CHAPITRE PREMIER
Enlaiice de la princesse. — Même éducation que pour sa sœur. — Projet de mariage avecle pi-iuce de Piémont. — Opposition de Madame. — Le mariage est conclu avec le prince des Asturies. — Départ de la princesse. — Son voyage. — Ambassade de Saint-Simon. — Il obtient le coucher public. — Portrait de la princesse. — Maladie. — Ajournement des fêtes, — La princesse n'en veut pas. — Saint-Simon décide le roi à les donner. — Caractère de la princesse. — Singulière .audience de congé de Saint-Simon. — Le père de Laubrussel. — Arrivée de mademoiselle de Beaujolais. — Contrariété qu'en éprouve sa sœur. — Affection de son mari. — Réunion des deux époux. — Le roi veut abdiquer. — Impopularité de la princesse. — Le P. Daubenton. — État de la cour. — Mort du Régent.
« La quatrième de mes petites-filles est une bonne enfant, mais fort laide et désagréable. » Tel est le portrait que Madame traçait, le 31 mars 1718, de Louise-Élisabetb d'Orléans, mademoiselle de Montpensier, qui avait alors huit ans et trois mois. Elle avait été envoyée à l'abbaye de Saint-Paul, monastère bénédictin situé aux portes de Beauvais , et dirig-é par Madeleine de Glermont d'Amboise de Renel, mais elle en fut ramenée à Paris dès le 4 novembre 171 6, et le soir même, le Régnent la conduisait à l'Opéra avec sa sœur Valois (1). On voit qu'il s'obstinait
(1) Daugeau.
dans le même plan d'éducation pour ses filles, seulement il s'y prenait plus tôt pour celle-ci, puisqu'à cinq ans il la retirait du couvent, où elle aurait pu au moins apprendre quelque chose, et il la menait au théâtre. Du reste, il semble que pour tout il y ait eu précipitation dans les événements de sa vie. Dès 1718, il fut question sinon de la marier, au moins de la fiancer , dans un intérêt exclusivement politique. Le traitant Berthelot de Plenœuf (1) avait dû prendre prudemment la route de Tétrang-er devant les menaces de la chambre de justice dont il ne se souciait pas d'affronter les recherches. Il passa à Turin, et par l'intrig^ue acquit une certaine influence dans une cour dès cette époque peu scrupuleuse. Désireux de rentrer riche et honoré en France, il imagina de préparer le mariag^e de l'une des filles du Rég-ent avec le prince de Piémont. Madame de Plenœuf, qui n'avait pas suivi son mari pour pouvoir s'occuper de ses intérêts à Paris, soumit ce projet à la duchesse d'Orléans, qui l'accueillit avec empressement : elle sut l'animer sur cette question, n'ig-norant pas avec quelle ardeur la princesse cherchait à se débarrasser le plus promptement de ses filles. Bref, elle lui monta la tête et la décida à charg^er le duc de Saint-Simon de conduire cette nég'ociation. Saint-Simon nous raconte que, malg'ré l'antipalhie que lui inspirait Plenœuf, et surtout malgTé l'inopportunité de cette
(1) Pùic de la nuuquise de Piie.
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démarche au point de vue politique, il ne crut pas pouvoir opposer un refus à la demande «pie lui adressa le Uég-ent lui-même en répondant à ses observations : « Mais, après tout , c'est Un coup d'épée dans l'eau ; et quoique sans apparence , il est des choses bizarres qui réussissent quelquefois : ce ne sont que quelques lettres perdues qu'il nous en coûtera à tout hasard. » Le duc de Saint-Simon ajoute: «Je ne pus donc m'en défendre : » et il reçut un beau matin madame de Plenœuf, « bien parée, bien polie, bien louang'euse, bien éloquente et bien pleine de son affaire, » qui fut immédiatement eng-ag'ée. Une nombreuse correspondance fut échang'ée, sans que Saint-Simon vît de réalité une ombre. Au bout de quelques mois, Dubois étant revenu d'Ang-leterre, le duc pria le Rég-ent de confier à l'adroit abbé la suite de ces nég-ociations ; ayant obtenu le consentement du Palais-Royal : « Je le lui remis, et il convint avec moi que c'étoit une vision en la situation où en étoient les choses entre les deux princes. Aussi n'eut-elle point de suite , et je n'en entendis plus parler depuis. »
Saint-Simon omet d'indiquer celle des filles du rég-ent pour laquelle cette nég'ociation fut entamée. Dang^eau nomme mademoiselle de Valois. « On dit, écrit-il au mois d'août 1718, que l'ambassadeur du roi de Sicile, Provana, venu ici pour proposer la quadruple alliance, offrit aussi pour mademoiselle de Valois la main du prince de Piémont. )>
Le soignieux chroniqueur de la cour commet une erreur que Ja correspondance de Madame nous permet de relever sans discussion possible. Parlant de ce projet, dont elle nie Texistence, la Palatine écrit le 18 septembre 1718 : « Elle n'a encore que neuf ans (1); vous voyez donc bien que, lors même que le mariag-e avec le prince de Piémont seroit décidé, il seroit forcément retardé de quelques années. » Il s'ag'it donc bien de mademoiselle de Montpensier.
Madame était tout à fait opposée à ce projet d'hymen ; elle le dit très-nettement, comme toujours, car on ne peut jamais lui reprocher de dég^uiser sa pensée. « Ce mariag-e ne me feroit nul plaisir; il auroit lieu contre la volonté de la reine de Sicile (2), que j'aime mieux que toutes mes petites-fîlles, car j'aime cette vertueuse reine tout comme si elle étoit ma propre fille, et je lui ai servi de mère, car elle n'avoit que six mois lorsque la sienne est morte. Aussi me reg*arde-t-elle comme sa mère , et a-t-elle en moi une confiance sans bornes. Je lui souhaite donc toute sorte de bonheur et l'exemption de tout chag'rin. Or, le plus g-rand de tous, c'est de voir un fils unique se
(1) M"° de Montpensier était née le 1 i décembre 1709 : elle avait bien neuf ans moins trois mois.
(2) C'était la seconde des (illes nées du premier mariage de son mari; en effet elle aimait beaucoup sa ])elle-ldle, avec laquelle elle enti'etenait une active correspondance. On sait quc^depuis le traité d'Utrecht, le duc de Savoie était devenu roi de Sicile.
marier contre votre volonté; toute la vie se trouve par là empoisonnée : je ne le sais que trop. » Cette idée était si désagTéable à Madame, qu'elle n'admettait môme pas qu'elle pût être prise au sérieux. « Il n'y a pas un mot de vrai, écrit-elle encore, dans ce qu'on a dit qu'un projet de mariag-e avoit été arrêté entre Mademoiselle de Montpensier et le prince de Valois. 11 est encore très-douteux , ajoute- t-elle par une sing^ulière inconséquence de lang'ag*e, que la chose se fasse. » La vérité est que Dubois, qui ne se souciait pas davantag^e de ce mariag'c , en laissa adroitement ébruiter le projet, très-soig-neusement dissimulé jusque-là par Saint-Simon et par lesPlenœuf; il espérait que la Palatine ne se contiendrait pas et lancerait quelque trait de « férocité allemande » . G*est ce qui arriva. Elle écrivit à sa belle-fille ce qu'elle pensait des enfants du Régnent, et cette démarche suffît pour arrêter toutes les nég-ociations. Le Régnent le sut, et il se contenta de rire de l'incartade g-ermanique de sa mère (1). Il paraît cependant qu'il avait attaché une sérieuse importance à ce projet, car au moment où le roi de Sicile était menacé et où tous ses alliés song'eaient à le sacrifier à l'Espag'ne, le duc d'Orléans écrivait à Dubois (2) : « Il est de l'intérêt de la France que le roi de Sicile demeure assez puissant pour qu'il ne puisse pas
{{) Dubois.
(2) Ibid.
être accablé tout d'un coup par l'empereur. J'ai, outre cela , un intérêt particulier , puisque , si les démarches que je ferai sont favorables , il me sera plus aisé de conclure le mariag'e de ma fille avec le prince de Piémont, et vous jugiez aisément que je n'y puis être insensible. » (il août 1711.)
Les chroniqueurs de la cour parlent peu de mademoiselle de Montpensier. Ils nous apprennent qu'elle eut la petite vérole et la roug*eole en même temps que sa sœur de Valois, aux mois de février 1719 et 1720 (1), et qu'au mariag^e de celle-ci elle porta la queue de sa mante. Le lendemain elle prit le titre de Mademoiselle tout court, suivant la règ'le de l'étiquette (2). L'année suivante, les combinaisons politiques de Dubois faillirent la faire unir à l'héritier de la couronne d'Espag^ne.
On voulait marier promptement Louis XV pour rassurer le public, facilement ému chaque fois que, l'apprenant malade, on avait à entrevoir la possibilité d'un chang-ement de branche sur le trône. Profitant avec habileté de l'attachement de Philippe V pour son ancienne patrie et de l'ambition de la reine, Dubois, après avoir écarté une alliance avec la maison de Savoie, qui aurait compromis son plan, se proposa de renouer par des mariag-es les relations
(1) Madame, dans sa lettre du ili avril ilili, dit positivement que M"" de Montpensier n'a pas eu la petite vérole.
(2) Ruvat.
beaucoup trop distendues, sinon rompues, entre les deux «Tands rameaux de la maison de Bourbon. Au mois de mai 1720, des ouvertures avaient été faites par le roi d'Espag'ne auprès de l'empereur; il offrait, ou de marier son fils à la fille aînée de ce prince, ou de donner à celle-ci l'infant Fernand, qui aurait été créé roi des Romains, ou enfin d'unir le prince des Asturies à l'arcbiducbesse, qui serait devenue héritière des Etats de Flandres et d'Italie, et l'infant Fernand à la seconde archiduchesse , restée héritière des Etats d'Allemag-ne et d'Autriche. L'empereur accueillit très-froidement ces propositions, en ne laissant même paraître un peu de faveur que pour le mariag-e avec le prince des Asturies, tandis que la cour d'Espag'ne voyait dans ce double hymen « un coup de parti ». Les choses traînèrent en long^ueur, et, au mois d'avril 1721, l'empereur en reparla avec une assez gTande indifférence pour indisposer Philippe V. C'est alors que Dubois, tenu au courant détentes ces menées, conçut le projet de profiter de son lég-itime mécontentement pour le rapprocher de la France, en lui offrant à Versailles le double mariag^e qu'il recherchait à Vienne. Le Régnent charg'ea M. de Maulevrier, notre ambassadeur en Espag-ne, de faire savoir au roi qu'il connaissait ses nég'ociations. Philippe V n'hésita pas à les avouer, en ajoutant qu'il avait cru y trouver l'avantag'e de sa famille, (ju'il ne repoussait pas les propositions qui lui étaient faites, qu'elles le louchaient, et que sous peu il ferait voir son attache-
ment pour la France (1). La tentative essayée par Dubois était bien « un coup de parti » . Il avait saisi avec une rare habileté le moment précis pour détacher l'Espag-ne de l'Autriche. Philippe V, en effet, avait accueilli avec une joie véritable l'idée de donner une infante à Louis XV, et la reine, tout enorg'ueillie en voyant la couronne de France sur la tête de sa fille, acceptait volontiers une fille du Régnent pour son fils don Carlos, trouvant dans cette alliance une protection efficace pour le jour oii s'ouvrirait la succession des Etats de Parme et de Plaisance; elle consentait avec non moins de satisfaction à ce que l'héritier du trône d'Espagnie épousât mademoiselle de Montpensier, ce qui causait pareillement un légitime org'ueil à la maison d'Orléans. Le confesseur de Philippe V, le père Daubenton , seconda habilement Dubois en cette circonstance (2). Tous ces mariag*es ne furent pas déclarés en même temps ; il est bon de noter que, des trois fiancées, l'infante avait treize ans et demi, mademoiselle de Montpensier douze ans, et mademoiselle de Beaujolais huit.
M. de Maulevrier écrivit au Rég-ent, le 26 juillet 1721, que Grimaldo, premier ministre, était venu le matin le prier de la part du roi de demander la
(1) Note communiquée par le duc d'Orléans au conseil de Régence. Arch. des aff. ctr., t. 303 de l'Espagne.
(2) F.cmontcy insiste avec raison sui- l'habiloté (l'une pareille alliance qui niaiiait une princesse française à un prince à la veille de régner, et qui paraissait devoir subir facilement le joug des femmes.
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main de mademoiselle de Moiitpensier pour le prince des Astuvies, « comme preuve indubitable de son amitié, de sa tendresse et de l'éternelle et bonne intellig'ence que S. M. désiroit entretenir avec le roi , avec sa propre famille et avec le Régnent (1). » Le prince s'empressa de communiquer par une note officielle cette nouvelle au conseil de Rég^ence ; il l'informa en même temps du détail de la nég"ociation. La joie était si gTande à l'Escurial qu'un de nos ag-ents pouvait écrire le 4 1 août à Dubois que « Leurs Majestés comptent les heures et les moments que notre courrier du 26 mettra à aller à Paris et à revenir. Elles attendent avec une extrême impatience la réponse de S. A. R. La reine désire le succès des deux mariag-es avec encore plus de passion que le roi , qui ne veut pas conclure l'un sans avoir assuré l'autre (2). » Ce courrier fît gTande dilig'ence, et revint à Madrid dans la nuit du 15 août. Maulevrier courut à l'Escurial porter la bonne nouvelle, et, sachant avec quelle ardeur véritable elle était attendue, il pénétra dans la chambre des royaux époux, qu'il trouva encore couchés. « Leurs Majestés me parurent non-seulement ravies, mais encore attendries. Gomme je sais qu'elles aiment à voir et à lire les dépêches, je tirai de ma poche celle de V. E., et j'eus l'honneur d'en lire les endroits les plus marqués. Le roi me de-
(1) Arch. des aff. étr., t. 303 de l'Espague.
(2) Lettre du sieur Robin. Ibid.
manda si clans cette lettre il n'y avoit rien de réservé pour moi seul; et lui ayant répondu que depuis que j'étois à sa cour je n'avois jamais eu de dépèches ou d'instructions que je n'eusse pu montrer : « Eh hien ! me dit-il, laissez-moi cette lettre; je ferai mes réflexions sur les expédients proposés (1).»
Quelques jours plus tard, un nouveau courrier apporta une lettre du Régnent pour Philippe V, qui, au dire de Maulevrier, l'attendait avec une ég-ale impatience ; il appela la reine et lut ce billet devant elle et devant notre ambassadeur ; « et il en fut bientôt si ému de tendresse et de joie, qu'à peine pouvoit-il prononcer. La reine chang'ea de couleur et se sentit comme foihle, et dit en propres termes : « Pour moy, je suis si transportée et si pénétrée des sentiments et des expressions de M. le Rég'ent, que les jambes me manquent et que je crois que je vais tomber. » Je voulus prendre la liberté de lui avancer un fauteuil; elle me fît sig-ne de ne beugler, et s'approcha d'une table sur laquelle elle s'appuya; et revenue à elle, le roy me dit: «Je suis aussi charmé de l'amitié de M. le duc d'Orléans; nous voilà en bon chemin (2). » Le succès
(1) Arrh. des aff. ctr., t. 303 de l'Espagne. Lescomlitious étaient ainsi formulées: le roi donnait à M"" de Montpensier un don de 500,000 éciis (l'or, le Régent 40,000 en espèces et bijoux: l'Espagne devait lui offrir poui' ."iOjOOO éi'us de joyaux. \a\ tout restituable en cas de mort du prince sans enfant ou de dissolution de l'hymen par le pape.
(2) Ihid., t. 304, lettre du 4 septembre. Une dépêche, écrite du 25,
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de Dubois était incontestable en cette circonstance.
Le mariag-e de mademoiselle de Montpensier fut déclaré au conseil le 28 septembre 1721 , en même temps que celui du roi , qui en apprit, comme on sait, la nouvelle avec la plus mauvaise humeur. Le même jour, Saint-Simon était nommé ambassadeur extraordinaire en Espag-ne à cette occasion (1). Cette déclaration produisit un gTand effet à la cour et déconcerta vivement le parti opposé au duc d'Orléans. On avait compté sur une irréconciliable inimitié entre lui et Philippe V, après ce qui s'était passé de part et d'autre, et les ennemis du Rég-ent avaient toujours cherché de l'autre côté des Pyrénées les moyens de renverser le Régnent ; la conspiration de Gellamare était à peine vieille de quelques mois. « Ce fut un accablement si marqué dans toute leur contenance, écrit énerg'iquement Saint- Simon, qui les disting*uoit aux yeux les moins per-
lious appiend quels avaient été les deux plus actifs auxiliaires de cette négociation ; ce furent Grimaldo et sa femme. Dubois voulut donner à celle-ci une pension, mais elle refusa, en ajoutant qu'elle accepterait l'équivalent en bijoux chaque année. Maulevrier savait qu'elle agissait de môme avec l'Angleterre et avait appris de son collègue, le colonel Stanhope, le prix qu'on y mettait. Il lui remit cette fois deux pendants d'oreilles en diamants, une croix en diamants avec un collier de perles. Grimaldo reçut des paniers de vins de Bourgogne et de Champagne, « qui contribueront, j'espère, écrit Maulevrier, à la conservation de la santé d'un ministre aussi habile et aussi zélé pour les véritables intérêts et la gloire de S. M. » [Arch, des aff. étr., t. 304.)
(d) Sa nomination est insérée dans le touie 304 d'Espagne aux Aff. étrang. Elle ne renferme aucun détail particulier ou intéiessant.
<,'ants, et les tint plusieurs jours dans un morne silence (1). »
Saint-Simon trouva le meilleur accueil à Madrid ; son org'ueil n'aurait pu désirer plus d'honneurs, plus de marques de distinction. On semblait avoir à cœur à l'Escurial de lui prouver à quel point cette triple alliance flattait les aspirations les plus intimes du roi. Pendant ce temps, le duc d'Ossuna, ambassadeur extraordinaire d'Espag'ne , arrivait à Paris, et il n'y était pas reçu avec moins d'éclat. Saint-Simon était parti le 23 octobre 1721 ; la veille, mademoiselle de Montpensier avait été solennellement baptisée dans la chapelle du Palais-Royal , ayant son frère pour parrain et Madame pour marraine. Le 31, elle reçut au Val-de-Grâce le sacrement de Confirmation et fit sa première communion (2). Ce détail ne peut être passé sous silence, car il montre dans son plein jour la déplorable éducation de ces malheureuses princesses, élevées sans principes, sans direction, sans soins d'aucune nature. C'est à l'âgée de près de treize ans, à la veille de se marier, que la fille du Régnent fait sa première communion !
L'avant-veille, le duc d'Ossuna était arrivé; il l'ut log-é et défrayé avec la plus g'rande mag^nificence ;
(1) '.( Si quelque princesse tlevoit espérer d'épouser l'héritier de l;i touronne d'l']spngne, ou n'auroit jamais dit que c'étoit la (llle du duc d'Orléans à qui l'Espagne a tant fait de reproches publics et injurieux. » (Marais, ifi novendtre 1721.)
(2) Des nuiins du cardinal de Noailles.
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il donna lies l'êtes splendides, des lestins, et surtout des feux d'artifice d'une richesse inconnue à Paris. Le 13 novembre, il fit au roi la demande officielle de la main de sa cousine, et se rendit dans la journée au Palais-Koyal. Le contrat fut sig'né aux Tuileries en g'rande cérémonie, le 15 après dîner, et le roi vint immédiatement rendre une visite à mademoiselle de Montpensier. Il y eut ensuite représentation-g-ala à l'Opéra, et, au Palais-Royal, mag-nifique bal paré ouvert par Louis XV avec la nouvelle princesse des Asturies. Le 17, la fiancée reçut de nouveau les compliments du roi, représenté par le maréchal de Villeroy, puis ceux de la ville de Paris (1); après quoi, sans plus de cérémonie, elle monta en carrosse avec son père, son frère, la comtesse de Gheverny, sa g-ouvernante, la duchesse de Ventadour et la princesse de Soubise, nommée g^ouvernante de l'Infante, escortée par un détachement de quatre-ving'ts g^ardes du corps (2) et force carrosses pour sa suite (3). Les
(1) Il fut à cette occasion présenté par la ville à la princesse six corbeilles couvertes de taffetas blanc, pleines de bougies, flambeaux et confitures sèches : six archers les portèrent, qui reçurent 20 louis de M"'= de Montpensier (Buvat). Pareil présent fut offert au duc dOssuna qui donna 12 louis aux archers.
(2) Commandé par M. de Flahaut de la Billarderie.
(3) Le prince de Rohan-Soubise, nommé pour recevoir l'Infante, elHluenait 150 gardes magnihquoment équipés à ses frais. Il refusa uO,000 écUs que le Régent lui offrit jwur frais de voyage. On lui donna alors, comme témoignage flatteur, le di'oit de présenter les ambassadeurs étrangers à l'audience du roi, comme les princes de Lorraine en avaient le privilège. (Buvat.
ducs d'(3rléans et de Chartres la quittèrent à Bourg*ia-Reine, et l'Infante continua sa route, dont les débuts ne furent pas heureux. A Arpajon, de hardis voleurs enlevèrent quelques malles dans les fourguons et onze plats d'arg^ent (1). Du reste, le voyag'e se fît lentement; on déjeuna à Orléans, à Amboise, où la princesse fut reçue à coups de canon et escortée par ving-t g-entilshommes à cheval portant ses couleurs; elle passa trois jours à Poitiers, un à Saintes , à Bordeaux trois jours ég'alement, et, suivant les habitudes maguiifiques de la municipalité, la réception fut splendide (2). On lui donna un bateau richement décoré pour passer le bec d'Ambez, où la suivit une vraie flotte. A Bayonne, la reine douairière d'Espag'ne (3) offrit de riches cadeaux à mademoiselle de Montpensier (4) et la fit asseoir dans un fauteuil pareil au sien. Enfin on
(1) Buvat. Cartouche déclara que quarante de ses hommes suivirent la princesse et entrèrent avec elle à Maiîrid. (Lemontey.) — Lemontey nous ai^prend encore qu'elle faillit être brûlée une nuit dnns l'hôtel qu'elle occupait, sans citer le nom de la ville où cet accident ari'iva.
(2) La loyale caravane coucha à Arpajon, Etampes, Toury, Orléans, Saint-Lauient, Blois, Amboise, Loche, la Haye, Chàtellerault, Poitiers, Lusignan, Saint-Léger de Mille, Auln;iy, Saint-Jean d'Augely, Saintes, Saint-Pons, Mirebeau, Blaye, Bordeaux, Podensac, Bossart, Rochefort, Mont-de-Marsan, Poulon, Acqs, Saint-Vincent, Bayonne.
(3j Marie-Anne de Bavière-iNeubourg, veuve du roi Chailes il. Elle lui donna un diamant de grand prix, une montre, une tabatièie enrichie de diamants, une commode pleine de porcelaine de Chine.
(4) La princesse donna une épée à chacun des gardes du corps de sa suite (Buvat). Un petit volume très-rare a raconté tout ce voyage: lioute de M"" d'Oïkans, iiriucessv des Asturies, in-12, Bordeaux,
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arriva en face de l'île des Faisans en même temps que le cortég-e de l'Infante, amené par le marquis de Sanla-Cruz, charg*é de recevoir la fille du Rég-ent. L'échangée des deux princesses eut lieu le 9 janvier 1722, et chacun, après les compliments et les présents d'usagée, continua son chemin, mademoiselle de Montpensier n'ayant plus auprès d'elle qu'une seule Française, madame de Gheverny, qui ne devait la quitter qu'à Lerma, où son fiancé l'attendait (1).
Saint-Simon était dans cette résidence avec la famille royale, et, en attendant l'arrivée de madeselle de Montpensier, il voulut traiter une question à laquelle il attachait une g-rande importance, et qui était passablement délicate.
Contrairement à l'usag-e admis par l'ancien cérémonial dans toutes les cours, en Espag^ne il n'y avait pas de coucher solennel des mariés. Saint- Simon le savait, et l'attribuait « à la g-ravité et à la modestie des Espag'nols ». Mais, quoiqu'il n'eût reçu aucune instruction à cet ég'ard, il avait des inquiétudes sur la solidité, au point de vue politique, d'un mariag'e « qui ne seroit pas suivi de con-
(1) Buvat, coutrai renient à Saint-Simon qui dit qu'aucune Fi'ançaise, sans exception, ne passa la Bidassoa. Jusque-là la suite de la princesse comprenait: deux secrétaires. M"'''* de la Lande, de Villefort, de Levis, Mercier, Chapart, onze femmes de chambi-e, un aumônier, un chapelain, un clerc, un médecin, un chirurgien, un apothicaire, onze hommes de service, un écuyer, six pages, dix \alets, deux maréchaux des logis, deux maîtres d'hôtel, un contrôleui-, un commis aux deniers, deux gentilshommes servant la table. {Aff. ctmnrj., vol. 302 d'Esp.)