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en avons vu de nos jours les déplorables conséquences, et nous savons qu'elles pèseront sur la politique européenne jusqu'au jour où la justice aura cessé d'être foulée aux pieds par la force au-delà des Alpes. C'était un grave échec pour notre politique, et le comte de Brog'lie l'a nettement précisé dans ce court résumé : « La France peut et doit reg'arder cette position comme son propre ouvragée. Elle l'avoit commencée par sa nég-Jig-ence et son indifférence sur un sujet aussi intéressant. Elle y a mis la dernière main par ses nég'ociations avec la cour de Vienne, nommément par l'article XX du traité du 30 décembre 1758, et par sa complaisance à tenir plus encore qu'elle n'a-, voit promis, » c'est-à-dire en faisant ou laissant étendre l'investiture éventuelle des duchés aux héritiers collatéraux de rarchiduc (1).
Mais il est temps de revenir à la duchesse de Modène, qui résista autant qu'elle put aux ordres réitérés de son mari de venir le rejoindre quand il fut rentré à Modène (2). Et cependant sa position
(1) Villefond, résident de France à Panne, érrivait cependant encore le 7 février 17o6 : « M. le duc de Modène, malyré ses engagements avec les cours de Vienne et de Londres, n'en a pas moins le cœur français, et l'on peut se promettre de le ramener à notre alliance. {Aff, étrang.) »
(2) Voici ce qu'elle écrivait à sa belle-sœur au sujet de sa rentrée à Modène : les expressions y sont assez claii-es pour faire nj)pi-écicr à quel point les relations étaient tendues entre les deux époux: « Enfin vous voilà à Modène, je m'en réjouis, ma chère cognate : on dit cependant que Venise vous a coûté des lai'nies pour le moins autant qu'à la princesse Elisabeth son couvent : je vous avoue <[ue j'ay du regret que l'on l'eu ait retii'ée : elle est d'un âge trop disproportionné des autres pour pouvoir vi -
MADEMOlSliLLL DE VALOIS. 257
à Paris n'étail point des plus agM^éables ; mais il y avait longtemps qu'elle avait fait bon marché des avanies et des duretés, pourvu qu'elle put rester en France.
Ln sing'ulier incident se place ici dans sa vie : au mois d'août 1748, le bruit se répandit à la cour que son fils venait de débarquer à la Martinique pour en prendre possession au nom de son père^ auquel le roi cédait cette île connue dédommag^ement. Un jeune homme en effet, et Louis XV tout le premier le raconta lui-même à Versailles (1), était arrivé à la Martinique, et s'étant aperçu que plusieurs officiers de la g'arnison avaient paru frappés de sa ressemblance avec la duchesse de Modène, il ne lui fallut qu'un instant pour combiner tout un plan d'aventures : il raconta que les nécessités imposées par les traités ayant contraint son père à abandonner ses Etats pour aug'menter ceux accordés à l'infant don Philippe, il avait été convenu que la Martinique lui serait donnée en échangée à titre de souveraineté, et que c'était en vertu de cet arrang-ement qu'il venait prendre possession de l'île au nom du duc. L'agTément de ses manières, sa politesse,
vreavec elles et l'on prétend qu'elle estoit élevée à meneille: malgré votre atlversion pour le couvent^ sy vous tiouviez quelques bons inomens j)our le faire sentir au duc, vous rendriez un grand service à la petite fille et par conséquent à moy : je ne luy en écris point parce que les lettres arrivent quand elles peuvent et quelquefois mal à propos : adieu, ma chère cognate, je vous embrasse et aime de tout mon cœur. » (jef septembi-e.) [Arch. de Modéne.)
(1) Lu y nés, IX, 80 et 121.
228 LES FILLES UU RÉGExNT.
sa distinction, donnèrent pleine créance à cette déclaration, et amenèrent autour du jeune aventurier beaucoup d'amis ; dans l'île, on désira bientôt que cette nouvelle fût vraie, et l'on s'y réjouissait de former un État indépendant. Le cbevalier de Caylus, g'ouverneur de la Martinique, ne savait quelle contenance observer, n'ayant trouvé dans l'attitude et la parole du prétendu prince aucun embarras, aucune contradiction. Il racontait qu'il était assez froidement avec sa mère, mais qu'il espérait que sa bonne conduite dans son voyag'e dissiperait ce nuag'e. Enfin il lui écrivit une lett)*e, dont il charg'ca gTavement un officier en partance pour la France. « Cet officier, dit Luynes en arrivant, étoit pleinement convaincu de la vérité du prétendu prince, et croyoit qu'on se moquoit de lui, quand on lui disoit que ce prince étoit un imposteur. Il faut c[ue cette affaire ait fait beaucoup de chemin, car le roi a dit que cette illusion étoit plus sérieuse qu'on ne l'avoit cru d'abord. » Aux Antilles, on n'avait aucun doute : « Il y a dix-neuf jours, écrivait le 2 juillet le supérieur des Dominicains de Fort-Royal, que nous avons l'honneur d'avoir ici Monseig'neur le prince de Modène et toute sa suite; nous avons cru ne devoir rien éparg-ner pour le bien traiter. » Il était en effet installé dans le couvent ; il honora ainsi les Jésuites de sa présence, toujours sans rien se refuser, jusqu'au 10 août. L'opinion la plus accréditée à Versailles était que cet aventurier devait être un ag^ent des Angolais, chargée,
avant qu'il fût question de traité, de faire révolter la Martinique. Il y joua jusqu'au bout merveilleusement son rôle, se faisant chaque jour de nouveaux partisans, écrivant sans se troubler à la duchesse d'Orléans, à M. et à M"' de Modène, au duc de Penthièvre; il sut se faire prêter de l'arguent de tous les côtés : le receveur même du duc de Penthièvre dans cette colonie lui avança, tant était parfaitement établie la confiance qu'il avait su inspirer, 30,000 livres de sa propre fortune ; et le pré tendu prince ayant demandé davantag'e, l'honnête receveur crut faire sa cour à son maître en entamant les fonds de celui-ci en faveur de son prétendu beau-frère; bien plus, ayant 5 à 600,000 livres à envoyer au duc de Penthièvre, qu'il n'avait pu lui adresser faute de moyen sûr, il eut l'ing^énieuse pensée de les remettre à cet adroit aventurier, pensant ne pouvoir de long-temps trouver une occasion plus favorable (i). L'aventure ne pouvait cependant se prolong'er, et le faux prince, après avoir fait ample provision de piastres, s'embarqua, en annonçant son prochain retour, cette fois avec son père et sa mère. Infatué de ses succès, la tête véritablement tournée, il imaguna de venir débarquer en Espag'ne avec une suite de cent personnes et en conservant son titre. Il fut presque immédiatement arrêté à Séville, où il avait bravement exig'é du
(i) Luynes.
i3U LES FILLES DU RÉGENT.
g"ouverneiir une g^arde d'honneur (1). Il parvint à s'échapper et à se sauver dans l'ég-hsc des Dominicains, asile inviolahle; on entoura alors Tédifice de sentinelles, et il fut obligée de se rendre (2). On sut alors enfin le mot de l'énig-me : c'était un valet d'un des g-ardes du corps du roi qui avait quitté son maître, en lui volant une somme assez importante, et était venu à Poitiers, où il avait acheté une g^arderobe de g^entilhomme. Sa ressemblance avec la duchesse de Modène, qu'il avait entendu constater souvent, lui inspira le projet insensé qu'il réalisa. Il se rendit à Marseille, y fit faire un cachet et un sceau aux armes de Modène, et s'embarqua sur le premier navire en partance pour une de nos colonies; le hasard décida pour la Martinique. Il paraît qu'en y débarquant, il donna les deux derniers louis qui lui restaient à la première personne qui le servit (3). '( Cette g'énérosité, ajoute M. de Luynes, établit sa réputation, et tout le monde s'empressa à lui offrir de l'arg-ent (4). »
(1) Lettre du diiccl(< Béthune à M"'' de Luynes, du 8 novemlnc 17 'il ,
(2) Luynes ne donne aucun détail sur la fin de cet aventurioi'.
(3) Luynes indique que ces détails sont pris dans un rapport du lieutenant de police Berryer, i-eniis par Maurepas au roi.
(4) C'est également à cette époque que se place un fait assez plaisant, recueilli par Collé dans ses mémoires: « A la gi-inde comédie de cette année (1748) chez les Pères, Crébillon père dit que M"'" de Modène qui y étoit, voyant de petits écoliers qui avoient dansé et qui lioient Iteaucouj), dit ;ui P. de \,;i Toai' : — Les paiivi'es enfants me font peine, je viis leur envoyer des rafraîchissements. — Vous avez trop de bonté. Madame, nos pères sont lii qui leur en donnci'ont p,n- derrière le théâtre, mais il oublia ces mots. »
Quand la diioliesso dOrloaiis mourut, elle ne voulut point paraître avoir complètement oublié sa fille; elle lui lég'ua quelques pierreries, un livre contenant les miniatures du roi Louis XIV et de sa famille et une pension viag-ère de 20,000 livres. Cette modeste libéralité servit peut-être de prétexte à Louis XV pour ne la faire bériter d'aucune des pensions dont jouissait sa mère, lesquelles écburent, pour la plus g-rande partie, à madame Infante, la fille du roi, tout nouvellement investie de la souveraineté de Parme. « Ah ! que madame de Modène, s'écrie d'Arg-enson, qui lui resta toujours fidèlement attaché , mériteroit bien mieux des pensions de madame sa mère, pauvre comme elle est par son mariag*e, et appauvrie encore pour avoir livré son mari à notre parti (1) ! »
Au mois de septembre 1751, elle apprit la mort de son second fils, enlevé assez rapidement par la petite vérole (2). Son mari saisit ce prétexte pour faire renouveler ses instances au sujet du retour à Modène ; mais Charlotte d'Orléans voulait de moins en moins en entendre parler ; elle se prétendit malade : « C'est une défaite, » écrivait M. de Saint- Contest, en eng*ag^eant le duc à envoyer un médecin pour constater l'état de sa femme (3).
(d) Tome V, p. 380.
(2) 2.") septembre, 0 novembre ITol. {Arch. des Aff. étr.)
(3) Du lu juillet 17o2, Ibid. M. de Barl)erie de Saiut-Contest était, depuis le 11 septembre 1751;, secrétaire d'État des affaires étrangères: il mourut en fonctions le 24 juillet 1754.
Madame de Modène demeura cependant à Paris. Elle aimait mieux encore y rester, quoique peu respectée, et peu en état de faire fîg*ure, plutôt que de revenir à Modène, où son mari la mandait de plus en plus impérativement. Nous la voyons cependant ne pas se tenir inactive, et vouloir au contraire occuper sa place à la cour. Une petite révolution d'intérieur le prouva bientôt. Au mois de juillet 1753, le roi avait accordé aux chefs des branches de Rohan et de Soubise le rang' de princes étrang'ers. A cette nouvelle, les princes du sang* éclatèrent en récriminations, et madame de Modène s'empressa de se faire remarquer, en se mettant à la tète des mécontents. Elle partit pour Villers-Gotterets, « afin de mettre le feu sous le ventre, » dit d'Arg-enson, a à son frère ; elle entretient l'animosité de chacun des princes, » stimulant les uns comme le prince de Gonti qui se mêlait à reg-ret de ces querelles; applaudissant aux plaintes des autres, se préoccupant médiocrement des plaisanteries de ceux qui expliquaient son extrême animation par le dépit qu'elle avait précédemment éprouvé à voir mademoiselle de Soubise épouser le prince de Gondé de préférence à sa fdle Marie-Fortunée, pour laquelle elle avait cherché à arrang-er ce mariag'e (I). L'affaire, comme on sait, traîna long"temps, et le roi maintint sa décision. Mais il vit avec beaucoup de mécontentement le bruit fait par sa cousine : il ne l'aimait
(l)t.Le mariage avait eu lieu le 3 mai précédent.
pas(i), la supportant seulement et ne laissant f^'uère échapper l'occasion de le lui prouver. D'Arg^enson lui-même, très-dévoué à la piincesse, reg-rettait cet éclat : « Elle est femme fort active, dit-il, et qui va à ses fins par des moyens assez forts; à ce jeu-ci, elle se fera peut-être chasser de France et renvoyer à son mari. » La duchesse de Modène ne savait plus assez ohserver cette prudente modération qu'elle venait cependant de g-arder pendant long'temps avec succès. C'est ainsi qu'après avoir été durant de long^ues années intimement liée avec mademoiselle de la Roche-sur- Yon, elle se brouilla irrévocablement avec elle pour la cause la moins motivée : l'intendant de mademoiselle de la Rochesur-Yon vola soixante-six actions d'une compag^nie financière à la duchesse de Modène : la première de ces princesses offrit à la seconde de la rembourser; mais elle choisit pour faire son offre le moment où ces actions de 2,500 livres étaient tombées à 200. La duchesse, toujours à court d'arg-ent, se récria, et demanda à être désintéressée sur les biens du voleur. Mademoiselle de la Roche-sur- Yon se froissa de la façon peu adroite en effet dont ces plaintes furent formulées ; on se brouilla, et la pauvre duchesse ne revit jamais un sol de cette malheureuse créance (2).
(1) « Depuis la mort de M"'' de Châteauroux, dit d'Argenson, dont elle étoit la grande amie, il m'a paru qu'elle déplaisoit fort au Roi : je ne sais pourquoi. » (viii, 87.)
(2) Luynes.
Nous avons dit que le roi n'aimait pas madame de Modène, et nous ajouterons qu'il le lui témoignait souvent. Un soir (1), elle fît entrer à la comédie ses deux pages dans sa loge , la reine étant dans la salle. Celle-ci le remarqua , mais ne se plaignit pas ; elle en parla le lendemain au roi, lequel chargea le duc de Richelieu, l'intermédiaire était au moins singulièrement choisi, de signifier à la princesse qu'elle eût à ne pas recommencer. Elle supportait tout cela avec une parfaite aisance, et malgTé sa médiocre fortune , elle cherchait à faire toujours honne contenance à la cour, où d'ailleurs elle figurait constamment à son rang. Pendant l'hiver et le printemps de 1733, elle donna quelques soupers et eut plusieurs fois chez elle de grandes parties de cavagnols. Nous la voyons présider une table de ce jeu aux fêtes données à Saint -Gloud pour le roi de Pologne, au mois de septembre 1752. Le 30 avril 1754, elle perdit sa fille la duchesse de Penthièvre, morte en couches, et elle eut à cette occasion la visite du roi et de toute la famille royale , qu'elle reçut, suivant l'usage, couchée dans son lit (20 mars). L'année suivante, elle parvint enfin à marier sa troisième fille, qui comptait déjà plus de vingt et un ans, au comte de la Marche, depuis prince de Gonti (25 novembre 1755). Mais déjà il semble qu'elle fut tombée dans une disgrâce complète.
{{) Luynes, (octobre i745).
MADEMOISELLK DK VALOIS. 235
On sait à quel point la reine Marie Leckzinska était l'esclave de l'étiquette. Or il était d'usag-e que deux ou trois jours avant les départs pour Fontaibleau ou Gonipiùgnie, les dames invitées ou de l'intimité de la reine pussent venir à son jeu en robe de chambre, c'est-à-dire non décolletées. Au mois de juillet 1754, presque à la veille d'un de ces déplacements, bien que la duchesse de Modène fût résolue à rester à Versailles, elle voulut essayer de s'approprier le privilég-e, en allég-uant sa santé, de paraître aux cavagniols dans ce costume. La reine répondit assez sèchement « que cela pourroit tirer à conséquence », et que puisque la santé de la princesse ne lui permettait pas de s'habiller, elle ag'irait plus sag-ement en restant chez elle (1). Il semble que cette aig"re réponse ait été le sig*nal de la disg'râce dont je parle. Depuis ce jour jusqu'au mois de mars 1757, c'est-à-dire pendant près de trois ans, Luynes,qui enreg-istrait les moindres actions de la princesse, ne prononce pas une seule fois son nom , et nous savons cependant qu'elle ne quitta point Paris (2). Il faut même croire que son log'ement de Versailles lui fut retiré, car le noble chroniqueur constate qu'on donna à la duchesse l'appartement du prince de Gondé le 15 mars 1757,
(1) Luynes, 23 juillet 17.'Jl.
(2) D'Argensou écrit à la date de janvier 1 7.j(i : « La reine fait de mauvais tableaux, M™*^ de Modène en fait de grands à l'huile, toute la cour peint et enlumine, voilà l'occupation la plus à la mode aujourd'hui à la cour : M"* de Pompadour grave. » (ix, 187.)
et il mentionne sa présence au Te Deum chanté, en octobre suivant, pour célébrer la naissance du quatrième fils du dauphin (I).
Le duc de Modène, cependant, ne cessait de renouveler ses instances pour tâcher de décider sa femme à revenir auprès de lui. Le 2 octobre 1753, il en écrivit officiellement en ces termes à M. de Saint-Contest :
« Je suis fâché, monsieur, d'être obligée de prier V. E. de renouveler de respectueuses représentations au roi au sujet du séjour de madame la duchesse en France, ce qui devient désormais un établissement. Après toutes les demandes faites de ma part, il ne me reste qu'à attendre la décision de S. M. pour m'y soumettre, et pour fixer mon système sur un point aussi intéressant pour moi que je reg-arde celui-ci (2). »
Le roi approuvait hautement cette insistance, et désirait vivement se débarrasser de la présence de sa cousine. Il le fit savoir au duc en réponse à celte lettre, mais en ajoutant que, comme Charlotte d'Orléans mettait toujours en avant le mauvais état de sa santé, il conviendrait d'envoyer un médecin pour constater la valeur de ses plaintes, et dans tous les cas pour l'accompag'ner (3j. Une lettre de la Drincesse à sa belle-sœur Bénédicte nous fournit
(1) Le comte d'Artois.
(2) Arch. des Aff. étr.
(3) Lettre de M. de Saint-Contest, 27 décembre 17.")3. Vnd.
iMADEMOISELLE DE VALOIS. 237
de précieux renseig-nements sur sa situalion avec son époux et ses enfants d'Italie ; on y verra qu'elles étaient plus froides que jamais, et que son fîis même ne lui inspirait que des sentiments des moins tendres :
« A Versailles, ce 7 avril 175o.
« Je pense tout come vous, ma chère cog^nate, sur le g'oùt que M. le duc prend pour le séjour de Milan dont je n'ay jamais douté ; mais j'avoue que je le voudrois plus occupé de ses enfans et de sa famille, même l'un ne seroit pas incompatible avec l'autre ; l'on prétend que ce séjour n'a point plu à mon fils, et Cju'il a été fort aise d'en revenir; il en use sy mal avec moy que j'aurois de la bonté de reste sy je m'intéressois à ce qui le reg'arde ; mais bon sang* ne peut mentir; il n'en est pas de même de vous, ma chère cog-nate, et je voudrois vous sçavoir, ainsi que madame Amélie, aussi heureuse que vous méritez de l'estre. Je vous embrasse l'une et l'autre et vous aime de tout mon cœur; faites milles amitiés de ma part, je vous prie, à la princesse et à mes filles; je viens d'être malade un mois entier, mais cela va mieux présentement; on commence à espérer qu'il n'y aura point de g-uerre cette année : Dieu le veuille. Cornent g'ouvernezvous le prince de Darmstat (1)? »
(i) Arch. de Modine.
Charlotte d'Orléans quitta enfin la France en 1759. Nous ne possédons malheureusement aucun détail ni sur les causes qui la décidèrent à repasser les Alpes, mais qui durent tenir à sa situation financière, ni sur les circonstances qui accompag-nèrent son départ de Paris et son arrivée à Modène. Nous sommes ég'alement pauvres en renseig-nements sur cette dernière partie de l'existence de la princesse. 11 paraît qu'un ennui profond s'empara d'elle ; elle demeura le moins possihle à Modène, où son mari vivait presque conjug'alement avec la marquise Simonetti, veuve d'un des plus g'rands seig'neurs du Milanais, àg*ée comme lui de soixante ans. La princesse voyag'ea presque continuellement en Italie, chang'cant de résidence le plus souvent possible. Dans les derniers temps de sa vie, elle revint à la pratique des devoirs religieux : long^temps au moins indifférente ,elle s'y adonna avec l'ardeur qu'elle apportait à tout ce qu'elle faisait. D'Arg-enson, dont le témoig^nage n'est pas suspect , nous le certifie. Après nous avoir dit, comme nous l'avons mentionné plus haut, que la princesse était d'une g'rande indifférence à cet ég-ard, il ajoute : « .l'ai appris depuis qu'elle s'est jetée dans la relig'ion (1). »
Elle tomba malade à Modène, et mourut au bout de peu de jours, le 19 janvier 17G1, à huit heures et demie du matin, ayant jus(|u'au dernier moment exprimé son suprême reg'ret de ne pas terminer sa
(1) Tome V, p. o.
vie dans cette France qu'elle aimait tanl, et où elle n'avait cependant jamais trouvé ni repos, ni considération, ni satisfaction d'aucune sorte.
L'année suivante, François d'Esté déclara son mariag*e avec la marquise Simonetti, et il acheva son règ-ne en se jetant de plus en plus dans les bras de TAutriche, à laquelle ses descendants sont demeurés si fidèlement dévoués jusque dans ces derniers temps. 11 mourut àVarèse, le 23 février 1780.