‹ Les filets de SaintCloud drame en cinq actesChapitre 26 sur 77 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Lbs Mêmes, JULES.

Jules, resté sur le seuil du logis .

Jules de Lignerolles.

ANDRÉ

Jules de Lignerolles! que vois-je? lui! devant 1 mes yeux!

Il veut se précipiter sur lui.

le président, à André , qu’il retient,

Jules de Lignerolles?

ANDRÉ

Vous le connaissez?

LE PRÉSIDENT

• Le père de monsieur est un des hommes que j j’aime et que j'estime le plus au monde. De grâce, André, contenez-vous. (A Jules.) Et vous, monsieur, répondez ; est-il vrai que vous vous soyez rendu coupable...

JULES

D’une grande faute... oui, itionsieur le pfési- j dent; mais il est également vrai que je suis ici pour la réparer...

ANDRÉ

La réparer? mais je sais tout, malheureux, et votre mariage avec une autre...

JULES

Permettez, maître...

andré, se jetant sur un siège.

Eh! monsieur...

le président, le calmant.

André... (A Jules.) Expliquez-vous, monsieur, j

JULES

Cet hymen, je n’avais pas le pouvoir de m’y ! soustraire ; c’était le vœu le plus cher d’une noble et respectable parente, la baronne de Villepreux; à cette condition seulement elle faisait passer dans .noire famille des biens immenses dont un refus de moi aurait dépouillé mon père. Voilà, maître, ce que monsieur de Vioriues, ici présent, sait être la vérité, et si je sais dire la vérité lors môme qu’elle me condamne, croyez que je n'uurai pas recours au mensonge , fût-ce pour me justifier.

andré, avec un doute amer.

Vous justifier?

JULES

Je vous l’ai dit, mattre , c’est pour cela que je suis ici. Ma noble tante étant malade, elle désira

m'avoir près d’elle, et pendant mon absence tout devait se disposer au château de mon père pour que le mariage projeté s’accomplit aussitôt que ma tante pourrait faire le voyage de Lignerolles; mais sa maladie, légère d’abord, s’est prolongée pendant plus de cinq mois: de la mon silence avec Jeanne, dont les lettres ne m'arrivaient pas. Ma noble parente, à qui je n’aurais peut-être jamais osé avouer que le mariage arrêté par elle ferait mon malheur, l’a deviné, elle, dans nos longues causeries ; elle a exigé de moi un aveu complet, et en apprenant le sacrifice que j'étais sur le point de faire au respect de la famille, l’excellente femme s’est sentie émue d’un tel attendrissement, que, renonçant à ses rêves de dix années, elle a écrit à monsieur de Lignerolles ce peu de mots dont elle m’a fait porteur.

« Très-cher frère, il faut marier les jeunes gens » un peu pour nous et beaucoup pour eux; je ne » change rien è mes intentions louchant ma for- » tune ; mets ce que je change à mes conditions, » c'est que Jules épousera qui il voudra. »

ANDRÉ

Eh bien!

JULES

Eh bien, maître, lorsqu’à peine revenu au château de Lignerolles j’ai eu sous les yeux la lettre de Jeanne, la dernière surtout, celte lettre si touchante, qui me racontait à la fois et ses douleurs et sa joie de mère, je suis parti ivre d’impatience. A l'auberge du village où je voulais m’arrêter jusqu’à demain, un garçon qui vous sert m’a fait connaître l’accident survenu à monsieur le président, et je n’ai pu résister au désir de donner un témoin respectable à la réparation que je vous ofTre en vous disant : Maître André , je ?ui s autorisé par mon père à demander pour moi la main de votre file.

le président, vivement et lui tendant la main.

Bien, jeune homme, bien! vous êtes le digne fils du plus estimable de mes unis.

andré, très-ému.

L'ai-je bien entendu ? l'honneur rendu à ma fille... la joie pour nous tous... Ah! monsieur de Lignerolles, combien vous me rendez heureuiî... c’est la Providence qui vous a envoyé ici pour m'épargner bien des regrets.

JULES

Mais Jeanne, où est-elle?... ne la verrai-je pas? le président, allant ouvrir la porte de la chambre de Jeanne.

Venez, mon enfant, ne crafgncz plus rien...

venez; votre père pardonne!

Il amène Jeanne, que soutiennent Gertrude et de Nanteuil,

JULES

Et ton époux est à les pieds.

LES FILETS DE SAINT-CLOUD

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