SCÈNE VII
LUDOVIC, entrant par le fond, une lettre à la main ; CLÉLIA, sur le canapé à droite, tournant le dos à la porte du fond; MARGUE- RITTE, placée sur le canapé du côté opposé.
clélia, effrayée, se précipitant sur Marguerilte qui vient de perdre connaissance.
Margueritte... ma sœur... quelle crise soudaine...
Lunovic, qui s'est avancé vers la table à gauche, et à demi-voix.
C'est moi, Clélia!.. et voici la lettre dont je vous ai parlé.
clélia, vivement et avec désespoir.
Plus tard ! plus tard! pas maintenant!.. (Lui faisant signe de poser sa lettre sur la table.) Là!., là!.. Sa dernière heure est proche... Et vous... attendez-moi... ici!.. (Elle lui indique la porte à gauche au deuxième plan. Ludovic laisse la lettre sur la table à gauche et se retire du même côté dans l'appartement à gauche.)
MARGUERITTE, CLÉLIA*.
clélia, faisant respirer son flacon à Margueritte.
Margueritte!.. Non... non!., elle r'ouvre les yeux... ce n'était qu'une faiblesse...
MARGUP.RITTE.
Ah!., que je me sens bien!., comme mon sang circule... (Montrant son^cœur.) et se porte là... avec violence... sens plutôt comme il bat !..
CLÉLIA.
Tu souffres...
• L. M. Cl.
margueritte, avec joie.
Non... non... je renais!.. Tu ne sais pas... je l'ai revu!
Que dis-tu?
margueritte, de même.
C'est lui... c'est lui... j'en suis sûre...
CLÉLIA.
0 ciel !..
MARGUERITTE
Je l'ai vu entrer tout à l'heure... tenant une lettre à la main...
v clélia, à part, avec désespoir.
0 mon Dieu !
margueritte, avec angoisse et regardant autour d'elle.
Serait-ce encore un rêve!.. (Avec un cri de joie et regardant du côté de la table.) Non... non... c'était" vrai... c'était réel... voici... sur cette table... sa lettre qu'il y a laissée... (Elle s'est levée du canapé et essaie en chancelant de se diriger vers la table.)
clélia, à part.
Comment empêcher?..
margueritte, qui s'est traînée jusqu'à la table,
saisit la lettre, s'en empare et s'écrie avec
joie.
Je la tiens!.. (Mais, épuisée par cet effort, elle retombe assise sur le fauteuil qui est près de la table.)
clélia, accourant près d'elle de l'autre côté de la table.
Mais lu te trouves mal... les forces t'abandonnent "...
MARGUERITTE
Non... non... j'en ai encore... (Ouvrant la lettre.) Voyons... lisons?..
clélia, à part.
Tout est perdu !
MARGUERITTE
Que je la lise et que je meure... (Avec désespoir.) Je ne peux pas... je ne peux pas... je ne distingue rien... un voile couvre mes yeux...
CLÉLIA.
Eh! mon Dieu!., c'est lout simple!., la faiblesso et surtout l'émotion!..
margueritte, avec colère.
Lis donc, alors?., lis toi-même...
clélia, prenant vivement ta lettre.
Donne!., donne!.. (A part.) 0 mon Dieu! inspire-moi ?
margueritte, avec impatience.
Eh bien !.. eh bien!., ah ! que tu es longue... tu me lais mourir...
clélia, parcourant la lettre.
Laisse-moi donc au moins le temps,.,
* M. Cl.
MARGUERITTE
Le temps!., mais à peine me reste-t-il celui de t'entendre !
clélia, poussant un cri d'effroi.
Ah ! (Feignant délire.) « Mademoiselle... de- <■ puis le jour où j'ai eu le bonheur de vous « sauver la vie... mon cœur est à vous ! » margueritte, qui comme en proie à une exaltation fiévreuse, écoulait avec impatience, pousse un cri de joie et porte la main à son cœur. Ah!
CLÉLIA.
Qu'as-tu donc?..
MARGUERITTE
Le calme me revient... et la vie aussi... (Montrant la lettre.) J'aurai le temps maintenant d'entendre le reste ! va ! va !
clélia, lève les yeux au ciel en signe de reconnaissance et continue.
« Si jusqu'à présent je n'ai pas osé me pré- « senter chez vous... chez votre père... c'est que « chaque fois que je me suis offert à vos yeux, « j'ai cru remarquer en vous une indifférence... « pour moi... elmême un éloignement qui m'empè- « chaient de vous dire : Je vous aime 1 margueritte, avec joie.
Est-il possible !.. c'est vrai!., c'est vrai... lu sais pourquoi... Je comprends maintenant... achève, de grâce?..
clélia, de même.
« Ce secret que je vous confie en tremblant, « promettez-moi de le garder pour vous seule !
MARGUERITTE
Nous deux!., c'est la même chose!..
CLÉLIA.
« Et s'il n'excite pas votre colère... si vous me « permettez d'aspirer à votre main... » margueritte, avec bonheur.
Ma main! que tedisais-je? mon rêve qui s'accomplit ! comme cela se rencontre, et que l'on se moque encore des romans, des idées de jeune fille. (A Clélia qui la regarde.) Mais va donc... va donc... qui t'arrête?
CLÉLIA.
Toi qui m'empêche d'achever : « Si vous nie « permettiez d'aspirer à votre main... » (Voyant paraître Holbein à la porte du fond.) Dieu ! mon père! (Elle jette vivement la lettre dans la cheminée qui est près d'elle.)
MARGUERITTE
Qu'as-tu fait?
clélia, à d"mi-voix.
Puisqu'il nous demande le secrel!
MAIW3JJERITTE.
Sans doute!., mais brûler sa lettre. (A pari.) J'aurais voulu la garder, la voir... (Faisant le geste de la porter à ses lèvres.)