II. li
choyées à la cour. Nous Ja voyons en même temps montrer un constant intérêt pour ses enfants dans sa correspondance toujours aussi suivie avec la princesse Bénédicte; elle intervient ég'alement auprès d'elle pour obtenir, à force de sag^es conseils, qu'elle renonçât à des projets de procès contre son frère, au sujet de revenus qui ne pouvaient plus être payés, ce qui créait à la petite cour de Bolog-ne les plus gTands embarras (1). Mais ces difficultés n'étaient pas moins cruelles pour elle : « Je suis dans un gTand pays, écrit-elle à sa belle-sœur, où l'on seroit obligée à faire de la dépense, et bien loin que l'on m'en promette assez et encore mal payée de ce que l'on me promet, et toujours menacée de ne le plus être; cependant je prends patience, estant le seul parti qui reste à la famille (2). m Ces paroles amères indiquent un ralentissement dans les bons rapports de la princesse avec la cour de Versailles. La question d'arg-ent, qui joua durant toute sa vie un rôle si fâcheux et si persistant, était encore la cause de cette nouvelle disg^ràce. « La duchesse de Modène vit ici comme la plus simple particulière : elle est mal en cour ; elle est mal avec la nouvelle favorite : elle n'ose rien demander au roi. J'ai senti que je déplaisois, en représentant trop souvent ses besoins ; elle demanda par mes conseils une pension comme princesse du sang*,
(1) 24 septembre 1746. {Arch. de Modène.
(2) Ibid.
elle lui fut refusée (1). » Elle ag*gTava encore sa position en recherchant alors dans le jeu, auquel elle avait sag'ement renoncé, les ressources qui lui manquaient, et, au mois de janvier 1746, elle dut, après des pertes considérables éprouvées au lansquenet, cesser déjouer (2). Elle log^eaità cette époque à Versailles. Ayant été chang"ée d'appartement au printemps, elle s'en montra fort mécontente, obtint une audience du roi (26 mars), et quelques jours après cependant elle fut installée dans le log*emerit du duc d'Orléans qu'il venait de quitter, dans l'aile neuve du palais (3). La cause de sa disg*ràce me semble indiquée par d'Arg-enson, qui nous dit que dans cette même année 1746, elle fît des propositions « qui furent fort mal reçues » , pour marier une de ses filles au dauphin (4). « Si ces princesses se fussent trouvées à Paris, si elles avoient été connues par leur fignire et par leur caractère, dont on dit beaucoup de bien, peut-être en eût-il été question, dans les embarras où l'on s'est trouvé sur le choix, dans la juste impatience où l'on étoit de remarier l'héritier unique de la couronne; mais il n'étoit plus temps de les faire venir de Venise depuis la mort de madame la dauphine; c'eût été afficher une prétention qui devoit plutôt manquer
(1) Mémoires d'Argenson^ V, 4.
(2) Luynes.
(3) Ibid.
(4) Mém., V, 2. Les détails malheureusement se trouvent dans la partie de ces mémoires qui manque.
que réussir. Il en fut cependant question entre M. et M""' de Modène; j'en vis les lettres; je ne pus la désespérer ni la flatter sur ces idées : on sema le bruit de ce mariag'e par malice pure et pour en décrier à la cour jusqu'à la pensée. J'ai peu vu de princesses, ajoute d'Arg'cnson, qui montre ainsi clairement l'attachement qu'il portait à Charlotte d'Orléans, aussi malheureuse et plus patiente que madame de Modène, et sa vertu n'étoit pas encore appuyée des secours de la religion quand je la voyois. » On comprend dès lors l'amertume avec laquelle la princesse assista à l'arrivée de la nouvelle dauphine : «Je suis dans l'agûtation, dit-elle à sa belle-sœur, en pensant à l'horrible fatig'ue du jour de sa rencontre et de son mariag'e : vous ne me reconnoîtriez plus; je déteste présentement les fêtes et le g-rand monde, et ma paresse est au moins triplée de ce que vous l'avez vue. Je crains que le chag'rin des mauvais succès en Italie n'y contribue pas peu. » Et elle ajoute : « Je vous ai fait trop enrag^er sur un certain départ, pour ne vous pas mander que j'espère en être peu éloig-née, car, depuis huit mois, j'ai beaucoup de dérang-ements (1). » C'était certes un bien nouveau lang-ag-e dans la bouche de Charlotte d'Orléans, que lui entendre parler de quitter volontiers Paris. Elle resta cependant encore, et Luynes mentionne sa présence à toutes les fêtes de la cour durant l'année 4747, aux comédies, aux bal-
(I) De Pai'iSj 0 lévrier 17i7. {Arch. do Mod.)
Jets, clans les petits cabinets : elle assiste le lo mars aux Fêtes de l' Hymen et do i'Amow\ où les invités étaient si nombreux, qu'elle s'était « assise presque sur les g'enoux de la reine (1) w. Elle suivit la cour à Fontainebleau à l'automne, et au mois de décembre elle rejoig-nit à Rambouillet son g-endre et sa fille, pour l'anniversaire de la mort du comte de Toulouse. L'biver suivant, nous la voyons sans cesse avec la reine à la comédie, au sermon, souvent dans son carrosse. Dans le courant de 1747, le roi accorda la riche abbaye d'Anchin à Benoist-Philippe, second fils de M. de Modène (2); mais il n'accueillit pas les propositions du duc de conclure avec lui une alliance perpétuelle, avec concession d'un subside et promesse de lui donner le Guastalla et le Mantouan jusqu'au Pô (3).
« Les conférences pour la paix vont s'ouvrir à Aix-la-Chapelle, écrit madame de Modène à sa belle-sœur, le 8 octobre; il n'y a pas jusqu'à cette heure gTande apparence qu'elle réussisse prompte-
(1) Luynes. Il raconte que, le o novembre 1746, en revenant à Fontainebleau la nuit dans un carrosse noir, un essieu se cassa entre Chailly et Fontainebleau, et la voiture versa rudement. La duchesse fut blessée à la tête et assez fortement au bras. Mademoiselle de Sens passa à côté sans s'arrèiei-, prétendant après n'avoir rien vu; et cependant M™" de Modène affirma lui avoir dépêché un de ses gens pour lui demander secours : a Elle dit fort sagement que c'étoit apparemment la faute de celui qu'elle avoit envoyé. » M™"' deBouzols et de Fitz-James passèrent peu après et recueillirent la pauvre princesse.
(2) Le 4 juin.
(3) Lettre du 25 juillet. (Aff, étrang.)
ment (1).» La princesse laissait ainsi voirie peu d'espérance qu'elle concevait à ce moment, décisif cependant pour l'avenir de sa couronne.
Sa position était cruellement ag-gTavée par la conduite du nouveau roi d'Espag-ne envers son mari. Nous avons vu comment, en 1746, ce dernier dut se retirer en Provence, en quittant un commandement qu'il n'exerçait plus que nominalement. La cour de Madrid en profita pour retrancher au duc une partie notable de ses appointements : elle refusa ég-alement de continuer à payer la solde et l'entretien des deux rég-iments formant la brig'ade modénaise, lesquels, après avoir été marchandés par Louis XV, furent enfin achetés par le roi de Naples. François d'Esté observa néanmoins la conduite la plus louable : il demeura fidèle à ceux qui se conduisaient aussi froidement envers lui ; il cachait son désespoir, dit d'Arg-enson, et ne donnait que de bons conseils et d'utiles renseig*nements; il en fut cependant réduit à vendre au roi de Polog^ne sa magnifique g-alerie de tableaux , pour se procurer des ressources indispensables, quand l'impératrice l'eut dépouillé de ses derniers biens, en saisissant un riche domaine qu'il possédait dans les États ro-
(1) Cette lettre est remplie d'affectueux détails jKiur ses filles : il avait été question de les enlever à leurs tantes Bénédicte et Amélie, et M™"-' de Modène se félicite de ce que son mari a suivi ses conseils. « Je vous remercie l'une et l'autre des détails que vous me donnez et de toute l'amitié que vous me marquez et à mes fdles, et je vous assure que la très tendre que j'ai poui' vous ainsi que pour mes filles, que je vous prie d'en assurer, durera autant que ma vie. »
\fADEMOISELLE DE VALOIS. 215
mains : « La violence a fait le droit, et le pape n'a pu empêcher que la cour impériale n'ait prétexté son souverain domaine en Italie pour saisir ces terres et s'en approprier désormais la jouissance (1). »
Les souverains fugitifs et dépouillés ne purent se taire à ce dernier coup : « ils manquoient alors précisément du nécessaire (2), » et quand ils formulaient leurs plaintes à Versailles, on les traitait d'alliés de l'Espag-ne, et à l'Escurial d'alliés de la France (3). La duchesse essaya de nég-ocier, en proposant un moyen de l'indemniser, sans que cela fût onéreux à aucune de ces deux puissances : il se serait ag'i de lui attribuer le revenu des terres appartenant aux Flamands demeurés au service de l'Empire (4). Cette demande n'avait rien que de très-acceptable, à une époque où il était d'usag-e d'accorder de semblables représailles à ceux qui subissaient chez l'ennemi la confiscation de leurs patrimoines à cause de leur attachement au service du roi. D'Arg-enson nous apprend qu'il « rapporta et sollicita cette demande qu'on lui parut d'abord disposé à accueillir, sinon à titre de souverain, du moins à titre de g-énéralissime, » et qui lui paraissait
(!) D'Argenson.
(2) Ibid.
(3) Ibid. « M. et M™^ de Modène manquoient précisément du nécessaire : on s'en est excusé en France en disant qu'ils ne sont que les alliés de l'Espagne, et en Espagne qu'ils sont plus Franc-ois qu'Espagnols : ils n'ont été produits sur la scène que par Fleury, mais ils ont tergiversé sur leur alliance. »
(4) Dépèche du 15 novembre 1740. (Arc/f. des Aff. ctr.)
parfaitement justifiée; mais elle échoua par l'influence occulte de g-ens intéressés à l'arrêter; d'Arg*enson nous le déclare clairement : «On s'est piqué de certains ménag^ements déplacés, suivant lesquels on n'a point encore procédé à ces saisies de notre côté ; enfin on a publié quelques lettres avocatoires qui n'ont pas encore eu leur efîet; j'y ai senti de la résistance et une main invisible qui arrêtoit l'opération, ainsi que bien d'autres ég-alement justes. Le département de la g'uerre administrant les provinces de la Flandre conquise, les fermiers royaux s'accommodent de tout et rendent peu au trésor royal. » La paix d'Aix-la-Chapelle survint heureusement pour tranclier une situation intolérable , pénible pour le duc de Modène, et peu honorable pour la France, il faut le reconnaître. 11 obtint la restitution de ses États, mais sans aucune indemnité à l'ég-ard de tous les dommag^es que son pays avait soufferts, et nous eûmes bientôt à nous en repentir (1). Au lieu d'avoir ménagé un prince qui avait témoig^né une constance rare en ce temps, plus rare en Italie que partout ailleurs, on le laissa dans un abandon aussi peu dig-ne que maladroit: on ne sut même, ni à Madrid, ni à Versailles, se prévaloir d'une restauration aussi juste ; on ne nég'lig'ea rien en un mot pour dég'oûter François d'Esté de notre alliance qui ne
(1) « Le soulèvement de Gènes semble avoir été son salut: on n'aura rien à donner h la paix générale pour racheter Gènes, il ne restera que Modène à irtablir sous la domination de son souvoraiu. » (D'Argcnson,
lui avait procuré que des ennuis, des tracas et des humiliations, à lui avide avant tout de ménag-ements et de considération.
Le 7 mai, le cabinet de Versailles communiqua au plénipotentiaire du duc de Modène les articles du préliminaire le concernant dans le traité, avec le conseil « d'y accéder d'urg^ence sans aucune observation » (1). Le duc vint alors à Paris, comme nous l'apprend sa femme, dans cette lettre à la princesse Bénédicte, qui résume très-raisonnablement ses impressions:
« A Parisj ce 19 ma y i74S.
(( Je profite de tous les momens que je me trouve, ma chère cog-nate, pour vous donner de mes nouvelles; je ne mê suis pas pressée de vous mander la paix, parce que jusqu'à cette heure elle n'est pas come nous la désirions : on fait espérer de réparer nos pertes; je le souhaite plus que je ne l'espère. Monsieur, qui estoit venu pour quinze jours ici , y fera, je crois, un long* séjour, quoiqu'il trouve Paris fort triste, en comparaison de ce qu'il l'avoit laissé, et ne laisse pas de s'y plaire ; pour moy, je suis trèsafflig'ée du g*rand prieur qui est à l'extrémité, et comme c'est de la poitrine, il n'y a pas d'espérance ; heureusement pour lui, il y a un an qu il est dans la haute dévotion ; tous les François, les AngUois et
(1) Aff. étrang.
218 T,ES FfLLES nU RÉGENT.
les Hollandois sont charmés de la paix ; il n'en est pas ainsi des princes italiens, ni, je crois, de la reine de HongTie, mais il faut se remettre à la volonté de Dieu, et oublier toutes vues d'ambition ; mille tendres complimens à madame Amélie, et soyez bien persuadée, ma chère cog*nate, que tant que je vivrai, je vous aimerai de tout mon cœur (1). »
Le prince arriva le 20 : « Il a été très-bien reçu du roi, écrit encore la duchesse à sa belle-sœur; le siég-e de Maestricht donne de très-gn^andes espérances pour la paix : quelques impatiences que j'aye de la voir faite, je voudrois que nous eussions pied en Italie , afin qu'elle fût plus avantag^euse pour le roi, et par conséquent pour nous (2).» François d'Esté demeura à Paris, comme sa femme le prévoyait : nous le voyons remercier, au mois d'octobre, Maurepas, en reconnaissant que l'article le concernant dans le traité « étoit à peu près tel que je le pouvois attendre dans la sorte d'arrang-ement qu'on a donné aux affaires g-énérales (3) ». On y réservait en effet la réclamation relative au Guastalla, en mentionnant «qu'il seroit rendu justice » à ce sujet au duc.
Vers la fin de l'année, Charlotte d'Orléans forma pour ses filles des projets de mariag*e, sur lesquels
(1) Arch. de Modène.
{■>) Du 22 mai. Ibid.
(3) Du 3 ortol)ro. {Aff. étr.)
nous n'avons pu recueillir aucun renseig-nement précis. Elle demanda leurs portraits à sa belle-sœur, en lui recommandant « de ne pas leur laisser imag-iner de motifs dans ce désir (1) », ce qui ne l'empêcha pas de lui dire quelques jours après qu'elle désirerait « qu'ils fussent un peu flattés (2) » .
Le prince, cependant, peu satisfait au fond de se voir si mal récompensé de huit années de services dévoués et d'épreuves sans nombre, cherchait à se ménag^er d'autres appuis. Il commença par se rendre à la fin de 1748 à Londres , où il fut reçu avec gTande distinction par le roi, qui se faisait honneur d'appartenir à la maison d'Esté (3). Georg-es III l'admit dans son intimité la plus particulière, et témoiguiaun g-rand g-oùt pour lui. La mort de la duchesse d'Orléans rappela son g^endre à Paris, au mois de janvier 1749, mais il y conserva cette fois l'incog-nito comme comte de Saint-Félix. Il eut cependant à débattre vivement pour ses intérêts^ à cause de la lenteur de l'Autriche à restituer tous les États de Modène, et à consentir à y substituer pour certaines parties des équivalents (4). Le comte de Brog-lie nous apprend que le duc se montra très-entiché alors de sa
(1) Du 4 noYembre. {Arch. de Mod.) Cette lettre nous prouve qu'alors les rapports de M™« de Modène avec sa mère étaient redevenus trèsbons. « Ma mère est assez incommodée, mais sans danger. Dieu merci, au moins pour le moment présent. »
(2) Du 2 décembre. Ibid.
(3) Les maisons d'Esté et de Brunswick ont une origine commune.
(4) Février 4745. {Aff. étr.)
réception à la cour de Windsor : « Il témoig'na un désir très-vif d'éprouver à la cour des agTéments du même g'enre. Soit ig*norance, soit nég'lig'ence ou lég^èreté, le ministère d'alors ne vit ou ne voulut pas voir h quoi cela pourroit être bon, et le duc partit mécontent (1). » Il passa tout le temps de son séjour à Marly, ressentant vivement l'abandon dans lequel on le laissait, quand il eût été si facile avec quelques prévenances de s'attacber un prince qui montrait assez clairement des dispositions à demeurer dévoué à la France. Le 22 mai, il demanda la permission d'aller passer une quinzaine de jours en Ang'leterre, annonçant son intention formelle de revenir à Paris (2). Mais il chang^ea d'opinion à Londres, où l'on ne nég^lig^ea rien pour le détacber de notre alliance, et, au lieu de reg^ag'ner l'Italie par la France, il écrivit simplement que, pour abrég'er son voyag'e, il se rendait directement à Venise par Francfort. « Quant à la ducbesse, ajoutait-il, elle pourra passer encore quelques mois à Paris, en attendant les arrang^ements nécessités cbez moi par les circonstances, et ensuite elle viendra immédiatement me joindre comme il est convenu avec moi et comme il est parlé, par la permission que le roi aaccordée de venir en France pendant la g'uerre (3). » Le roi acquiesça purement et simplement à ces ar-
(1) Conespondance secrète de Louis XV. par M. Boutarir. H.
(2) Luynes.
(3) Lettre du 20 juin. (A/f. Hr.)
rang-ements (26 JLiin)(l). Au mois d'octobre, Louis XV se souvint cependant de la position pécuniaire assez embarrassée de François d'Esté, et il fît assurer le payement de ce qui lui était dû à Vienne (2) : la duchesse s'empressa de le lui annoncer, et son mari aussitôt, de Sassuolo, où il venait de rentrer , écrivit au roi pour le remercier avec une effusion véritablement exag'érée : « Je n'ai pas de termes valables pour prouver à V. M. l'étendue de ma reconnaissance (3). »
La situation de Modène aurait dû attirer l'attention de TEspag'ne aussi bien que celle de la France. Le fils de François d'Esté avait épousé, comme nous l'avons vu, Marie-Thérèse Gibo Malaspina, héritière des souverainetés de Massa et de Garrara, et l'ensemble de ces petits Etats présentait une importance qui n'aurait pas dû échapper aux politiques de Versailles et d'Aranjuez. Le duc de Modène, par la lenteur qu'il avait mise à rentrer dans ses Etats qui lui étaient officiellement restitués depuis le milieu de l'année 1748, par ses voyag'es en Ang-leterre et sur le continent, ne dissimulait pas son désir de s'assurer une alliance qui lui permît d'envisag'er l'avenir avec plus de sécurité. Après un séjour à Golog-ne, d'autres à Francfort et à Vienne, il arriva le 31 août à Venise, où il retrouva ses enfants.
(1) Ibid.
(2) Du H oclohve. lOid.
(3) Du 2 novembre. Ibid.
Le 28 septembre 1745, enfin, il fit sa rentrée dans ses États, après sept années d'absence. Quelques hommes politiques essayèrent alors de faire comprendre au cabinet de Versailles l'intérêt qu'il y aurait pour lui à s'attacher solidement la maison d'Esté. Le comte de Brog'lie nous fournit à ce sujet des détails assez complets pour prouver qu'il était un de ces esprits clairvoyants, sinon le promoteur même du projet. Il s'ag-issait de profiter des circonstances qu'il n'hésitait point à qualifier de «providentielles » . Le prince héréditaire de Modène eut, en 1750, une fille; en 1751, un fils naquit à Ihéritier du duché de Parme et de Plaisance : on proposait donc de fiancer ces deux enfants, <( pour lesquels tout sembloit annoncer que le ciel môme les avoit formés l'un pour l'autre. ^> La réunion de ces divers petits États eût effectivement composé un ensemble homog^ène d'une réelle importance, en établissant la maison de Bourbon sur un pied relativement respectable en Italie, et, une nouvelle g-uerre échéant, en offrant aux g-ouvernements de France et d'Espag-ne un point d'appui sérieux. Ni l'un ni l'autre ne se soucièrent de le comprendre. L'Espag-ne était alors dirig-ée par une reine qui, Portug^aise par son père, Autrichienne par sa mère et Angolaise d'inclination, détourna l'attention d'un plan (jui aurait servi évidemment à gu\andii' l'influence de la maison de Bourbon ({u'elle haïssait. «Le ministère de France, d'un autre côté, remarque Brog'lie, parut là-dessus tout de g-Jace. » En
MADEMOlSlfLLE DE VALOIS. 228
Autriche, au contraire, on avait compris l'avantagée que les alliés de la veille repoussaient si maladroitement. Bien renseig'né, encore mieux servi par les hommes auxquels le g-ouvernement de la Lombardie était conlié, l'Empereur fut tenu au courant des nég-ociations, des dég'oùts et des froissements de François d'Esté. Le comte Ghristiani de Ravaran , chancelier de Milan, saisit une occasion futile de se rendre à Modène pour y discuter quelques intérêts très-secondaires, mais en réalité pour flatter le duc dès les débuts de sa restauration, par une démarche d'éclat. L'habile chancelier sut traîner en long'ueur les pourparlers, de manière à pouvoir revenir plusieurs fois à Modène. Au bout de peu de temps, il connut le caractère duducjusque dans ses derniers replis : il découvrit que sa prétention était de fîg'urer au nombre des puissances bellig*érantes, d'avoir des troupes relativement considérables sur pied, de fortifier ses villes, et en un mot de se rendre assez important pour qu'on fut obligée de compter avec lui. Ces prétentions l'entraînaient à des dépenses absolument disproportionnées avec ses ressources, et le forcèrent nécessairement à aug'menter d'une façon arbitraire les impôts perçus sur une population restreinte et d'ailleurs épuisée par une long-ue occupation ennemie. Ces exig-ences amenèrent même promptement une révolte à laquelle s'associa la milice modénaise, et qui ne fut réprimée que par l'énergnque vig^ueur d'un régùment de troupes étrang-ères. Le duc recourut alors à de se-
224 LES FILLES Du'ïlÉGENT.
vères exemples, ce qui acheva de lui aliéner une partie de ses sujets (1).
François d'Esté restauré, mais inquiet sur son avenir, n'eut plus qu'une pensée : trouver une puissance voisine et assez forte pour le soutenir ; c'est ce qui amena la conclusion, le 11 mai 1753, d'un premier traité avec l'Autriche (2), en cas d'une nouvelle insurrection. Son ministre, aussi impopulaire que son maître, partag^eait ses désirs et ses craintes, et déjà il avait été adroitement pressenti par le comte Christiani. Le duc de Modène fut donc amené sans peine à n'attendre son salut que de l'Autriche. Sûr de ce côté, le chancelier de Milan partit pour Vienne, exposa la situation à sa cour, développa son plan, fut approuvé, loué, comblé de témoig'nag^es flatteurs, et repartit pour la Lombardie avec carte blanche. Il accourut à Modène et ouvrit cette fois carrément la campag'ne. Il demandait la main de la princesse Béatrix, héritière des duchés, pour l'archiduc Léopold, en offrant à François d'Esté, avec le titre d'archiduc, le commandement d'un régiment à son nom , un traitement considérable , et l'exercice du g-ouvernement g^énéral de la Lombardie (3) jusqu'à la majorité de son g*endre, auquel cette dig-nité était dévolue. Le duc, fort ennuyé de sa résidence à Parme, nous dit le comte
(1) Broglie. '
(2) Arch. des Aff. éti\
(3) L'archiduc Léopold étant devenu grand-duc de Toscane, l'incliiduc Ferdinand a\ait pris sa place.
de Brog'lie, peu flatté de n'avoir à commander que cinq ou six mille hommes, tant troupes rég-ulières que milices , saisit avidement l'occasion d'aller briller à Milan sur un plus g-rand théâtre , et d'y jouer le rôle d'un g-ouverneur g*énéral, car l'autorité appartint toujours en fait à l'habile chancelier (septembre 1755) (1),
François d'Esté fît cependant une dernière tentative auprès de la France. Son ministre, le comte Manzoni, fut charg-é de déclarer par une note officielle au cabinet de Versailles , « que S. A. étoit absolument libre de tout eng*ag'ement, et qu'elle ne s'est encore voulu prêter à aucune des insinuations qui lui ont été faites. » Il offrait de conclure un traité pour l'exécution scrupuleuse de la paix d'Aix-la-Chapelle, et réclamait un subside capable de lui permettre d'entretenir son armée, qui comprenait alors cinq rég"iments d'infanterie, trois compag'nies d'artillerie, un rég'iment étrangler, deux escadrons de g-ardes, un rég'iment de drag-ons; elle était forte de 4,830 hommes, avec 150 canons, et une g'aliote armée sur le Pô (2).
Il ne paraît même pas qu'on ait répondu à ces ouvertures : le prince s'eng'ag-ea donc avec l'Autriche et d'un trait de plume l'influence allemande remplaça dans la péninsule l'influence qu'aurait pu y exercer si facilement la maison de Bourbon. Nous
(1) Arch. des Aff. étr.
(2) Septembre 1755. Ibid.