‹ Les filles du régent: la duchesse de Berry, l'abbesse de Chelles, laChapitre 15 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mariage de la duchesse de Berxj avec M. de Rions. — Maladie. — Fêtes pour la duchesse de Lorraine. — Scandale de M. de Magny. — La princesse rentre en grâce auprès de Madame. —Partialité des auteurs. — Le duc de Lauzun. — M. de Rions "veut un mariage secret. — La princesse a peur «du diable». — Son retour à la religion. — Massillon la conTertit. — Fêtes de Chantilly. — Rions et le tigre. — M. de Lassai. — L'ambassadeui* de Venise. — A£faire du maréchal de Villars. — Grossesse de la princesse. — Sa maladie. — Le curé de Saint- Sulpice et l'archevêque. —Sa guérison. — Elle se voue au blanc.

La santé de la duchesse de Berry inspira à ce moment quelques inquiétudes : le 15 décembre, elle se trouva mal, on la saig*na abondamment sans tarder et de nombreuses rougpeurs parurent sur son visag^e et sur ses épaules. On craignit la petite vérole, et la princesse fit prier ses parents de ne pas venir auprès d'elle : ils s'empressèrent au contraire d'arriver, et cette indisposition n'eut aucune suite; dès le 23, elle reprit ses habitudes et reparut au spectacle, au Palais-Royal et à l'Opéra.

L'année 1718 commença pour la duchesse de Berry par un bal qu'elle offrit à la duchesse de

Lorraine, sœur du Régent, et par un scandale^ car il semble qu'elle n'ait rien pu faire sans en provoquer. La magnificence de cette fête surpassa tout ce qui avait été fait jusqu'alors, et le Nouveau Mercure consacra une partie considérable de ses volumes de février et de mars à décrire ces splendeurs. Dangeau remarque qu'il y eut un ordre admirable. Il y avait une table de 125 couverts pour les dames avec lesquelles les princes du sang» mangeaient, et plusieurs pour les hommes. Le rédacteur du Nouveau Mercure a mis en vers le menu de ces pantagruéliques festins :

Des (ilets minces d'alovau.

Des gendarmes au jus de Teau^ Petits dindons aux ciboulettes^ Et des anchois en allumettes^ Poulets de grains^ mets excellent^ Cuits derrière le pot cassant^ Pigeon au soleil^ chose exquise, Des côtelettes en surprise^ etc.

Il y avait au premier service trente et un potages, soixante moyennes entrées, cent trente-deux horsd'œuvre ; aux deux services suivants, cent trentedeux entremets chauds, soixante plats d'entremets froids, soixante-douze plats ronds. Le dessert com* prenait cent corbeilles de fruits crus, quatre-vingtquatorze de fruits secs, cinquante soucoupes de fruits glacés et cent six compotes. Deux cents Suisses portaient les plats et cent trente-deux valets versaient à boire. Le détail du menu est vraiment curieux par la recherche de certains plats et la vul-

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g^rité de quelques autres. On y remarque six g*endarmes, — espèce d^oille à Tespa'g'noie composée d'un carré de mouton, de deux perdrix et de deux poulets gras ; — des terrines aux lentilles de toutes sortes de viandes, c'est-à-dire avec des poitrines de veau, des queues de bœuf, du petit lard. On servit 327 volailles, 382 pig*eons, 370 perdrix ou faisans, 126 ris de veau; peu de poissons. La table des hommes fut pourvue de même.

Le palais était splendidement illuminé extérieurement et intérieurement. Il y eut un -concert avant le souper et un bal masqué après. Les dames qui avaient pris place à la table de la duchesse de Berry étaient mag^nifiquement parées, et eïle avait prié celles qui étaient en deuil de le quitter pour ce soir-là. Le bon ordre cessa seulement quand la princesse le voulut pour que la fête devînt réellement amusante. M'"* de Valois entra masquée (1), et après elle, « tout Paris y vint en masques, » nous dit Saint-Simon. C'est alors qu'il se produisit un assez violent scandale. 11 paraît que quelques personnes non invitées « et non faites pour l'être » s'installèrent hardiment à la table des hommes. La duchesse de Berry, l'ayant su, leur fil donner Tordre de se retirer par Saumery, son premier maître-d'hôtel. Trois des intrus obéirent et s'éloig^nèrent sans bruit, mais le quatrième répondit si insolemment que

(1) Saint-Simon dit qu'il ne put savoir pourquoi elle n'assista pas au souper et parut seulement au bal.

M. de Saumery le prit par la cravate pour le mener aux pieds de la princesse : il se démena si bien qu'il parvint à se dég'ag'er et à g^ag^ner la porte. Ce personnag*e était Foucault de Mag*ny, fils d'jin conseiller d'Etat, justement considéré, mais qui, loin de suivre les traces honorables de son père, commit force folies, et même, au dire de Saint-Simon, des friponneries : il avait fini par acheter la charge d'introducteur des ambassadeurs, vendue par le baron de Breteuil, et c'est à ce titre qu'il avait prétendu avoir le droit d'entrée au Luxem* bourg". Le lendemain il s'exprima en termes tellement violents sur la duchesse de Berry, qu'avant la fin de la journée il fut conduit à la Bastille; elle avait eu soin d'en demander l'ag^rément à Madame, qui aimait beaucoup M. Foucault, le père, son chancelier. M. de Mag'ny resta peu de temps en prison (1); mais, en sortant, il reçut l'ordre de se défaire de sa chargée, et de colère il passa en Espagne, où, après une fortune vraiment inespérée, il se fit honteusement chasser (2). Le bal du Luxembourg» avait duré jusqu'au jour et Dangeau évalue qu'il coûta plus de 20,000 écus. Le séjour de la duchesse de Lorraine fut un prétexte de mouvement et de divertissement pour la duchesse de Berry.

(i) Dangeau nous apprend qu'il en sortit le i2^ à la demande de la duchesse de Berry.

(2) Il rentra en France après la Régence, mais ne put trouver aucun emploi. Ayant achevé de manger ce qu'il avait, il repassa en Espagne, où nous le retrouverons, et mom*ut misérablement.

Elle alla se reposer^ pendant quelques jours à la Muette, où sa tante vînt la voir : le 4 mars, elle lui donna à dîner avec son père ; le 6, elle Feut à souper au Luxembourg ég^alement avec le Rég'ent, puis encore le 8 ; elle l'emmena le H à TOpéra ; le i5, elle lui donna « ce qu'on appelle un retour de chasse », à Saint-Gloud dans la petite maison de M"' de Marey, et Dang^eau constate que Ton resta à tabledepuis cinqjusqu'à dix heures : le duc d'Orléans y était, bien entendu. La duchesse de Berry s'était appliquée à plaire à sa tante : à son arrivée, elle avait fait placer dans sa chambre une commode magnifique remplie d'écharpes, de tabliers, de mouchoirs, de palatines, de fichus, de rubans, de crevés « avec un déshabillé et tout autre sorte de galanteries de pareille espèce » (1). Elle savait, en agissant ainsi, être très-agréable à Madame, qui aimait excessivement sa fille de Lorraine, et elle avait réussi dans ses efforts, car à cette date la Palatine écrivait : « Je suis satisfaite de ma petite-fille « de Berry; elle s'est bien conduite envers mes « enfants de Lorraine : elle a du jugement, et elle tf manifesta un retour vers la religion et du déw goût pour le vice. J'espère que Dieu aura pitié a d'elle et qu'il lui fera la grâce d'une conversion « sincère (2). »> On voit que la princesse avait bien joué son rôle,

(1) Nouveau Mercure^ tome XVH^ p. 248.

(2) lettre du 31 mars 1748.

et qu'elle ne perdit point ses peines. Elle continua jusqu'à la (in les mômes soins pour sa tante de Lorraine, qui ne partit seulement que le 8 avril. Il y eut encore un souper dans la petite maison do ]VP^ de Marey et plusieurs dîners. La princesse depuis quelque temps cherchait à se montrer plus attentive pour sa mère, afin de mettre les critiques de son côté : c< Elle remplit tous ses devoirs envers samère, « écrit Madame, le 28 septembre 1717, mais plus (t elles se ténaoig^nent d'amitié plus elles se brouil- « lent. ») Une fois dans cette voie, elle n*eut garde de ne pas profiter d'une indisposition assez sérieuse de sa mère pour se donner l'avantage de paraître une fille dévouée : elle décommanda son jeu, et s'installa au Palais- Royal, — ce qui ne l'empêchait pas, le jour même où la maladie inspira quelque inquiétude, de faire médianoche avec son père et la duchesse de Lorraine au Luxembourg. Elle n'en passa pas moins une nuit auprès d'elle, et Dangeau, presque ému, en constatant la convalescence de la duchesse d'Orléans, dès le 22 mars, ajoute : « On ne peut pas témoigner plus d'amitié « et d'attachement que M"" la duchesse de Berry (( en témoigne à madame sa mère dans cette « maladie-ci. » Jusqu'au dernier moment elle soigna ses augustes visiteurs. La duchesse de Lorraine alla lui faire ses adieux la veille de son départ, et le soir la duchesse de Berry courut à dix heures au Palais -Royal l'embrasser encore. Pour qui connaît le caractère personnel et égoïste de la

princesse, celte conduite est facile à apprécier.

Elle tenait à se rapprocher de sa grand'mère, et

elle avait saisi avec empressement une occasion

aussi favorable. Le succès répondit à ses désirs et

d'une façon durable, car, jusqu'à samort, la vieille

princesse ne cessa plus de lui montrer une sincère

sympathie (i). « Elle se conduit fort bien avec moi,

« écrit-elle le 29 mai ; elle n'oublie rien pour me

a témoig*ner son affection, aussi je l'aime sincère-

a ment, v Le 21 juin elle dit : « Elle a g^rdé sa mère

« pendant sa maladie avec tout le zèle d'une

« sœur grise. Je serois bien ing^rcUe si je n'avois

if pas d'attachement pour elle, car elle me té-

« moigfne toute l'amitié possible^ et me montre

«f souvent une politesse telle que je me sens tout

a attendrie. »

La jeune princesse continuait cependant sa vie habituelle et même avec moins de réserve que les années précédentes. Pendant le carnaval elle ne manqua pas un bal masqué de l'Opéra et elle y parut toujours avec son père; d'ordinaire elle était elle-

(i) Il y eut cependant un moment de doute ^ car, le 24 a^ril^ Madame écrivait: « La personne que j'espère voir se corriger a du jugement et « un bon cœur ; on pourroit se flatter de son retour au bien si elle n'étoit « pas an milieu de la mauvaise compagnie ; sa tante et ses cousines du « c6té maternel lui donnent aussi de mauvais exemples. La mère n'agit a que par caprice; un jour elle hait sa fille sans savoir pourquoi^ un a autre jour elle approuve tout ce qu'elle fait^ que ce soit bien ou mal. Cela me fait craindre que les bonnes résolutions que l'on a prises à Pà- « ques n'aient pas de résultat et que le démon ne rentre dans la maison^ a accompagné de sept autres malins esprits encore plus méchants que a lui, comme dit la sainte Écriture, v

même masquée. Sa liaison avec M. de Rions devenait de plus en plus scandaleuse, comme aussi la déplorable influence de M"* de Mouchy avec laquelle elle eut cependant quelques discussions qui firent courir des bruits de brouille, enreg'istrés avec conîplaisance par Dang*eau, mais qui n'eurent malheureusement pas de suite. Elle afBchait d'ailleurs un luxe de plus en plus exagéré, toujours très-excentrique. Le soir du jour où elle se réconcilia avec M"" de Clermont, elle quitta le Carmel et vint se promener au Cours avec sept de ses dames, toutes vêtues de même étoffe qu'elle, avec des écharpes pareilles (1). Elle continuait à recevoir les ambassadeurs pendant sa toilette (2), multipliait ses soupers avec son père, s'ing^érait dans les affaires d'étiquette, et fit notamment décider que les princes étrang^ers ou assimilés ne pourraient plus se fiancer dans le cabinet du roi, privilège réservé aux princes français (3).

Mais il est temps d'étudier un côté vraiment original du caractère de la princesse, le côté religieux. Nous venons de voir Madame se féliciter de son « retour vers la religion » et de son « dégoût pour le vice » . Il nous faut un moment quit* ter la cour et suivre la duchesse de Berry au couvent des Carmélites du faubourg Saint-Germain,

(i ) Elle leur atait donné ces costumes (Dangeau, 3 juin).

(2) Les 7, 12, 26 juin, Uaoût.

(3) Dangeau.

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OÙ nous savons déjà qu'elle avait un appartement.

Nous avons dit combien la duchesse de Berry était, dans sa première jeunesse, opposée aux pratiques religieuses. Mariée à un prince très -pieux, elle se plaisait à l'empêcher de se rendre aux offices ; elle cherchait à le faire manquer à ses pratiques, à le tromper les jours maigres en lui offrant des mets exclusivement gras ; elle le persécutait à l'égard du jeûne. « Elle s'en moquoit jusqu'à le « lui faire rompre, quoique rarement, à force d'àa mour, de complaisance et d'embarras de ses ai- « grès plaisanteries, et copime cela n'arrivoit a point sans combat et sans qu'on ne vît pas avec « quelle peine et quel scrupule il se laissoit aller, a c'étoit encore sur cela même un redoublement « de railleries qui le désoloient, » dit Saint-Simon, qui ajoute : « Elle fit tout ce qu'elle put pour ôter « toute religion à M. le duc de Berry. » La mort de son mari ne parut nullement l'impressionner ; sa rapidité même ne semble point l'avoir affectée. Elle ne changea sa vie, comme nous Tavonsvu, que pour en accroître le scandale : elle tournait en ridicule les choses les plus sérieuses en faisant du jésuite Riglet son prétendu confesseur et son compagnon de table. Le «rare », comme dit judicieusement Saint-Simon, est qu*au milieu de ces- écarts, elle s'avisa de prendre un appartement chez les Carmélites, et qu'elle s'y rendit souvent. C'est en effet au commencement de son intrigue avec Rions,

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comme elle venait de le nommer lieutenant de ses gardes, qu'elle s'avisa de supprimer la chargée de confesseur de sa personne dont était revêtu le P. du Trévoux, et que Dang^eau constate pour la première fois « qu'elle alla coucher aux Carmélites du faua bourgs Saint-Germain après s'être confessée dans ff une égalise» où elle s'était rendue dans le carrosse d'une de ses dames, accompag'née seulement de M"* de la Vaise, sa femme de chambre (31 octobre 1715) : elle y resta jusqu'au lendemain à quatre heures, que ses dames vinrent la chercher pour la ramener au Luxembourg». Le jour de Noël, elle assista, à Saint-Sulpice, à la messe de minuit, vint de sa paroisse pour assister à la g^rand'messe du jour, et passa toute l'après-dînée chez les Petites Carmélites. Tous les dimanches, en dépit du souper et du bal de l'Opéra, pendant l'hiver suivant, elle se rendit aux saints du couvent. Elle y fit alors meubler deux chambres pour elle et deux de ses dames, et elle annonça l'intention d'y demeurer tout à fait pendant la semaine sainte. Elle vint en effet y coucher le vendredi saint (10 avril) : le dimanche précédent elle avait suivi les ofQces à Saint-Sulpice, son curé lui ayant permis de faire ses dévotions hors de sa paroisse(l). Dang'eau mentionne, — est-ce naïveté ou malice? — qu'elle et son père « passèrent la

(i) « La vie de M"« la duchesse de Berry, dit Saint-Simon dans ses <x Additions au journal de Dangeau, ne convenoit pas à des PAques^ elle d étoit aussi tenue à escroquer les grandes fêtes où la bienséance de son

journée du jour de Pâques en dévotion » (i ); mais le soir cependant elle alla se promener en nombreuse compag*nie aux Champs-Elysées et elle dut avoir bien du mal à ne pas souper un peu en rentrant au Luxembourg^.

Depuis cette époque la duchesse de Berry vint fidèlement chez les Carmélites aux approches des grandes fêtes (2). Elle y menait, comme nous venons de le dire, deux dames, fort peu de domestiques ; elle mangeait avec les religieuses et de leur ordinaire ; elle assistait, au chœur ou dans une tribune, à tous les offices du jour et fréquemment à ceux de la nuit : souvent elle demeurait longtemps en prières après les offices et elle se soumettait exactement aux rigueurs du jeûne. Deux carmélites , choisies parmi les plus intelligentes et celles qui avaient la plus complète connaissance du mondCi étaient chargées de la recevoir et de demeurer avec elle. Toutes d'eux étaient jeunes encore, et Tune d'elles, d'une remarquable beauté ; toutes deux excessivement pieuses et remplissant ce devoir par pure obéissance. Peu à peu, les visites se multipliant, ces dames devinrent de plus en plus familières et elles

« état fait approcher des sacrements: elle en usa de même cette année: « on le vit bien, et ce fut un scandale. »

(1) La Teille^ le duc d'Orléans avait eu la coupable faiblesse de faire ses Pâques à Saint-Sulpice. (Dangeau).

(2) « Qui sait si nous ne verrons pas dansM»^ de Bérry une sainte? » écrit M™** de Blaintenon à M. de^aylus. (Cité par M. Lacretelle, Hist. du XTui* siècle,)

en vinrent à parler à la princesse très-franchement et très-sévèrement de sa vie scandaleuse, ajoutant qu'elles ne pouvaient comprendre ce qu'elle venait faire dans leur maison (1). Elles entraient dans tous les détails pour lui prouver qu'elles n'ignoraient rien, la sermonnaient, la pressaient, sans cependant la fatiguer ni oublier de s'arrêter à propos (2). « M"* la duchesse de Berry rioit et ne s'en fâchoit pas. » Elle vint coucher au couvent la veille de la Pentecôte (30 mai), assista le lendemain trèsdévotement aux offices, et le soir elle parut en g'rande toilette aux cours et aux Tuileries. Elle recommença pour l'Assomption. Pour la Toussaint, elle passa deux journées chez les relig'ieuses, ayant avec elle M"" de Mouchy et d'Aydie, sœur de Rions, qui venait de la faire venir de sa province pour lui donner la place laissée vacante par la mort de M"* de Brancas. Depuis lors elle continua toujours de même, « ne cessant, écrit Saint-Simon, de vivre a comme elle faisoit au Luxembourg^ et aux Garce mélites, et de laisser admirer un contraste aussi « surprenant, et qui, du côté de la débauche, auga menta toujours ».En 1718 cependant, ces manifestations extérieures de piété s'accentuèrent davantag*e, et elles sont en outre corroborées par la

(i) Saint-Simon.

(2) «Nos carmélites, où M™° de Berry et moi avons été si souvent, ne « sont pas des bittes, mais des personnes fort raisonnables. Si l'on ne « voyoit leur habit, on les prendroit pour des personnes du monde. » (Lettre de Madame, 24 juillet 1718.)

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correspondance de Madame. Elle passa la Semaine sainte chez ses relig*ieuses : « Pendant tout ce temps, écrit Dang*eau, elle les a beaucoup édifiées : elle fit ses Pâques, le jeudi et le vendredi, elle jeûna au pain et à l'eau. » Elle vint delà Muette à Paris, au mois de juin, pour les solennités de la Fête-Dieu : « elle édifia tout le public à la procession, » remarque Dangeau, qui ajoute qu'elle dîna au Carrousel et soupa avec son père , fin de journée assurément moins orthodoxe (23 juin). Le journal de Dang^eau renferme des indications curieuses : le dimanche 26 juin, la princesse dîna au Carmel; encore le 9 j uillet, et elle soupa avec le duc d'Orléans ; encore le 26, et il dit : « La dévotion de cette princesse continue et aug^mente. » Le 31 , elle dîna au Garmel et alla ensuite à l'Opéra ; de même le 7 août, et elle soupa au Ralais-Royal ; le 14, elle passa l'après-dînéechez ses religieuses et elle alla souper à Âsnières : « M. le duc d'Orléans y alla aussi. » Le 4 septembre elle entra pour huit jours au Garmel, et le soir de sa sortie, elle a fit un tour à l'Opéra » avant de retourner à la Muette. Le 15 octobre encore, elle revint extraordinairement au couvent, pour la fête de sainte Thérèse ; et il est à remarquer qu'à mesure qu'elle aug^mentait ses pratiques religieuses, elle multipliait ses soupers avec le Régenta

Nous nous sommes arrêtés assez long^uement sur ces détails, parce qu'ils nous semblent très-impor^ tantâ pour l'appréciation équitable de la vie de la duchesse de IJerry. Nous n'avons pas l'intention

de la blanchir complètement, mais nous croyons pouvoir, sans aveugplement ni exagération, diminuer la somme d'att€U]ues dirigées contre elle, trouvant que la part qui restera sera encore lourde à porter. Nous croyons avoir tout à fait démenti la fausseté des infâmes accusations soulevées au sujet de l'affection du Régnent pour sa fille. Nous pensons qu'il faut porter aussi la lumière dans Tintérieur du Luxembourg". Et d'abord nous n'avons à consulter, au sujet de la duchesse de Berry, que des ennemis : le duc de Saint-Simon la déteste violemment, ne lui pardonnant pas d'avoir trompé ses prévisions et de ne pas lui avoir prêté l'appui sur lequel il comptait en nég^ociant son mariag'e. Ses mémoires sont remplis des pages les plus sévères contre la princesse, qu'il représente comme une Messaline, et l'on ne peut dès lors s'empêcher de remarquer avec une profonde surprise qu'il ait laissé sa femme occuper la première charge auprès de )a princesse pendant toute sa vie. Dangeau enregistre sulement les événements de la cour, sans entrer dans des appréciations, et cependant il y introduit quelques autres réflexions, plutôt à la décharge de la fille chérie du Régent. Les chroniqueurs, les gcizetiers, les chansonniers, les rédacteurs de mémoires apocryphes, sont tous d'accord pour envelopper la princesse au plus épais des immondes tableaux qu'avec raison, quoique avec exagération, ils tracent de la période de la Régence. Mais ce sont là des documents par-

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