XVIII AVANT-PROPOS
de verre de dimension convenable, On peut alors calquer commodément et exactement. Il sera bon de dessiner, en même temps que le filigrane, les pontuseaux entre lesquels il est placé et de noter
les fils de la vergeure pour juger de leur écartement.
Et maintenant, entrons dans le vif du sujet. Avant tout, afirmons bien haut que, théoriquement, toute feuille de papier filigrané porte en elle-même son acte de naissance, la marque dont elle est munie devant faire connaitre la date et le lieu de sa fabrication. Mais, en pratique, nous ne parvenons à déchiffrer cet acte de naissance que d'une manière imparfaite et approximative, parce que nous manquons des données indispensables pour le lire.
Voyons successivement ce qui concerne la date puis le liéu de la fabrication du papier: filigrané.
Ce n’est que dans des cas assez rares qu'il est possible de fixer, à l’aide de documents historiques, la date à laquelle tel ou tel filigrane a été mis en usage. Nous avons pu l'établir pour quelques-uns d’entre eux, ainsi le n° 859 ne peut avoir été usité qu'à partir de 1563, année où la seigneurie ce Soleure accorda au papetier de Mümliswyl l'autorisation de marquer ses produits aux armes de la ville; ainsi encore les n* 2151 et 2152, aux armoiries d'Osnabrück, n'ont pu être employés qu'après la mise en activité de la papeterie d'Osede, concédée par l'évêque Philippe-Sigismond de Wolfenbüttel, le 10 décembre 1609; ce qui fait que l’on peut affirmer que le papier du n° 2151 donné comme étant de 1595, est en réalité postérieur de quelques années à cette date.
Au risque d'enfoncer une porte ouverte, il faut aflirmer qu'il y a un jour précis auquel une paire de formes, munie d’un filigrane donné, a commencé à fonctionner, et qu'aucune feuille à cette marque n’a été faite avant ce jour. C’est ce que savent bien les fabricants de papiers. Preuve en soit ce papetier, Simon Îteret, de Serrières, qui, dans le procès du greffier Grossourdy, affirma que le papier employé par le faussaire était antidaté et n'avait pu être fabriqué avant le 6 juin 1564 (voy. p. 152). Preuve en soit encore M. Blanchet, un des chefs de la maison Blanchet frères et Kléber, fabricants de papiers, à Rives (Isère), lequel au cours du procès Caffarel-Limousin, dit des décorations, qui entraina la démission de M. Jules Grévy comme président de la République française, affirma que le papier sur lequel M. Wilson avait écrit deux lettres datées de 1884, n'avait été fabriqué qu'à partir du 29 juillet 1885 !.
Peut-on évaluer le temps qui s'est écoulé entre le jour où une feuille de papier a été fabriquée et celui où elle a été écrite ? Etudiant cette question, Likhatscheff constate d’abord que, dans cette évaluation, on peut faire abstraction de la distance qui sépare le lieu de fabrication du lieu d'emploi d'un papier, parce que cette distance, en Europe, a toujours pu être franchie en moins d'une année et que, par conséquent, une feuille de papier a pu être écrite très loin de son lieu d'origine, l’année même de sa fabrication. Après cette remarque fort juste, l'auteur fixe à un maximum de dix ans le temps écoulé entre la fabrication et l'emploi d’une feuille de papier. C’est une appréciation arbitraire et personnelle. L'on possède fort peu de renseignements sur les fabricants et les marchands de papiers avant le XVI° siècle et l’on ignore s'ils gardaient en magasin des provisions importantes. Il est bien regrettable, à ce point de vue, que le livre de commerce du papetier fabrianais Lodovico, fils d'Ambrogio, conservé aux Archives municipales de Fabriano, n'ait pas été
publié ; il eñt certainement fourni, pour la période de 1363 à 1366, d'utiles renseignements. Ce que
! Voy. notre note sur l’Utilité des filigranes du papier et leur signification à propos d'un récent procès. Berne, 1888, tirage à part des n° de janvier et février 1888 de l'Union de la papeterie.