CHAPITRE VIII
Echecs militaires du duc. — Bonne attitude de sa femme. — Embarras financiers. — Pertes au jeu. — Tentative pour marier le dauphin aune de ses filles. — Apparence de faveur à la cour. — Le duc, dégoûté de ses vains efforts auprès du roi, se jette dans les bras de l'Autriche. — Faute grave du gouvernement qui détruisit l'influence des Bourbons en Italie. — Lettres de la duchesse à sa belle-sœur. — Position faite au duc restauré à Parme. — Son faux fils à la Martinique. — Nouvelle disgrâce de la duchesse à Versailles. — Son départ. — Sa retraite en Italie. — Sa mort.
La princesse souffrait cruellement de ces revers survenus si soudainement, à l'heure où elle croyait à un chang-ement de fortune. « Nous sommes dans une situation si fâcheuse, écrit-elle à sa belle-sœur, le 5 septembre 1746, que ceci n'est que pour vous dire que je n'en suis pas morte de chagTin. Les intentions de cette cour ne peuvent être meilleures, et elle paroît aussi surprise que fâchée de ce qui vient de se passer, et résolue de son côté, si l'Espag-ne veut s'y prêter (1). »
A cette époque, nous devons constater l'heureux
(1) Arch. de Modène.
MADIÎMOISELLE DE VALOIS. 209
chang-ement accompli clans le caractère de Charlotte d'Orléans : elle se conduisait avec beaucoup de réserve et d'habileté et elle avait compris que son intérêt lui commandait de s'occuper sérieusement des affaires de sa maison. Elle en avait donné la preuve en préparant, connue nous l'avons vu, le mariag-e de sa fdle avec le duc de Chartres, et elle eut le tact de ne montrer ni dépit ni froissement : elle parvinttrèspromptement après cet échec à l'unir au duc de Penthièvre, ce cpii lui assurait désormais à la cour une situation bien assise. Elle vécut sans rig-orisme et sans aucune exag'ération, assez modestement, par suite de l'exig'uïté de ses revenus, ce qu'elle supportait avec patience et digmité. Sa liaison avec madame de Châteauroux n'avait pas peu contribué à la mieux placer dans les bonnes g-râces du roi, et elle était ég*alement bien avec la reine : le duc de Luynes nous apprend qu'elle « la voyoit constamment «, et qu'elle soupait souvent dans les petits cabinets (1). Elle avait revu le duc de Richelieu et entretenait avec lui de bonnes relations ; c'est par lui qu'elle avait connu la duchesse de Châteauroux, et la mort de la favorite n'amena, contrairement à ce que dit d'Arg-enson (2), aucun refroidissement dans ses rapports avec Louis XV. A cetég-ard, le témoig-nag-e de Luynes est formel, et il la cite à chaque pag-e de son journal, comme l'une des personnes assidues et
(1) Luynes, juiu-octobre 1743.
(2) Mémoires, \', 4.