère viril dans le système de coloration des Égyptiens ; les cheveux et les sourcils sont seuls peints en noir. Ce masque n’aurait pas été trouvé dans un tombeau, mais dans les citernes d El Malqua, sur l’emplacement de Carthage. Il a été signalé par M. Héron de Villefosse en 1874, pendant sa mission en Afrique, et patriotiquement offert au Louvre par M. Villedon. On ne peut de toute manière le faire remonter au delà de la fondation de Carthage — Terre rouge, assez rude. Haut. omi9.

Fig. 2. — Petit vase du genre des aryballes, représentant la tête d’un guerrier qui porte son casque abaissé sur son visage. Le travail et le type sont

égypto-phéniciens; le casque, à joues déjà mobiles, est grec, à part quelques ornements tracés à la pointe, parmi lesquels on remarque le cartouche du roi Ouabra , l’Apriès d’Hérodote (599-569 av. J.-C.). Le motif paraît avoir été inspiré par la vue ou tout au moins par le souvenir de ces mercenaires grecs, vêtus et masqués de bronze, qui jouèrent, à la solde d’Apriès, un rôle si important en Egypte et aussi en Phénicie. Ce précieux objet, apporté d’Athènes dans un lot d’antiquités grecques, a été désigné comme trouvé à Corinthe. Un fait d’un grand intérêt pour l’histoire de l’industrie antique, c’est que les Grecs ont aussi exécuté, dans le système de leurs anciens vases peints, les mêmes aryballes en forme de têtes casquées, avec une similitude dans le détail du décor qui ne saurait être fortuite. Les exemples grecs, jusqu’ici connus, trouvés principalement à Rhodes et en Italie, offrent un type de casque un peu moins ancien que le précédent, un casque à fronton saillant, où le nasal n’existe plus, même à l’état rudimentaire. — Terre blanche, autrefois vernissée ; traces de couleur bleue au casque, jaune aux ornements, noire aux yeux du guerrier. Haut. omo65.

Fig. 3. — Autre ary balle du même genre que le précédent : il présente la forme d’une tête d’Hercule coiffée de la peau de lion, exactement comme dans les représentations de l’art grec archaïque. Par une exception des plus curieuses, le visage est ici d’un type égyptien très prononcé, à part quelques légères anomalies de style, dans le dessin des yeux, dans l’arrangement de la barbe et dans le caractère de la gueule de lion, anomalies qui indiquent une fabrique phénicienne. Le travail n’est pas cependant d’une antiquité assez reculée pour que cet objet puisse être donné avec certitude comme un prototype antérieur aux plus vieilles images grecques ou gréco-cypriotes, qui reproduisent le même costume d’Hercule, introduit dans la légende hellénique par le poète rhodien Pisandre de Camiros, vers le milieu du VIIe siècle (Strabon, p. 688; sur l’Hercule égyptien d’Ervthres, en Ionie, apporté de Tyr, voyez Pausanias, VII, 5, 5). Le même petit vase est décoré au revers d’une seconde tête de lion, d’un relief assez effacé. Trouvé dans l’île de Cos, avec un autre aryballe en forme de tête casquée, de style grec archaïque. — Terre blanche portant des restes très visibles de vernis d’un bleu verdâtre. Haut. omo6.

ORIGINES COMPARÉES

Imitations, principalement phéniciennes, du dieu grotesque et pygmée appelé Bès en Egypte , et rangé par quelques archéologues au nombre des Patèques

phéniciens. Danseur et guerrier, empanaché de longues plumes, vêtu ordinairement de la peau de panthère, il a pris en Orient le caractère d’un Hercule nain combattant les animaux sauvages. Les figures trouvées dans les tombeaux delà Phénicie, de l’ile de Chypre, prouvent qu’il avait aussi un rôle funéraire. C’est un très ancien exemple de la vertu de protection attribuée aux images à la fois hideuses et risibles.

Fig. 1. — Ici, le grand voile qui tombe derrière la tête du dieu grotesque, la forme découpée de son bouclier, sont des innovations qui donnent à la figure un caractère particulièrement asiatique. Le panache de plumes et l’arme défensive sont brisés. Traces de couleur rouge à la langue et aux ornements du bouclier. Figurine en partie estampée à plat sur les deux faces, en partie modelée, trouvée au nord de la Phénicie, dans la région voisine d'Amrit (A. de Longpérier, Musée Napoléon ///, PI. 19, fig. 2). — Terre orangée très épaisse. Haut. omi9-

Fig. 2. — Petit groupe représentant le dieu Bès, affourché sur les épaules d’une déesse dont la nudité obscène et grotesque rappelle certaines Vénus babyloniennes. Les captives des bas-reliefs assyriens portent ainsi leurs enfants. Cet objet plat, travaillé des deux côtés, ne diffère des produits égyptiens que par le caractère mélangé du symbolisme. Il a été trouvé dans l’île de Chypre; mais ce doit être une importation phénicienne. — Terre vernissée bleue. Haut. omn.

Fig. 3. — Scarabée dont le dos représente une face grimaçante. Les divisions des élytres offrent une disposition qui rappelle celle des plumes sur la tête de Bès. Sur le plat sont gravés des signes hiéroglyphiques qui ne forment pas de sens. Acheté à Beyrout, donné au musée par M. de Saulcy. — Pâte vernissée verte. Long. omo2.

Fig. 4. — Figurine formant la panse d’une fiole. Elle confirme le rôle maternel que nous avons attribué à la déesse grotesque, qui donne ici le sein au petit Bès, accroupie dans une sorte de ciste ou de corbeille tressée. Emprunt à la collection égyptienne du Louvre.

— Terre noire. Haut. omo6.

Fig. 5. — Lampe à deux becs, de basse époque alexandrine, représentant aussi une déesse accroupie dans une ciste, entre deux colonnes qui portent les images dansantes de Bès dédoublé; il est même parfois représenté en nombre quadruple. Autre monument emprunté au musée égyptien. — Terre brune. Haut. om 1 2.

Fig. 6. — Figurine cypriote, imitation grossière et tardive du même dieu, appartenant à la série des terres cuites pseudo-égyptiennes de Larnaca (anc. Kittion).

— Terre rosâtre. Haut. omi 1.

CHYPRE

Les Planches g et io donnent quelques exemples des terres cuites fabriquées en grand nombre par les anciens potiers de l’île de Chypre. D’un travail primitif, mais dont la rusticité n’indique pas toujours nécessairement une antiquité reculée, ces figurines offrent un curieux mélange du style pseudo-égyptien et pseudoassyrien de la Phénicie, combiné à différents degrés avec le style grec archaïque. La variété et la familiarité des sujets n’en forment pas moins un tableau instructif des anciens usages de cette île, où l’élément phénicien a longtemps dominé un fond de population grecque. Trois sources principales fournissent les terres cuites de style cypriote :

i° Les anciennes nécropoles de l’intérieur de l’île et surtout celles de la région de Dali (anc. Idalion ) : figurines d’un modelage sommaire; terre dure, d’un ton gris ou jaunâtre, très mêlée de gravier;

2° Un dépôt de fragments découvert près de Larnaca (anc. Kittion ), où ces rudes images se rencontrent pêle-mêle, il ne faut pas l’oublier, avec les beaux fragments grecs des Planches 1 5- 1 7 : figurines souvent moulées grossièrement, en totalité ou en partie; terre jaune ou d’un rose orangé, déjà épurée avec soin;

3° Enfin, il existe à Chypre une fabrique populaire de basse époque, qui associe les procédés des anciennes fabriques locales à ceux de la décadence gréco-romaine : les figures de c.e genre se rencontrent particulièrement dans la région de Limassol (anc. Amathonte) : terre assez grossière, d’un rouge brun.

Fig. 1. — Bizarre maquette plate : personnage dont la tiare se termine en longue broche. Le profil, malgré le caractère asiatique du costume, ressemble plutôt à une charge grossière du type grec archaïque. Quand ces figurines sont entières, les jambes réunies forment aussi une seule tige mince d’une longueur démesurée. On les trouve à Larnaca. — Terre jaune pâle, très dure. Haut. om23.

Fig. 2. — Femme qui porte un vase sur sa tête et allaite en même temps son enfant : exemple grossier du type de l’hydrophore. Maquette modelée au pouce, en forme de colonne pleine, et décorée de traits de couleur noire. Tombeaux de Dali. — Terre jaune, dure; gravier rare. Haut. omi8.

Fig. 3. — Personnage barbu, portant le bonnet cypriote replié en arrière; il tient entre ses mains un oiseau (colombe?) dont il semble faire offrande. Figure grossièrement modelée au pouce, montée en creux, sur une colonne terminée en forme de cône : ces cônes cypriotes sont toujours percés latéralement de

deux trous. Détails et filets décoratifs rouges et noirs. Trouvé à Koschi, entre Dali et Larnaca; fouilles de M. Lang. *— Terre grise, dure, criblée de petites paillettes noires. Haut. omi7.

Fig. 4. — Nous revenons aux étranges déesses nues dont la Planche 4 (fig. 5 et 6) a déjà donné des exemples très primitifs. Ici, malgré la rudesse du travail, on reconnaît un procédé plus avancé, un essai de moulage exécuté sur un fond légèrement convexe. L’attitude traditionnelle, la disposition de la multiple parure, indiquent une imitation grossière, mais très directe, de l’idole asiatique de la Planche 2, figure 4, que je considère comme étant de l’époque perse. Bien qu’elle diffère des types ordinaires de la fabrique de Kittion, cette figure a été rapportée par M. G. Ceccaldi, comme découverte à Larnaca. — Terre d’un gris jaunâtre, dure, criblée de petit gravier. Haut. om2o.

Fig. 5. — Autre représentation, beaucoup plus fine, du même type de l’Aphrodite cypriote : petite figure de terre massive, à revers plat, estampée dans un moule à une seule pièce; restes de coloration noire aux cheveux, jaune aux bijoux. C’est un bon spécimen du caractère propre de l’archaïsme cypriote arrivé à son plein développement. Trouvé à Dali, il provient de la vente faite par M. de Cesnola en 1870, Catalogue, n° i32. — Terre rose, dure, mêlée de gravier. Haut. omi 5.

Fig. 6. — Maison de forme carrée, montée à la main; le prothyron est décoré de deux colonnes à chapiteaux de lotus, colorés en vert, et le mur percé de cavités rondes, comme des trous de colombier. La porte, qui s’ouvre en dedans, est gardée par un oiseau à tête de femme (sirène, harpye, image de l’âme des morts); sur les côtés, deux autres têtes féminines regardent aux fenêtres. Les figures indiquent une imitation grossière du style égyptien. Cette importante pièce de terre cuite, qui paraît une allusion à l’habitation funéraire, provient des tombeaux de Dali. — Terre jaune rosâtre, rude et mêlée de gravier. Haut. om2 1 ; larg. om22.

Fig. 7. — Groupe grossièrement pétri à l’imitation du style égyptien : une femme assise en tient une autre, défaillante, sur ses genoux; une troisième femme, agenouillée, porte une sorte de poupon. D’autres groupes en pierre calcaire indiquent que ce doit être une scène votive d’accouchement : comparez le culte d’Ariadne-Aphrodite, déesse des accouchements, à Amathonte (Plutarque, Thésée, 20, 4). Rapporté par G. Ceccaldi, comme provenant de Dali. — La terre rose, d’une pâte douce, très fine, est plutôt celle de la fabrique de Larnaca. — Haut. omi 1 ; long. oraio.

PLANCHE io

CHYPRE

Continuation des terres cuites d’ancien style cypriote. Les trois dernières figures sont des imitations traditionnelles de cet archaïsme local.

Fig. i. — Dieu asiatique, caractérisé par le sceptre et par la tiare à une paire de cornes. Son image se dresse derrière un autel, au fond d’une niche, surmontée par l’emblème phénicien du croissant renversé, audessus d’un disque ; les assises de l’édicule sont indiquées par des lignes alternativement noires et rouges. Cette petite composition, rudement ébauchée, a été reconnue par M. de Cesnola comme découverte par lui dans les très anciens tombeaux dAAlambra , à l’ouest de Dali, avec des vases de terre incisés à décor géométrique. C’est une preuve irrécusable de l’influence exercée dans l’intérieur de l’île par l’art et par la religion des Phéniciens, à une époque où ce peuple était lui-même adonné à l’imitation du style assyrien. Catalogue Cesnola , 1870, PI. 1, n°95. — Terre d’un rouge orangé, mêlée de gravier. Haut. omi3.

Fig. 2. — Petit char de combat, dont le fond est peint en rouge, la caisse en vert : les roues sont mobiles; les chevaux étaient modelés à part. Il est monté par deux guerriers, l’un tenant les rênes, l’autre armé d’un bouclier; leurs casques coniques ont des pièces fixes couvrant les oreilles, comme les casques assyriens du VIIe siècle et du VIe siècle. Spécimen de toute une série de chars et de chariots, imitations rustiques des chars phéniciens attelés à l’assyrienne de la Planche 5 : le symbolisme est le même. Les Cypriotes se servent encore des chars de guerre en 5oi av. J.-C. (Hérodote, V, 1 1 3) . Fouilles de M. Lang; trouvé dans les tombeaux de Haghia-Barbara , près d 'Al ambra. — Terre d’un rose orangé; quelques graviers. Haut. omi5.

Fig. 3. — Les nécropoles cypriotes ont produit une grande variété de figures de cavaliers et de fantassins armés , qui se rattachent toujours aux idées d’escorte et d’appareil militaire dont les anciens aimaient à s’entourer dans leurs tombeaux; comparez les bas-reliefs du sarcophage d’Amathonte (Cesnola, Cyprus , PI. 14). Nous voyons ici un cavalier dont le type naïf s’écarte du premier style pseudo-assyrien d’Alambra. Parmi les bariolages noirs et rouges qui le décorent on distingue sur le cou du cheval le symbole de la croix gammée. Découvert à Castroulla, près de la pointe de Cai'pas, dans une sépulture contenant des vases à filets de couleur et à grossières figures peintes. Fouilles de M. Lang. — Terre rose, dure; gravier rare. Haut. om2i; long.

Om22.

Fig. 4. — Tête de grande figurine, dont la longue

barbe, la chevelure bizarrement taillée et rasée, sont d’un caractère très ancien ; mais le profil appartient au type archaïque gréco-cypriote, plutôt qu’au type asiatique. Modelage sommaire, avec détails repris à la pointe. Fragment désigné par G. Ceccaldi comme devant provenir de la région de Carpas. — Terre grise, toute pailletée de petits points noirs. Haut. om07.

Fig. 5. — Avec cette figure commencent les imitations relativement récentes de l’ancien style local. C’est d’abord un guerrier, auquel on a cherché à conserver le caractère cypriote en le coiffant d’un casque recourbé en forme de bonnet phrygien, dans le style oriental de convention employé à l’époque grecque. Il était monté dans un char dont il ne reste qu’un débris. L’ensemble est modelé d’après les procédés primitifs; mais le visage, estampé dans un petit moule à part, est d’une exécution très avancée. Fragment rapporté par G. Ceccaldi comme provenant de Dali , mais désigné comme appartenant au type de la région d'Amathonte.

— Terre d’un brun violacé, mêlée de gravier. Haut.

OmIÇ).

Fig. 6. — Attelage de quadrige, au-dessus duquel se montrent deux personnages coiffés du pétase, l’un barbu, l’autre imberbe; ils, ont leurs bras passés sur les encolures de chaque paire de chevaux. Il est difficile de dire si ce sont des héros protecteurs des attelages, tels que les Dioscures, ou de simples hippocomes , comme à la Planche 5, fig. 2. Ce curieux groupe, ébauché et découpé d’après le vieux système, mais dont les têtes sont moulées dans le style courant de l’école grécoromaine, se rattacherait ainsi de loin à la série des chars funéraires de l’ancienne fabrique. Désigné par M. de Cesnola comme appartenant à la région ddAmathonte. — Terre rude, d’un brun violacé, mêlée de gravier. Haut. omi6; larg. omi4-

Fig. 7. — Femme nue, coiffée à l’égyptienne et caractérisée à la fois comme déesse nourrice et génératrice. L’imitation affectée du style égyptien indique une époque assez tardive. L’ancienne attitude de l’Aphrodite orientale et cypriote, portant la main à sa poitrine, se complique d’un autre geste qui rappelle l’Aphrodite de Cnide, mais qui n’a été retrouvé jusqu’ici dans aucune figure orientale que l’on puisse considérer avec certitude comme antérieure à cette statue grecque (cf. PL 4, fig. 7). Figurine estampée à l’aide d’un moule à une seule pièce, sur un fond à revers plat; elle provient des fouilles de M. Lang dans la région de Larnaca.

— Terre assez fine, d’un rouge orangé. Haut. om20.

Pour compléterla série des imitations du style égyptien à Kittion , voir plus haut PL 6, fig. 5 et 6; PI. 8, fig. 6. Quant aux beaux fragments grecs de même provenance, on les trouvera aux Planches 1 5 , 16 et 17.

PLANCHE n

ORIGINES COMPARÉES

La Planche n, d’une importance particulière pour l’étude des origines de l’art grec, réunit plusieurs exemples d’une classe de figurines funéraires qui se trouvent répandues sur plusieurs points de la Méditerranée, dans le nord de la Phénicie, à Rhodes, en Grèce, en Sicile, en Italie. C’est une grave erreur, croyons-nous, de les appeler phéniciennes : elles s’éloignent également du style pseudo-égyptien et du style pseudo-assyrien , qui sont les deux termes de l’art phénicien , pour se rapprocher tout à fait du style rude et original créé par le premier archaïsme grec, au milieu même des emprunts qu’il fait à l’Orient. A Rhodes surtout, ces figurines se trouvent dans leur véritable milieu : nous les considérons comme des produits de l’art rhodien ou, plus généralement, des anciennes écoles grecques d’Asie, au VIe siècle avant notre ère. Leur présence dans quelques nécropoles phéniciennes prouve l’antiquité de Y influence en retour exercée sur la Phénicie par le commerce des Grecs et par l’art grec oriental, dès le temps de l’archaïsme. On ne fera jamais bien l’histoire de l’art phénicien, si l’on ne veut pas admettre cette réciprocité très ancienne. Presque toutes ces figurines sont faites avec des argiles semblables, d’un rouge orangé, d’un ton mat, moulées en creux, assez sommairement; elles ont pour caractère commun de fabrique des bases fermées en dessous.

Fig. i. — Déesse funéraire assise les mains sur les genoux, coiffée d’une haute tiare cylindrique, qui surmonte un voile carré. Traces de couleur pourpre à la tunique. Cette figurine provient de la nécropole d 'Amrit ( anc. Marathus ) , dans la Phénicie septentrionale (De Longpérier, Mus.Nap. III, pl. 24, f. 3). — Terre orangée, pleine de petites paillettes. Haut. omi9-

Fig. 2. — Déesse funéraire presque identique à la précédente; le voile est seulement plus long. La haute tiare est la kidaris , empruntée aux déesses orientales par les déesses grecques de l’époque archaïque ; elle avait donné son nom en Grèce à la Déméter Kidaria. Statuette provenant des fouilles de Salzmann dans la nécropole de Camiros, à Rhodes, où ce type de figurine est très fréquent; on l’a rencontré aussi à Syracuse, dans un tombeau grec, et jusqu’en Apulie. — Terre orangée. Haut. om20.

Fig. 3. — Tête de figurine du même style que les précédentes, mais avec une coiffure arrondie, formée du voile et d’un bandeau relevé sur le front. Le travail , très net, permet de bien distinguer le type, qui est, à un état déjà perfectionné, letype de la première période {

de l’archaïsme grec. Fragment trouvé à Camiros, don de Salzmann. — Terre orangée. Haut. omo8.

Fig. 4. — C’est par erreur que ce personnage assis a été rangé longtemps parmi les figurines de la Phénicie; il appartient à la série que nous décrivons, et vient de la collection Campana, c’est-à-dire de l’Italie. Sa chevelure tombe en longues boucles, d’après une mode grecque et surtout ionienne, répandue au VIa siècle chez plusieurs peuples riverains de la Méditerranée. Les espèces d’épaulières qui s’attachent sur sa poitrine ne sont peut-être que les extrémités d’un manteau rejeté en arrière (De Longpérier, Mus. Nap. 111 , pl. XXIV, f. 1). — Terre d’un rouge orangé. Haut. omi5.

Fig. 5. — Déesse assise, à coiffure arrondie; elle tient une colombe, comme Aphrodite. Le fragment rhodien n° 3 faisait partie d’une figurine semblable. Celle-ci provient à'Amrit, en Phénicie ; mais les fouilles de Camiros en ont fourni de toutes pareilles (De Longpérier, ibid., f. 3). — Terre d’un rouge orangé; quelques paillettes. Haut. omi3.

Fig. 6. — Petit groupe représentant, sur le même siège, un couple conjugal. On remarquera qu’il réunit deux types très voisins des figurines n05 3 et 4. Les vêtements portent des traces de couleur pourpre. Acheté en Grèce, avec un lot de figurines archaïques de Tanagre , comme trouvé dans la même nécropole : la terre et la patine crayeuse s’accorderaient mieux avec une provenance rhodienne. Un groupe semblable a été publié comme provenant de Samos (Gerhard, Antike Bildiverke , pl. 1) . — Terre orangée. Haut. om09 ; long. omio.

ORIGINES COMPARÉES

Cette planche comprend deux séries différentes.

Les trois premières figures proviennent de la nécropole de Sidon en Phénicie. La terre, d’un rose pâle, très dure, à parois épaisses, se distingue au premier coup d’œil des terres cuites orangées de la Phénicie septentrionale. Ces caractères matériels se retrouvent au contraire dans le fragment de Tyr publié plus haut (Pl. 6, fig. 1). Il y avait donc, autour des deux grandes cités phéniciennes, une fabrique locale de figurines d’argile, mais une fabrique toute populaire , qui devait laisser, comme en Égypte, les ouvrages plus fins à l’industrie de la terre vernissée. En effet, le travail est sommaire, presque grossier, sans être toujours pour cela très antique ni purement phénicien.

Les deux figures suivantes appartiennent à une autre classe; elles continuent la Planche 11 et terminent la série des statuettes que l’on rencontre à la fois à Rhodes

IO

et dans le nord de la Phénicie. Ce sont des types perfectionnés du premier archaïsme grec, conservant, au contact de l’Orient, un caractère asiatique assez prononcé.

Fig. i. — Grossière idole de femme, moulée en plein, à revers plat; imitation lointaine du style égyptien. Trouvée à Saïda (anc. Sidon ) , dans les terres qui recouvraient une fosse funéraire antique (Renan, Mission de Phénicie, p. 475; cf. p. 484). — Terre d’un jaune rosé. Haut. om20.

Fig. 2. — Buste d’une figurine qui portait un bouclier; indication primitive des plis du manteau par des stries parallèles. Trouvée au même endroit ( Renan , ibid.). — Terre rose. Haut. omi 1.

Fig. 3. — Déesse debout , couronnée d’une sorte de large stéphané et vêtue de la robe rabattue en double sur la poitrine [hémidiploïdion]-, chevelure tombant en grosses torsades; ornements rouges à la couronne et au vêtement, ceinture bleue, Les bras sont brisés. Imitation locale de l’archaïsme grec, dont l’influence se trahit par le costume et par le type du visage, au profil saillant, mais rectiligne. Figurine fabriquée dans un moule à deux pièces; le revers ne donne que les masses principales du modelé. Trouvée en plusieurs fragments dans la même sépulture sidonienne que les figures précédentes (Renan, ibid.). — Terre d’un jaune rosé clair. Haut om3o.

Fig. 4. — Femme debout, dont la chevelure, relevée en deux bandeaux sur le front, se divise en longues boucles et tombe en nappe ondée derrière le dos. La coiffure , le costume , le type archaïque adouci , les chutes symétriques de la draperie, appartiennent à une époque assez avancée de l’ancien art grec oriental; mais il y a une réminiscence évidente des statuettes funéraires égyptiennes dans le contour général de la figure. Moulage en deux pièces; revers modelé plus sommairement; base fermée en dessous. Traces de couleur pourpre, avec bande verte, au manteau. Le Louvre possède des exemplaires de ce type, provenant des tombes rhodiennes de Camiros, de la nécropole d'Amrit, en Phénicie, et aussi de la collection Campana (De Longpérier, Mus. Nap. III, pl. 26, f. 1 ; Salzmann , Fouilles de Camiros , pl. 1 1). — Terre d’un rouge orangé. Haut. om24-

Fig. 5. — Un dernier progrès du même archaïsme grec, adouci par la mollesse orientale, a créé une figurine d’un type encore plus recherché. Ses cheveux ondulés sur le front ne rappellent plus, même de loin, la perruque égyptienne. Elle retient son péplon agrafé transversalement sur une tunique finement plissée; l’autre main porte une colombe. Ici on ne peut méconnaître une Aphrodite, qui devenait en Phénicie une Astarté. Cette figurine et la précédente sont parfois surmontées d’un orifice de vase, qui en fait de véritables alabastres. L’exemplaire que nous publions provient de

la région d'Antaradus, toujours dans la Phénicie septentrionale; mais on a trouvé des figurines semblables à Camiros, et aussi en Grèce, en Italie : le petit animal qui sert de symbole change quelquefois (canard, lièvre) et peut faire varier l’attribution (De Longpérier, ibid., f. 2). — Terre orangée. Haut. om2 7.

Fig. 6. — Petit groupe modelé en maquette, représentation familière d’une scène de repas; il se compose de deux hommes à demi couchés, ayant des couronnes, et d’une figure assise, dont la coiffure se termine en pointe (joueur de flûte?). Sur la même plaque de terre cuite on voit une guirlande (?) et un chien. On sait la part que le festin avait dans les anciens rites funéraires. Ce groupe provient de la nécropole d'Amrit ; il a été donné au Musée par M. E. Guillaume Rey. — Terre orangée. Haut. om09; long. om2i.

PLANCHE i3

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