RHODES
On a déjà pu juger par les planches précédentes de l’importance de la fabrique rhodienne de terres cuites. Elle représente excellemment , par une série continue et avec une remarquable unité , le premier archaïsme grec, tel qu’il se forma au contact de l’Orient, non seulement à Rhodes et chez les Doriens d’Asie, mais aussi dans toute la Grèce asiatique. Les relations de ce style, appelé bien à tort phénicien, avec les anciennes écoles de Corinthe , de la Sicile et avec l’archaïsme étrusque, intéressent au plus haut point l’histoire de l’art antique. La connaissance des antiquités de Rhodes est due principalement aux fouilles exécutées par feu Auguste Salzmann dans la nécropole de l’ancienne ville de Camiros. La plupart des terres cuites rhodiennes du Musée du Louvre proviennent de cette source. La terre des figurines de Camiros est sensiblement la même que celle des figurines de la Phénicie septentrionale ; elle se rapproche aussi beaucoup de la terre employée à Kittion, dans l’île de Chypre. C’est, en somme, la terre orangée que l’on trouve employée de préférence dans les ouvrages de l’ancienne plastique, et qui doit ses qualités à des traditions communes sur le choix des gisements et sur le lavage des argiles.
Figures i, 2 et 3. — Les trois premiers numéros montrent la fabrique de Camiros débutant par des maquettes grossières, plates ou cylindriques, qui représentent exclusivement des figures de femmes. Certains ajustements y accusent avec évidence l’influence des modèles égypto-phéniciens ; mais c’est une imitation locale, particulière à cette fabrique: car les visages, qui
de bonne heure paraissent estampés à l’aide d’un petit moule à part, offrent déjà, dans toute son exagération primitive, le type rude et accentué créé par l’archaïsme grec. On remarquera surtout le curieux motif représentant deux femmes qui se tiennent enlacées : cette juxtaposition peut avoir été inspirée par le groupe égyptien d'Isis et deNephthys; mais, pour une population grecque, elle ne pouvait avoir d’équivalent que dans lecouple divin de Déméter et de sa fille (cf. fig. 7). Salzmann , Fouilles de Camiros, pl. 14. — Terre d’un rouge orangé. Haut. omi2, omi6 et omi8.
Fig. 4. — Pour étudier progressivement la suite des figurines de Camiros, il faudrait placer ici les nos 2 et 3 de la Pl. 1 1 , 4 et 5 de la Pl. 12. A la même période de l’art appartient aussi ce petit vase, modelé en forme de buste de femme. Les traits, dessinés au pinceau, y accentuent plus nettement encore le type original créé par le premier archaïsme grec. On remarquera que l’obliquité de la ligne des yeux, loin d’être un caractère ethnographique primitif de ce type, est une affectation qui s’y introduit à une époque déterminée et qui n’existe pas dans les figures les plus anciennes. Le dessous du vase porte des enroulements peints qui ont quelque analogie avec l’ornement appelé palmette phénicienne, mais qui rappellent plus directement le décor végétal des très anciens vases peints de Cæré en Étrurie. — Terre jaune. Haut. omio.
Fig. 6. — Le même type, adouci et affiné par le progrès de l’art, se retrouve dans un charmant petit vase en forme d’oiseau à tête de femme. C’était pour les Égyptiens l’image de l’âme des morts : les Grecs en avaient fait un être mythologique, Sirène ou Harpie, qui resta étroitement attaché au symbolisme des tombeaux. Cette forme de vase et la précédente se retrouvent Iréquemment aussi en Italie, parmi les poteries d’ancien style corinthien. — Terre orangée. Long. omi 1.
Fig. 5. — Petit masque de femme voilée, couronnée de la stéphané; il est peint en blanc, avec des ornements noirs, bleus et rouges, et percé de deux trous desuspension. Ce joli monument touche déjà de près à l’époque du beau style ; il devrait passer après les figurines 1, 2 et 4 de la Pl. 14. C’est un spécimen de toute une classe d’objets semblables , de proportions souvent beaucoup plus grandes , dont l’usage pouvait dériver des anciens masques de momies (cf. Pl. 7, fig. 1). Cependant, chez les Grecs de Rhodes, ces masques avaient déjà pris un caractère différent et représentaient les faces protectrices des déesses funéraires. Comparez le masque de la Déméter Kidaria , dont un prêtre arcadien se couvrait pour « fustiger les êtres souterrains», c’est-à-dire pour empêcher les morts de nuire aux vivants (Pausanias, VIII, 16, 3). — Terre orangée. Haut. omi2.
Fig. 7. — Au musée britannique , plusieurs terres cuites de Camiros, d’un style grec assez avancé, représentent un groupe de deux déesses assises sur le même
trône et couvertes du même voile. J’ai retrouvé ce sujet dans une toute petite terre cuite du Louvre, que je n’hésite pas à restituer à Rhodes. C’est la reproduction traditionnelle du curieux groupe primitif que nous avons expliqué plus haut (fig. 3) ; il se retrouve aussi à Chypre avec des caractères qui ne permettent pas de méconnaître Déméter et Coré (Pl. 16, fig. 1). — Terre orangée pleine. Haut. omo6.
ORIGINES COMPARÉES
Autre classe de figurines funéraires représentant la seconde période de l’archaïsme grec : l’archaïsme perfectionné, tel qu’il se montre dans les frontons d’Égine, vers le commencement du Ve siècle. Les modèles les plus francs de cette catégorie sont jusqu’ici ceux qui ont été trouvés à Rhodes, où ils terminent, avec les masques estampés, la série en terres cuites archaïques; mais on en rencontre aussi des reproductions et des imitations presque identiques sur plusieurs points du littoral méditerranéen, en Grèce, en Cyrénaïque, en 'Italie. Le style vise à l’élégance dans les attitudes et dans les proportions. Des frisures épaisses, faisant saillie sur le front, caractérisent la coiffure de l’époque. Les figures sont creuses, à revers plat, avec des bases fermées en dessous.
Figures 1, 2 et 4. — Ces figures, tirées par Salzmann des tombeaux de Camiros , donnent les trois principaux types du genre : un type de femme assise, les deux autres debout, tenant de leur main droite l’extrémité de leur sein, geste étrange, qui répugne aux convenances de la vie grecque et ne peut s’expliquer que comme une atténuation traditionnelle de la pose des Vénus orientales. Ce sont donc des images de la déesse Aphrodite, dans son rôle de déesse funéraire, ou de quelques divinités analogues, telles que Perséphone, considérée comme l’Aphrodite souterraine. Il y a là une conséquence qui s’étend à beaucoup d’autres petites idoles de femmes drapées, trouvées dans les tombeaux. — Terre cuite -orangée (Salzmann, Fouilles de Camiros , pl. 18). Haut. omi6, om2o et om2i.
Fig. 5. — Variante du type n° 2 , dont la chevelure est relevée par une petite écharpe ou mitra. Elle a été donnée au musée par M. Challet, consul de France, qui l’a trouvée lui-même dans un tombeau grec de l’île de Syra (anc. Scyros ), avec une autre figurine du type n° 2. Ces statuettes étaient placées debout aux angles du tombeau, des deux côtés de la tête du mort.
Fig. 3. — Tête de figurine, coiffée d’une très large stéphané; le type est analogue à celui des précédentes.
Celle-ci provient de Larnaca (anc. Kittion) , dans l’île de Chypre, où les terres cuites de ce style archaïque élégant, formant la transition entre les anciennes fabriques locales et la fabrique grecque, sont très rares. — Terre rose. Haut omi2.
PLANCHE i5
CHYPRE
L’important gisement de terres cuites brisées découvert à Larnaca , autrefois Kittion, dans l’île de Chypre, se distingue par le nombre et par la beauté des fragments grecs qui s’y trouvent mêlés sans transition aux grossiers produits de la plastique cypriote. Cette fabrique grecque se rattache de très près au style de la grande époque ; elle a produit surtout des déesses assises d’un caractère remarquable; elle atteste la formation, dans la principale ville phénicienne de l’île , d’une communauté grecque et d’un centre florissant d’hellénisme, même avant l’annexion de Chypre à l’empire d’Alexandre. La terre de Kittion est ordinairement d’un beau rose orangé, d’une pâte fine et douce; les figurines sont creuses, estampées sur une seule face, avec le revers plat et les parois épaisses.
Fig. i — Tête d’une déesse voilée, qui porte sur son voile une haute couronne ornée de fleurons et bordée de crénelures de style oriental. Les cheveux sont relevés sur les tempes, autour d’un bandeau saillant. Ce fragment de grande figurine est un exemple excellent du beau style, des ajustements symboliques, des coiffures élégantes et compliquées, qui caractérisent les déesses assises de la fabrique de Kittion. — Haut. omio.
Figures 2 et 3. — Les hauts dossiers des trônes, dans ces figures assises, sont ornés de deux acrotères bilobés, dont les plus grands modèles portent parfois de très petits personnages en relief. Ce sont les images des Dioscures, représentés en costume asiatique, et par là assimilés aux Cabires; ils marchent tous les deux dans le même sens, tenant une haste (?) , et conduisent leur cheval par la bride. Plus rarement, une autre figure, dans le même costume, se tient debout derrière le cheval. Par cette ingénieuse combinaison décorative, les divins Gémeaux se trouvent occuper leur place symbolique ordinaire aux deux côtés d’une grande divinité cosmique, comme représentants du matin et du soir, de l’Orient et de l’Occident. — Haut. omo6 ; omo8.
Fig. 4. — Fragment d’une figurine de déesse assise, tenant une pomme, symbole d’Aphrodite. Sur ses genoux, une petite figure nue, à bonnet phrygien, dans l’attitude des dieux-enfants, pourrait faire penser à une Cybèle portant Atys; mais, à Chypre, c’est plutôt la
représentation, d’ailleurs équivalente, de l’Aphrodite cypriote, portant le petit Adonis ou Adonis-Pygmaion. — Haut. omi4.
Fig. 5. — Fragment d’une figurine de femme debout, tenant par la main l’enfant à bonnet phrygien. — Haut. omi4.
Fig. 6. — fragment d’une autre figurine de femme de style plus primitif que les précédentes, portant dans ses bras le même enfant. — Haut. omi2.
CHYPRE
Suite de la fabrique grecque de Kittion.
Fig. 1. — Petit groupe de deux déesses, assises sur le même trône, couvertes en arrière du même voile, qui est posé sur leurs hautes couronnes, tressées comme des ouvrages de vannerie. L’une tient une patère; l’autre presse une fleur contre son sein et appuie son bras droit sur l’épaule de sa compagne. Ces symboles, cette étroite union, désignent suffisamment Déméter et sa fille Coré. — Haut. omi5.
Figures 2, 3, 4. — Petites têtes de différentes proportions, montrant bien la nature et les détails de la couronne de vannerie qui caractérise celles des déesses de Kittion qui se rattachent au cycle de Déméter. Dans le n° 3, cette couronne est remplie de fleurs ou d’épis, comme une véritable corbeille ou calathos. Le n° 4 donne une indication relative au bandeau qui serre les cheveux et qui est évidemment fait d’une étoffe pliée qui se noue sur le front. On remarquera que, dans toutes ces figures, le voile est posé sur la haute couronne, comme pour recouvrir la mystérieuse corbeille. — Haut. omo5 ; omo6; omo8.
Fig. 5. — Au contraire, il faut rattacher de préférence au cycle d’Aphrodite, comme dans la PI. 1 5, les têtes où la haute couronne surmonte le voile : ici elle est ornée d’un sphinx aux ailes éployées. — Haut. om07-
Fig. 6. — Tête de grande figurine, dont les traits larges et fermes, les yeux aux paupières profondes , la grâce encore sévère, touchent de très près à l’époque la plus belle de l’art. La terre n’est pas creuse; elle paraît travaillée en plein, avec une rare délicatesse, comme pour un modèle. Les coiffures, qui étaient rajoutées à la main, n’ont pas été brisées, mais elles se sont détachées (Catalogue Cesnola, 1870, pl. 5, fig. 1 85). — Haut.om07-
PLANCHE 16 bis
CHYPRE
Suite de la fabrique de Kittion.
Fig. i et 2. — Deux fragments superposés d’une grande statuette de femme, voilée jusquesur la bouche; elle est assise sur un trône àacrotères, comme les déesses des planches précédentes. L’ajustement est celui de Déméter pleurant sa fille ou d’Aphrodite en deuil d’Adonis, mais plutôt de la première, à cause du type matronal du visage. La tête provient de la collection Paravey ( Catal ., n° 253). Le corps, qui appartient au même modèle, a été trouvé dans les fouilles de 1862, aux buttes des Salines de Larnaca. Voir les réflexions que nous avons publiées sur un autre exemplaire du même type ( Monuments grecs , 1874, p. 7; cf. p. 22, note 1, et 1876, p. 5 et 6). — Terre rose. Haut, de la tête, omo5, du torse, omi5.
Fig. 3. — Tête d’une canéphore portant une corbeille (?) d’une forme particulière, souvent figurée dans les représentations du mythe d’Aphrodite. — Terre d’un jaune rosé. Haut. om07.
Fig. 4. — Torse d’une figurine de déesse, portant la fleur et le faon , et pouvant se rapporter à Y Artémis Paralia, mentionnée par les inscriptions grecques de Kittion. — Terre d’un jaune rosé. Haut. omo6.
Fig. 5 et 6. — Deux fragments d’une figurine de grand style, appartenant à un magnifique groupe de terre cuite , dont un exemplaire a été publié par Stakelberg comme trouvé à Athènes ( Die Græber von Griechen, pl. XLIX). Il représente Aphrodite accoudée sur l’épaule d’une déesse voilée (Aphrodite et Perséphone ou les deux Aphrodites : l’Aphrodite vulgaire et l’Aphrodite céleste). Le style est celui de l’école de Phidias et des Parques du Parthénon. La tête, d’un rouge orangé, provient de la collection Paravey [Catal. n° 248). L’admirable torse, d’un jaune chamois clair, est un envoi de G. Ceccaldi. La terre et les procédés indiquent la fabrique grecque de Kittion. C’est une preuve de l’influence directe des modèles et peut-être même des moules athéniens sur cette fabrique, au IVe siècle. Haut, du torse, omo8.
Fig. 7. — Partie supérieure d’une figurine : jeune dieu asiatique (Atys ou Adonis), qui danse en croisant les mains au-dessus de sa tête. Cf. plus loin Pl. 3 7, fig. 2. — Terre d’un jaune rosé. Haut. om07.
G RÈCE
Bien que l’usage des terres cuites n’ait certainement pas commencé en Grèce, cependant les plus anciennes figurines trouvées sur le continent hellénique, remontent à une très haute antiquité et jusqu’aux origines de l’art grec. On les rencontre d’abord à Tirynthe, à Mycènes, à Nauplie, avec les vases à décor végétal et linéaire : elles participent au même genre d’ornementation que cette poterie primitive (Schliemann, Mycènes, p. 61 et suiv., 134 et suiv. ; éd. franç., cf. le journal grec Athénaion , ann. VII, n° 3). Le musée ne possède aucun spécimen de ce premier type; mais il est riche en exemplaires d’un type tout voisin, commun surtout dans les sépultures de la Béotie. Ce sont des plaques de terre cuite rappelant les vieilles idoles découpées dans des planches de bois, comme la Junon de Samos. Les traits de couleur qui les décorent indiquent des déesses vêtues de longues robes. Dans les plus anciennes, cette décoration répond à celle des vases à ornements géométriques. Tout d’abord le profil est à peine indiqué, ou il n’a rien d’humain. Les hautes coiffures mythologiques rappellent l’Egypte ou l’Assyrie. Cependant la fabrication a un caractère sui generis que nous n’avons rencontré nulle part en Orient. Parfois aussi la décoration peinte trahit une main assez habile et montre que la tradition de ces maquettes funéraires a persisté jusqu’à une époque relativement avancée de l’archaïsme.
Fig. 1. — Maquette plate, coiffée d’un calathos évasé ; l’enroulement en saillie , qui fait penser au pschent égyptien, ne représente peut-être que la chevelure frisée sur le front. Un angle obtus marque à peine le profil du visage. Ces caractères, communs à toute une classe de petites idoles béotiennes, remontent certainement à un type très antique. Les détails peints indiquent une imitation moins ancienne : la couronne de feuillage et surtout les deux Tritons, sur la tunique ionienne à plis ondulés sont exécutés avec une adresse qui ne commence à se montrer que sur les aryballes jaunes à figures noires de la fin du VIIe siècle. Cette décoration mythologique ne désigne pas nécessairement une déesse de la mer ; elle peut convenir à une Aphrodite, à une Athéné Tritonis, comme aussi à la Déméter Pélasgique unie à Posidon [Catal. Barre, n° 432). Tombeaux de Tanagre. — Terre jaune. Haut. omi55.
Fig. 2. — Autre idole plate, qui a été coudée, de manière à figurer une déesse assise. La coiffure est la même que précédemment, sauf que l’enroulement est brisé. Le type appartient à une autre catégorie, où le col étiré démesurément, le profil rassemblé en une
sorte de bec (cf. PL 4, fig. 1), donnent l’idée d’une tête d’animal. Que l’on suppose une grande idole fabriquée d’après cet étrange modèle, et l’on concevra que les Arcadiens en aient pu faire la Déméler à tete de cavale, décrite par Pausanias (VIII, 42, 4). Toutefois, il importe de rappeler que cette manière enfantine de traiter le profil humain est constante sur les très anciens vases à ornements géométriques. Au même système se rattache le décor de notre figurine, bien que mélangé de palmettes d’un style plus avancé. Tombeaux de Tanagre. — Terre d’un jaune rosé. Haut. omo8.
Fig. 3. — Idole plate, debout, d’un type rare, surtout à cause de sa haute tiare orientale ou kidaris (cf. PL 11, fig. 1 et 2). La décoration peinte est toute géométrique; mais le visage est déjà modelé dans le style archaïque du VIe siècle. Le dire du vendeur attribue cette pièce à la Béotie occidentale et à la ville de Thisbé. On donne volontiers cette origine à toute une classe de figurines d’une terre noirâtre et très dure, que l’on considère comme calcinée sur le bûcher du mort. Telle est, en effet, la terre de notre maquette; mais il semble que les ornements noirs et bruns, sur fond jaune pâle, qui la recouvrent, auraient souffert davantage, s’ils avaient passé par le feu. — Haut. om2g.
Fig. 4. — Idole plate, assise, les mains sur les genoux, mais simplement soutenue en arrière par une sorte de chevalet de terre cuite. On remarquera sa couronne de feuilles (lierre?) et ses grandes agrafes, reliées par une chaîne, comme celles des femmes kabyles. Le visage sommairement modelé et le fleuron peint sur la robe se rapportent au style du VIe siècle. Tombeaux de Tanagre. — Terre rose. Haut. orai7.
Fig. 5. — Figurine estampée en creux, portant les mains à sa poitrine et au pan de sa robe. Elle appartient au même type mythologique et au même archaïsme perfectionné du commencement du Ve siècle, que les figurines de la PL 14. Toute la différence est dans la bizarre coiffure, qui semble empruntée à la partie inférieure du pschent égyptien, et qui, de toute manière, ne peut convenir qu’à une divinité. La même coiffure est portée par un oiseau à tête de femme provenant aussi de la Béotie. Tombeaux de Tanagre. — Terre rosâtre. Haut. om28.
Fig. 6. — Trois petites figurines de femmes alignées sur la même plinthe, coiffées du calathos et exactement semblables entre elles. Groupe évidemment mythologique, reproduisant une déesse triple ou une triade de divinités sœurs, comme les Heures ou les Parques; il proviendrait d’Athènes. — Terre d’un jaune rosé. Haut. omo6; larg. omo55.
GRÈCE
Suite des figurines grecques de style hiératique.
Fig. 1. — Déesse assise, voilée d’une calyptra blanche à bordure rouge, qui l’enveloppe étroitement. Son visage d’un type archaïque est tout enluminé de rouge. Le trône est formé par deux oiseaux à long col, nettement caractérisés comme des oies, autant par leur forme, que par la couleur rouge de leur bec et blanche de leur plumage. Dans les cultes béotiens, l’oie était l’attribut de la déesse Herkyna, dont le nom était parfois considéré comme celui même de Déméter (Pausan., IX, 39, 2 ; Lycophr., V, 1 53 ; Hésych., in voc.; Tit. Liv. XLV, 27). Cette petite figure est d’une importance décisive pour la question des déesses voilées. Tombeaux de Tanagre. — Terre jaune. Haut. omi 1 .
Fig. 2. — Déesse debout, estampée sur une plaque légèrement convexe. Coiffée d’un polos évasé, vêtue d’une ample tunique ionienne repliée jusqu’aux genoux, elle tient une colombe et une pomme. Cette petite figurine a été achetée à Corinthe en 1860, pendant notre mission en Orient, par M. Da.umet, architecte, et donnée par lui au musée : c’est évidemment une représentation de l’Aphrodite corinthienne. Style du commencement du Ve siècle. — Terre orangée, douce et un peu grasse. Haut. om, 11.
Fig. 3. — Déesse assise, vêtue de la tunique, écartant son voile de la main droite et tenant un cygne sur ses genoux. Acquise d’un Grec de Corinthe, comme provenant de cette ville. Le cygne peut désigner Léda, Némésis, mais il est souvent aussi l’oiseau d’Aphrodite. — Terre orangée. Haut. om20.
Fig. 4. — Nous avons ici un précieux exemple des figurines funéraires d’Athènes. C’est encore l’attitude archaïque des déesses assises ; mais le style, à la fois large et fin, le costume, avec les coins du voile blanc posés sur la tunique blanche, appartiennent à la plus belle époque de l’école attique. Les bijoux, peints en couleur d’or, sont d’une rare délicatesse, surtout la haute stéphané à ornements radiés, dont l’usage n’appartient pas à la vie réelle. Les cheveux sont brunrouge, le trône brun, avec un coussin jaune à raies brunes : les couleurs ont pris le ton luisant de l’émail. Stackelberg a publié un autre exemplaire du même type, et six autres figurines un peu plus archaïques, trouvées à Athènes, les dernières couchées symétriquement dans un tombeau d’enfant. — Terre rosâtre, dure. Haut. omi3.
Fig. 5. — Autre figurine assise, de beau style grec, encore hiératique. La haute stéphané, l’attitude nonchalante de cette femme demi-nue, passant le bras sur
le dossier de son trône, font penser à une Aphrodite. Ancienne collection Durand; provenance incertaine. Grand trou d’évent carré : enduit blanc, ornements jaunes. — Terre d’un gris jaune, dure. Haut. omi4.
PLANCHE iS bis
GRÈCE
Continuation des figurines grecques de style religieux.
Fig. i. — La première appartient encore au style archaïque. Elle porte le même costume, la même coiffure que plusieurs des précédentes; mais elle est nettement caractérisée comme une Artémis par les symboles de l’arc et du faon. Elle' confirme le caractère mythologique que nous avons attribué aux types analogues. C’est une petite figure pleine, à revers plat, qui proviendrait de la ville béotienne de Tliespies. — Terre d’un ton orangé vif. Haut. omiq..
Fig. 2. — Statuette de grand style, encore sévère : Déméter coiffée d’une haute stéphané en forme de calathos, tenant le jeune porc et le flambeau. Elle a été achetée à Eleusis , par M. Fr. Lenormant, comme trouvée sur place. La terre d’un rouge orangé, l’estampage creux, à revers plat, avec trou d’évent en forme de raquette, indiquent une fabrique toute spéciale. — Haut. ora2i.
Fig. 3. — Fragment appartenant aussi, malgré quelques négligences, au grand style grec : femme qui porte sur son épaule une petite fille vêtue d’une riche tunique ionienne. Cette figure a été généralement considérée comme une Déméter portant sa fille. Dans deux variantes du même groupe, trouvées en Crimée, la petite fille est couronnée d’une haute stéphané ornée de palmettes (Stéphani, Comptes rendus dé Saint- Pétersbourg, 1870-71, PL 2, fig. 2, et 1876, PL 6, fig. 1). C’est, de toute manière, une dérivation de ces déesses nourrices ou courotrophes si fréquentes parmi les terres cuites archaïques. Le style, la terre fine, d’un brun clair, indiquent une fabrique supérieure à celle de Tégée, à laquelle on a rapporté ce charmant groupe (DeWitte, Catal. Paravey , n° 186; cf. Catal.Eug. Piot, 1870, n° 172). — Haut. omi8.
Fig. 4. — Autre groupe d’un style plus avancé : une femme appuie sa main, en signe de protection affectueuse, sur une petite fille dans l’attitude du repos. Elle est vêtue d’une ample tunique ionienne, rayée dans le goût asiatique, avec large repli qui descend jusqu’au-dessous des genoux; les coins d’un voile sont négligemment jetés sur les épaules. M. Rayet, qui possédait ce groupe (voir son Catalogue , n° 48), n’a pu se défendre lui-même de penser à une forme orientale de
Déméter et de Coré. Les raies de la tunique, qui pourraient convenir aussi à la déesse Aphrodite, parfois représentée avec un caractère asiatique assez marqué, ne se retrouvent pas sur un autre exemplaire du même groupe, rapporté au musée du Collège romain par M. Brizio. Une figurine du musée de Naples représente une Vénus demi-nue, qui s’appuie sur une petite fille dans la même attitude. Ces terres cuites violacées, à large trou d’évent rectangulaire, considérées comme ayant été noircies par le bûcher, sont attribuées à la ville de Thisbé dans la Béotie occidentale. — Haut. om2i.
GRÈCE
Nous avons vu les masques funéraires de terre cuite, dérivés des anciens masques de momies, tendre à devenir, chez les Grecs de Rhodes (PL 1 3 , fig. 5, cf. PL 7, fig. 1), de véritables faces des divinités protectrices des tombeaux. Cet usage se répandit aussi en Grèce, et la nécropole de Tanagre en a fourni de nombreux exemples. Souvent même le masque se développe, et, tout en conservant son trou de suspension, se change en un buste estampé, coupé à la taille, sorte d’ouvrage que les modeleurs de la belle époque de l’art paraissent avoir traité avec une prédilection particulière. Les divinités de la végétation et du monde souterrain, qui étaient censées reparaître et sortir du sol à des époques déterminées, se prêtaient surtout à ces représentations à mi-corps, que l’on retrouve aussi dans les images sculptées des temples. Voir les exemples que nous avons cités ( Monuments grecs , 1874).
Fig. 1. — Buste d’une déesse drapée et voilée; le voile recouvre une riche mitra, dont les deux bouts pendent sur les tempes, d’après une mode du nord de la Grèce (cf. Mission de Macédoine, PL 23). Les mains portées à la poitrine et au bord du voile sont une atténuation de l’ancien geste maternel et nuptial, que nous avons déjà mainte fois interprété : il semble désigner encore ici une Déméter ou bien une Perséphone. Le style présente un mélange d’ingénuité et de noblesse qui marque exactement le passage de l’archaïsme au grand art. Ce remarquable exemplaire d’un type dont il existe d’assez fréquentes répétitions, a été rapporté au Louvre par M. Albert Dumont, comme trouvé à Thèbes, à une époque où la nécropole de Tanagre n’avait pas encore de célébrité. Traces de couleur blanche au manteau et au voile , de couleur jaune safran à la tunique et au bandeau , avec bordures et ornements de pourpre. — Terre d’un jaune rosé. Haut. om295.
Fig. 2. — Buste de Bacchus barbu, coiffé d’une cou-
ronne à larges lemnisques. L’œuf et le canthare rappellent l’idée de festin et le dieu qui préside aux banquets des morts. Type assez fréquent dans les tombeaux de Tanagre. Si l’on pouvait douter du caractère mythologique des bustes estampés, cet exemple et le suivant serviraient de démonstration. — Terre d’un jaune rosé. Haut. om25.
Fig. 3. — Buste d’une déesse coiffée d’une large stéphané, la poitrine armée de l’égide à tête de Gorgone. Athéné est assez souvent représentée avec la couronne au lieu du casque, surtout dans son rôle de déesse des travaux, Ergané. Beau style hiératique, conservant encore la convention de la chevelure striée horizontalement comme la coiffure égyptienne. — Terre rouge, différente de celle de Tanagre : le lieu de provenance serait Lébadée, dans la Béotie septentrionale. Haut. om20.
TANAGRE
Nous arrivons enfin à ces ravissantes figurines grecques, d’un style tout à fait libre et dégagé, que l’on a rencontrées surtout en grand nombre dans la nécropole de Tanagre, petite ville de la Béotie, sur les frontières de l’Attique. Déposées comme offrandes dans les tombeaux, pour lesquels on les fabriquait, elles y continuent inévitablement la tradition des idoles funéraires de la période précédente. Nous avons vu déjà ces petites images prendre parfois, même sous leur forme archaïque, un caractère assez indécis. Maintenant la main plus souple des modeleurs ou coroplastes cherche avant tout à les parer des grâces de la vie. Aussi le caractère mythologique va-t-il s’y atténuant de plus en plus, mais sans disparaître pourtant. A côté des types adoucis et encore reconnaissables des anciennes divinités protectrices, autour d’Aphrodite, de Bacchus, d’Ariadne, de Déméter et de sa fille Coré, se forme tout un cortège d’êtres plus familiers et qui ne sont pas pour cela plus réels, nymphes et génies du monde souterrain, qui tendent à se confondre avec les ombres mêmes dont il est peuplé, et portent les poétiques emblèmes du culte des morts et de la vie élyséenne telle que se la figurait l'imagination populaire. Sans doute ces créations légères confinent d’assez près aux représentations purement humaines pour que la limite soit facilement franchie. Cependant, l’inspiration générale et première d’où elles sont nées n’est pas du tout, comme on le prétend, ce besoin de reproduire curieusement les accidents de la vie quotidienne qui fait les sujets de genre. Il y a là un cycle à part, original et charmant, qui répond aux croyances et aux rites fu¬
néraires des Grecs, à cet esprit d 'euphémisme qui les portait à égayer la solitude du tombeau et à déguiser la laideur de la mort sous de riants symboles.
La planche 20 comprend des figurines de femmes, en partie nues, que nous rattachons au cycle d’Aphrodite. Celles qui ne la représenteraient pas directement, rappellent les scènes de toilette ou de bain auxquelles la déesse préside si souvent, dans toute une série de compositions antiques, qui ont servi de prétexte aux artistes grecs pour la dépouiller de ses voiles.
Fig. 1. — Jeune femme demi-nue assise sur une chaise à dossier bas, portant la main à sa chevelure. Le caractère est celui d’une Aphrodite. La figurine est entièrement peinte : cheveux blonds, yeux bleus, manteau rose, siège grisâtre. Les formes , élégantes, sont remarquables par la fermeté du contour. — Terre jaune. Haut. omi6.
Fig. 2. — Autre figurine d’Aphrodite ou de jeune femme demi-nue, assise sur un rocher, le manteau ramené sur les jambes et la main repliée sur les genoux pour tenir un miroir. La simplicité de la coiffure et le beau développement du torse tiennent de la grande époque. — Terre orangée. Haut. omiç).
Fig. 3. — Très jeune femme assise, la main droite en avant, comme si elle avait tenu un fruit ou un oiseau. Son manteau d’un rose clair laisse nu le sein droit et retombe en avant sur le bras gauche, d’après un mode d’ajustement élégant et recherché, qui était particulier aux femmes. La jolie tête inclinée, aux cheveux très haut relevés par un bandeau, n’est pas non plus exempte d’affectation. — Terre orangée. Haut. orai4.
GRÈCE
Suite du cycle d’Aphrodite.
Fig. 1 . — Groupe représentant une femme assise, complètement vêtue, dont la main droite repliée devait porter une colombe (cf. fig. 2) ; sur ses genoux s’accoude un enfant nu, aux formes féminines, aux cheveux longs, tombant sur le dos. Une composition analogue, publiée par Stackelberg, a été expliquée comme figurant Aphrodite groupée avec le petit Hermaphrodite ou avec Adonis enfant. La coiffure de la femme est celle de la célèbre tête de la Bibliothèque nationale, attribuée aux frontons du Parthénon. Ce petit monument, d’une expression charmante, proviendrait de Corinthe. — Terre d’un gris rosé, épaisse et dure. Traces de couleur bleue au manteau. Haut. omi8.
Fig. 2. — Jeune femme entièrement nue, debout
près d’une vasque semblable à celles qui sont figurées dans les scènes du bain d’Aphrodite. Sa coiffure recherchée se compose d’une stéphané bleue, d’où tombent deux bandelettes de même couleur, retroussées sur les tempes. Ses yeux levés semblent s’apprêter à suivre le vol de la colombe posée sur sa main droite. Les formes sveltes et nerveuses, qui sont presque celles d’un éphèbe, indiquent une école particulière. Cette figurine proviendrait du Pirée (?); la terre, moulée en plein, est noirâtre et très dure, mais complètement peinte en couleur chair. — Haut. omi75.
Fig. 3. — Femme demi-nue, appuyée sur un pilastre dans une attitude souvent employée pour les statuettes d’Aphrodite. Elle a été trouvée à Tanagre, où ce type est assez fréquent. Traces de couleur rose et de bordure grise au manteau. — Terre rougeâtre. Haut. om2o.
TANAGRE
Figurines du cycle de Bacchus, caractérisées par la couronne de lierre funéraire et convivale, dont l’emploi dans la vie grecque n’était pas indifférent.
Fig. i. — Déesse ou nymphe du thiase de Bacchus, assise de côté sur une roche et adossée à un hermès de Silène. Cette fière et charmante figure, où l’on peut voir une Ariadne, est modelée avec une entente des plans qui tient à l’époque du grand style. — Terre orangée. Haut. omi9.
Fig. 2 et 3. — Enfants ou petits génies bachiques à la mine rieuse, qui procèdent du type d’Iacchus. Ils tiennent des masques de Silène, et l’un d’eux porte le sac à osselets. On a cru voir quelquefois, dans ces enfants au masque , de petits acteurs, ce qui serait en contradiction avec les habitudes du théâtre grec. Ils personnifient plutôt l’usage funéraire du masque comique ou satyrique, employé comme symbole protecteur dans les tombeaux. — Terre orangée. Haut. omi5 et omi35.
TANAGRE
Autres figurines portant la couronne de lierre : nymphes bachiques ou Naid.es, femmes associées au thiase de Bacchus.
Fig. i. — La première est debout, élégamment serrée dans son manteau, à travers lequel elle tient suspendu
un grand tympanon de couleur rouge, sans avoir cependant l’attitude animée des bacchantes. — Terre d’un rouge orangé. Haut. om235.
Fig. 2. — Une autre, d’une grâce plus familière, assise sur un rocher, avec un sentiment de lassitude et d’abandon qui conviendrait à une Ariadne, tient sur ses genoux une bandelette dorée, peut-être la ceinture qui manque à la tunique. Les feuilles et les baies de sa couronne sont aussi dorées. Traces de couleur grise à la tunique, rose au manteau. Une variante au musée de Berlin (cf. Kékulé, Griecliische Thonfiguren , fig. i) porte dans l’autre main un éventail. — Terre jaune. Haut. omi6.
Fig. 3. — Celle-ci, élégante et digne, le corps tout enveloppé dans ses draperies blanches, est assise sur un cube de pierre et tient simplement un éventail. — Terre d’un jaune rosé. Haut. omi85.