ACTE I, SCÈNE VIII
qui, pâle et succombant à la fatigue, semblait luimême prêt, à s'évanouir, mais il me répétait en me pressant contre lui : Ne craignez rien !.. Je réponds de vous!.. En effet, il m'avait sauvée !
CLÉLIA.
Pauvre sœur !
MAIÏGUEMTTE.
Mais quand le trouble et la terreur de ce premier moment se furent dissipés, quand, plus calme, je repassai dans ma mémoire tous mes souvenirs, je ne puis te dire quelle rougeur couvrit mon visage! quelle honte, quel désespoir s'empara de moi ' Ce jeune homme... qui m'avait sauvée... ainsi dans ses bras, c'était mon libérateur. . et loin de lui porter de la reconnaissance, ce que j'éprouvais était du dépit... presque de la haine... j'aurais voulu surtout ne jamais le revoir... Juge de mon supplice et de ma confusion, lorsque le lendemain je le vois entrer dans le salon ! il ne restait dans la ville de Côme que jusqu'au lendemain... heureusement! il ne voulait pas s'éloigner sans savoir de mes nouvelles; je balbutiais, je n'osais lever les yeux... et je dois convenir que, prenant pitié de mon embarras, ses regards se détournèrent des miens, il évita de m'adresser la parole ; il ne chercha même pas à connaître qui j'étais, ni à savoir le nom de celle qu'il avait sauvée! Ah! combien je lui sus gré de cette réserve ! Alors seulement je me hasardai à l'observer à la dérobée ! c'était un pauvre officier bien simple ! mais quel air de bonté ! Quelle physionomie noble et distinguée... Il avait pris congé de nous, et le lendemain et les jours suivants, je ne pensais plus qu'à lui!..
CLÉLIA.
En vérité !
MARGUERITTE
Avec personne au monde je n'en conviendrais, mais avec toi, ma soeur!..
CLÉLIA.
Tu te fatigues!..
margueritte, avec chaleur.- Non!., parler de lui me ranime et me fait du bien... vois plutôt?
clélia, avec joie.
C'est vrai!.. Parle alors?..
MARGUERITTE
Eh bien ! je ne sais pas... mais... son image ne me quittait plus ; c'était le rêve de mes jours et de mes nuits... je l'aimais !.. Et dans mes projets de jeune fille, je me disais : après ce qui est arrivé, je ne puis appartenir à personne qu'à lui! le devoir, la pudeur me l'ordonnent ; il sera mon mari ou je ne me marierai jamais!
C'était juste!., c'était bien!
MARGUERITTE, vivement.
N'est-ce pas ? Eh bien ! croirais-tu que depuis (
ce moment, nul souvenir..,., nulle trace de lui! Une indifférence un oubli complet! Et moi qui avais redouté sa présence,
je me disais maintenant que c'était mal à lui de m'avoir oubliée... dédaignée ainsi! Que d'ordinaire on s'attachait aux gens par les services même qu'on leur avait rendus; qu'alors il me devait quelque reconnaissance... quelque amour peut-être... Te le dirai-je enfin ?.. une idée, plus absurde encore, un espoir qui tient de la folie, vint s'emparer rie ma pauvre lête; espoir qui renaît chaque jour, et qui chaque jour déçu me mine lentement et me tue... Je m'imaginai qu'il avait découvert mon nom et ma retraite! que je le voyais apparaître devant moi ! qu'il venait pour me dire : Je vous aime... et pour me demander en mariage à mon père ! (Voyant entrer Ludovic et poussant un cri.) Ah!..