CHAPITRE IV
La duchesse de Berry etM. de Rions (1). — LeRégeut. — Joie de sa fille. r.jj-k-jElle obtient le Luxembourg. — Rupture avec Madame. — M™* de , , Mouchy très-puissante. — M. de Rions. — Les timbaliers. — Représentation à l'Opéra. — Aventure du jardin du Luxembourg. — On le ferme. — Chansons. — M. de Bonnivet. — Rions amant en titre. — Son portrait. — Son attitude. — La société de la Régence. — Méchanceté des chansonniers. — Talents de la princesse. — La Grange-Chancel. — Le P. Rigler. — Jeu. — Redoublement des prétentions de la princesse.
Immédiatement après la mort du roi, la duchesse de Berry quitta Marly et vint, en attendant les événements, s'installer à Saint-Gloud. L'avènement de son père à la rég-ence fut pour elle une victoire et une joie : elle entrevoyait la possibilité de trôner tout à fait et de g-ouverner absolument à sa g-uise. Sûre de son influence sur son père, elle était certaine de toujours l'emporter sur sa mère et de ne rencontrer nulle part aucune force capable de contre-balancer sa puissance. A ce moment, la prin-
(1) l?eaucoup d'historiens éciivent Riom ; nous avons ci'u devoir adojiter l'orthographe des anciens généalogistes, notamment de La Chesnaye des Bois.
cesse avait ving-t ans accomplis depuis quelques jours, mais son existence lui avait donné une expérience et une corruption bien supérieures à son âg-e. Grande, bien faite, quoique trop g-rasse déjà, elle avait peu d'élég-ance dans la tournure, et son regard révélait assez son caractère. S' exprimant avec beaucoup de facilité, disant toujours ce qu'elle voulait, comme elle le voulait, avec netteté, précision, justesse de termes et originalité : « timide « d'un côté en bag-atelles, hardie d'un autre jusr « qu'à effrayer, haute jusqu'à la folie, basse aussi (( jusqu'à la dernière indécence, il se peut dire qu'à « l'avarice près, elle étoit un modèle de tous les (( vices, qui étoit d'autant plus dang-ereux, qu'on ne « pouvoit pas avoir plus d'art ni plus d'esprit (1). » l^iusse, ég'oïste, volontaire, d'abord profondément irrélig"ieuse , — et nous l'avons vu faire tous ses efforts pour détourner son mari de ses devoirs(2), — et cependant superstitieuse, emportée, elle avait su asservir son père en le traitant avec une hauteur ([ui effrayait et afflig^eait ceux qui les approchaient, et dominer même sa mère qu'elle redoutait un peu plus , par crainte du roi , mais seulement en apparence, et sans que personne put douter de ses sentiments. Douée d'un org-ueil vraiment surhumain auprès duquel , dit Saint-Simon, celui de la duchesse d'Orléans ne se pouvait compter, elle
(1) Saiut-Siinon.
(2) « M'"" do Hei l'y n'est pas ilévuto^ et n'eu joue nullement le l'ùle. » (Lettre de Madame, 8 juin 171!.).)
n'avait trouvé rien d'extraordinairo dans son mariag'e, se considérant comme la seule princesse en Europe d'un rang* assez élevé pour le duc de Berry : aussi conçut-elle une violente aversion à l'ég^ard de toutes les personnes qui avaient pris part aux nég-ociationsde son hymen, et qui étaient comme autant de témoins des difficultés dont son amour-propre souffrait (1).
Le roi avait eu trop souvent à intervenir au sujet de la duchesse de Berry, et était trop au courant de la chronique scandaleuse pour pouvoir estimer la femme de son petit-fîls; riiais, comme je l'ai dit, privé de famille, il s'était rapproché d'elle à la fin de sa vie, presque par nécessité, pour donner un élément jeune à sa cour. Madame de Maintenon ne l'en avait pas dissuadé, désireuse au contraire de se préparer des ménag'ements possibles, en prévision de la rég^ence qu'elle voyait approcher rapidement. La duchesse de Berry protitait de cette apparente faveur sur le fond de laquelle elle ne se faisait aucune illusion, mais qui lui permettait de trôner presque en souveraine : du reste, redoutant ég-alement le roi et madame de Maintenon, elle était très-embarrassée avec eux, jusqu'à le laisser voir en public. La mort du roi l'avait long^temps inquiétée, parce que les intrig*ues qui devaient donner le pouvoir au duc du Maine, et par conséquent
{i) «Dites-moi s'il peut y avoir dans l'enfer un iliaMc pire que cette femme : elle commence à bien marcher sur les tiaces de sa mère. » (Lettre de Madame, 25 février -1719.)
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grandir sa mère, ne pouvaient que lui nuire. Mais du moment où elle sut que son père l'avait emporté, qu'il était rég-ent, et que son oncle était battu jusque dans ses derniers retranchements , sans montrer le moindre souci pour la douleur de la duchesse d'Orléans, elle laissa sa joie brusquement éclater.
Son premier acte fut de demander à son père de lui céder le palais du Luxembourg* pour résidence, et elle en fît immédiatement sortir tous ceux qui y avaient le log^ement, afin d'y mettre sans retard des ouvriers : dès le 23 septembre, elle 'i^'yiiis^ tallait avec sa petite cour (1). Le soir même^ son père vint l'y voir, et pendant quelques jours ce fut pour la princesse un véritable plaisir. Elle y attiH rait le plus qu'elle le pouvait le duc d'Orléans, qui^ y soupa le 30 (2) : elle y multipliait les parties les plus bruyantes, et elle ne pouvait se décider à s'en éloig*ner, même pour un jour ; elle courait en poste^à Saint-Germain et à Saint-Gloud, mais toujours en rentrant le son^ au Luxembourg* (3). ^^Tinrrq
Dès lors la duchesse de Berry prétendit sans con-' trainte au g^ouvernement de la mode et des plaish^s à Paris. Elle délaissa complètement sa mère, mal-^ g-ré les efforts do Madame auprès de laquelle elle avait une certaine influence^ en professant comme elle une profonde aversion contre le duc du Maine,
(1) Journal de Buviit, — Daiifreau.
(2) Daiigcaii.
(■^) Hmaf. 'C.
contre Jes bâtards et leur gTandcur (1). Toute sa confiance était placée en madame de Moucliy, que nous l'avons vu marier l'année précédente, et que Saint-Simon nous peint sous des couleurs bien charg'ées et cependant, paraît-il, nullement exag'érées : « Outre la g^alanterie et la licence de la table, « madame de Moucliy avoit un talent et des ressour- (( ces d'inventions tout entières de la plus horrible « noirceur, une effronterie sans pareille et une avi- « dite d'intérêt à lui faire tout entreprendre, avec (( tout l'esprit, l'art et le manég-e propre à réussir : a toujours un but, et ne disant et ne faisant rien « sans un dessein pour lég'er et indifférent que pa- « rùt ce qu'elle disoit et faisoit. » Madame n'est pas plus bienveillante, comme nous l'avons vu, et tous les contemporains reconnaissent que la marquise deMouchy était une intriguante de la plus triste et de la plus dang'ereuse espèce. Elle avait déjà pour amant un petit cadet de noblesse g^asconne, qui devait bientôt jouer le rôle principal dans la vie de la princesse, le chevalier de, Rions, petit-neveu du célèbre duc de Lauzun. ' '
Le mois qui suivit l'avènement du Rég-ent, la princesse affirma ses prétentions en faisant venir chez elle
(i) Madame écrit cependant le S octobre 1715 : « Je me suis rendue à Saint-Cloud, tandis que la duchesse de Berry étoit ici ; entre nous, je ne veux rien avoir k démêler avec elle; nous ne sympathisons pas ensemble. Je vis poliment avec elle comme avec une étrangère, mais je ne la vois pas souvent et je ne me mêle de rien de ce qu'elle fait, ni de ce quf font sa mère et ses sœurs. Je ne m'occupe que de moi. »
les ducs d'Aumont et de Tresnie, pour s'entendre avec eux sur des affaires de théâtre qui occupaient assez en ce moment le public, et qui relevaient de jç^sj, deux personnag-es, en leur qualité de premiers g-entilshommes de la Chambre (1). Il s'ag-issait de quatre acteurs qu'on trouvait trop faibles, La Chaise, Durand, Clavareau (2) et la Morancourt : elle en décida l'expulsion, malgré les efforts du duc d'Aumont qui protég'eait tout particulièrement le premier de ces artistes. Puis, pour attirer plus de monde chez, elle, elle installa à cette époque un lansque-r j:j|e]t,,aW'Lvixembourg', alternant avec celui qui se tenait chez sa mèr^ liimais elle ne paraissait jamais ià pelui du Palais-Royal, se réservant ce jour-là pour jouer au brelan avec une intimité restreinte qui restait à souper. En même temps elle ag-randissait sa maison^ ïCn la mettant sur un pied dig-ne de la fille aînée du Régnent de France. Elle voulut avoir des officiers pour commander ses g-ardes : son père hésita en présence d'une concession véritablement exorbitante, puisque jamais fille de France n'en avait eu, et que la femme de Louis XIV avait été la
(i)« Elle veut s'en mêler. » Dangeau, 18 octobre 171."). Il paniît du reste que ce n'était pas son début : uu couplet de 1713 dit :
Failcs la cour a monsieur de Bcrry,
A son ('pouse, à iiionsii'iir son beau-père; m;'' , Il
C'est là ([u'il faut s'adresser aujourd'hui :
D'Aumont s'en meurt et Nadal désespère. i
(2) Reçu au Théâtre Français en 1712, lotiré en 171a avec une pension do iJOO livi'es. Collé nous apprend qu'il riiparut sur cette scène dans le rcMc d'Androuir, en 17i)0, et qu'il l'ut très-médiocre. (Méni. II, 10). "
première reine à jouir de ce privilég'e (1). Jl n'était cependant pas capable de résister long-temps à un caprice de la duchesse de Berry ; il céda, mais en accordant le même honneur à Madame. La princesse nomma capitaine le chevalier de la Rochefoucauld-Uoye, qui avait alors succédé à La Haye dans ses faveurs (2). Kions dut à madame de Mouchy la chargée de lieutenant, et celle d'enseig-ne fut donnée au chevalier de Gourtaumer. Elle venait de faire madame de Pons sa dame d'atours, en la remplaçant auprès d'elle par madame de Beauvau ; mais en même temps elle voyait, et probablement sans regret, madame de Saint-Simon s'éloig*ner de plus en plus d'elle. Celle-ci refusa le log-ement qui lui fut offert au Luxembourg*, sous prétexte qu'il n'était pas assez grand pour elle et son mari : ayant été forcée d'accepter une chambre, elle ne la meubla point ; elle n'allait plus chez la princesse que le matin, pour les audiences ou les cérémonies ; elle y paraissait chaque soir au jeu, mais elle n'y soupait presque jamais (3).
La duchesse de Berry affecta de demeurer dans une retraite relativement sévère pour elle à l'occasion de la mort de Louis XIV , et elle fît dire bien
(1) Saint-Simon.
(2) Soulavie, Mém. de Richelieu. Il épousa la fille Je Promli-e, un des plus riches financiers de Paris, prit le titre de marquis de la Rochefoucauld, et mourut à al ans, lieutenant général depuis 1724,
(3) Pendant le court s(\jour de Saint-Cloud, après la mort du roi, M""*^ de Saint-Simon avait dû dcmeuror romplétemeut avec la duchesse.
i54 LES FILLES DU RÉGENT.
haut que de six mois elle n'irait au spectacle (1). Mais une pareille réserve était au-dessus de ses forces, et, dès le 4 janvier 1716, elle se rendit, dans une splendide toilette, au bal de l'Opéra que son père venait d'installer, suivie de « beaucoup de princesses (2) » masquées comme elle. La g'iace était rompue, et rien ne devait plus arrêter ses ébats : nous la voyons suivre ces fêtes nouvelles avec ardeur, aller aux danseurs de corde avec mesdemoiselles de GontietdeCliarolais, «courir le bal dans Paris » avec son père pendant les jours g*ras (3). Elle tint cependant la parole qu'elle avait donnée pour le théâtre, ne considérant sans doute pas les bals de l'Opéra comme des divertissements interdits pendant le deuil. Elle ne parut à la Comédie que le l*^*" mars. lufe
A ce moment elle avait complètement rompu avec sa gTand'mère , dont elle avait eu à subir trop de « romancines » et de conseils : « Elle ne m'a pas parlé depuis la mort du roi, » écrit Madame le 6 janvier
La duchesse de Berry n'avait qu'une idée : usur-' per le rang* d'une reine. Nous avons vu déjà qu'elle avait obtenu des dames, puis des g^ardes, puis des officiers pour cette compag-nie qui n'existait réellement pas, puisqu'elle ne comptait que quatorze g-ardes. Gela ne lui suffisait pas : elle voulait que le puitlic constatât ses triomphes, et (pi'il pût jug-er
(1) Daugeaii.
(2) Ibid.
(3) Ibid. il!'!
par lui-même qu'elle était alors la première princesse de France. Elle exig*ea que le roi vînt la voir au Luxembourg' la seconde fois qu'il sortit des Tuileries, la première visite ayant été pour le Palais- Royal, ce qu'elle ne pouvait empêcher (1). Peu de jours après, elle s'imag^ina de sortir, malg'ré les instantes représentations de madame de Saint-Simon, avec ses g'ardes, précédée de timbaliers sonnant leurs timbales, et de défiler en ce bel éf[uipag'e le long" du quai des Tuileries. Le maréchal de Villeroy s'en plaig-nit vivement au Régnent, qui reconnut que nul n'avait le droit d'avoir des timbaliers dans une ville où résidait le souverain, et, cette fois cependant, il parla si vertement à sa fille, qu'elle renonça sur l'heure à cette bruyante usurpation. Elle était incapable de se tenir pour battue : au moment où elle venait de faire une concession à son père, elle crut qu'elle pourrait plus facilement tenter une nouvelle innovation. C'est alors qu'elle imag*ina l&cé-^^ rémonial avec lequel elle se présenta à la Comédie française. Elle s'y rendit donc, le 1" mars 1716, en g-rande toilette ; un dais avait été préparé au-dessus : de sa log^e; quatre de ses g^ardes étaient en faction sur le théâtre, d'autres dans la salle, et, avant de jouer, un des acteurs vint la harang^uer au nom de ses camarades (2). La surprise du public fut extrême!;?;
(1) Le roi revint la voir le 20 mars.
(2) Saint-Simon. — Voir le Mercure de mars 1716, page 180. Ce fut l'acteur Breteuil qui jiarla.
et l'appréciation de la conduite de la princesse assez sévère pour que depuis elle n'ait jamais osé recomrnèncer : elle se contenta dès lors d'une petite iog-e à l'Opéra, et, ne voulant pas retourner à la Comédie pour ne point paraître renoncer à ses prétentions, elle ne vit plus de représentations de ce g-enre que quand on les joua sur la scène de l'Opéra, ce qui se faisait par complaisance pour Madame. C'est encore à cette période qu'appartient la fâcheuse aventure de la duchesse de Berry et du prince de Conti. Comme elle allait à l'Opéra, toujours précédée de ses g-ardes, ceux-ci arrêtèrent le carrosse du prince de Conti et maltraitèrent son cocher, qui ne voulait pas arrêter ses chevaux. Suivant la stricte étiquette,^ le prince aurait dû laisser passer la princesse, mais les g'ardes auraient alors dû se contenter d'entraver le passag-e sans voies de fait, et la princesse ne devait pas hésiter à leur imposer silence. Le prince de Conti se plaig'nit au théâtre même à M. de la Rochefoucauld-Roye, qui ne sut pas répondre adroitement; il. alla alors au Rëg*ent qui força sa fille à le recevoir. « 11 y vint ; la conversation se passa en pû-^ « blic fort mal à propos, et, pour en dire le vrai, « avec tout son esprit, elle s'en tira fort mal : elle « fit des reproches à ce prince de ne pas s'être (( adressé à elle ; elle voulut accuser le cocher et « excuser le g-arde; puis, voyant qu'elle ne réussis- « soit pas, et que M. le duc d'Orléans vouloit être (( obéi, elle dit à M. le [)rince de Conli que, puis- « qu'il vouloit que ce g-arde allât en prison, il iroit,
(( mais qu'elle le prioit qu'il n'y fut g-uère (1). » Le g-arde en effet ne fît qu'entrer en prison et en sortit, mais du moins l'org-ueil de la princesse fut humille.
Toutes ces tentatives avaient, comme on le voit, échoué successivement, mais elles .n'en avaient pas produit un effet moins fâcheux dans le public, surtout a l'ég'ard du Rég-ent, dont elles constataient de plus en plus la faiblesse envers sa fille. Après l'aven? ture du prince de Gpnti , la princesse affecta de se montrer au théâtre avec mademoiselle de la Ror che-sur-Yon, mesdames de Nevers et de Chàtillon, pour détruire le bruit qui courait, lui attribuant la prétention de ne plus recevoir dans sa log^e que des princesses du sang' et des duchesses. Elle pri^ alors l'habitude d'assister fréquemment aux repré-, sentations de l'Opéra, et elle fît arrang-er, avec une entrée extérieure, la log'e du duc de Villars, située en face de celle son père. En même temps elle chassait dans la forêt de Saint-Germain avec la meute du roi; elle org-anisait des cavalcades au bois de Roulog'ne , où hommes et femmes brig-uaient l'honneur de fîg'urer. Puis un nouveau caprice s'empara d'elle. Elle avait emprunté à son père l'habitude de recevoir tout le monde et d'aller partout sans cérémonie ; elle aimait à entendre ce que le public disait d'elle, et souvent elle parcourait in-
(1) Saint-Simon. — 23 mars. Dangeaa.
cogMiito les jardins de son palais pour y surprendre quelque conversation.
Un soir, se promenant ainsi avec mesdames de la Rochefoucauld, de Mouchy et d'Arpajon, elle s'attira d'un g-roupe de clercs de procureur des insultes assez vives à cause des propos qu'ils lui entendaient tenir , sans savoir quelles étaient ces hardies curieuses : elles voulurent pousser l'aventure en causant avec ces jeunes basochiens , qui en arrivèrent promptement à formuler sans ménag-ements leurs désirs : ils furent même assez audacieux pour que ces dames en fussent réduites à appeler les suisses à leur secours. La princesse résolut d'être la maîtresse chez elle et de pouvoir désormais faire tout ce que bon lui semblerait au Luxembourg* : n'ayant pas dé château, voulant y passer l'été , et par conséquent jouir librement du jardin, elle imag-ina de faire fermer les portes et d'enlever l'ag'rémentde cette promenade au public. Elle fît même murer les g-rilles pour être plus sûre de leur clôture, ne conservant que celle du bas de l'escalier du pavillon central (1) (27 juin 1716). Le public, ne connaissant pas la véritable cause de cette innovation, se plaig-nit vivement, d'autant plus que, pour faire pièce à la duchesse de Berry, le duc de Bourbon s'empressa
(1) Dangeau. — Il ajoute : « Cela afflige fort le quartier et fera baisser les loyers. » Il paraît même que, le pi-emier soir, la princesse fit opérer cette fermeture sans avis préalable, et que plusieurs bourgeois surpris après la grille fermée, durent, malgré leurs instances, y passer la nuit.
LA DUCUESSE DE BEIIRY. 159
(le faire ouvnnr son jardin dans la rue de Condé. On répandit les bruits les plus fâcheux pour expliquer cette mesure; on chanson na :
Si l'ou fait l'crmer les j)ortes Dujiudiu du Luxembourg C'est cette gi'osse joufflotte Qui nous a joué ce tour (i).
La princesse ne se trouvait pas encore assez libre, et en effet les murs épais du Luxembourg* et les ombreux massifs du jardin n'étaient pas encore assez discrets. Elle voulait avoir une habitation aux champs. Elle song-ea d'abord à la Ville - Evrard , puis à la Marche; sa pensée s'arrêta enfin à la Meutte, pavillon de chasse à l'entrée du bois de Boulognie, auquel l'usag-e a donné depuis le nom de la Muette; il appartenait à la charg-e de capitaine des chasses des bois et plaines environnantes et avait été fort soig*neusement aménag*é par M. de Gatelan, qui l'avait ensuite vendu à M. d'Armenonville, et ce dernier y fit des embellissements considérables. M. d'Armenonville , cédant aux prières de sa femme , se refusait absolument à vendre la Muette; mais il fallut se résig-ner devant un ordre formel : il reçut en échang-e le château de Madrid et une rente viag-ère de 10,000 livres payée, bien entendu, par l'Etat (mai 1716) (2). La duchesse n'ad-
(i) Nous ne pouvons achever ce couplet.
(2) Dangeau. — Buvat ajoute que M"""^ d'Armenonville en mourut de chagrin.
mettait pas de retard dans ce qu'elle désirait : les ouvriers furent mis immédiatement à la Muette, et, dès le 13 juin, elle y dîna avec son père (1). Ces réceptions intimes se répétèrent souvent, et, le 2 juillet, elle pendit véritablement la crémaillère en offrant à sa mère un g*rand dîner.
Nous arrivons au point culminant, si l'on peut dire, de la vie déplorablement libre de la duchesse de Berry,au moment où elle brava tout scandale et se donna en spectacle au public sans pudeur ni réserve. Elle avait encore chang-é d'amant : à M. de la Rochefoucauld avait succédé le marquis de Bonnivet, qu'elle avait créé maître de sa g-arde-robe (2). C'était une espèce de chevalier d'industrie, spadassin de son métier, à moitié bâtard, qu'elle présenta à son intimité comme devant lui servir de porte-respect (3). Enfin, n'ayant pas tardé à s'en lasser, tout en lui conservant sa charg-e, elle remarqua le chevalier d'Aydiede Rions, qui depuis près d'un an était, comme nous savons, l'amant de M"' de Mouchy, et depuis six mois cavalcadait auprès de la princesse comme lieutenant de ses g-ardes. Jusqu'alors, en dépit des efforts de M""" de Mouchy qui ne song-eait
(1) Dangeau.
(2) Dangeau nous l'acoute que, le 18 juillet 1716, la princesse suivit la procession de la Fête-Dieu, depuis le reposoir du Luxembourg jusqu'à Suiut-Sulpice : il y eut une querelle entre les archers et sa garde dans buiuelle la RuchetuuciuiM fut blessé à la niaiu : toutes les dames prirent peur; seule, elle demuuia pait'aitement calme et immobile à sa place.
(3) Saint-Simon.
(|ii'à s'emparf3r par lui plus absolument encore de l'esprit de la princesse, celle-ci n'avait pas reg^ardé le chevalier. M"'" de Mouchv saisit l'occasion de la rupture avec Bonnivet; elle parla si bien de Rions, qu'elle fixa l'attention de la duchesse de Berry, laquelle consentit à ce qu'il vînt le lendemain à sa toilette.
Sicaire-Antonin-Armand-Aug'uste-Nicolasd'Aydie, chevalier de Rions, né le 22 septembre 1692, était fils du comte de Benang'es et de Diane de Bautru de Nog*ent, dont la mère était sœur du vieux duc de Lauzun. Bon g^entilhomme, comme on voit, mais sans fortune, il portait obscurément l'épaulette de lieutenant de drag-ons dans sa province. Parent de M"" de Pons, l'une des dames de la duchesse de Berry (1 ), il fut mandé par elle à Paris et il y rencontra presque aussitôt le vent de la faveur en plaisant à la marquise de Mouchy. C'était, au dire de Saint- Simon, «un g-ros g^arçon court, joufflu, pâle, qui avec force bourg^eons ne ressembloit pas mal à un abcès, )) Le portrait tracé par Madame est encore plus fâcheux : « Je ne puis comprendre, dit-elle, qu'on puisse aimer ce drôle : il n'a ni fig-ure ni taille; il a l'air d'un fantôme des eaux, car il est vert et jaune de visag^e : il a la bouche, le nez, les yeux comme un Chinois; on pourroit le prendre plutôt pour un mag-ot que pour un Gascon qu'il est. Il est fat et n'a pas du tout d'esprit : une
(l) Saint-Simon dit qu'ils étaient seulement voisins de campagne,
grosse tête enfermée entre de larg'es épaules : on voit dans ses yeux qu'il n'y voit pas fort bien. En somme, c'est un drôle fort laid; mais on dit qu'il est très-vig-oureux, cela charme toutes les femmes débauchées : aussi la Polignac l'a-t-elle enfermé deux jours avec elle (1). » D'un caractère doux, poli, il était naturellement respectueux, honnête et oblig-eant. Il n'avait que de belles dents, et rien ne pouvait faire supposer qu'il devînt le héros d'une passion aussi violente et aussi constante. Cette faveur fut, si l'on peut dire, véritablement foudroyante. On a raconté que la duchesse de Berry avait fait marché avec M""^ de Moucliy pour que cette dernière lui cédât son amant (2) : il y a erreur complète; la princesse aima réellement Rions, sans avoir à l'acheter à personne, mais, lui, se laissa guider par la femme intrigante qui g'ouvernait réellement le Luxembourg*, et par elle il apprit à dominer et à diriger aveuglément la princesse. Du jour au lendemain, la faveur du chevalier fut complète et il est facile d'en dater exactement le commencement, en constatant qu'il échang-ea sa modeste lieutenance des gardes de la duchesse du Berry contre le régiment de Soissonnais, qu'elle paya 30,000 livres, le 29 juillet (3). 11 se montra aimable pour tous les hôtes du Luxembourg*, simple, mo-
(1) On trouvera d'amples détails sur Rions, dans le tome III de la Galerie de Vancienne cour (1780).
' (2) Duclos. — Madame répète souvent cette accusation.
(3) Dangeau.
deste; mais, bien renseig-né sur le caractère de la fille aînée du Rég"ent, instruit évidemment par le ducdeLauzun, il prit avec elle les allures de son gTand-oncle envers Mademoiselle. Elle ne trouvait jamais le moyen de lui témoig-ner assez son attachement : elle le comblait de superbes dentelles, de riches habits, de pierreries, de joyaux de toutes sortes, d'arg^ent, cela est presque inutile à ajouter. Il recevait tout cela avec hauteur, cherchant à exciter la jalousie de la princesse, feigniant lui-même d'être jaloux, se faisant désirer, retardant volontairement les rendez-vous. Il la g'rondait à chaque instant, la faisait pleurer; il la maltraitait même: bref il la dompta, et jamais cette femme org*ueilleuse et superbe n'osa se plaindre. Tout au contraire, elle cédait à tous ses caprices qu'il multipliait sans pitié (1). Était-elle prête à se rendre à rOpéra, il la faisait rester au Luxembourg' ; une autre fois il la contraig'nait d'y venir; il la forçait à accueillir des g^ens qu'elle haïssait^ des femmes dont elle se sentait jalouse, à rompre avec ses intimes. Il se plaisait encore à la faire décoiffer ou chang'er de toilette quand elle était habillée, et cela arriva si souvent qu'elle se résig'na à lui faire de-
(i) Les chansonniers ne se turent pas en si belle occasion. Il existe une chanson dont nous ne pouvons citer que le premier couplet :
Betry, que vetix-tu faire Du ce peiît l\ioni, boudrillon?
Chacun dit en colère :
Ce n'est qu'un avorton, boudrillon, Petit boudrillon don don.
mander tous les matins ses ordres à ce sujet comme sur l'emploi de ses journées. Il n'osait cependant briser avec le duc d'Orléans, préférant se servir sur lui du crédit de sa fille.
Nous arrivons à l'époque la plus triste du dixhuitième siècle, à celle qui est résumée par ce seul mot: la Rég*ence, dont en réalité les deux héros, les deux personnifications, sont le duc d'Orléans et la duchesse de Berry. Tous deux continuaient à demeurer ensemble le meilleur de leur temps. Le Rég-ent passait d'ordinaire ses après-dîners au Luxembourg-, il y restait souvent à souper, et emmenait alors sa fille au Palais-Royal; c'étaient toujours les mêmes convives, ces fameux roués qui avaient nom Brog'lie , qu'on appelait Brong'lion, Brancas et Ganillac, l'un la caillette g'aie , l'autre la caillette triste , le beau Farg-ès, la Fare, d'Eftîat, Noce, Braquemardus de la chronique de Papyrius, puis souvent M"" de Parabère, que le Rég-ent appelait son « petit corbeau noir » quand il était au premier verre de champag'ne, et son « g'ig'ot » au dernier; la duchesse de Gesvres qui, en marg'e du prog*ramme des fêtes de janvier 1721, écrivait : « Beaucoup boire; » M"'" d'Avernes, M'"" de Sabran : puis quelques lettrés, philosophes, poètes ou auteurs dramatiques, parfois des filles d'opéra, Emilie Souris, la petite Leroy; parfois encore, le Régnent y amenait des masques des bals de l'Opéra. Ces soupers étaient de bruyantes débauches dans lescjuelles la duchesse de Berry tenait la première place : elle aima
toujours passionnément le vin. Nous l'avons vuo, presque au lendemain de son mariag^e, s'enivrer devant la duchesse de Bourg-og^ie qui ne savait (pie faire d'elle; nous savons que la duchesse d'All)i'et mourut jeune des excès de ce g-enre qu'elle commit pour lui plaire (1). Elle était la première alors à participer aux représentations cyniques qu'on improvisait au dessert : les Mémoires contemporains nous ont conservé la description du Jugement de Paris, représenté d'après les has-reliefs antiques avec un réalisme ahsolu, par Junon-Parahère, Vénus- Berry et Minerve-d'Avernes. Ces scènes se renouvelaient aussi hien au Luxemhourg* qu'au Palais- Royal, et l'on comprend dès lors pourquoi celle princesse avait tenu à en fermer les portes. Le vin de Ghampagiie, que le duc d'Orléans seul prisait, rendait ces orgnes encore plus ardentes ; le vin (( émoustillant » donnait plus de verve aux paroles, plus de liherté aux g-estes : les modes s'y prêtaient complaisamment. La tête frisée et poudrée, le corset échancré à l'excès, l'extrémité du pied jouant dans une mule, et, pour rohe, cette étoffe impalpable de l'Inde, qui sert de papier aux manuscrits orientaux, telles furent les conditions que la Rég-ence appela la première «un nég']ig"é ». Le masque aug^mentait encore cette licence en enlevant aux femmes jusqu'à la dernière velléité de pudeur.
(1) Buvat. — « On dit qu'elle mourut par complaisances qu'elle avoit eues à boire quantité de liqueurs avec la Berry. » (28 février 1717.)
« On buvoit, dit Saint-Simon qui n'assista jamais à aucun de ces soupers dont il g-émissait en vain; on s'échauffoit, on disoit des ordures à g-org-e déployée et des impiétés à qui mieux mieux. » La Grang"e-Ghancel écrit :
Dans ces saturnales augustes.
Mettez au rang de vos égaux Et Tos gardes les plus robustes.
Et vos esclaves les plus beaux.
Que la faveur ni la puissance, La fortune ni la naissance.
Ne puisse remporter le prix; Mais que sur tout autre préside Quiconque a la vigueur d'Alcide Sous un visage de Paris.
Un ton d'ég'alité absolue rég-nait en effet parmi les convives ; les laquais étaient sévèrement exclus et Ton se servait soi-même une fois la table dressée. La conversation alors prenait son essor, et, comme dit Saint-Simon, les « g*ueulées » volaient dans l'air : c'était dans ce g-enre surtout que Noce excellait : « Quant à Brog*lie, écrit Madame, M"" de Berry m'a dit que ses plaisanteries consistent à dire g-rossièrement les plus g-randes ordures. » Soulavie assure que souvent on éteig'nait les boug"ies, et que le duc d'Orléans, fort curieux de caractère, plaçant des flambeaux allumés dans une armoire disposée à cet efflet, en ouvrit ime fois les deux battants « et dévoila de la sorte en un instant de g-rands secrets à la compag'nic (1). » Du reste,
(1) Mémoires de Richelieu, édit. Barrière, t. I, p. o5.
nous ne pouvons mieux comploter ce triste tableau qu'en citant le passag'e de Saint-Simon sur ces soupers : « Toujours en compag^nic fort étrangle, les maîtresses du Rég-ent, quelquefois une fille d'Opéra, souvent M"'*^ la duchesse de Berry et une douzaine d'hommes, tantôt les uns, tantôt les autres, que, sans façon, il ne nommait jamais que sesrow^.ç. C'étaient Brog-lie, Noce, quatre ou cinq officiers non des premiers : Brancas, Biron, Ganillac, quelques jeunes g-ens de traverse et quelques dames de moyenne vertu, mais du monde ; quelques g-ens, obscurs encore, sans nom, brillant par leur esprit ou par leur débauche. La chère exquise s'apprôtoit dans des endroits faits exprès, de plain-pied, dont les ustensiles étoient d'arg'cnt; eux-mêmes mettoient souvent la main à l'œuvre de leurs cuisiniers. G'étoient en ces séances où chacun étoit repassé, les ministres et les familiers tout au moins comme les autres, avec une liberté qui étoit licence effrénée; les g^alanteries passées et présentes de la cour et de la ville, sans ménag*ements ; les vieux contes, les disputes, les plaisanteries, les ridicules, rien ni personne n'étoit épargnié. Quand on avoit fait bien du bruit, et qu'on étoit bien ivre, on s'alloit coucher, et on recommençoit le lendemain. Du moment que l'heure venoit de l'arrivée des soupeurs, tout étoit tellement barricadé au dehors que, quelque affaire qui put survenir, il étoit inutile de tâcher de percer jusqu'au Rég'ent. Je ne dis pas seulement des affaires particulières^ mais de celles
qui auroient lo plus dang-ereusement intéressé l'État ou sa personne, et cette clôture duroit jusqu'au lendemain matin. »
C'est dans le recueil de Maurepas qu'il faut aller chercher des détails sur la société de la Rég^ence. Les chansonniers y célèhrent les heautés qui fig^urèrent dans ces fêtes et ces org*ies, et l'un d'eux a su donner aux principales d'entre elles des surnoms qui facilitaient leur classement. M"'" de Villefranche y devient sainte Facile, M""" de Parabère sainte Nitouche , M""' de Gourcillon sainte Modeste, la maréchale d'Estrées sainte Contente, M"" de Gacé sainte Fring*ante, M"" de Castelnau sainte Eveillée; la princesse de Rohan sainte Accroupie, M"" de la Vrillière sainte Fidèle, M"'= de Jonzac sainte Fillette, M"" de Chevillart sainte Finette, M""" d'Armag'nac sainte Pleureuse; quant à la duchesse de Berry, nous citerons ce couplet (1) :
Sainte Commode Se prête à nos besoins.
Et s'accommode Sur le plus ou le moins:
Chez elle point de rang; Le petit et le grand, Chacun \it à sa mode, Ce qui fait aimer tant
Sainte Commode (1).
Ailleurs, un autre malicieux pamphlétaire s'amuse il dresser le livre des adresses de ces dames. M""" de
(1) Maurepas, manuscrit, t. XIV.
DUCHESSE PE 11EUUY. 169
Berrv lo^'oail au Puits-d'Amour, M"' de la Roclie-sur- Yon, à la Picarde, rue des Bons-Enfants; la princesse de Gonti, au Poupart, rue des Sino^es; M"" de Lambesc , à la Bavaroise, rue Froidmanteau ; M"" do Polig'nac, au Cœur- Volant, rue Perdue; M'"' de Jonzac, à la Savonnette, rue Gonti; M'"" de Yillefrancbe, à la Belle-Imag*e, rue de Béthisy; M'" de Montbrun, à la Pucelle d'Orléans, rue des Rats; la ducbesse d'Albret, au Bien-Venu, rue delà Hucbette; M"" de Nesles, à la Grivoise, rue du Hasard ; M"'" de Monasterol, à la Guimbarde, rue du Puits-d'Amour; M"' de la Trémoille, au Menton de Galocbe, rue del'Écbaudé; M'"" de GacéàlaGuing'uette, rue de l'Ég-out ; M™' de la Vrillière, à la Petite-Vertu, rue Gracieuse; M""' de Duras, à la Boule- Blancbe, rue Patinée; M™" de Roye, à la Guenon, rue Vide-Gousset (1).
G'est au milieu de cette société que vivait et rég-nait la duchesse de Berry, toujours ég-alement influente sur son père dont la faiblesse même semblait s'accroître, imposant sa volonté, ses caprices à tout le monde, mais secrètement g-ouvernée par M™° de Moucby, et complètement dominée par Rions. Le duc d'Orléans supportait avec peine les violences de ce dernier, qui ne dissimulait nullement et laissait facilement, j'ajouterai même volontiers, le public assister presque à ces humiliantes scènes. Quand le prince arrivait au Luxembourg*,
(1) Maurepas, tome XIII.
le plus ordinairement il trouvait sa fîHe en larmes, et il lui fallait tout d'abord la consoler : plus d'une fois il menaça l'impertinent g'entilhomme, qu'il détestait profondément, de le faire jeter par une des fenêtres du palais; mais alors la duchesse de Berry intervenait, elle séchait ses larmes, oubliait sa misère, et déclarait que si on touchait à son amant, elle se donnerait la mort. Le Rég-ent, qui la savait capable de tenir parole, haussait les épaules et se résig'nait.
Cette attitude du Rég'cnt dément victorieusement à mon sens toutes les attaques portées contre ce prince au sujet de sa fille. Quelque délicate que soit cette question , quelque pénible qu'il soit de fouiller ces immondes accusations, il faut cependant les aborder pour les réduire à leur juste valeur et montrer l'infamie de leurs auteurs. Ce sera toujours une satisfaction de pouvoir affirmer qu'au moins le père et la fille , au milieu de leurs écarts, n'eurent pas encore un épouvantable crime à se reprocher.
L'affection excessive du duc d'Orléans pour M"" de Chartres éveilla de bonne heure la malveillance, et nous avons déjà dit la cause toute paternelle, au contraire, qui rendit de la part du duc d'Orléans ce sentiment plus vif. Il ne paraît pas en avoir été de môme du côté de la princesse, qui, jusqu'à M. de Rions, n'aima rien qu'elle, son caprice et sa volonté. Toujours est-il qu'avant le mariag-e, ces bruits prirent assez de consistance, par la mé-
chante habileté des duchesses du Maine et de Bourbon, pour que dans l'intimité du Palais-Royal on souhaitât une prompte conclusion. Saint-Simon nous a raconté que M"'" de la Fontaine-Martel lui en parla confîdemment en lui donnant des détails qui lui firent « dresser les cheveux sur la tête » . Le duc d'Orléans ayant continué à voir aussi assidûment sa fille après son mariag*e, et celleci ayant laissé paraître sans mystère à la cour le pouvoir vraiment illimité qu'elle exerçait sur son père, ces bruits redoublèrent au point de revenir aux oreilles du duc de Berry et de forcer le duc de Saint-Simon à en parler ouvertement au Rég'cnt; la duchesse d'Orléans était au courant sans paraître autrement s'en émouvoir. Ce prince ne savait, en effet, conserver aucune mesure : dépourvu de tout sens moral, il se conduisait avec sa fille comme avec les femmes perdues dont il faisait sa seule société : « 11 avoit eu pour elle dès sa naissance, dit M"" de Gaylus, une amitié sing*ulière, et, à mesure qu'elle avançoit en âg-e, il lui confioit ses g'oûts et la rendoit témoin de toutes ses actions. Elle le voyoit avec ses maîtresses; il la faisoit souvent venir en tiers avec M"^ d'Arg*enton et lui (1); et, comme il avoit le g'oût de la peinture, il peig'noit lui-même sa fille presque nue. » Il passait des journées avec elle, et plus d'une fois ils s'enivrèrent malheureusement ensemble. C'est
(l) La princesse avait alors vingt et un ans.
alors que la cabale de la duchesse de Bourbon, déconcertée un moment , reprit courag^e et recommença à répandre ces infâmes bruits qui faisaient leur chemin dans la foule, où ils étaient accueillis avec curiosité et faveur, comme une veng'eance des saturnales auxquelles on la faisait assister malg'ré elle. Une fois lancées dans le public, ces accusations ne pouvaient que s'accroître et s'envenimer. Les chansonniers se mirent de la partie, et c'est dans ces tristes années qu'on vit éclore de nombreux couplets qui ne peuvent être cités, par respect pour le lecteur : les uns à cause de leur crudité , les autres à cause de leur platitude. L'interminable Noël de 1717 en contient deux qui dépassent toutes les hardiesses.
Voltaire lui-même fut accusé d'avoir commis ces abominables vers dont je ne puis citer que les trois derniers :
Mère des Moabites,
Faites encore sortir de \ous
Un peuple d'Ammonites'.
Arouet, suivant sa coutume, désavoua ce méchant couplet qui pouvait le mener à la Bastille, par un autre que nous indiquons seulement ici, sans pouvoir même y emprunter une lig'ne.
La Grang'c-Chancel se charg*ea de résumer tous
{\) Ces vers datent de 1710 ou 1720.
ces bi'uits dans une strophe de ses laineuses P/iilippiqiœs :
Toi, (]iii joins au nœud qui vous lio
Des nœuils dont tu n'as point d'ollVoi,
Ni Messaline ni Julie
Ne sont rien auprès de toi.
De ton père amante et rivale.
Avec une teneur égale.
Tu poursuis les mêmes plaisirs,
Et, toujours plus insatiable.
Quand le nombre même t'accable,
II n'assouvit point tes désirs (1).
Les earicalures n'étaient pas oubliées, et l'auteur de la Vie privée de Louis XY nous en décrit une : « Le Régnent y folâtre avec sa fille, baisant ces belles mains qui l'avaient séduit; » elle les lui met sur les yeux, pour qu'il ne puisse pas voir Rions derrière elle et « très-entreprenant » ; au fond Dubois rit; pourlég'ende: « Regens stidtas^ abbasridet^ rideamus qiioque. » Mais le plus abominable pamphlet à ce sujet fut celui intitulé : « Prosopopée sur le Régnent, la duchesse de Berry et le cardinal Dubois. » C'est une espèce de comédie en trois actes, excessivement libre. L'auteur débute en mettant en scène Pluton qui avoue aux trois jug'es infernaux son amour pour la duchesse de Berry :
• Je ne crains point de m'expliquer. Mais je redoute de risquer S'il faut que je l'approche,
(1) Toute l'ode III est consacrée à l'intimité incestueuse du duc d'Orléans avec sa fille : nous aimons mieux y renvoyer le lecteur que de nous arrêter plus longtemps. Le poète y a donné libre cours aux plus cyniques exagérations.
MINOS
Hé bien?
PLUTON
Quelque chaude auicroche.
Vous m'entendez bien.
RADAMANTHE.
Quelle est donc cette maîtresse Dont ■vous craignez l'action?
Seroit-ce pas quelque Lucrèce,
Elève de la Fillon ?
Pour le mirliton, mirliton, mirlitaine.
Pour le mirliton, don don ?
Expliquez-vous sans hésiter.
PLUTON
Hé bien, je vais vous contenter.
MINOS
Est-elle d'un sang?
RADAMANTHE,
Est-elle d'un sang ?
PLUTON
Est-elle du sang de France, Son père y tient depuis huit ans Une auguste régence, Lon la.
RADAMANTHE (ricanant).
Une auguste régence?
MINOS
Que dites-vous? C'est la Berry, Aimée mille fois par Rizzy (sic), Pur Rochefoucauld, par Falvère, Par ses pages et ses laquais.
Même à leur défaut, par son père.
Et ses gardes les plus épais.
RADAMANTHE.
Oubliez cette ...
Pour certain.
PLUTON
Hélas ! je ne puis le faire..;
Arrive Caron qui annonce un étrangler offrant de payer d'une manière nouvelle son passag-e du Styx.
Il veut m'offrir des billets.
Et dit que l'or lui manque.
Mais ici tous nos sujets Ne veulent plus de billets.
De banque, de banque...
Il ressemble à Cerbère, Et porte sur sou front L'inceste, l'adultère.
Le fer et le poison.
Je reconnais mon père:
Ce sont là tous ses traits, Son plus beau caractère Et ses moindres forfaits.
Proserpine, irritée de l'amour de son époux pour la princesse, s'écrie :
Non, Messaline ni Julie
N'en firent tant pendant leur vie
Que Berry dont les appas Furent le rebut des goujats.
La pièce finit par la description des supplices auxquels furent condamnés les trois coupables. Nous renverrons le lecteur au poëme pour les initier à celui qui fut infligée à la duchesse de Berry. Pluton décida qu'il fallait g'arotter
Cet insatiable régent
Avec des chaînes d'argent.
Dé feu et de poison brûlantes (1).
(1) 11 existe un exemplaire illustré de ce manuscrit dans le cabinet de M. BourdilloD ; Brunet le cite dans son édition de la Correspondance de Madame.
11 faut encore citer la « Chronique véritable du preux chevalier don Philippus d'AuréUe (1)» dans laquelle quelques chapitres sont consacrés au régnent et à sa lille, notamment celui intitulé : « Gomment la dame de Biturg-ie choisit pour sa g^arde cinquante monstres appelés Mirbalais » ; l'histoire du prince Papyrius, surnommé Pille-Arg'cnt, g'ouverneur des Francs sots (2); » les a Aventures de Pompilius, chevalier romain, « écrites par l'abbé Le Prévôt, dans lesquelles le duc d'Orléans est attaqué au sujet de l'abbesse de Ghelles ; « la Chronicque du chevalier Sotermelec (3). » Ces accusations ont été soutenues et répandues dans les Mémoires de Maurepas^ par les auteurs de la Vie privée de Louis X\\ de la \ie privée de Richelieu , et des Mélanges de Bois- Jourdain. Mais aucun auteur sérieux et dig'ne de ce nom n'y a attaché d'autre importance que pour déplorer l'aveug^lement d'un père sachant qu'il compromettait odieusement sa fille aux yeux d'un public avide de scandale, en s'obstinant à conserver une attitudcég-oïsteetcoupable. Tous deux connaissaient parfaitement l'opinion du public; nous en trouvons la preuve dans une curieuse lettre de Madame (4) : (( Le 4, M"^^ de Berry pria son père de venir coucher
(i) Recueil Maurepas, tome XIV.
(2) Citée par 1). Lelong, u" 24^5Go, et publiée par M. Peignot, dans son Pircia de la maison d'Orléans.
(3) Où se trouve ce chapitre : « Comment Jiilie^ liUe île Sotermelec, avoit force laboureurs. »
(4) Lettie ilu 7 octobre 1718.
« à Ja Muctlo pour la fùLc des Vendang'eurs le lende- « main. Lo duc lui écrivit en lui demandant com- « ment la dévotion des Carmélites- sera édifiée de u voir son père coucher une nuit dans sa maison. ft M'^^de Berry répondit qu'elle n'avoit jamais ouï <( dire qu'il fût contre la dévotion qu'un père cou- « chat dans la maison de sa fille, et qu'elle ig^noroit « qu il y eût en cela aucun scandale. »
La fausseté de ces accusations ressort d'ailleurs de la correspondance de Madame si impitoyahlement véridique, des récits de Saint-Simon, des désaveux de Voltaire, mais surtout, à nos yeux, de la liherté exag*érée dans laquelle malheureusemenl le Rég-ent et la duchesse de Berry vivaient l'un envers l'autre. Gomment le Régnent aurait-il supporté la vie de déhauclie de sa fille? comment aurait-il assisté aux scènes que lui inflig^eait M. de Rions? D'un autre côté comment la princesse, avec le caractère que nous lui connaissons, aurait-elle admis les caprices de son père? Gomment aurait-elle consenti à devenir la complaisante de ses amours, fait prouvé irréfrag^ablement par ce passag-e d'une lettre de Madame : « Il y a une fille qui favorise les débauches « de son père ; elle n'a pas honte de lui procurerune « jolie femme de chambre ; la mère voit et laisse faire « afin que de son côté on la laisse tranquille (1). » De tels faits nous semblent combattre tristement, mais victorieusement, les infâmes bruits qui circu-
(1) Lettre du 10 mars 1718.
lèrent sur le Rég'ent et sur sa fille, bruits qui, nous l'avons dit, ont pris naissance dans la coterie de la duchesse de Bourbon , inconsolable et humiliée de l'échec de sa fille^ et ont été développés parles chansonniers et les sottisiers du temps. La corruption des mœurs de ces deux personnag-es est assez g-rande sans y ajouter des couleurs horribles. Lemontey, dans son Histoire de la Régence, dit : « Je sais que des « accusations terribles pèsent sur la mémoire de la « duchesse de Berry, de cette jeune insensée qui se « montra aussi despotique dans son faste que popu- (( laire dans ses amours. Mais chez une nation lé- « g*ère, l'esprit, les g-râces et surtout la mort préma- « turée de cette princesse, ont presque désarmé ses (( jug-es, et je ne serai pas plus sévère que les con- « temporains qui, contents de chanter ses folies, ou^ « blièrent ses crimes. » Sans aller aussi loin que l'auteur des Mémoires sur la Régence qui s'écrie : « On doit a avouer que la vertu et la beauté de la duchesse de (( Berry étaient ég-ales, et j'avoue que je ne puis « faire son élog-e, tel que je le souhaiterais, et tel « qu^il devrait être ; » Lemontey est cependant trop g*énéreux ou trop nég'lig'ent. Les lecteurs jug-eront maintenant en pleine connaissance de cause, et nous approuveront certainement de n'avoir pas reculé devant cette triste enquête de laquelle il résulte incontestablement à nos yeux que si le duc d'Orléans et sa fille ont pu étonner la société par leurs scandaleuses débauches, ils n'ont pas eu à l'afflig-er par d'incestueux crimes.
La duchesse de Berry ne connaissait plus alors aucun frein à ses g-oûts de luxe et de domination; elle courait les bals, elle assistait à celui donné par l'ambassadeur de Portuy^al pour célébrer la naissance de l'héritier de cette couronne ( 1 ) , à celui org-anisé en son honneur avec un luxe inouï, à Issy, chez la princesse douairière de Gonli (2). Elle jouait avec une véritable frénésie jusqu'à perdre 180,000 livres d'un coup de carte. Elle allait souvent au Cours dans un merveilleux carrosse dont les ressorts étaient dorés entièrement et les harnais tout brodés en or. Elle chassait avec furie. « Je taquine souvent M'"«= de Berry, écrit « Madame (3), et je lui dis qu'elle se fig'ure qu'elle « aime la chasse, mais qu'au fond elle aime seu- (( lement à chang'er de place; elle ne se soucie que « de la fin de la chasse, et elle aime mieux aller « au sang*lier qu'au cerf, parce qu'elle y trouve « l'occasion de mang'er de bon boudin et des sauce cisses. Elle se divertit tant qu'elle peut : un jour « elle chasse, un autre elle se promène, un troi- « sième elle va à la foire; quelquefois elle se rend « aux danseurs de corde ou bien à la comédie et « parfois à l'Opéra, mais toujours en corps et en (( écharpe. » Elle n'admettait aucun obstacle à cette vie de plaisirs et elle supportait avec impatience les
(1) Le 18 juin 171(3. — BuTat.
(2) DangeaUj 29 juin.
(3) Le 28 octobre 1716. .
180 LES FILLES LU RÉtiEiNT.
deuils. Les marchands d'étoffes en profitèrent et s'adressèrent à, elle pour obtenir du Régnent la réduction de leur durée, ce qu'elle s'empressa de demander, et, naturellement, ce qu'elle obtint.
A cette époque la duchesse de Berry affectait une gTande amitié pour sa g'rand'mère. « Si elle n'étoit « pas ma petite -fdle, écrit finement Madame, j'au- « rois toutes les raisons du monde d'être contente ce d'elle, car elle vit fort poliment avec moi; je neveux « pas en dire davantag'e(l).» La vieille princesse, ayant trop clairement constaté l'inutilité de ses efforts, ne s'occupait plus alors de la morig-éner: « Elle « est entourée de g-ens qui lui en imposent, l'abu- « sent. Je ne dis plus rien; elle a beaucoup d'esprit, (( mais depuis l'âg-e de huit ans son père lui a laissé (( suivre toutes ses volontés, et il n'est pas étonnant (( si elle est comme un cheval échappé (2). » Ses qualités réelles lui rendaient faciles ses tentatives pour plaire : « Quand elle veut séduire, il faut qu'elle « parle; elle a une éloquence toute naturelle (3). » Elle était excellente musicienne, elle chantait avec talent; elle était solidement instruite et avait, nous l'avons dit déjà, beaucoup d'orig'inalité dans l'espi'it. Elle détestait la danse qu'elle n'avait jamais voulu apprendre (4). Mais la vie qu'elle menait, vie de fatig-ues de toutes sortes, de veilles, de mouve-
(1) 1)1125 septembre 17J0.
(2) iO mai.
(3) Ibid. 13 novembre.
(4) Lettre de Madame, 28 juillet 1710.
LA T1UCHESSE DE liERRY. 181
ment incessanl, ne l'embellissait pas. Elle en^ji^raissaiteonsidérablemenl; son teintétait trop fortement eoloré en dépit des saig-nées auxquelles elle recourait souvent pour y remédier (1 ) ; elle aug'mentait encore ce défaut physique en mettant du roug^e pour cacher les traces de petite vérole qui avaient marqué ses joues (2). Du reste, elle faisa'it bon marché de ses imperfections, et riait elle-même de son visag^e et de sa taille (3).
Au lieu de se faire saignier fréquemment la duchesse de Berry aurait dû surveiller son intempérance à table. Nous avons déjà parlé de son g^oût pour le vin qui se traduisit par des excès vraiment honteux , auxquels, par une inqualifiable complaisance, s'abandonnaient quelques-unes des femmes de son intimité. Sa gTand'mère, sans y aller par quatre chemins, explique la plupart de ses maladies par sa g-ourmandise : « Il est impossible de se bien (( porter avec son affreuse g^loutonnerie. Chaque soir « elle se met à table à huit ou neuf heures et elle « mang'ejusqu'à troisheures du matin (4). «Quelques jours après la vieille Palatine est bien plus explicite : (( Sa maladie vient d'avoir trop bu d'eau-de-vie et « d'avoir énormément mang'é; dès qu'elle est un peu
(1) Lettre de Madame, 28 juillet 1710.
(2) Ibid. 24 novembre 17 sei^tcmlire 1717 Madame écrivait : « Elle a la chair ferme, ses joues sont dures comme delà pierre. »
(3) Ibid. Le 17 novembre 1717 Madame ajoute : « Mais clic a delicllcs chairs et beaucoup de fraîcheur. »
(4) Ibid. 2avrill71ft.
0 mieux, elle se remet à boire et à faire de nouveaux « excès, et elle éprouve une rechute {i^. » Elle ne maugréait presque pas au dîner à cause de l'habitude qu'elle avait de se faire apporter à son réveil, toujours très-tardif, « toute espèce de choses à <( mang-er » : elle se levait à peine à midi pour se mettre à table à deux heures et y rester jusqu'à trois. Elle rentrait alors dans ses appartements pour s'étendre sur une chaise long-ue et se faisait servir, à quatre heures^ des fruits, de la crème , de la salade ou autres plats de ce g-enre. Le souper venait comme nous l'avons dit vers neuf ou dix heures , et elle ne se couchait jamais avant deux heures du matin (2). Sa paresse n'avait d'ég-ale que celle de sa mère, et comme elle, elle avait horreur de tout exercice : elle était à peine habillée pour le dîner. Madame se montrait plus exig-eante et n'admettait pas qu'elle parût chez elle sans « corps >k Un jour, le « corps » ayant été ég^aré, il fallut bon g-ré mal g-ré le retrouver, et la duchesse de Berry ne put venir au dîner de la Palatine qu'au second service (3). Madame nous raconte qu'une autre fois sa petite-fille était venue le soir chez elle, du vivant de Louis XIV, en déshabillé, se disposant à se rendre aux Tuileries. Elle voulut l'en dissuader: «Non, rien ne peut vous excu- (( ser, vous pouvez bien vous habiller le peu souvent
(1) Lettre de Madame, 15 avril.
(2) Ibid., 18 novembre 4717: Madame dit encore : «Elle boit de l'eaude-vic la plus forte. »
(.3) Jbid. 7 juillet 1718.
« que vous allez chez le roi, puisque moi qui suis « votre gTand'mère je m'habille tous les jours; di- « tes naturellement que c'est la paresse qui vous a empêche de vous habiller, ce qui ne convient ni (( à votre âg*e ni à votre rang*. Une princesse doit « être vêtue en princesse et une soubrette en sou- « brette. — Elle n'écouta pas de réplique ; piquée, (( elle fît la révérence et partit. »
La correspondance de la Palatine est remplie de preuves à l'appui de l'incroyable g-ourmandise de la duchesse de Berry. a M™^ de Berry vint dîner a hier avec moi, écrit-elle le 28 juillet 1718, et resta a toute la soirée. J'ai à remercier M. Harling* pour « deux excellents boudins qu'il m'avoit envoyés. « M"^^ de Berry les a trouvés si bons qu'elle en a em- (( porté ce qui en restoit. » On comprend, après avoir pris connaissance de ces tristes détails, à quels excès la duchesse de Berry pouvait s'abandonner dans ces org-ies où, vaincue par le vin, emportée par la passion, elle ne connaissait plus aucun frein. La Grang'e-Chancel, dans sa fameuse ode, en parle en termes assez clairs. Ces orgnes déplorables alternaient entre le Luxembourg^ la Muette et le Palais- Boyal, et autorisaient le public à croire à tout ce que les chansonniers racontaient avec une complète licence. Un incident bien plus grave allait d'ailleurs éveiller davantag^e Tattention et donner une nouvelle force aux accusations dont nous espérons avoir fait justice.
Voltaire détestait le Rég-ent, et, trop jeune encore
iM LES FILLES DU RÉGENT.
pour être prudent, il rima, comme nous l'avons dit, deux pièces de vers dans lesquelles le duc d'Orléans et sa fille étaient odieusement maltraités (1). Ces pièces se répandirent rapidement, et, dès qu'elles eurent fait un peu de bruit, nous avons vu leur auteur , suivant la triste tactique qu'il observa toujours, se hâter de les désavouer (2). Le Régnent ne voulut pas sévir de façon à aug-menter le scandale ; il se contenta de faire prévenir le poète imprudent qu'il eût à quitter Paris pendant quelque temps (5 mai 1716). Voltaire se rendit à Sully-sur-Loire où il passa joyeusement ses mois d'arrêts. Il rentra à Paris pendant l'hiver de l'année suivante et recommença ses méchantes plaisanteries (3). Le 16 mars les portes de la Bastille s'ouvrirent devant lui pour le punir des u Jai luin , qui n'étaient réellement pas de lui (4), et du Puero rcgnante(\oni\\ répudiaitpar exemple à tort lapaternité. Il y resta près d'un an et n'en sortit, le 1 1 avril 1718,
(1) Après la citation que nous avons faite plus haut de trois de ces vers, nous en disons assez en constatant qu'elles se trouvent dans l'édition de Beuchot.
(2) Son ami Cideville les lui a constanuucal attribuées en dépit do toutes ses dénégations. Ces deux pièces ont pour titres : les Moabites et les Aninionites.
(3) Histoire de Voltaire, par Desnoireterres.
(4) Tropconfiant envers un adroit espion qu'il croyaitson ami, V'oltaire ]iii avait avoué ses peccadilles, ce que celui-ci avait soigneusement consi • f^né dans un rapport au mois de mai 1717 : « Coinuicnt! lui dit-il un jour avec emportement, vous ne savez pas ce que C(! b... m'a fait? Il m'a cvilé parce que j'avais fait voir en public que sa Messalinede fdle était une ...» (Desnoiieterrcs, tome II).
LA nUCUESSE DE BERRY. 185
f|no y)oiir se retirorà Ghritenay. Dès le mois de mai, il rentra dans la capitale par une permission tacite ; il y revint avec sa trag^édie à' Œdipe (jai obtint un pl-rand succès le 18 novembre, et qu'il eut l'impudence de dédier à la duchesse d'Orléans après avoir eu la prétention de la placer sous le patronag'e du Rég'ent (1). Soit indifférence, soit habileté, assurément bien maladroite, ce prince voulut assister à la première représentation d'une trag-édie dans laquelle le public cherchait, et où on lui faisait trouver force allusions. Il y vint en log^e d'apparat avec la duchesse d'Orléans , Madame , et ses fdles de Berry, d'Orléans et de Valois ; il affecta de ne laisser paraître aucun mécontentement, de ne remarquer aucun mouvement dans le parterre, de n'y voir aucun rieur, et cependant dans ce public se trouvait ceux qui avaient substitué au crayon sur les affiches à Œdrpele nom de Philippe. 11 ne se froissa môme pas du mauvais g-oût de l'acteur Dufresne, qui, jouant le rôle d'Œdipe, avait osé copier l'attitude, jusqu'à la perruque du Rég-ent. Il affectait de causer avec ses filles et de rire aux allusions les plus durement soulig*nées par le public. On raconte que tous les yeux s'étant portés vers la log-e qu'il occupait, quand l'acteur dit :
Quand il se voit enfin, par un mélange affreux Inceste et parricide, et pourtant vertueux.
(1) Dcsnoirestorres. — C'est aa bas de cette épître dédicatoiro qu'il signa pour la première fois : Arouet de Voltaire.
le duc d'Orléans s'avisa d'applaudir et détourna assez adroitement cette fois l'attention. Mais il n'en fut pas de naêrne, quand, à cette question du g-rand prêtre :
Savez-vous seulement avec qui vous vivez ?
Un spectateur répondit à haute v^oix : u Plaisante question ! qui le sait mieux que lui? » Il paraît que la même voix s'était écriée après ces vers :
0 Coriuthe ! ô Phocide! exécrable hyménée ! Je vois naître une race infâme, infortunée. Digne de sa naissance, et de qui la fureur Remplira l'univers d'épouvante et d'horreur.
((Diable! combien donc aurait-il d'enfants?» La duchesse de Berry faillit s'évanouir. Certains chroniqueurs assurent cependant que par bravade cette princesse assista avec toutes ses dames aux cinq premières représentations de cette trag'édie; mais ce récit est formellement démenti par ce passag-e de Dangeau : (( Les comédiens francois ont joué, le 30, Œdipe; il y avoit un monde prodigieux: Madame y étoit dans sa log'C avec M. le duc d'Orléans. M""^ la duchesse de Berry n'y étoit pas parce qu'elle l'avoit vue il n'y a que deux jours. »
Nous avons devancé les temps pour ne pas avoir à revenir sur les malheureux rapports de la duchesse de Berry avec Voltaire. Nous allons maintenant retourner en arrière et reprendre la suite des événements.
Le duc d'Orléans montrait une tendresse tou-
jours croissante pour sa fille; il semblait qu'il ne pût se passer d'elle en dépit de l'hôte importun qui désormais dominait au Luxembourg" ou à la Muette. Aux mois d'octobre et de novembre 1716, on le voit venir souvent souper chez la duchesse de Berry. Cette princesse voulut faire de son salon l'un des principaux centres de la cour de la Rég-ence, et nous l'avons vue s'entendre avec sa mère pour se partag'er les soirées de jeu qui avaient alors exclusivement le privilég-e d'attirer la foule des courtisans. Le lansquenet se tint les jeudis, samedis et dimanches chez elle ; les lundis, mercredis et vendredis chez sa mère ; les mardis chez la princesse de Gonti douairière. Ce jeu avait lieu avec une rég^ularité parfaite, qualité rare chez la princesse, mais à laquelle en cette circonstance elle se soumit par le désir d'avoir du monde autour d'elle. Elle le faisait cesser seulement au 1" avril, parce qu'à cette époque elle recommençait ses promenades du soir et s'établissait peu de jours après à la Muette. Mais aussi elle ne manquait aucune occasion de se montrer en public beaucoup plus en souveraine qu'en fille du Rég-ent. Le 27 février 1717, elle se rendit du Luxembourg* à Versailles pour tenir avec le jeune roi la fille de sa fidèle marquise de Mouchy sur les fonts baptismaux. Elle arriva vers trois heures, en retard bien entendu, dans un mag-nifique carrosse arg-enté du haut en bas, précédée et escortée de ses g-ardes, avec M.'^^^ de Saint-Simon et de Pons, MM. de Goetenfao, d'Hautefort, etc.; elle portait une robe en brocart d'or, couverte de
pierreries : sa coiffure « en étoit toute brillante (1). » Au mois de mai elle se donna la peine de recevoir le czar à la Muette le 17 et au Luxembourg- le 21 (2). Pierre le Grand parut faire médiocre attention à elle. La duchesse avait alors un embonpoint véritablement disgTacieux et qui embarrassait ses mouvements; on ne pouvait plus la saig^ner qu'aux pieds, la lancette cherchant vainement à trouver la veine dans le bras (3), et elle dut renoncer à l'exercice du cheval, ce qui la décida à vendre ses écuries de selle (4). Il n'avait pas été facile de décider l'illustre voyag'eur à venir voir la femme et la fdle du Rég-ent. Toutes deux l'attendaient depuis plusieurs jours, quand elles parvinrent à provoquer cette démarche en l'envoyant, contrairement à toutes les règ'les de l'étiquette, complimenter par leurs premiers écuyers (5). C'est alors qu'il céda, mais encore fît-il comprendre à la duchesse de Berry, après une courte visite, qu'elle lui serait agréable en s'en allant à la Muette, pour le laisser libre de parcourir à son g-ré le palais et les jardins.
Aucun incident ne troubla les mois suivants, mais au commencement de l'aulomne il s'opéra à la
(1) Nouveau Mercitrn de France, mn.rs 1717.
(2) lUivat.
(:{) Dangeau.
(4) im. 20 avril.
(ii) Saint-Smion. — Il iio p;iil(^ (|iii" d'imo visite nu I,u\i'iiiboiirp'. l);nit;oan nioiitidiuic pnsitivcinoiil les doux visilo.-;, et l'on suit que c'ûtnit un (,'lironif|ueui' (runorare cxactitutlc.
Muette une véritable révolution de palais. La princesse voulut aug'menter les situations de M»"^ de Mouchy et de M. de Rions auprès d'elle. Elle aurait souhaité leur donner à l'un la chargée de premier écuyer, exercée par M . d'Hautefort, et à l'autre celle de dame d'atours, remplie par M™*^ de Pons. Elle n'osa pas cependant faire une aussi radicale exécution en présence de l'affliction et surtout des réclamations des deux titulaires menacés, mais alors elle imag-ina de doubler ces offices et d'avoir deux premiers écuyers et deux dames d'atours, ce qui ne s'était jamais vu, mais ce qui ne provoqua de la part du Régent aucune observation (1). Cette création froissa vivement ]\piies fie Glermont et de Reauvau, qui ne purent admettre de voir une personne comme M™*^ de Mouchy, sans charg-e aucune , devenir tout d'un coup leur supérieure. Elles en parlèrent à M"^<^ de Saint-Simon qui ne voulut évidemment pas intervenir dans une affaire où elle était certaine d'échouer, car la promotion de M™*^ de Mouchy n'avait lieu que pour masquer celle de M. de Rions. Elles allèrent trouver le duc d'Orléans « avec lequel elles ne se contrai- « gniirent pas sur M'"^ de Mouchy et quittèrent leur « place avec g-rand éclat (2). » La duchesse de Rerry se montra formalisée de cette leçon qui lui était publiquement inflig-ée, et à quelque tem])s de là elle en donna une preuve qui tourna fort à son désa-
(1) A ce moment, le duc d'Orléans allait de plus en plus souvent à la Muette, d'après Dangertu.
(2) Saint-Simon.
vantag^e. Le monde avait approuvé d'autant plus vivement la résolution de M™*^^ de Beauvau et de Glermont-Gallerande que toutes deux continuèrent de recevoir le meilleur accueil au Palais-Royal. La duchesse n'avait pas malheureusement pour qualité distinctive la patience, et elle souffrait avec peine ce qu'elle appelait un affront de la part de ses parents. Un soir elle était dans sa petite log-e de l'Opéra, vers la mi-avril 1718, quand elle aperçut en face d'elle, dans la log-e du comte de Toulouse, M°^^* de Glermont et d'Étampes. Cédant à un premier mouvement de vivacité, la princesse dépêcha immédiatement vers son ancienne dame, Brassac, exempt de ses g^ardes, pour lui intimer l'ordre de ne jamais se trouver en sa présence. M™»^ de Glermont se retira sans résistance avec son amie, mais elle raconta l'aventure et elle en fit g-rand hruit. La noblesse s'émut de la prétention d'une princesse à bannir quelqu'un de sa présence dans un lieu public, droit qui n'appartenait qu'au roi seul; on taxa avec raison cette action d'attentatoire à la liberté, sans que personne osât cependant en porter plainte rég'ulière. Le Régnent en parla à sa fille, Madame fît de même, mais les choses en restèrent d'abord là; La duchesse s'aperçut cependant delà faute qu'elle venait de commettre, et pour la première fois elle parut s'émouvoir du ressentiment de l'opinion qui des bautes classes avait passé dans la bourg-eoisie et dans le peuple et y soulevait de très-vives récriminations. Elle en parla à M'»*^ de Saint-Simon, à lacjuclle elle
recourait volontiers dans les jours d'embarras, et qui jusque-là avait g*ardé un silence prudent sur cette belle équipée. M"^*^ de Saint-Simon saisit l'occasion d'adresser une solide morale à la princesse et elle la décida à se réconcilier avec ses deux anciennes dames. La duchesse de Berry se montra assez récalcitrante d'abord, puis elle céda, comptant bien faire une nouvelle défense au sujet de la manière dont aurait lieu l'entrevue; mais ses efforts échouèrent devant la ténacité et l'habileté de sa dame d'honneur. Il fut convenu qu'elle irait passer deux jours dans l'appartement qu'elle avait au couvent des Carmélites du faubourgs Saint-Germain , que M™^ de Saint-Simon préviendrait M™^* de Beauvau et de Glermont ainsi que leurs maris et qu'elle assisterait à la visite. «Gela fut exécuté le 4 juin, « six semaines après l'affaire de l'Opéra. Ils entrè- « rent dans le monastère et allèrent droit à l'ap- (( parlement de M^^^ la duchesse de Berry qui les y « attendait. Ghacun de son côté se posséda assez « pour que l'accueil fût ég-alement oblig^eant et bien « reçu. Les deux hommes demeurèrent peu dans le « couvent, parce qu'il est très-rare que les hom- (( mes y entrent. M^^*^ de Beauvau y fut retenue et (I M"ie la duchesse de Berry lui fit des merveilles (1). » Depuis cette réconciliation les deux ménag-es continuèrent à fréquenter le Luxembourg*.
(1) Saint-Simon. — Elle avait dit à soii père « qu'elle ne vouloit avoir aucune haine dans le cœur. » (Dangeau;)
La duchesse de Berry cependant avait sans retard remplacé les deux démissionnaires. Or, chose vraiment étrangle, elle avait pu trouver deux femmes de mérite, de naissance et de conduite : l'une fut M™^ de Laval, sœur de M. de Hautefort que l'on calma ainsi sur le partagée de sa chargée; l'autre, j\jme (Jq Brassac, fille du maréchal de Tourville ; toutes deux étaient assez pauvres, et c'est là leur excuse. M™e d'Aydie, sœur du chevalier de Rions, étant venue à mourir vers ce même temps, on lui donna pour remplaçante, la marquise d'Arpajon, femme d'un lieutenant g^énéral, «l'un des plus sots hom- « mes de France et des plus avares. Elle étoit jolie, « agTéable, peu spirituelle, mais douce et polie, « très-vertueuse et d'une g'rande piété (d ). » Fille de Lebas de Montarg*is, l'un des trésoriers de l'extraordinaire des g'uerres, et d'une fille de Mansart, elle était extrêmement riche et peu heureuse avec son mari, qui n'était pas dig'ne d'elle : mais, cachant avec grand soin son malheur, elle lui rendait des soins infinis. « M'"<= la duchesse de Berry, ajoute Saintce Simon, la choisissoit volontiers avec la marquise (( de la Rochefoucauld, fille de Prendre, pour aller « aux Carmélites, et leur disoit toujours : — Je vous (( amène mes deux bourg^eoises. »
Nous avons vu à ([uels excès la duchesse de Berry se laissait entraîner à table, avec cjuels convives elle consentait à souper. Mais elle oubliait ces fai-
(i) Saint-Simon.
LA DUCHESSE DE BERHY. l'J3
blesses dès qu'il sag-issait d'étiquette; les princes du sang' ne pouvaient prétendre à l'honneur de s'asseoir à sa table qu'à la campag'ne et en particulier, tandis que chaque jour elle dînait avec le chevalier de Rions et ceux que de concert avec M*"^ de Mouchy il se plaisait à inviter (1). Parmi les personnes les plus fréquemment admises à ces repas intimes se trouvait un père jésuite, nommé Rig^let, que la princesse connaissait depuis son enfance par l'entremise des femmes qui l'avaient élevée; «il en savoit dire des meilleures (2),» paraît-il, et elle avait osé le nommer son confesseur, ce qui faisait répéter dans le public qu'en le conviant à assister à toutes ses fautes, elle s'en épargnait ainsi le difficile aveu. La faveur du chevalier de Rions g-randissait chaque jour et la duchesse de Berry ne savait qu'imagùner pour lui plaire. Au mois de novembre elle décida son père à racheter à son titulaire le riche g'ouvernement de Gog-nac, pour le donner à son favori, avec exemption delà résidence, bien entendu (3). Ace moment elle avait, comme l'année précédente, repris ses soirées de jeu trois fois par semaine (4). Il y avait avant le souper un lansquenet public et, après, un pharaon pour les dames; le jeu était assez élevé, car Dan-
(1) Saint-Simon.
(2) Ibid.
(3) On donna h M. de Saint-Viancc 50,000 livres, plus une peusiuii de 2,000. Le gou\ei nenient valait 12,000 livres de l'cveiiu.
(4) Elle quitta la Muette, le 31 octobre. Le jeu reoouiuieu(;a le 4 novembre.
g-eau nous apprend que M™*^ de Mouchy et M . d'Arpajon étaient chargées de la banque avec un fonds de deux mille pistoles. En même temps la princesse redoublait ses prétentions que depuis quelques mois elle avait paru laisser dormir. Le 3 novembre, elle donna audience aux ambassadeurs présents à Paris, et nous allons bientôt assister au scandale qu'elle provoqua en recevant l'ambassadeur de Venise. Après s'être donné un maître de la g'arde-robe, qui fut ce marquis de Bonnivet, cbevalier d'industrie et spadassin dont nous avons déjà parlé, elle prétendit avoir un major dans ses g^ardes et elle jeta son dévolu sur M. de Rocliechouart, marquis de Jars, brave g^entilhomme , mais à peu près ruiné. Le mécontentement que cette nouveauté parut causer aux officiers de la compagnie fit craindre à la princesse des difficultés qui la décidèrent cette fois à renoncer à son projet.