ODETTE
Quelque temps après ces événements, le marquis de Valmer fut atteint de cette maladie qu’on pourrait appeler le mal du siècle, qui choisit pour victimes privilégiées les plus nobles âmes et les plus riches intelligences. La vie fiévreuse de Paris, où les plaisirs violents sont la réaction du travail excessif, avait vaincu cette organisation pleine de ressort.
Le marquis de Valmer était un vieux lion si bien empaillé qu’il semblait encore jeune. Son front était ombragé de cheveux blancs et soyeux; sur son masque lin, d’une pâleur transparente, aux lignes épurées comme un profil de médaille, le temps avait buriné de légers et mystérieux hiéroglyphes, dans lesquels un disciple de Lavater aurait pu déchiffrer le poème du plaisir.
La vie s'était concentrée dans le cerveau, d’où elle rayonnait par un œil gris, clair et froid comme un miroir d'acier.
Le marquis était un des types les plus accomplis de cette forte génération de 1830, qui a donné des grands hommes et qui a fait de grandes choses.
Au temps de sa jeunesse, Paris avait pour colonnes d’Hercule le Palais-Royal, la rue Montmartre et la Chaussée-d’Antin. La grande mode était de se montrer sur le boulevard de Gand, au Cours, aux Tuileries, devant le perron de Tortoni.
Lamartine faisait pleurer les beaux yeux de nos grand’ mères ; on disait : « Monsieur de Chateaubriand » ; on lisait Werther et René; les journaux satiriques tympanisaient le vicomte d’Arlincourt, et les princes de la Bohème daubaient sur les bourgeois.
11 eût été de fort mauvais goût de ne pas être quelque peu poitrinaire et absolument blasé, mais l’amour en riait, et tout le monde y trouvait son compte.
• Bien qu’on fût à quarante ans de distance du Libre- Échange, ainsi que des gandins, des crevés et des Gommeux, les Anglais avaient déjà exporté chez nous le Kant et l’ennui, deux variétés du spleen national, et les lions étaient les précurseurs de trois dj’nastics de ■cocodès.
Au commencement de l’été de 1871, le marquis de ’V aimer x’encontra au cercle le docteur Champagne, qui
lui prit familièrement le bras et l’entraina jusqu’à la balustrade de la terrasse qui donnait sur les Champs- Elysées.
— Vous devenez rare, mon cher Valmer, dit le docteur, et je suis bien aise de vous avoir sous la main. Voulez-vous une consultation?
— Volontiers.
— Vous entrez dans la première période de l'anémie. Anémie est un mot décent, inventé par des académiciens polis, et qui définit une maladie fort humiliante, pour n'en rien dire autre chose. Premiers symptômes : ennui, mélancolie, mépris des hommes, dégoût des choses, papillons noirs et idées vagues de suicide.
— En effet, je m’ennuie. Si, en ce moment, Méphistophélès me proposait un marché, je ne sais ce qu'il pourrait m’offrir pour me distraire.
— La jeunesse.
— C’est cela, cher docteur. La vérité est que je néglige mes amis et mes relations;, je n’ai goût à rien, et je ne me sens pas plus attiré par le travail que par le plaisir.
— Naturellement, c’est l’action de l'estomac sur le cerveau. Atonie du système nerveux, pas faim, paresse de tète, langueur générale, enfin aucune espèce d’appétit.
— Oui.
— Alors, nous allons commencer le traitement . La poitrine est intacte, l’estomac capricieux, mais excellent.
Tous les matins, promenade à pied jusqu’à Auteuil, douche de pluie et douche mobile, retour à pied. Déjeuner solide : œufs à la coque, une ou deux côtelettes de mouton, vin de Bourgogne, fruits, cafés et liqueurs. Le soir, au cercle, au théâtre, dans le monde ; causerie, musique et amour platonique. Avec ce régime, je réponds de vous.
— L'ordonnance n’a rien de désagréable.
— 11 y a plusieurs genres de traitement : les uns qui réussissent avec les banquiers, et les autres qui ne prennent pas sur les pharmaciens. Cela dépend des sujets. Je pourrais vous conseiller de faire le tour du monde ou de collectionner; mais, si vous voulez m'en croire, vous irez tout simplement passer deux ou trois mois dans un village au bord de la mer. Est-ce convenu?
— Oui, docteur.
— Mon cher Valmer, vous connaissez mon principe. Il faut traiter le mal comme le feu. A l’origine, quelques seaux d’eau suffisent pour arrêter un incendie; si on n’attaque pas tout de suite, il faut des pompes.
— Il y a donc le feu?
— Oui. Ne vous étonnez pas trop si vous n'obtenez pas immédiatement des résultats sensibles. Il y aura des intermittences ; mais, jusqu’ici, je ne vois aucun danger sérieux, et tout ira bien.
Le marquis de Valmer comprit que le docteur Champagne venait de poser une question de vie ou de mort. Il résolut d’obéir.
Pendant trois semaines, il accomplit régulièrement son pèlerinage d’Auteuil, et conforma son existence nouvelle au régime du docteur, en exécutant ses prescriptions à la lettre.
Dans les premiers jours du mois de juin, il se rendit dans un petit village, situé sur le littoral du département de la Charente-Inférieure, où son domestique, muni d’instructions, l’avait précédé pour veiller aux premiers soins de l’installation.
A son arrivée, le marquis se trouva logé dans une maison de pécheur isolée, qu’on appelait La Repentie. Elle était adossée contre un rocher à pic, dont le sommet élevé formait un plateau couvert du velours des falaises. En avant, la mer, la grande mer, la mer sauvage. A quelque distance, les habitations du village dispersées le long de la côte.
C’est dans cette retraite ignorée, dans ce coin perdu du monde civilisé, que le marquis allait, d'après les expressions mômes du docteur Champagne, mener une existence végétative comparable à celle de l’huître collée à son rocher.
Ses hôtes étaient un vieux marin et sa femme, graves et silencieux comme des sauvages.
Un jour, il y avait bien des années de cela, leur fils unique était parti pour la pêche, et la mer leur avait renvoyé son cadavre.
Le père continua son métier de pécheur. La mort de
son fils était une des chances prévues et, pour ainsi dire, acceptées d’avance dans le rude métier de marin. Devenu vieux, il n’avait plus d’autre distraction que de se coucher dans sa barque et de s’abandonner aux ondulations de la terrible berceuse, d’autre joie que d’écouter la nuit, dans les souffles de la brise ou les vents de tempête, les voix de l’Océan, tantôt tristes comme une plainte et faibles comme un murmure, tantôt farouches et terribles comme un choc d’armées aux heures de colère.
Depuis le moment où elle avait retrouvé le cadavre de son fils sur le sable du rivage, la mère avait fait un. vœu à la madone. Elle avait juré qu’elle vieillirait et mourrait les yeux baissés, sans regarder la mer, sonunique horizon. Elle tenait ce serment, sans comprendre la grandeur et la sombre poésie de son héroïsme obscur. . Trouverait-on dans l’histoire un plus haut exemple de caractère, que l’accomplissement du voeu de cette femme de pêcheur?
Ils avaient adopté une petite orpheline du village, dont le père avait eu la fin misérable de leur fils; cette enfant était le bruit, la vie, le rayon, le chant de leur solitude.
Ils vivaient donc ainsi, quand le hasard, la fortune, leur envoya cet hôte étranger, dont la présence allait leur apporter un peu de bien-être. Ils bénirent le ciel
de sa venue, sans prévoir quel changement elle allait apporter dans leur humble destinée.
Le soir de son arrivée, après avoir pris possession de deux chambres, formant l’unique étage de la maison qu’il allait occuper pendant la durée de son séjour, le marquis de Valmer se promenait sur le sable lin de la plage à marée montante.
Il errait ainsi le long du rivage, lorsqu’il aperçut une petite fille, suivie d’un énorme chien de Terre-Neuve, escortant un petit cheval breton chargé de varech.
Les trois silhouettes se découpaient vigoureusement sous l’horizon d’un ciel gris comme un ciel de Hollande : le cheval blanc à la crinière épaisse et longue; le chien à la robe noire et blanche, soyeuse et frisée comme la laine d’un agneau de Crimée; l’enfant, semblable à une fleur animée, avec son jupon court et sa mante d'un rouge éclatant, son corsage noir à pochette, les jambes et les bras nus couleur d’acajou, agile comme une fille de la mer qui porte la livrée du soleil.
En passant, la petite fille jeta sur lui un regard fixe, plein de franchise et de curiosité; puis, en s’éloignant, elle retourna plusieurs fois la tête pour apercevoir encore ce grand vieillard moroêe.
Comme Y Angélus du soir tintait à la chapelle rustique posée au sommet de la falaise, il la vit revenir de son côté.
Elle lui lit remarquer un ruisseau que la marée montante formait derrière lui, et qui lui barrait le chemin de retour. Quelques instants plus tard, il eût été obligé de traverser cette rivière improvisée pour regagner le village.
— Par ici, monsieur, dit l’enfant en se dirigeant en ligne oblique jusqu’à des rochers encore à découvert. Vous ne vous mouillerez pas les pieds.
— Merci, mon enfant, dit le marquis, qui, tout en la suivant, l’observait avec attention.
Comme elle le précédait dans la maison, il demanda le nom de son guide.
— C’est notre petite Odette, répondit son hôte.
— « Odette?» répéta le marquis.
Ce nom le fit sourire.
Il songeait à Charles VI.
Le rez-de-chaussée de la maison formait une grande salle unique, éclairée par une lampe dont la lueur parvenait mal à dissiper les ténèbres.
A l’entrée de son maître, Jérôme alluma des bougies et lui demanda s’il devait le servir dans sa chambre.
— Non, je souperai ici.
A la pleine lumière, le marquis demeura frappé de la beauté de l’enfant qui le servait avec une réserve attentive .
Elle avait ôté le capuchon rouge qui enveloppait sa tète et la préservait des morsures du vent de mer. Bien
que collés par l'humidité saline, ses Cheveux épais, rassemblés par une bande de velours nouée en forme de gros papillon, étendaient leurs ailes noires sur les tempes, et retombaient comme un manteau qui couvrait ses épaules jusqu'au bas de la ceinture.
Son visage cuivré avait les teintes olivâtres et le reflet du bronze pâle. Ses grands yeux contemplateurs, d’un bleu sombre, brillants comme des saphirs, semblaient garder la vague profondeur des horizons infinis. Le corps grêle était nerveux, les attaches fines et délicates, du petit bois, disaient les marins.
Elle supporta avec sérénité le regard pénétrant de son observateur. Soit curiosité , soit désœuvrement, peut-être sollicité par une attraction instinctive , le marquis interrogeait ce masque enfantin, ces yeux fixes, rêveurs, ignorants, qui le firent songer ù ces adorables têtes de Greuze, dont l’expression révéle si bien les premiers étonnements de l’innocence.
Elle était toujours là, debout auprès de sa chaise, attentive, suivant ses mouvements, interrogeant son regard, cherchant à surprendre ses moindres désirs.
On eût dit que cette enfant sauvage subissait l’influence d’un être civilisé, d’une pâte plus fine que celle des rudes nourrissons balancé^ sur la gorge de la grande berceuse.
Le citadin qui vit à Paris, enfermé dans son cirque de pierre, les poumons brûlés par la respiration de son atmosphère chargée, les yeux blessés par la cruelle
lumière du gaz, celui-là peut s’enivrer de l’air matinal et du parfun des fleurs, goûter le charme pénétrant des bois et des prairies, la poésie des lacs, comprendre les voix mystérieuses de la montagne et de la mer, reposer son regard sur le front d’un enfant.
Le marquis éprouva une émotion délicieuse, et il flatta paternellement ses joues vermeilles.
— Bonsoir, Odette, dit-il.
— Bonsoir, monsieur, dit l'enfant avec un sourire reconnaissant.
Le marquis se retira dans sa chambre, et il ne tarda pas à s’endormir d'un calme et profond sommeil, au murmure régulier de la mer sur la grève.
Le lendemain matin, il s’éveilla aux premiers rayons du soleil levant qui entraient dans sa chambre, et il s’habilla de bonne humeur, comme pour obéir à l’invitation du visiteur matinal.
Il ouvrit sa fenêtre et respira avec ivresse l’air vivifiant de la brise marine.
La mer était forte. Il suivait d’un œil distrait les vagues, qui semblaient courir comme des troupeaux de lions échevelés, avant de déferler sur le sable en larges nappes frangées d’écume.
Il était là, fumant un cigare, lorsqu’il aperçut la petite Odette qui se dirigeait du côté de la maison, portant à la main un bidon de fer-blanc.
— Odette! dit-il quand elle fut à portée de la voix.
Kl le releva la tôte.
— Bonjour, monsieur, cria-t-elle d’une voix joyeuse aux notes gutturales.
— Bonjour, Petit Chaperon rouge, d'où viens-tu comme eela de si bon matin?
— J’ai été vous chercher du lait aux Fontaines.
Elle disparut en franchissant le seuil, monta légèrement les escaliers, entra dans la chambre, et versa dans un bol de faïence le lait écumeux.
— M. le comte d’Orvillers m’a demandé pour qui je venais chercher du lait, reprit-elle. Je lui ai répondu que c’était pour M. le marquis de Valmer, et il m’a dit • de vous souhaiter le bonjour.
— Èh bien, chère enfant, dit-il, en lui tapant amicalement sur la joue, si tu veux, nous irons lui faire une ■visite. Cela me servira de promenade.
Ils descendirent ensemble et gravirent la falaise.
Odette était accompagnée de l’inséparable terreneuve.
— Est-ce à toi, ce beau chien ? interrogea le marquis ■en caressant sa tète intelligente.
— Il est à M. le comte, mais ou le laisse venir avec moi tous les jours. Je l’ai ramené de la ferme. Il s’appelle Tom, et il m’aime bien.
— Et, comment passes-tu ton temps ici, toi?
— Je vais ramasser du varech h marée basse, pécher •des moules et conduire les moutons sur la falaise.
LES FILLES D EXFER
Quelquefois je m’embarque en mer avec les pécheurs.
— Et l’hiver?
— L'hiver, je vais à l’école du village.
— Es-tu bien savante?
— Je sais lire, écrire et un peu calculer. J’ai fait ma première communion l’année dernière.
Une compagnie de vanneaux fila sur leur tète et le marquis leur envoya ses deux coups de fusil au passage.
Un de ces jolis oiseaux tomba presque aux pieds d’Odette, l’aile cassée et la gorge sanglante.
Elle le ramassa, considérant la victime d’un œil triste, mais sans faire aucune réflexion.
— Odette, dit le marquis en glissant le volatile dans son carnier, tu n'aimes pas qu’on tue les oiseaux ?
— Oh ! non.
— Eh bien! soit, je laisserai mon fusil à la maison.
Odette le regarda avec un si joli sourire, des yeux si
doux, si intelligents, qu'il se sentit ému par le charme de sa grâce.
Une fois au sommet de la falaise, elle le guida à tra vers bois jusqu’à la ferme. A quelque distance s’élevait une élégante et vaste habitation de campagne, résidence du comte d’Orvillers.
La première entrevue fut des plus cordiales. Quoique étrangers, le comte et le marquis se rencontraient dans ce pays perdu, comme deux exilés parlant la
même langue sur une terre qui n’est pas la patrie.
La voiture du comte était attelée et prête à partir. Sur son invitation, le marquis l’accompagna jusqu’à la ville voisine où ils déjeunèrent. Malgré les instances pressantes de son hôte, il ne put consentir à accepter l’hospitalité qu’il lui offrait, l’habitation du comte étant assez éloignée de la mer, vu les ordres formels du docteur. Il promit de fréquentes visites, puis il reprit le chemin du village avec Odette, qui avait attendu son retour.
En revenant, le marquis renoua la conversation avec elle, et il se surprit à trouver du charme à ses impressions naïves.
Les jours, les semaines s’écoulèrent ainsi, paisibles et monotones. Malgré l’absence absolue de toutes les distractions qu’il aurait pu trouver dans une ville de bains de mer à la mode, le marquis ne s’ennuyait pas. Il avait emporté son fusil de chasse, une caisse de livres choisis, des provisions de cigares.
Chaque matin, Jérôme, son domestique, se rendait à la ville, distante d’environ trois lieues, et en rapportait les éléments qui pouvaient rendre plus supportable cette existence de Robinson. Sous le rapport des choses nécessaires à la vie, les ressources ne manquaient pas ; les huîtres de Marennes, le gibier, le poisson, les fruits, étaient en abondance.
Les journaux lui apportaient lccho du regretté
Paris ; les relations de bon voisinage avec le comte d’Orvillers occupaient les loisirs des belles journées.
Quand le temps était mauvais et le confinait dans sa chambre, il s’installait à sa fenêtre et regardait la mer, toujours la mer, aux vagues éternelles, aux horizons infinis.
La petite Odette lui tenait compagnie. Elle avait obtenu la faveur de passer ses journées auprès de lui, avec l’inséparable Tom. Le marquis, n’avant pas d’autre aliment de curiosité, avait fini par s'intéresser à mille choses indifférentes, et il étudiait, dans des ouvrages scientifiques, les animaux, les végétaux et les minéraux de la zone marine.
Il commençait à comprendre le bonheur d’avoir des enfants, d’observer la naissance de leur idées, le développement de leurs intincts, de suivre les pensées qui surgissent dans leurs petites tètes et se traduisent en formules originales, d’assister aux ravissements de ces âmes endormies qui s'éveillent, avant de s’élancer à la découverte du monde extérieur.
Tout cela était pour lui une source inépuisable d’observations nouvelles, de joies inconnues. Et u’étaitce pas une révélation charmante que l’accord de sentiments entre ce vieillard, qui croyait avoir épuisé le clavier de toutes les émotions humaines, et cette enfant abandonnée, condamnée depuis le berceau à une existence pi’esque végétative?
Eu même temps que les forces lui revenaient et que la vie lui redonnait son étreinte, il sentait rajeunir son àme. Son cœur n’était donc pas entièrement calciné, puisqu’il y avait une affinité secrète, une sympathie mystérieuse entre lui et la petite Odette.
Il aimait à rencontrer son regard, à interroger la profondeur de ses yeux limpides. Parfois, il interrompait une lecture commencée, pour la regarder dormir sur la peau d’ours jetée en guise de tapis devant la fenêtre, le bras passé autour du cou du fidèle Tom.
Chaque jour, à de rares exceptions, il faisait avec elle sa promenade matinale au bord de la mer, et l’emmenait dans ses excursions aux Fontaines.
Le dimanche, il l’accompagnait à la messe de la chapelle rustique, bâtie au sommet de la falaise, et Tom les attendait gravement à la porte.
Le temps avait marché. Un beau jour, le marquis reçut une lettre du docteur Champagne, qui le traitait d’hypocondriaque, de malade imaginaire, et lui enjoignait de revenir à Paris.
Il fut tout étonné, en songeant à ce départ qui lui avait d’abord paru si lointain. « Où la chèvre est attachée, elle broute », ditun proverbe. Ainsi del’homme. On finit par s’acclimater ; on s’arrange d’une vie qui semblait d’abord inacceptable ; on contracte des habitudes qu’on croit rompre facilement. Les géants s'enchaînent avec des fils d’araignée’. Pauvre humanité !