‹ Les figurines antiques de terre cuite du Musée du LouvreChapitre 7 sur 18 · CORINTHE · texte numérisé non relu

CORINTHE

Fig. i. — Petit groupe très important pour la détermination des figurines grecques. Il procède des images de deux déesses que nous avons publiées PL i3 et PL 18 bis (cf. PI. 16 bis , nos 5 et 6, avec les explications). Ici le progrès de l’art a introduit dans la composition un élément de contraste, en opposant à une figure voilée une autre figure d’un ajustement libre et dégagé. Ce groupe représente originairement, croyonsnous, Déméter et sa fille Coré; mais le même motif a pu être appliqué à d’autres couples de deux déesses. Dans ce remarquable spécimen, qui nous a été vendu comme provenant de Corinthe , la seconde figure se rapprocherait aussi d’une Aphrodite par sa coiffure et par la pomme qu’elle tient à la main. — Terre jaune assez dure. Haut. omi75.

Fig. 2. — Nous donnons, comme terme de comparaison, un petit groupe italo-grec de la collection Campana, où la figure non voilée a pris franchement le caractère bachique d’une Ariadne. — Terre d’un jaune rosé. Haut. omi 1 .

Fig. 3. — Le caractère traditionnel de la représentation est prouvé par un autre petit groupe de la Cyrénaïque. Dans un exemplaire mieux conservé, au British Muséum, la figure voilée porte une coiffure plate, comme le n° 1 de notre PL 29. — Terre rouge. Haut. omi4.

Pour plus de détails, voir Monuments grecs, 1 874, p. 7; 1876, p. 4, et dans notre Catalogue des figurines du Louvre, les nos 193-195 des figurines de Chypre. Cf. Stackelberg, PL 49, et les terres cuites de la Collection Lé cuyer , PL 1.

TANAGRE

Si l’on sépare les deux figures qui composent le groupe précédent, on a les deux types qui se rencontrent le plus souvent dans les tombeaux tanagréens : le type de la femme enveloppée et celui de la femme voilée. Le premier, varié à l’infini par la fantaisie des coroplastes, est celui qui a perdu le plus facilement tout caractère traditionnel. Toutefois, on remarquera, par la comparaison que l’on peut faire de cette planche avec la suivante, que la figure drapée correspond souvent à une figure voilée, du même style et du même travail, qui lui fait en quelque sorte pendant.

Fig. x. — Jeune fille assise sur un siège sans dossier, dans une délicieuse attitude de rêverie. Elle est tout enveloppée dans ses voiles, qui laissent seulement à découvert une tête exquise et coiffée à ravir. C’est assurément un des plus fins chefs-d’œuvre de la fabrique de Tanagre. Le corps est sorti du même moule que celui de la figure voilée n° i de la Planche 26. — Terre jaune. Haut. omi25.

Fig. 2. — Jeune fille drapée, portant une guirlande de fleurs à travers son manteau. Pendant de la figure 3 de la PI. 26. — Terre d’un gris jaunâtre. Haut. om20.

Fig. 3. — Jeune femme tenant un éventail, drapée dans un manteau gris, sur une tunique grise mésoporphyros , c’est-à-dire ornée au milieu d’une large bande rouge : cette figurine est remarquable par la fierté de l’attitude et de l’expression. — Terre jaune. Haut. om22.

TANAGRE

Les femmes voilées, avec leurs attitudes tristes et leurs mines dolentes, conservent mieux le type de la Déméter affligée, bien qu’elles aient pu finir par ne représenter qu’un deuil purement humain. Souvent aussi elles doivent figurer ces Heures et ces Nymphes voilées, ces initiées ou Mystides, qui formaient le cortège de la déesse, comme les Naïdes celui de Bacchus. On ne saurait douter de cette origine, quand on voit une des gracieuses figurines voilées de Tanagre porter la torche éleusinienne ( Catal . Barre , nu 441).

voilée, tel qu’il est décrit dans l’hymne attribué à Homère, que cette figurine douloureusement enveloppée dans sa calyptra de couleur bleue. Traces de couleur rouge à la tunique. — Terre rougeâtre. Haut. omi25.

Fig. 2. — La même attitude pensive et triste si bien rendue par l’inclination de la tête appuyée sur la main, se retrouve avec une grâce plus recherchée, dans notre deuxième figure, représentée debout, composition qui paraît avoir été fort goûtée à Tanagre, car il en existe d’assez nombreuses répétitions. — Terre rougeâtre. Haut. om20.

Fig. 3. — L’expression de douleur et d’abattement est ici très profonde ; la guirlande ajoutée par le coroplaste fait allusion à l’offrande funéraire et au culte du tombeau ( Monuments grecs , 1874, p. 20). — Terre rougeâtre. Haut. om20.

GRÈCE

Fig. i. — Vieille femme voilée, d’un type noble et fier, portant la main à sa poitrine comme les anciennes déesses courotrophes. J’ai cru pouvoir y reconnaître Déméter cachée sous la figure de la vieille nourrice Déo ( Monuments grecs, 1874, p. 8, pl. 1, fig. B). Tanagre. — Terre d’un rouge orangé. Haut. omi55.

Fig. 2. — Petite figure du même type que la précédente, mais représentée dans un mouvement de marche rapide, comme Déméter à la recherche de sa fille. N’y faudrait-il voir qu’une vieille femme faisant des courses? Tanagre. — Terre orangée avec enduit blanc. Haut. omi 25.

Fig. 3. — Je suis porté à reconnaître aussi dans cette figure, soulevant son voile d’un geste superbe, une Déméter se révélant aux humains ( Monuments grecs, 1874, p. 11). Le travail négligé, le grand trou d’évent rectangulaire, la couche noirâtre et comme brûlée, qui couvre la couleur rouge de la terre, indiquent une fabrique de la Béotie occidentale. — Haut. om2 1.

Fig. 4. — Il ne faut pas confondre avec les figurines de femmes qui se voilent le bas du visage, celle dont le voile est disposé en véritable masque, comme aujourd’hui celui des dames turques. Cette représentation exacte d’une ancienne mode locale de la Béotie (Fragments attribués à Dicéarque, I, 18) ne se montre que rarement et à une époque tardive parmi les terres cuites de Tanagre. — Terre jaune. Haut. om235.

Fig. 1. — Aucune représentation antique ne se rapproche davantage du type de la Déméter assise et

TANA GRE

Fig. 1. — Une des plus remarquables figurines voilées de la collection. La peinture du visage est d’un ton très délicat et tout le vêtement d’un bleu léger. Des touches habilement posées laissent transparaître, sous le voile, le ton de chair des bras nus et la bande rose qui descend sur le devant de la tunique. — Terre d’un rouge orangé. Haut. om2i5.

Fig. 2. — Voici maintenant une représentation des plus rares, montrant que l’art grec des belles époques a su exprimer la douleur avec une admirable énergie. Cette tête, rajustée sur une plinthe, se rapporte aux rites funèbres : c’est le type de la courimos parthénos, de la j'eune fille affligée d’un deuil récent, aux cheveux coupés en mèches courtes. La bouche ouverte pousse le hurlement funéraire. Le type, étudié dans toute sa puissance d’expression, pour les masques tragiques (Pollux, IV, 140, 14), conviendrait à une Electre. Des restaurations en plâtre et des retouches de couleur brune aux cheveux, confirment l’authenticité du reste. — Terre orangée. Haut. omi07.

Fig. 3. — Très belle figurine du même type. La direction des bras, en partie brisés, me fait croire qu’ils devaient soutenir la corbeille plate qui contenait les présents funéraires, comme on le voit si souvent sur les lékythes blancs d’Athènes. — Terre orangée. Haut. om2 2 5 .

TANAGRE

En s’écartant des types traditionnels, la fantaisie des coroplastes se plut à varier les ajustements, et surtout les coiffures des figurines, suivant les modes locales. Nous en donnons quelques exemples sans y chercher aucune attribution.

Fig. 1 . — Jeune femme portant la tunique à manches longues, les cheveux enveloppés de l’espèce de bonnet appelé saccos ou kékryphale ; les chutes symétriques du manteau tiennent de l’archaïsme. — Terre rose. Haut. omi75.

Fig. 2. — Grande figurine de femme, dont le voile est accompagné d’une pièce repliée sur la tête, un peu comme le panno des paysannes italiennes. La même coiffure se retrouve dans les figurines de la Cyré¬

naïque (cf. les explications de la PL 24, fig. 3). Il existe des répliques de cette figure avec de notables différences dans la position des bras. Ici, le trou percé vers l’épaule gauche semble destiné à supporter une colombe; la main droite, levée, pouvait donner aussi le vol à un autre de ces oiseaux. — Terre jaune. Haut. o,33.

Fig. 3. — Cette figurine de jeune fille, gracieusement enveloppée, est surtout intéressante par la façon simple et naturelle dont est nouée, sous les cheveux, l’écharpe ou mitra qui lui sert de coiffure. — Terre d’un rouge orangé. Haut. omi75.

PLANCHE 3o

TANAGRE

Pour montrer leur adresse, les modeleurs se firent un jeu de multiplier les accessoires les plus délicats, dont la légèreté tenait du miracle dans une matière aussi fragile. L’éventail, ripis , en forme de palmette, est ’ souvent représenté parmi les présents funéraires, et les déesses elles-mêmes ne dédaignaient pas de s’en servir. La tholia est un léger chapeau de vannerie, que les dames grecques posaient sur leurs cheveux ou sur leur voile, et que l’on a tort de confondre avec le pétase ou avec la cansia des hommes.

Fig. 1, 2 et 3. — Trois petites merveilles en ce genre. La première porte un manteau rose bordé de gris sur une tunique grise à large bande rouge; sa tholia est rouge, comme aussi dans la figure suivante, dont le voile bleu clair couvre une robe rose. La troisième a sa tholia rose et son éventail décoré d’une palmette rouge. — Terre jaune. Haut. om220, omiç)o et omi95.

PLANCHE 3i

TANAGRE

Femmes portant divers attributs.

Fig. 1. — Il y a toute une série de figurines dans cette gracieuse attitude. Que tiennent-elles entre leurs mains soigneusement croisées sous le vêtement? Une réplique nous montre, à l’endroit où est ici percé un trou, un oiseau qui s’échappe. Sur les vases athéniens, des oiseaux sont figurés souvent dans les mains des morts ou de ceux qui leur portent des offrandes. — Terre jaune. Haut. om25.

Fig. 2 et 3. — Deux figurines dont les corps sortent du même moule, mais dont les têtes et les attributs diffèrent. L’une, sans traces de couleur, tient une balle ou sphaira; l’autre, au manteau rose orangé, porte un masque de Silène. Le masque est un attribut du culte funéraire de Bacchus; la balle, fréquemment déposée près des tombeaux, figure dans les scènes du monde souterrain [Monuments grecs, 1876, p. 21). La comparaison des deux figures est importante pour l’étude de la technique. — Terre rose ou jaune. Haut. om20.

T ANAGRE

Jeunes filles jouant à différents jeux.

Fig. 1. — Jeune fille à demi agenouillée, dans l’attitude de ramasser les osselets ou de cueillir des fleurs. J’ai montré que la même pose, employée dans les représentations de l’enlèvement de Coré, était appliquée, selon les cas, tantôt à l’une, tantôt à l’autre action ( Monuments grecs , 1876, p. g et PI. 2 : cf. notre Planche 38, fig. 2). Le corps est remarquable par une ampleur et par une sévérité de style qui tiennent de la haute époque. — Terre d’un rose orangé. Haut. omi7.

Fig. 2. — Jeune femme accroupie, vêtue d’une tunique blanche : elle vient de jeter les osselets, à l’aide du cornet appelé phinios, et tient de l’autre main le petit sac de couleur rouge qui servait à les recueillir. Le peintre Polygnote ayant représenté dans sa composition des Enfers, les filles de Pandareus couronnées de fleurs et jouant aux osselets, on ne peut douter de la relation de ce jeu avec les idées funéraires des Grecs (Pausanias, X, 3o, 2). — Terre d’un gris jaunâtre. Haut. omi4.

Fig. 3. — Autre jeune fille debout, la main sur une balle rouge, qu’elle s’apprête à faire rebondir, comme dans le jeu appelé aporraxis. Les joueuses de balle, comme les joueuses d’osselets, figurent dans les représentations grecques des Enfers (Cf. les explications de la Planche 3 1, fig. 3). — Terre jaune. Haut. om225.

Page 1