XII AVANT-PROPOS
Nous voulümes savoir trois choses :
1° L'époque à laquelle remontait en Suisse l'usage du papier.
2° En quels lieux s'établirent dans ce pays les premiers battoirs à papier et quelle est la date de leur fondation.
3° Quels sont les filigranes et d’où venaient les papiers employés avant l'existence de papeteries indigènes.
Pensant trouver la solution de ces questions dans les livres traitant de la matière, nous primes une connaissance aussi complète que possible de la littérature du sujet. Mais, à côté de beaucoup de renseignements généraux, utiles et précieux, il ne se trouva presque rien qui s'appliquât à la Suisse. Reconnaissant qu'il fallait faire une enquête spéciale pour élucider ces différents points, nous fûmes amené à franchir, pour la première fois, le seuil d'une salle d'archives. Après avoir visité les principaux dépôts publics du pays, nous étions en possession d’un grand nombre de renseignements historiques et de plus de 4000 calques de filigranes.
La première question, celle relative à l'époque à laquelle commenca l'usage du papier, était la plus facile à résoudre. Le plus ancien document écrit sur papier se trouve aux Archives du Chapitre de Valère à Sion ; c'est le registre des minutes du notaire Martin, commencé en 1275. Les comptes conservés jusqu’à nos jours, mentionnant des achats de papier, n’en indiquent aucun qui soit antérieur à cette date. On peut donc dire que c’est à la fin du XIII° et dans les premières années du XIV' siècle, que le papier fut connu et employé en Suisse. Mais quel était ce papier? de chiffe? ou de coton, comme le disaient tous les traités de paléographie pour les produits de cette époque ? Ceci nous entraîna à d'assez longues recherches et à la publication de deux opuscules! destinés à démontrer que le papier de coton n'avait jamais existé et qu'on devait se borner à parler de papyrus, de parchemin et de papier, pour désigner les trois matières généralement employées pour l'écriture.
La seconde question, relative aux premiers battoirs à papier établis en Suisse, se trouva aussi élucidée par ces recherches. Les résultats en furent consignés dans le journal l’Union de la Papeterie, Lausanne, 1883 à 1885, sous le titre de Votices historiques sur les plus anciennes papeteries suisses, travail dans lequel sont mentionnés une cinquantaine de battoirs. Mais la troisième question, touchant la provenance des papiers employés avant l'existence de papeteries indigènes, ne fut guère avancée. Nous pensàmes qu'en visitant les principales archives des pays limitrophes de la Suisse, on arriverait à éclaircir ce point. Les travaux publiés antérieurement et relatifs à Ravensbourg, par Hasler, Gutermann, Sotzmann et T. Hafner; à Strasbourg, par Ch. Schmidt, et à Venise, par Urbani, permirent de borner ces recherches à Besancon, Dijon, Lyon, Grenoble, Marseille, Gênes et Turin. En relevant dans ces villes plus de 5200 calques de filigranes, nous eûmes l’occasion de voir et d'étudier des papiers non filigranés qui sont parmi les plus anciens de ceux que conservent les archives et bibliothèques d'Europe. C’est surtout à Gênes que la moisson recueillie fut intéressante ; aussi, sur l'invitation de Desimoni, surintendant de ce dépôt d'archives, nous publiâmes le résultat de nos recherches sous le titre de : Papiers et filigranes des archives de Génes de 1154 à 17002. Toutefois le problème de la provenance des papiers n’en fut pas mieux élucidé. Plus s’accroissait le champ d’études, plus s’augmentaient le nombre et la variété des marques relevées. La même difli-
culté avait arrêté et découragé ceux qui, auparavant, avaient entrepris cette étude. Transcrivons ici
! La légende paléographique du papier de coton. tirage à part du Journal de Genève du 29 octobre 1884, ct Recherches sur les premiers papiers employés en Occident et en Orient du Xe au XIVe siècle, tirage à part des Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, tome XL VI, Paris, 1886.
? Avec 593 dessins autographiés dans: Atti della Società Ligure di Storia Patria, tome XIX, fase. IL; et tirage à part, Genève, H. Georg, 1888.