‹ Les filles du régentChapitre 39 sur 43 · II · texte numérisé non relu

II

ront chasser le roi d'Espagnie quand ils le voudront (1)?» En même temps, l'orag-e se déchaînait contre Orendayn, a qui ne sait où il en est, » et qui était accuséliautement dVHre livré à la France. Les mêmes dang-ers menaçaient l'inofïensif P. de Laubrussel pour la môme cause. Tessé était profondément décourag-é et ennuyé. « Je bénirai le jour, écrit-il mélancoliquement, où je pourrai sortir de cette Babylone, où l'on ne voit que des mécontents, et où tous ceux qui ont du crédit et sont dans les afïaires, sont plus Autrichiens que le meilleur bourg^eois de Paris de la rue Saint-Denys n'est fidèle au roi (2). )> Ces nouvelles causaient une vive impression à Paris, où le maréclial était bien connu et où l'on savait que son caractère n'était nullement porté vers le pessimisme. On peut jug-er de cette impression par ce passag^e de la dépêche de M. de Morville en réponse à celle de M. de Tessé du 14 août : « Que vous dirai-je sur le contenu de votre lettre du 14? On ne sauroit, à la vue de la peinture que vous faites de la cour et de l'administration d'Espag'ue, que déplorer l'état de l'une et de l'autre, et presque désespérer d'y apporter un remède. Il faut croire que c'est lui décret de la Providence (jui, en mettant une aussi g'rande et aussi belle monarchie dans la maison de France, ne veut pas qu'elle soit rég^ie de manière que cette même maison ait le dc-

(1) Aff. étr.

(2) Ibid.

LA UEINE d'eSPAGAE. 323

g'rc de supériorité et de préséance qu'elle auroit, s'il y avoit en Elspag'ne un g-ouvernement tel qu'il pourroit estre (1). »

Soutenu [)robaljlement en cette circonstance par sa belle-mère, à cause de son antipathie contre Grimaldo, le roi Louis promettait cependant toujours le succès au maréchal, qui, plus satisfait, écrit le 21 août : « Le roi me dit : — Vous serez content, mais g'ardez-vous bien de le dire. Je vous demande jusqu'à la fin du mois. » Ces paroles avaient en effet une gTande signification, car on savait alors ({ue la soumission de ce prince à son père était plus absolueque jamais, et Fou devait dès-lors y voir un écho de ce qui se disait à San-lldefonso. Mais, comme le remarquait M. de Morville, il semble que la Providence n'ait pas voulu du succès de nos affaires au-delà des Pyrénées. La mort soudaine du roi Louis allait en effet tout renverser. Dans cette même dépèche, Tessé annonçait que le jour de l'Assomption le roi avait eu une faiblesse pendant les offices; on l'attribua d'abord à la fatig^ue du jeûne. Mais un nouvel évanouissement se produisit, le 15, après le déjeuner, et il fut suivi de deux autres dans la journée. La fièvre se déclara violemment dans la soirée, et la nuit du 20 au 21 amena déjà des complications sérieuses que n'enrayèrent nullement d'abondantes saig'nécs. Le 22, la j)etite vérole parut. La reine demeura avec son époux

(1) Dépêche du '2^ uuùt.

au Retire et venait souvent dans sa chambre, en dépit de l'horrible frayeur que la maladie inspirait à ses dames (1). Le P. deLau])russel le veillait avecun véritable dévouement. La maladie parut d'abord suivre un cours normal : le roi souffrait beaucoup, mais son état n'inspirait pas de sérieuses inquiétudes. Le 25, la fièvre redoubla et augnnenta encore après de nouvelles saig'nées. Le soir, une consultation de médecins, qui dura plus de trois heures, décida encore une émission de sang*. «Je tremble, écrit la duchesse de Saint-Pierre à Tessé, que ce soit lui donner le coup de la mort. » L'état devint promptement si g'rave, que dès le 30 août au matin, Tessé disposa des relais pour l'envoi rapide de la fatale nouvelle, et il préparait les observations qu'il comptait soumettre à Philippe V pour le décider à reprendre une couronne que la Providence lui ordonnait de ressaisir, en lui montrant par la perte de son fils combien elle blâmait son abdication. En môme temps, la duchesse de Saint-Pierre cherchait aussi à profiter du chang-ement qui se préparait, et elle adressait au maréchal cette curieuse lettre, datée du 30, à dix heures du matin : « Le roy est très-mal et sans aucune espérance ([u'en un miracle : préparez-vous, M. le maréchal^, pour partir dans le moment pour San-ïldefonso :

(I) « I,;i friivcur do louleri les daines de l;i reine passe riiuai^iuiilioii, ,'| pas une ne la siiildie/ le roi. Je i'é|Hjiidi'(Ms Iiicii (|ni' le rni |iri-e ne Mcielra |ia> ii'i, ear s'il y a (|iicli]irun an nidiide ci'aiunanl le mal, et .,!ii luiil la iielili' véi'ole^ c'est lui. » (Tes>é, 12 M)Ù[.)

c'est un coup do partie. Je crains que la pauvre petite reine no reste très-mal : au nom de Dieu ne l'abandonnez pas : il n'y a que vous ici à qui elle puisse avoir recours , et ((uelque conduite qu'elle ait eue, elle est Françoise, de la maison de Bourbon et malheureuse. Le roy fait actuellement son testament. Les médecins, je crois, Font tué : cela fait g^rande pitié. Si pour le règ*ne du petit D. Fernand Fon faisoit quelque cliang'oment dans le cabinet, tâchez de faire entrer le duc de Saint-Pierre, cela me feroit sensible plaisir: c'est un homme sur qui l'on pourra compter. Je suis bien fâchée de ne pas pouvoir vous voir : nous aurions bien à raisonner. Adieu, Monsieur. »

A midi le roi fît son testament, bien que le délire s'emparât déjà par moments de lui. Le soir, à 7 heures, on lui donna l'extrême-onction : le P. Marin ne pouvant venir, le malade demanda le P. de Laubrussel, mais on lui imposa le P. Gastejou. U s'éteig^nit le lendemain dans la matinée. Tessé se rendit aussitôt à San-Ildefonso , où il trouva Philippe et la reine « dans une gTande et raisonnable consternation (1 J ». Il parla au roi de son désir de le voir remonter sur le trône, le pressa vivement, et rencontra chez lui une répulsion excessive que la reine no partag'cait nullement : « La relig-ion seule pourra le décider, » ajoute-t-il.

A peine la nouvelle de la mort de Louis parvint-

(I) Dépêche du 3 septcuiliro.

elle à Versailles, qu'un courrier en partit avec des instructions joressantes pour que Tessé obtînt de Philippe V qu'il reprît le pouvoir. Nous n'avons pas à raconter ici ces nég"ociations et ces intrig'ues, qui se terminèrent à la satisfaction du duc de Bourbon (1). Ce prince crut au triomphe de sa politique,

(1) Nous ne résisterons pas cependant au plaisir de faire connaître quelques détails inédits fournis par les dépêches de Tessé, sur les intrigues qui décidèrent Philippe V h reprendre la couronne. La question avait été déférée par lui à un conseil de théologiens. « Oh! pour celui-ci, je Yous défie de vous y attendre, écrit le maréchal à Morville le îi septembre: la prescience humaine ne va pas jusqu'à la profondeur des abymes de la cabale espagnole. » Le P. Bernuidez avait décidé qu'en conscience Philippe ne pouvait pas revenir sur son abdication, mnis il pi'ovoqua la réunion des casuistes dont nous venons de parler : quoique choisis par lui, ils prononcèrent en ce sens et Bermudez l'annonça au roi, en dépit des efforts de la i-eine qui alla jusqu'à le traiter de fripon et à déclarer qu'elle refuserait de communier de la main de ce père. La princesse tenait essentiellement à ressaisir le pouvoir, et elle décida son faible époux à recourir au Pape. Le nonce intervint alors et seconda si bien la reine qu'en dépit de Bermudez a dont l'ascendant sur le roi prenoit un véritable ensorcellement », Tessé put é(>rii"e le lendemain : «Te Deum laudamus!... » Il rédigea en même temps la curieuse dépèche suivante :

« .l'ai esté ce matin au lever du l'oi, et j'ai trouvé le confesseur du roi qui attendoit qu'on l'appelât; mais comme j'ai mes entrées, je l'ai vu babiller : il m'a paru jilus tranquille qu'hier au soir, et dès qu'il a été habillé, il a pnssé où étoit son confesseui" et a fermé la poi'te. De sni'te que, resté dans la pièce où il s'est habillé, la reine n'a fait nulle dilïicuHé de venir en robe de chambre me dire qu'il s'étoit depuis hier soir passé bien des choses dont elle étoit bien aise de trouvei' le loisii' de m'entretenii'. — J'ai déjà gagné, me dit-elle, que nous ne partirions pas aujourd'hui commele roi l'avoit résolu hier, et heureusement nos théologiens on l quelques avis différents sur savoir si le roi doit gouverner connue roi, ainsi qu'il l'avoit résolu dans cette maudite consultation de théologie par des théologiens gagnés : et cela m'a donné liiui de diic ;iu r(ji (pie puisi|u'il étoient partagés, mon avis étoit de s'en l'apporter au Pape, car avec

* LA REINE D'ESPAGNE. .'i27

n'ayant jamais vonlu so rendre compte des vues ambitieuses d'Élisal)etli b^arnèse, ni de son antipathie pour la France, dont elle n'attendit plus long^temps à donner malheureusement d'indubital)les g-ag'es. Nous allons donc revenir à la jeune veuve et ne nous préoccuper que d'elle.

Nous avons vu que Elisabeth d'Orléans avait fait preuve d'un véritable dévouement pour son mari. Il paraît cependant que ce zèle ne fut pas aussi volontaire, et Lemontey nous assure qu'elle fut forcée de demeurer au chevet du roi Louis : comme on la croyait gTosse, on espérait qu'elle y contracterait la maladie, et que la cour d'Espag'ne serait ainsi débarrassée d'elle. Voici une lettre de la duchesse de Saint- Pierre, du 30 au soir, qui ne laisse aucun doute à ce sujet, et qui trace un lamentable tableau de la situation faite à la fille du duc d'Orléans :

« J'ai dit à la reine-mère vos sentiments et votre bonne volonté à son ég-ard. Elle en a bien besoin, car je vous assure que tout le monde est révolté contre elle (il n'y arien que Ton n'ait fait pour lui faire prendre la petite vérole), sans aucune raison, car la pauvre enfant est dig^ne de pitié : elle fond en larmes et m'a dit de vous remercier, qu'elle étoit

votre l'. [îeriuudez, lequel est un fripon auquel je ne parlerai jamais, qui vous déshonore par les scrupules qu'il vous met dans la tête, et que je regarde si bien comme un Judas, <[ue je vous déclare que s'il m'apportoit la communion, je ne voudrois pas la recevoir de lui. Pour un pareil homme, vous sacrifiez vos enfants, votre fille, qui est eu France, et vos peuples. Je ne le souiTiirai point sans vous l'avoir représenté. »

hors d'état de rien désirer, et qu'elle me demandoit de penser pour elle. Le testament du jeune roi n'est qu un pouvoir au roi, son père, de tester pour lui ; etillui recommande très-particulièrement lareinesa femme ; ainsi je crois selon moi que les bons offices que vous lui pouvez rendre sont à San-Ildefonso, de lui faire réguler de quoi s'entretenir conformément à son rang% et la liberté de se retirer où elle voudra. Pour moi je vous déclare que je ne la suivrai pas, et comme je me suis toujours comptée à la reine Isabelle, je me flatte qu'elle voudra bien me reg-arder comme telle. Vous ne pouvez plus attendre qu'une fatale nouvelle: tout est rentré; la saig^née l'a perdu ; il n'y a plus d'espoir. Au nom de Dieu, employez toute votre éloquence auprès du roi et de la reine qu'ils prennent la rég'cnce, sans quoi tout est perdu. Le pauvre petit roi a dit à madame de Monteleone qu'il seroit ce soir en paradis. Vous savez le tour que les Altamiras et les cabales espagnoles ont joué au P. Laubrussel, en faisant substituer le P. Gastejou au P. Marin. J'en suis outrée et n'ai pu m'en taire. »

La première parole que les vieux souverains adressèrent au maréchal de Tessé, quand il vint les saluer à San-lldefonso, fut courte, mais elle résumait nettement la situation précaire d'Klisabcth fl'Orléans et les sentiments de ses beaux-parents : (( Que ferons -nous de la jeune reine? Au nom de Dieu, faites entendre en France que nous faciliterons toutes les portes et lui fournirons par

des revenus certains l'occasion de retourner en France (1). » La jeune reine heureusement avait le même désir; mais nous allons voir comment on pensait autrement à Paris et à Versailles. Auparavant revenons à San-ildefonso. « Et tout de suite, continue Tessé, LL. MM. m'ont conté que depuis la mort du roi, elle avoit été dans des transports de joie et d'une conduite si extraordinaire, que la bienséance ne me permet pas de répéter les choses effroyables qu'ils m'ont dites. » Tessé, qui connaissait le désir des ducs de Bourbon et d'Orléans, refusa nettement de se charg^er auprès de son g'ouvernement des propositions de Philippe V. En qualité de reine douairière d'Espag-ne, Elisabeth d'Orléans avait le droit de demeurer en ce pays : (( le pire étant pour elle d'y être dans une ville choisie par ses parents (2). »

Mais cette réponse ne faisait pas l'affaire de la vieille reine, qui avait, paraît-il, une pauvre idée de la vertu de sa bru : « Ce sera une bonne nouvelle, me répliqua la reine, pour la France et pour l'Espag-ne, quand un beau matin on nous viendra dire que la reine est gTosse, qu'elle a accouché et qu'elle court le bon bord. — C'est avec douleur que je me sers de ces termes, ajoute Tessé, mais je diminue encore de leur signiification (3). » Le soir

(d) Tessé, 3 septembre (vol. 336).

(2) Ibid.

(3) Le maréchal ne devait pas éprouver autant de douleur: il savait être agréable au Duc de Bourbon en malmenant une fille du Régent.

du même jour, le roi revit le maréchal et lui reparla de son embarras. Cette fois il lui soumit Fidée d'en écrire directement à la duchesse d'Orléans pour la prier de reprendre sa fille auprès d'elle et de la placer à l'abbaye de Ghelles.

De France les nouvelles n'étaient pas moins embarrassantes pour notre ambassadeur. Tandis que Philippe V lui offrait toutes les concessions possibles, à condition que la jeune veuve ne resterait pas en Espag'ne, Morville lui écrivait de Fontainebleau le 18 septembre : « Vous avez carte blanche pour le conseil adonner à Madrid sur la jeune reine, pourvu qu'elle ne vienne pas en France. Inspirez une ville, un couvent, un palais à Madrid : il faut néanmoins, daig'ne ajouter le ministre, tâcher de lui assurer le sort le plus doux, parce qu'après tout c'est une princesse Françoise, et qui, dans l'àg*e où elle est, ne peut mériter d'être traitée avec rig^ueur. En un mot, contribuez à tous les adoucissements possibles, le retour en France excepté. »

Le duc de Bourbon était d'autant plus animé, que dans ce moment il ne trouvait pas auprès du duc d'Orléans l'appui qu'il espérait contre la jeune reine. Ce prince caressait l'idée de conclure deux nouveaux mariag*esen Espagnie: suivant son plan, Finfantdon Ferdinand aurait épousé mademoiselle

D'ailleurs, (|iii'li|ms jouis avaiil la niorhlii l'ui, M. de Moi'villc lui assui'c (lue: (I .M. Il' lliii' csl tn''S-i'i'iaii(l des (l(''lails <lii palais. «A (|iiiii Tossô i(''|MiiiLlaiL : « .Maliric (|ii'nii ne pcul liaitcr sans y iinuxcr (|iiil([iif's orikircs. »

LA UEINE L>"eSPAGNE. 331

de Beaujolais, et le fiancé de celle-ci, don Carlos, serait devenu l'époux de mademoiselle de Chartres. « Ayez-y l'œil, écrit M. de Morville : nous n'en voulons pas (1). » Quek[ues jours plus tard, ïessé recevait de nouveaux avis et de nouvelles instructions (2), « sur ce bruit qu'on a lieu de croire de plus en plus fondé. » M. de Morville annonçait l'arrivée à Madrid du chevalier de Conflans, charg'é officiellement de complimenter la reine veuve au nom de son frère, mais dont la mission réelle était de tàter l'opinion au sujet de ce double hyménée. Cependant à San-lldefonso, sans se préoccuper autrement delà maladie de Elisabeth d'Orléans, qui eut une assez forte variole (3), on cherchait les moyens de se priver de sa présence, en forçant sa famille à la recevoir. Elisabeth Farnèse étudia soig^neusement le contrat de mariag*e de sa belle-fille, et elle y lut avec bonheur qu'un des articles portait que, si elledevenait veuve sans postérité, elle aurait le droit, si elle le désirait, de retourner en France. Elle s'empressa d'annoncer sa découverte à Tessé, c(ui se hâta de la communiquer à Versailles, en ajoutant piteusement : « Si cela est, comment s'y opposer? Elle le veut, personne ne veut d'elle, pas même ses domestiques (4). » Mais il avait au moins la satisfaction d'annoncer à M, de Morville qu'il

(1) Dépêche du 18 scptcailirc.

(2) Dépêche du i) octobre.

(3) Elle entrait le H octobre eu conv;descence.

(4) Dépêche du 9 octobre.

n'y avait aucune inquiétude à concevoir au sujet des deux rnaviag^es : « On reg^arde ici la maison d'Orléans comme une ennemie mortelle, se repentant tous les jours des mariag^es faits, etm'ayant dit dix fois qu'on ne les avoit fait que le couteau sur la g'org-e, ayant tout sacrifié pour mettre la couronne de France sur la tête de la petite Infante. Une fois pour toutes, S. A. S. doit être persuadée que la maison d'Orléans n'a ici ni crédit ni considération (i). » Tessé alla plus loin, et, dans une seconde dépêche du môme jour, il dit avec empressement: a Leurs Majestés m'ont pouffé de rire au nez de la nouvelle que je leur débitois comme de moi-même, me jurant qu'on n'en avoit jamais parlé, et qu'il n'en seroit jamais parlé. » En même temps, le roi insistait pour le départ de sa belle-fdle, offrant, ce qui n'était cependant pas dans ses g-oùts, un sacrifice d'arg^ent, et déclarant que « tout séjour lui plaira, sauf en Espagme ; il prononça les noms des villes de Blois, Amboise et Villers-Gotterets. »

L'article du contrat de mariag-e parut indiscutable à Versailles; cependant il ne découragea pas encore complètement le duc de Bourbon, qui, tout en reconnaissant « l'impossibilité de s'opposer absolument au retour » , recommanda encore à notre ambassadeur «de hasarder quelques insinuations «, mais enfin de céder devant une nouvelle insistance, en laissant la jeune reine choisir sa résidence, à l'ex-

il) Di'iirrhc ilii !J octoliro

LA REINE u'ESI'AGNE. 333

cliision (1(3 Montarg'is ou de. Saint-CIoiirl qu'on trouvait trop \wvs (le Paris. « II n'y a ici ni liain(3 ni aversion pour cette princesse, ajoutait M. de Morville, mais son rang" causeroit trop (i'embarras à la cour. En parlant, vous et moi, des châteaux de la maison d'Orléans, c'est sans savoir si ceux à qui ils appartiennent voudront en donner un, car ni la duchesse, ni le duc d'Orhjans ne disent un seul mot là-dessus, etjenesais nicjme s'ils y pensent. J'aimerois Pau ou Toulouse, ce qui faciliteroit le séjour de quelques Ëspag^nols auprès d'elle : ce sera avantag^eux pour elle (1). » En même temps, Morville priait Tessé de chercher un « bon g'uide » pour placer auprès de la reine : (( à son àg'e elle ne peut rien, et elle ne trouvera nulle ressource pour cela dans sa famille, non- seulement parce que cette habitation ne peut être à portée de cette famille, mais encore parce que, soit dit entre nous, ceux qui la composent ne paroissent pas s'en embarrasser beaucoup. » La jeune reine, remise de sa maladie, s'empressa d'écrire à ses beaux-parents pour leur demander sa rentrée en France. « Je vous assure, mande Tessé à M. de Morville, que cette lettre à laquelle je crois qu'ils ne s'attendoien t pas, leur a fait g'rand plaisir (2). »

(1) Dépêche du 24 octobre.

(2) Du "23 octobre. La lettre de la reine est du 21. On lit dans les nn;moires de Tessé que cette démarche ne fut nullement spontanée, mais lut conçue par la crainte île la l'cine de se voir reléi^uée iï Tolède ou ii Valladolid (Tessé, 11, p. 370).

Leduc d'Orléans, renseig'nésurles sentiments de la cour d'Espag-ne à l'ég-ard de sa famille, renonça à ses projets matrimoniaux, et ne charg^ea plus le chevalier de Gonfîans, en l'envoyant à Madrid, que de s'occuper du sort de sa sœur. M. de Morville se hâta d'en prévenir Tessé, en lui faisant savoir que désormais il fallait lui prêter tout le concours possible : il ajoutait cependant que le duc de Bourbon ne consentait pas encore officiellement au retour de la reine (1). Celle-ci était toujours au Buen-Retiro, où elle reçut une réponse très-affectueuse de Philippe V, lui annonçant qu'il ferait une pension annuelle de 150,000 ducats, payable par semestre à dater du 1°' janvier 1725, mais ([u'il ne lui rembourserait pas sa dot, par l'excellente raison qu'il ne l'avait jamais reçue. 11 vint ensuite la voir avec la reine. Tessé s'y présenta ég^alcment. «J'ai trouvé, écrit-il, sa personne fort g-randie, plus nég'lig'ée et plus malpropre que ne le seroit une servante de cabaret. Je me souviens que feu Monseig-neur le Dauphin disoit que dans toutes les descriptions, les princesses étoient si belles, que quand on en approchoit, on ne trouvoit pas que ce fût la même chose. Entre nous, si pareille personne étoit étabhe à un troisième étag-ede la rue Fromenteau ou de la rue des Boucheries, je doute qu'il y eût presse à lui porter son denier (2). »

(1) Dûpècliu du Onovciiiljre.

(2) Du 2 noxcuilirc.

L\ UEINE d'ESI'AGNE, 3ib

Le 20 novembre cependant, le duc de BouHjon, se rendant aux instances de M. de Laulès, andjassadeur d'Espag'ne, consentait à laisser revenir la jeune reine. Il en faisait informer immédiatement Tessé, en lui donnant pour instructions de procurer à la princesse le traitement le plus honorable, et d'obtenir de solides g-aranties à l'ég-ard de sa pension : et il faisait ajouter encore cette sing*ulière restriction : « Tâchez de proîong'er le plus possible le séjour en Espag-ne (1). »

Sur ces entrefaites, le chevalier de Gonfïans arriva à Madrid. Il fut présenté à la jeune reine par Tessé, qui le laissa seul avec elle : « Gomme je commençai à lui rendre compte du sujet de mon voyag"e, écrit-il à la duchesse d'Orléans, elle me dit qu'elle avoit affaire dans son cabinet, me tourna le dos et s'en alla... Elle passe dans le pays pour avoir beaucoup d'esprit naturel et l'àme très-belle (2). » La seconde entrevue fut plus convenable : « Je la priai de ne pas avoir peur de moi : elle fut bien et me pria de revenir quelquefois. » C'est à ce moment que, ne voyant plus aucun moyen d"ajourner davantag'e la rentrée de la reine , le duc de Bourbon consentit, sur la demande de sa mère, à son installation à Vincennes (3); elle aurait souhaité le Luxembourg', mais Tessé reçut

(1) Dépèche du 20 lioveiiibie.

(2) Du 3 déceuibre.

'3) Dépêche du 15 décembre.

Tordre formel « de combatlre toute velléité en ce sens(l) ».

Restait à rég'ler les conditions du départ et l'affaire des g^aranties. 11 fallut batailler et acheter la complaisance des principaux membres du cabinet espag-nol ; le chevalier de Gonflans ledit nettement à la duchesse d'Orléans : « Il faut de l'arg-ent pour avancer ces affaires : 300 pistoles de bijoux et 2,000 pistoles les accéléreront, si V. A. R. jug'e à propos de me les envoyer (2). » C'est probablement ainsi que l'on parvint à obtenir 50,000 pistoles de pension au lieu de 130,000 livres, à laquelle, après les belles promesses précédentes, le g'ouvernement espag-nol s'était arrêté : « L'extrême désir de voir partir la jeune reine, ajoute Tessé, y a beaucoup contribué (3). » Ce désir s'accentuait chaque jour davantag^e : « Le roi et la reine en usent très-noblement pour une personne donl, pour dire les choses comme elles sont, elles n'ont jamais été contentes depuis qu'elle est mariée.- Leurs Majestés la reg^ardent quasi comme la cause^ entre vous et moi, de la mort du roi Louis, par l'incompatibilité manifeste qui étoit entre eux (4). » La pauvre veuve en effet ne g'ag'nait pas dans l'esprit public, et il n'y a pas lieu de s'en étonner, d'après ce piquant portrait tracé par Tessé

(1) Du IS: eu mèuic Icmps ou Iclicitail Tcbsé de &u couiluitc ilaus relie iilTîiire.

(2) l/'llrc (lu o iléecuibre.

(3) Du lojauvier 1723 (vol. 340}.

(4) Tessé, 2i Jauvier.

à PO moment : « Celte jeune et veuve reine est un papier blanc très-mal plié. Je ne saurois assez vous dire combien il paroit que Dieu a bien conduit -madame d'Orléans de l'avoir plutôt placée à Vincennes qu'au ]^uxembourg% dentelle avoiteule dessein. Ce papier blanc mal plié prendra les impressions que l'on lui donnera, mais je crains qu'il ne demeure toujours papier plié sans g'râce. Je répondray quasy qu'il est vierg-e, mais je ne répondray pas que l'indépendance n'excitât la curiosité, et il n'y a que Dieu qui sait où la curiosité peut conduire. Je reste donc persuadé que non-seulement madame d'Orléans aura une g'rande attention pour mettre auprès de la reine, sa fille, des personnag-es de règ'le et de bon exemple, mais en même temps, quelque attention que puisse avoir madame d'Orléans pour madame sa fille qui n'a (jue quinze ans, je dis que cette maison se trouvera en pétaudière, si quelqu'un d'autorité, de fermeté, de savoir-vivre, ne dirige toute cette maison (1). »

Le choix des officiers à placer auprès d'Elisabeth d'Orléans incombait à la France, mais la cour d'Espag-ne y apportait jjeaucoup de mauvaise volonté. Tessé aurait souhaité que M. de Gonflans fût nommé majordome : le roi Phihppe refusa de laisser choisir le duc et la duchesse de Léria comme g-rand maître et g-rande maîtresse, proposant des noms qui faisaient écrire par notre andjassadeur :

(1) Tessé, lo janvier.

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