II
au-delà du Pô, dans le pays de Ferrare, de nombreux détachements, il lui était facile de s'emparer du duc. C'était l'avis du roi ; mais son ministre lui représenta qu'il faudrait en ce cas entretenir le prisonnier avec toute sa maison, « qui coùteroit aussi cher que le plus beau rég'iment, » tandis qu'en le laissant échapper avant qu'il eût donné de réponse officielle aux dernières propositions à lui adressées, cette fuite prouverait et sa mauvaise foi et ses eng'ag'ements antérieurs avec les ennemis de l'Empire, ce qui permettrait de le reg^arder comme ayant en fait déclaré la g-uerre, et de traiter ses Etats en conséquence, tout en forçant les rois de France et d'Espag-ne à subvenir à ses besoins. Ce sag'e conseil fut écouté, et le duc de Modène put continuer paisiblement sa route, sans se douter que l'ordre avait été donné de tenir tous les chemins bien soig*neusement libres devant lui (1). Il resta peu à Ferrare et se retira, pour plus de sûreté, à Venise. Le 25 juin, Modène capitula : la Mirandole tint jusqu'au 28 juillet,
Charlotte d'Orléans allait recommencer sa vie errante : elle avait laissé ses enfants à Sassuolo, où le roi de Sardaig'ne avait consenti à les considérer comme libres, jusqu'à ce que leurs parents eussent trouvé à se fixer. Elle écrivait le 8 juillet au cardinal de Rohan une lettre datée « dans le Padouan », pour
(1) Méiuoii'c du comte de Broglie, dans lu CorresponduHce politique seo)'ète de Louis XV, par M. Boutaiic, II, 237.
le prier de remettre une dépèehe au pape après l'avoir lue : « Je ne puis vous exprimer, ajoute-l-elle, les horreurs de notre situation ; être à la veille de mourir de faim est le moindre mal : il n'y a pas de jour où il n'arrive des redoublements de maux sans espoir de bien. Nous en sommes au point de craindre maintenant pour la liberté de nos enfants, bien qu'ils ne soient restés que sur la parole du roi de Sardaig*ne de les faire respecter et de les laisser venir quand nous les appellerions. » Elle déplorait l'inaction de notre politique en Italie : « Est-il possible que, ayant été à la veille de donner des lois au monde, on en veuille recevoir du roi de Sardaig'ne(l) ! n En même temps qu'elle demandait à Rohan d'intercéder en sa faveur à Versailles, elle écrivait à Fleury pour réclamer contre la saisie faite par les vainf[ueurs de ses revenus personnels avec ceux de son mari (2); elle faisait ég"alement ag-ir par mademoiselle de la Roche-sur- Yon. Elle dit encore au cardinal : « La paix du roi de Prusse nous a comblés de douleur : on assure qu'elle n'a pas fait plus de plaisir au roi de Sardaig-ne. Je crois (jue ce seroit une occasion où il seroit facile de lui faire tourner casaque à la reine de Hong'rie. Je crains de penser qu'il en coùteroit fort cher ; mais les affaires des Espag'nols sont dans un déplorable état ici ; ainsi, eux et nous sommes perdus sans ressources,
(1 ) Archives de Modène.
(2) Du Cattaygo en Padouan^ 12 juillet 1742. Ibid.
si V. E. ne trouve moyen de séparer ces deux alliés, car l'on assure que la crainte de ne plus pouvoir commander en maître, ainsi qu'il l'a fait jusqu'à présent, peut disposer le roi de Sardaignie. i>
La cour de Versailles semblait peu portée à s'occuper des souverains dépossédés de Modène. Elle blâmait François d'Esté de ne pas avoir souscrit aux propositions de Charles-Emmanuel. Ce prince, sachant ces dispositions, «redoublait de duretés » et voulait maintenant g-arder prisonniers les enfants du duc de Modène comme otag-es, jusqu'à la reddition des postes des montag*nes encore occupés par les troupes d'Esté. Le duc écrivit une lettre suppliante à Fleury, pour lui exposer celte situation et demander son appui : « C'est faire la g^uerre peu humainement que de se porter à ces extrémités, et il faut se souvenir qu'on peut avoir sa revanche (i). »
Charlotte d'Orléans avait suivi son mari à Venise, et c'est de là qu'elle adressa cette lettre à Fleury pour se justifier des plaintes de Charles-Emmanuel sur l'attachement de la maison d'Esté à la France :
(( La faute que m'impute le roi de Sardaig'ue est trop belle pour la nier ; mais je puis assurer V. E. que M. de Modène n'a eu nul besoin de mes insinuations pour suivre exactement les conseils que vous lui fîtes donner l'année passée par moi, et qu'en conséquence , il a toujours été absolument
(1) Du 10 août 174?.. {Aff.étr.)
résolu de demeurer attaché aux 'intérêts du roi d'Espag'ne, ainsi qu'il en a donné les plus g-randes preuves. J'ose dire qu'il est de l'honneur et de l'intérêt de la maison de Bourhon de soutenir des princes qui se sont sacrifiés pour elle : je vois que V. E. le veut, et je crois qu'elle ne se rehutera pas des long'ueurs de l'Espag'ne. Quant au roi de Sardaig'ne, quoique vous me puissiez être hon guarani que je suis bien éloig'née d'avoir à son ég*ard l'animosité que les traitements qu'il nous fait méritent, je prie V. E. de ne lui plus faire parler de moi; j'espère que le temps viendra où l'on pourra faire rendre avec usure tout ce qu'il nous prend injustement. Je le souhaite encore plus comme princesse du sang" et bien attachée à la g-loire de ma maison, que pour mon intérêt particulier. C'est une g-rande consolation pour moi que la part que V. E. veut bien prendre à toutes nos peines (1). »
A la fin de l'année, elle adressa des vœux au cardinal, en lui transmettant le désir de son mari de se voir confier le commandement en chef des troupes franco-espag'noles en Italie : « Ce seroit une preuve authentique de reconnaissance (2). » François d'Esté obtint au moins une partie de ce qu'il souhaitait, car, au commencement de l'année suivante, le roi d'Espaguie le nomma g-énéralissime de ses armées, dont il prit le commandement effectif,
(1) Du 4 octobre. {Aff. étr.)
(2) Du 22 décembre 1742. Ibid.
le 9 mai, à Rimini. Ghai^otte d'Orléans, assurée des bonnes dispositions de Versailles par mademoiselle de la Roche-sur- Yen, demanda immédiatement à Louis XV la permission de se retirer en France pendant la durée des opérations militaires, « convaincue que V. M. ne refusera pas un asile à sa cour à la femme d'un prince qui n'a pas hésité, même aux dépens de la perte de ses États, de se conformer au désir que M. le cardinal de Fleury me manda, que V. M. avoit qu'il s'unît avec le roi d'Espag-ne (1). » Sans attacher trop de valeur aux assertions de Soulavie, auteur des mémoires publiés sous le nom du comte de Maurepas, il ne faut pas oublier qu'il travailla d'après les papiers du duc de Richelieu, dont il avait été le secrétaire. L'assurance qu'il donne de la continuation des relations épistolaires entre mademoiselle de Valois et son ancien amant est donc très-vraisemblable , surtout si on se l'appelle les correspondances secrètes qu'elle entretenait précédemment avec Paris, au g-rand désespoir du bon abbé Golibeaux, et si l'on song'e à la liaison étroite qu'elle allait former avec la duchesse de Châteauroux, l'amie dévouée de Richelieu. C'est donc à lui, paraît-il, qu'elle s'adressa pour obtenir ce qu'elle désirait, par l'intermédiaire de la toute-puissante favorite. 11 appuyait vivement ses instances, sachant trouver en elle un instrument docile de ses volontés. La duchesse d'Orléans cependant maintenait son op-
(1) Du 22 mai.
MADEMOISELLE DE VALOIS. V.)d
position, exig-eant du moins que sa fille fîl une démarche de soumission, en lui demandant préalablement la permission de solliciter du roi son retour à Paris. Celle-ci refusait cet acte qui froissait son amour-propre , et elle fît ag'ir mademoiselle de la Roche-sur- Yon pour vaincre l'exig-ence de sa mère, «jusqu'à ce que cette princesse se mît à g-enoux devant la vieille duchesse, qui fut inexorable. » Richelieu recourut alors à madame de la Tournelle, qui obtint du roi l'envoi d'iVmelot au Palais-Royal. Madame d'Orléans céda en présence d'une pareille démarche, en déclarant qu'elle ne pouvait rien refuser au roi, «et qu'elle verroit avec plaisir sa fille pour plaire à Sa Majesté. » Ce prince fît immédiatement expédier la permission sollicitée, en accordant cette fois à madame de Modène tous les honneurs dus à son rang\ « Vous serez bien aise d'apprendre, ma chère cog'nate , écrit-elle aussitôt triomphalement à sa belle-sœur Rénédicte d'Esté (1), avec laquelle elle entretint toujours une intime et fréquente correspondance, que le roi a bien voulu me donner son consentement de la meilleure g-râce du monde, ainsi que ma famille ; que les ordres sont donnés partout pour me donner toutes sortes d'honneurs; ainsi j'espère que je n'auray au-
{]) Morte le 17 septembre 1777 sans alliance : elle était retirée à Padoue avec sa sœur Amélie, également non mariée. La troisième, veuve (lu duc de Parme, était remariée depuis 1740 au prince de Hesse-Darnistadt.
cun des désagréments de l'autre fois, et seray en état de rendre des services (1). »
Charlotte d'Orléans arrivait enfin la tête haute à la cour de Versailles, forte du dévouement un peu contraint de son mari à la maison de Bourbon et assurée du moins que, bon gTé mal gTé, on serait obligée de lui en montrer une reconnaissance officielle. Les opérations de François d'Esté n'aboutirent cette année, en présence de l'offensive du prince Lobkowitz, qu'à une retraite vers Naples, où il fut rejoint par le roi de Sicile (novembre). Sa femme espérait mieux, et n'apprit pas sans une vive contrariété cet insuccès que l'on ne pouvait dissimuler : en même temps, elle eut le désag-rément de voir le duc de Chartres préférer mademoiselle de Conti à sa fille ; dans la lettre que nous allons citer à ce propos, on remarquera qu'elle parle de sa mère en termes qui constatent une réelle réconciliation (2) :
(( Vous ne serez pas plus surprise que je l'ay été en aprenant que le mariag-e de M. de Chartre avec mademoiselle de Conti fut déclaré il y a huit jours ; tout le monde s'atendoit à celui que nous souhaitions; ma mère en parloit continuelement comme d'une chose qui feroit le bonheur de sa vie : mais elle n'est pas crue, quand il s'agnt de faire du bien ; vous jug*ez bien l'efPet qu'il m'a fait : je suis aussi très en peine de la situation de Monseignieur et de
(i) De Gènes, 1" janvier 1743. [Arch. de Mod.)
(2) Cette lettre est adressée à la princesse Bénédicte, à Venise.
sa mauvaise humeur; s'il ne s'arme de patience, il se perdra pour jamais, et il y a tout lieu de conter que ce printems les choses chang"eront de face; quant à la g-lace de nos jeunes mariés, il n'y a rien de plus malheureux, et il faudroit tâcher de leur faire entendre raison ; j'espère que vous pousserez la patience jusqu'au hout, surtout dans le moment présent. Vous cog'noissez Monsieur, une hag^atelle de famille est capable de lui faire abandonner les choses les plus importantes, et vous vous reprocheriez éternelement d'avoir causé la ruine de votre maison; pour moy, je ne me pardonnerois pas de vous donner le moindre lieu d'imaginer que je ne sens pas aussi vivement ma tendresse pour vous, ma chère cog-nate , au milieu de ma patrie, que dans les tristes lagames de Venise; je vous prie d'embrasser toute la famille pour moy et d'en parler bien souvent à la charmante procuratesse ; je suis bien fâchée que la Fortunée soit malade (1). »
François d'Esté était venu passer l'hiver à Venise : sa femme reg'rettait qu'il eût quitté ses troupes. Elle s'en exprime ainsi dans une lettre du 17 février 1744, à sa belle-sœur, en nous donnant en même temps des détails intéressants sur la vie qu'elle menait :
« Je suis très-aise, ma chère cog^nate , que ma rég-ulari té vous plaise ; j'attends avec impatience le marasquin, et trouverois bien trag"ique que leshus-
(1) Sa dernière fille, depuis mariée au prince de Conti : elle avait confié sa fille cadette à ses belles-sœurs. {Arch. de^Modène.)
i02 LES FILLES DU RÉGENT.
sartsie bussent; je suis dans une extrême impatience de sçavoir le duc à l'armée ; s'il sçavoit ce que son séjour à Venise fait dire, il trouveroit sûrement que le divertissement qu'il y trouve ne l'en peut pas dédommag'er ; il seroit bien important de mestre quelque régule entre nos armées : les g'asettes sont pleines des plus g-randes extravag'ances sur leur compte : la flotte de Toulon est sortie, ainsi que celle de Brest; on veut le fils aîné du prétendant sur cette dernière, mais les ministres nient et font le plus g-rand mystère ; comme ma mère m'a exhortée à ne pas mener ma fille au bal (1), je jouis peu du carnaval et de plus ne m'en soucie pas; je suis bien fâchée que le ridoto vous ait mal traitée; pour moi, depuis que je suis ici, je ne perds ni ne g'ag'ne ; embrassez toute la famille de ma part, et dites à mon fils que comme je lui ai écritcedernier ordinaire, je ne réponds pointa sa lettre. Adieu, ma chère cog-nate, je vous aime de tout mon cœur (2). »
Le duc de Modène reprit l'offensiv^e au printemps et se laissa surprendre par les Autrichiens à Velletri, le 11 mai 1744, mais cette fois il rallia ses troupes débandées et repoussa l'ennemi, en lui inflig-eant des pertes considérables. Pendant ce temps, la duchesse s'établissait fortement à la cour par sa liaison intime avec la duchesse de Ghâteauroux et
(1) Félicité, fille aînée, née le G octolire 1720. Rlle avait aussi avec elle sa seconde fille, Marie-Mathilde, née le 7 février 1729.
(2) Arch. de Modène.
MADEMOISELLE DE VALOIS. i03
avec Richelieu. La maîtresse nous le prouve ellemême par une lettre au duc, datée de Lille le 25 juin (1) : « Madame de Modène meurt d'envie d'aller voir l'entrée du roi dans Ypres : elle vouloit que je le demande au roi. Je n'en ay rien fait, parce que je ne sçay pas si il ne vaudroit pas mieux que je ni alla pas, parce que comme nous avons dit ensemble, si vous vous ressouvenez , avant votre départ qu'il faloitqueje feusse receu avec disting^tion ou ni point aller, et je le pense. Je lui ay dit que je vous consuiterois, et que je n'en avois pas g-rande envie (1). »
Charlotte d'Orléans obtint cependant cette faveur, comme nous en avons la preuve par cette lettre à sa belle-sœur, datée de Dunkerque le 25 juillet :
ce Je ne suis point surprise, ma chère cog'nate , que vous n'ayez pas eu envie d'écrire dans la juste inquiétude où vous étiez du duc ; mais Dieu merci, toutes les nouvelles que nous en avons par les ministres du roi sont bonnes. Pour de lui, nous n'en entendons pas parler. Vous sçaurez déjà la conquête de la Flandre ; Menin, Ypres et Furne n'ont coûté au roi que 1,000 hommes, et un peu plus de temps les trois que n'en a mis le roi de Sardaig*ne à prendre la citadelle de Modène. Quoique en Alsace nous ayons tué 3,000 hommes au prince Charles, son passag-e du Rhin ne laisse pas que d'inquiéter. Adieu, ma chère cog'nate, embrassez toute la fa-
(1) Publiée par MM. de Concourt dans leurs Maîtresses de Louis XV.
mille, et soyez sûre que je vous aime de tout mon cœur (1). »
La duchesse en était enfin venue à ses fins : sa position à la cour était ce qu'elle avait désiré, et elle avait trouvé moyen d'établir son crédit en se faisant l'amie de la maîtresse du roi ; à ce point, qu'après la la fameuse maladie de Louis à Metz et sa rupture forcée avec madame de Ghâteauroux, quand le roi voulut rappeler cette dernière, il ne trouva pas de meilleur moyen de l'annoncer à la cour, qu'en invitant mesdames deModèneetdeBoufflers, «ses deux confidentes (2), » à revenir. Quand la duchesse mourut, le chagrin de Charlotte d'Orléans fut immense, car elle craig-nit d'y voir la ruine de sa fortune : « Je suis accablée de douleur de la mort de madame de Ghâteauroux, écrit-elle le 19 décembre à sa belle-sœur; elleétoit mon amie intime; je l'ai vue pour ainsi dire mourir entre mes bras (3).» Elle avait su heureusement ménag'cr un mariag^e avantag^eux pour safîlle, en la mariant au jeune duc dePenthièvre. La cérémonie eut lieu peu de jours après , le 25 décembre, et dès le mois d'octobre, lors des fiançailles, le roi en avait écrit en termes des plus flatteurs au duc de Modène (4).
Grâce à cette circonstance , Gharlotte d'Orléans
É {i) Arch. de Modène. Nous continuons à rétablir l'orthograplie , la copie modénaise étant trop exagérément fantaisiste.
(2) Maurepas, W, 140.
(3) Arch. de Modène.
(4) Lettre du 23 octobre. (Arch. des Aff. étr.)
conserva à la cour la position dont elle avait craint un instant la perte. Le monde continua à lui faire bon accueil, et les ministres prêtaient souvent une oreille favorable à ses recommandations. L'espoir lui restait : elle voyait nos armées victorieuses et en bon état : (( Tout le monde, mande-t-elle à sa belle-sœur, le 11 mai 1745, espère le plus heureux succès. Dieu veuille que nous puissions rire après avoir tant pleuré ! Mais dans la joie comme dans la tristesse, vous n'aurez jamais personne qui vous aime plus tendrement que moi. »
François d'Esté avait à cette époque vig'oureu sèment repris les hostilités. Au mois d'avril, il avait franchi le Panaro et était entré dans ses anciens Etats, où il reprit promptement Gastel Nuovo et Monte-Alfonso : il rejoig^nit alors l'armée de l'Infant don Philippe. Les Autrichiens évacuèrent le Milanais, et Gharles-EmmanueL voyant presque tous ses États au pouvoir des Français , dut se renfermer dans la citadelle de Turin. Au mois de septembre, François d'Esté avait encore pris Tortone, après ving-t-cinq jours de tranchée ; le 21, il entra dans Pavie par une surprise hardie, et vint ensuite prendre ses quartiers d'hiver en Provence, à la suite de difficultés avec le marquis de Las Minas, nouveau g'énéral du corps espag^nol, qui avait l'ordre formel de ne lui obéir qu'en apparence , et était pourvu secrètement d'une patente de commandant en chef.
Pendant ce temps, Charlotte d'Orléans était par-
venue à mener à bien une nég'ociation d'une grande importance pour l'avenir de sa maison. Il s'ag-issait d'obtenirque le roi d'Espag-ne sig*nâtun traité antidaté, constatant qu'au moment où François d'Esté s'était eng-ag^é avec lui, les intérêts de Philippe V étaient à peu près confondus avec ceux de l'Empereur, afin qu'au cas de conclusion de paix, il ne put pas être traité comme ayant abandonné la cause impériale, et comme tel dépouillé de ses États. Elle obtint une intervention active de d'Arg*enson (1), qui fît approuver ces prétentions par le roi, et elle fit sig-ner par ce moyen cette ratification ai^demment désirée (2). En môme temps, le maréchal de Maillebois, qui commandait en Italie, recevait l'ordre de s'occuper « le plus g'racieusement » possible des affaires du duc (3), et une dépêche pressante l'invita à (( être son consolateur à et tenter de lui remettre la tête (4) », quand l'incident du marquis de Las Minas se produisit.
Cette sourde hostilité se manifesta bientôt au g'rand jour. De Venise, où François d'Esté était venu passer l'hiver, il informe Maillebois que le roi d'Ëspag'ne refuse de continuer à payer ses troupes (5), et ce prince, passant tout d'un coup aux moyens les plus violents, sans motifs apparents, fit
(1) Lettre du 30 avril. {Aff. étr.)
(2) Du 25 octolti'e. Ibid.
(J) Du 9 noveiubre. Ibid.
(4) Lettre à Maillebois, du 24 décembre. Ibid.
(5) Du :; février 174(3. Ibid.
saisir les revenus de toutes les parties des Etats de Modône occupées par ses soldats (1). Gomme quelques bruits de paix circulèrent au printemps, le duc s'empressa de reparler de son désir d'avoir le duché de Guastalla, en insinuant que l'empereur le lui avait offert comme prix de son alliance. Mais la g-uerre reprit avec violence, et cette fois d'une manière malheureuse pour nous : les forces alliées furent battues, malg'ré d'héroïques efforts, par des troupes très-supérieures en nombre, à Plaisance (16 juin) ; et nous enfumes aussitôt réduits à n'avoir plus qu'à défendre le comté de Nice, par la défection des Génois, saisis d'une véritable panique, qui leur fît ouvrir leurs portes sans coup férir. Il fallut même abandonne]' Nice et se retirer en Provence (décembre). François d'Esté eut un moment d'hésitation en présence de l'élection du nouvel empereur; mais il repoussa des su g-g-estions tentantes qui lui faisaient entrevoir l'investiture de ses Etats au prix de sa défection (2); et il se déclara prêt à suivre Tarmée « partout où elle iroit (3) ».
(1) Du n mars. [Aff. étr.)
(2) Lettre de d'Argenson du 1 4 août. Ibid.
(3) Du 4 septembre. Ibid.