ACTE ly
ANTOINi:.
Eh bien ! tenez, ma tante , je n'irai pas par quatre chemins, et, après tout, c(tmme on dit, il ne faut pas tant de lard pour faire un quarteron. Je xous dirai donc que vos paroles de l'autre fois m'ont tout n'louri:é , que je ne me reconnaissais plus en vous qniltint, elv^e j'avais comme une envie de me gourmer d'importance, pour les méchants propos que j'avais 'aissés tomber devant vous.
MADAME FOISTENAY.
Je ne me les rappelle pas.
AjNTOIKE.
Je me disais comme ça à moi-même , et pendant que la Grise broutait : Vois-tu. Antoine, tu es un happe-chair, un avaricieuXjtu n'as pas besoin de ce million-là, attendu que tu as la plus belle foriune qui soit à vingt lieues à la ronde. Tu possèdes trois feimes superbes et quatre moulins, qui ne suffisent pas à moudre tout le grain de tes champs, et d'une... Tu as encore avec ça un intérêt... majeur dans quelques mines de fer et de charbon du Morvan, et de plus, un arpent de vignes à Richebourg, un demi à la Romanée et trois à Volnay, sans compter trois ou quatre cents châtaigniers, qui, bon mal an, peuvent bien...
MADAME F0NTE>AV, avec plus d'imnaiience encore.
Vous êtes riche, très-riche, je le sais...
ANTOINE
Oui, ma tante, que je suis très-riche; d'autant plus riche^ n'est-ce pas, que je n'ai que moi à penser? Car, enfin...
(avec une inleution de plu» en plus marquée) je u'ai paS dc famille ,
moi, en dehors de vous, s'entend, de vous que j'estime et que j'aime, notez bien ; mais je veux dire que je n'ai pas de femme, pas d'enfants... des amourettes par-ci, par-là, c'est vrai; mais ça n'est pas le bonheur, vous m'eniendez bien ! Et puis, a[)rès moi, à qui qu'elle reviendra cette fortune, un supposé que je reste le dernier? A la paroisse? C'est pas utile; pas vrai? Tant il y a que...
MADAME FONTEN AY, ne se contenant plus.
Achevez, Antoine, je vous en supplie 1
76 CKNDRILLON
AÎSTOINE, prenant son courage à deux mains.
Eh bien! ma tante... (s'anêiam eocore.) Oh! mais... je vous en prie, preiii-z patience encore un brin... Dans un instant, vous saurez quel arrangement je vous propose, pour fmir tous nos différends... Seulement, dame!... mettez-vous à ma place... c'est un peudilficiîe à dire, mais... (prappé d'uue iiée.) Mais, tenez, tenez, matante... dans le Morvan, à la première visite ou jeune à marier chez celle-là qu'il a choisie, il regarde bien attentivement ce qui se passe à son arrivée... Si on dresse en Tair les tisons du feu, c'est de mauvais augure; si, à son départ, l'on trace de? croix dans les cendres, c'est un congé... Mais, s'il est agréé... ah! s'il est agréé... un repas se prépare...
MADAME FONTENAY
Eh bien?
ANTOINE
Eh bien ! ma tante, je serais bien heureux si... un jour ou l'autre... vous vouliez m'inviter îi dîner.
MADAME FONTENAY
Moi?... Ah ça, Antoine! est-ce que vous mo demandez ma main?...
ANTOINE, se récriant.
Ah ! ma tante !... je sais trop ce que je vous dois!... Non. C'est ma cousine Marie que j'aime, et je viens vous demander de me la donner pour femme.
MADAME FONTENAY, surprise. Ils s-i ièvenl.
Je vous assure, Antoine, que j'étais loin de m'attendra...
ANTOINE
Que voulez- vous, ma tante?... Je vous l'ai dit, je suis las d'èlre garçon... Et depuis l'autre fois, depuis que j'ai revu Marie, si bi ave et si miignonne, je me suis souvenu tout à coup du temps de ses quatorze ans, où elle s'endormait quelquefois sur mes genoux à la \eillée... les jours où elle venait dîner à la ferme... et c'est à elle que je pensais déjà tout le long du chemin, en m'en retournant... El depuis... eh bien! depuis, je suis vemi soir et matin rôder autour du parc pour tâcher de l'entrevoir à travers la feuillée... Je l'ai revue, et ça n'a plus été au pas=é, (jne j'ai sonré, mais à l'avenir... et