LA DUGUE&SË J)B BERRY
tiaux et contestables, d'autant que le plus grand ' nombre plaident la culpabilité du duc d'Orléans envers la duchesse de Berry, et que, d'après la fausseté de cette assertion, on peut tout naturellement incriminer la véracité des auteurs. Nous restons donc en présence d'une série de documents hostiles , le plus grand nombre peu recommanda* blés, puisqu'ils émanent d'auteurs anonymes et des bas-fonds d'une littérature amie du scandale, tandis que nul ne défend la cause de la princesse: J'avoue que cette situation m'a vivement intéressé en me donnant un vif désir d'essayer d'arriver à la vérité par le seul moyen malheureureusement demeuré à la disposition d'un curieux comme moi : la comparaison de diverses narrations pu« bliées, et l'étude du caractère de la duchesse de Berry.
La duchesse de Berry avait épousé sans amour son mari) trouvant uniquement dans cette union' un moyen d'assurer son indépendance et de satisftùre son orgueil. Les événements se chargèrent de détruire des illusions qui se ravivèrent au moment où la régence échut à un père qui l'aimait trop égt)ïstement. Elle donna alors libre cours à ses caprices, à ses passions, à son amour du scandale, du bruit, à sa vanité, à son orgueil intraitable. Tout d'un coup elle trouve un maître : ce fut le chevalier de Rions, qui exerça sur elle une souveraine et incroyable influence.
Le duc de Lauzun, voyant son petit-neveu devenu
210 LES FILLES DU RiGINT.
Tamant de la princesse, trouva piquant de revivre en quelque sorte dans cet heureux c€ulet de Gascogne (1), et résolut de le g*uider de ses conseils pour Tempêcher de commettre les mêmes fautes que lui dans ses aventures avec Mademoiselle. Il voulait faire réussir le mariage qu'il avait si mal nég'ocié pour lui-même. « Cette pensée délectoit Fonde, » dit plaisamment Saint-Simon ; c'est lui qui dressa le plan de conduite, qui força Rions à se montrer exigeant, jaloux, capricieux , taquin, pour établir plus souverainement son pouvoir et réduire complètement la princesse à sa merci. Il lui fit comprendre que, tant qu'un mariage secret ne l'unirait pas à la fille du Régent , sa situation serait précaire; que chaque jour pouvait surgir un rival qui le ferait oublier. Et en effet, les envieux et les prétendants ne manquaient pas. Madame de Mouchy, que les méchantes langues représentaient comme étant toujours la maîtresse de Rions, le tenait soigneusement au courant et le mettait à même de déjouer les coups qui le menaçaient. Rions cependant vit dès les premiers mois sa faveur s'asseoir solidement. La princesse diminua considérable^ ment le temps accordé précédemment à sa cour; elle dîna plus souvent dans son particulier ; elle eût même négligé le Palais-Royal si Rions, prévenu
(1) « Ce n'est point d'ailleurs un mauTais gentilhomme» écrit Madame^ « comme pour se consoler elle-môme ; il est allié aux meilleures maici sbns; mais> a^ec tout cela^ il n'étoit pas digne des honneurs qui lui A 8ont\enu8. » (8 sept. 1715.)
par son oncle, ne Teût oblig^ée à demeurer la même pour son père. Avec l'hiver revinrent des idées de mouvement et de plaisirs, et la duchesse de Berry, en 1717, se montra très-assidue à TOpéra et aux bals. C'est alors que Lauzun prévint le dang'er et décida son neveu à arborer ce caractère brutal et quinteux qui devait assurer la victoire et la lui donna en effet. Il manqua l'heure des rendez-vous plusieurs fois; il reçut rudement les envoyés que lui dépêcha la pauvre princesse; comme nous l'avons dit, il la força à décommander au dernier moment un bal et à Venir, pour le voir, à une représentation d'un ballet à l'Opéra; il affecta de lorg^ner une danseuse fort à la mode ; il critiqua la toilette de la princesse, blâma ses bijoux, ses dentelles : bref il se montra despote, et feig^nit de vouloir la forcer à se vêtir à sa g^uise. La duchesse de Berry s'effraya de ces exigences et s'y soumit cependant avec une résig^nation absolument étrang^ère à son caractère. Cent fois pendant sa toilette, elle envoyait à M. de Rions des messagers, pour demander ses instructions sur la couleur des rubans, le choix des dentelles et des pierreHes. Si ses g^ens venaient prendre ses ordres pour le service du lendemain, elle n'osait rien décider eti l'absence du maître, car il l'avait promptemetit habituée à changer les heures même pour les fefftiîres de devoir. Saint-Simon accentue, plutôt qu'il ne les diminue, les traits du tableau que nous venons de tracer, en parlant de « l'empire a absolu qu'il avoit usut'pé sur cette impérieuse
« princesse, à qui, de propos délibéré, il faisoit « chaque jour essuyer des caprices qui lui ôloienl « jusqu'à la moindre liberté, et des humeurs bru- « taies qui la faisoient pleurer tous les jours, et ff plus d'une fois » . En acceptant ce jougp, la duchesse de Berry semble avoir eu conscience de l'engagement qu'elle concluait, et nous sommes tout naturellement amené à traiter à fond la question du mariagpe de la duchosse de Berry. C'est évidemment à cette époque qu'il faut reporter l'influence de cette « peur du diable » dont parle Saint- Simon, en rappelant la terreur que le* bruit seul du tonnerre inspirait à la princesse. C'est cette situation nouvelle qui donna à la duchesse de Berry le besoin de se rapprocher de Dieu, tout en continuant à le scandaliser, qui explique cette assiduité à suivre aux grandes fêtes les exercices du Carmel, et cette renaissance de piété constatée irréfragablement par la correspondance de la Palatine. Elle niait cependant cette union. Nous trouvons à ce sujet des détails très-précis dans une lettre de Madame, du 25 octobre 1719 : «Je lui fis un jour « des représentations de son marietge ; elle répon- (i dit en riant : Ah ! Madame, n'ai-je point l'hon- « neur d'être assez connue de vous pour que vous « puissiez croire une pareille sottise de moi, à qui « on reproche tant d'orgueil? Elle m'endormit (( ainsi, de sorte que je ne voulois pas croire la « chose : son père et sa mère n'y ont consenti de « leur vie ; moi Je ne consentirai de l'éternité à une
U OUCHE86E DE BERRT. 2i3
« pareille impertinence. Rions lui fit croire qu'il « étoit de la maison d'Aragpon , que le roi d'Espa- « g^e lui retenoit son royaume, et que, mariés, ils a pourroient le revendiquer. La Mouchy Ten en- « tretenoit jour et nuit. » Mais cette dénégation ne signifiait rien, car la princesse savait qu'elle devait à tout prix dissimuler la vérité à sa grand'mère. Saint-Simon reconnaît l'existence du mariage et tous les contemporains sérieux partagent cet avis. Buvat, à la date du 17 avril, nomme pour la première fois Rions dans son journal, et ajoute : « On a disoit que ce gentilhomme avoit eu le bonheur de « plaire à la duchesse et qu'elle l'avoit épousé secrèa tement. » Gomme on le voit ce bruit était public au lendemain de sa maladie : Buvat est un chroniqueur qui ne fait que recueillir les bruits répandus dans le populaire, et il enregistre celui-là comme ne soulevant aucun doute. Ce passage de l'obscur employé du cabinet des médailles nous semble précisément donner la preuve que le mariage secret de la princesse remontait aux premiers mois de son retour aux pratiques religieuses, et en même temps fournir l'explication de la scène racontée par Saint-Simon qui n'a pas voulu évidemment dire tout ce qu'il savait. Il est hor^ de doute à notre sens que le mariage existait dès la fin de l'année 1716, car autrement comment expliquer ces fréquentes visites au Garmel^ ces confessions, ces retraites, %es manifestations constatées par Madame elle-même? Nous avons d'ailleurs été assez heureux pour dé-
couvrir, au cours de ce travail, un document incontestable, qui prouve Texactitude de ces faits. On avait ig^noré jusque dans ces derniers temps quel avait été Tauteur de cette quasi-conversion, et un passag^e d'une lettre du marquis d'Argonson à la marquise de la Cour de Balleroy, dont la précieuse correspondance est conservée à la bibliothèque Mazarine, nous apprend que c'est Massillon, ce qui explique les bons rapports de ce g'rand orateur avec le Régnent : « On parle d'une « grande conversion au Luxembourg», écrit-il le « 9 janvier 1717 : le Père Massillon en a été Tins- « trument. Véritablement jamais prêtre ou moine « n'a mieux mené une affaire. Il a persuadé, « au bout de plusieurs retraites qui ont été faites « aux Carmélites, qu'il falloit se marier pour ôter « le péché. Elle a épousé Rions. Je vous en parle « pour avoir vu l'habit de noces, qui est fort beau. » Cette déclaration formulée par un témoin oculaire aussi considérable ne peut laisser aucun doute et me donne pleinement raison.
Mais le duc d'Orléans ne se souciait nullement de laisser déclarer ce mariag^e. Tous les efforts de M. de Rions, conseillé par son oncle, portèrent vers ce but auquel la princesse tendait également avec ardeur, soit par passion, soit plutôt par le désir de satisfaire son amant et d'obtenir de la sorte plus de douceur et moins de quinteuses exig^ences. Il est évident encore que la question se présenta brûlante pendant la maladie à lacpielle nous allons
assister et que le malheureux duc d'Orléans se trouvait serré entre le oardinal de Noailles réclamant avec raison l'expulsion du chevalier de Rions qui n'était pour lui que l'amant de la duchesse de Berry, jusqu'à la déclaration d'une union dont le secret était un scandale public , et celle-ci qui ne demandait probablemeiit pas mieux que de recevoir les sacrements, mais en exigeant de son père, un consentement qui fît cesser immédiatement les bruits calomnieux, et enlevât même à la naissance d'un enfant tout caractère fâcheux. Peut-être même le duc d'Orléans ne put-il conférer dans les courts instants qu'il parut parler à travers une porte entrebâillée qu'avec M*»® de Mouchy à laquelle Rions soufBait ce qu'il fallait dire sans que la malheureuse princesse gisante et presque morte sût ce qui se passait et y prît la moindre part. La scène que suppose Saint-Simon, en montrant la princesse en furie, doit n'avoir existé que dans son imagination. Il nous a dit à plusieurs reprises qu'elle redoutait excessivement la mort, que la foudre même lui causait les plus pénibles appréhensions, et ce serait au moment où la mort semblait se saisir d'elle, comme elle venait spontanément de se confesser, qu'elle aurait cédé à un emportement peu probable dans un pareil état de faiblesse et d'accablement! Je crois que les deux seuls acteurs de ce drame furent Rions et M»ne de Mouchy, que la princesse à ce moment était presque sans connaissance, et que toute la lutte reposa sur la question
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de déolftration d'un mariage, dont nous sommes heureux d'avoir trouvé la preuve matérielle^ car cela diminue au moins jusqu'à un certain point le scandale de la conduite de la duchesse de Berry.
Nous ne quitterons pas ce sujet sans parler de la grave accusation récemment relevée avec une regrettable légèreté à propos de cette affaire contre Massillon. Le marquis d'Argenson écrivait encore à la marquise de la Cour dans sa lettre du 9 janvier 4717 : a Le directeur qui est, dit-on, aussi « amusant dans la ruelle que dans la chaire, est (t devenu le galant (1) ; » et le 16 mars, il ajoutait: a On a dit que M"»® de Berry payoit le prix des « bulles qui est de 40,000 livres, mais elle ne fit « <ju'y contribuer. Grozat fournit le reste. »
Nous avons vu que l'honneur de la conversion relative de la duchesse de Berry revenait à Massillon qui diminua au moins le scandale en déter* minant le mariage des deux amants. Il est triste de penser que de nos jours il ait pu se trouver un écrivain pour se faire l'écho d'une calomnie si gratuite, basée sur une très-vague médisance, et dont M. Tamizey de la Roque a fait trop bien justicf. pour que nous prétendions dire mieux que lui (2). « Qui donc aurait jamais pensé qu'atteignant à peine « sa vingt et unième année et entourée de tant de a séduisants jeunes gens avides de lui plaire, on nous
(1) Manuscrit de la bibl. Maxarine.
(2) Reme des questions M8iariques,XX[^ liv., p. in.
« représentât la duchesse de Berry sensible à l'amour a d'un homme^ d'un prêtre, dont l'âgée était presque « triple du sien (1)? L'impossibilité, non-seulement « morale, mais matérielle, de cette réciproque pas- « sion est telle, que je suis bien tenté de prendre « pour une mauvaise plaisanterie la phrase du mar- « quis d'Argenson. En s'exprimant ainsi, le mar* <r quis, alors âg'é de vingl ans, ne voulait que « raconter quelque piquante aventure à la femme « qui, comme trop de femmes de ce temps-là, trouer vait une correspondance d'autant plus attrayante ff qu'elle était plus scandaleuse. Le futur homme « d'État se souciait bien de la vérité I Intéresser, «c é^yer la belle dame à qui ses lettres étaient or adressées, voilà ce que cherchait par-dessus tout « et à tout prix le jeune nouvelliste. »
Avant d'aller plus loin, nous devons parler d'une fête splendide qui eut lieu en l'honneur de la duchesse de Berry à Chantilly, pendant l'automne de cette même année 1718.
Le duc de Bourbon, désirant être agréable au Régent qui lui avait procuré une grande satisfaction en tenant le lit de justice où furent cassés tous les monstrueux privilèges attribués par Louis XIV à ses bâtards, ne crut pouvoir mieux faire qu'en offrant une fête à sa fille. Il la pria donc de lui donner une semaine, pendant laquelle se succédèrent
{{) Massillon était né le 24 juin 1663 : il aTait donc B2 ans à ce moment.
218 LES FILLES DU RiOBNT.
d'incessants divertissements et de véritables splen» deurs. La duchesse de Berry arriva, le dimanche 25 septembre au soir, à Chantilly, et elle y fut reçue avec les honneurs souverains. Il y eut immédiatement grand jeu et souper : la princesse prit place à une table de ving^-quatre couverts, à laquelle M. le Duc fut le seul homme admis à s'asseoir; quatre autres tables étaient dressées pour les seigneurs de la cour. Le vicomte de Saulx-Tavannes, premier gentilhomme du duc de Bourbon, ftit détaché pendant tout le séjour auprès de la princesse pour son service d'honneur, te lendemain fut consacré à la promenade dans les jardins, et le duc de Bourbon causa une agréable surprise en distribuant des groupes de musiciens dans les divers cabinets du labyrinthe. On passa la journée à chercher vainement à les joindre, les Suisses de garde ayant reçu Tordre formel de ne répondre qu'en allemand aux questions qui leur seraient posées. Enfin, on parvint au centre où était préparé une magnifique collation, pendant laquelle on exécuta une cantatille du musicien Gochereau :
De quels nouyeauz attraits sont embellis ces lieux ? C'est l'auguste présence D'une princesse que la France Voit au-dessus de tous ces demi-dieux.
Fille du héros glorieux Par qui la paix et l'abondance Rendent nos champs délicieux.
Son port, son air gracieux Surpassent sa magnificence :
L'amour triomphe dans ses yeux.
Rendes tos hommages A ses brillants appas :
Venez tous sur ses pas^ Quittez vos bocages^ Dieux des eaux et des bois.
Accourez à ma toîx.
Que la terfe et Tonde Conspirent à ses plaisirs^ Qu'ici tout seconde De Condé les désirs.
Chantilly, rassemble pour plaire Toutes les grâces en ce jour;
Rends jalouse Cythère De la beauté de ton séjour :
Comme Test la mère de l'Amour De celle que tuTois régner dans cette cour.
La princesse ne devait pas être habituée à entendre réciter des vers à sa louangpe, elle, qui excitait si tristement la verve des chansonniers. Le soir on joua et on fît de la musique de chambre sous la direction de Valette, maître de la chapelle de la cathédrale de Senlis. Le mardi, chasse à courre, que la princesse suivit à cheval avec la Duchesse douairière : il y eut curée aux flambeaux et feu d'artifice. Le mercredi fut consacré à la visite de la ménage rie du prince , fantaisie très-coûteuse , mais assurément orig^inale, qu'il entretenait. La duchesse de Berry y vit avec étonnement un grand lion jouer avec une chienne qui l'avait allaité. Il y eut ensuite représentation d'un opéra italien avec intermèdes de danses, puis g*rand souper dans la galerie des Cerfs, illuminée splendidement. Les deux jours suivants, le temps fut occupé par le jeu, les soupers et
220 LES FILLBS DD RtoCNT.
un bal masqué. Le samedi, une chasse au cerf dans la forêt de Halatte dura cinq heures (1). Enfin, la duchesse de Berry partit le dimanche (2). La prin^ cesse était venue avec toute sa cour à Chantilly : vîng^t-trois dames furent « nommées » par elle pour l'y accompagner. Rions était également présent, et certaine chroniqueurs racontent même qu'un tig^re de la ménagerie du duc de Bourbon s'étant échappé de sa cage, il y eut un moment de grand effroi pa\;mi l'assistance répandue dans les jardins, et que M. de Rions se lança résolument au-devant de l'animal , qui , surpris du bruit qu'il entendit, se laissa tranquillement reprendre par son gardien ; ce bel acte de dévouement public aurait encore augmenté la passion de la princesse pour son favori (3), Malgré la splendeur de ces fêtes que Saint-Simon assure ne pouvoir être dépassée, mal-
(1) Nonteau Momus, octobre 17i8.
(2) BuYat raconte qu'une de ces chasses se prolongea la nuit, et que le duc de Bourbon, qui a^ait préparé cette fête exceptionnelle, fit attacher des torches de cire, de 6 liTres pièce, à trente mille chênes de la forêt.
(3) « Il pensa y arriver une aventure tragique. M. le Duc avoit de l'autre c^té du canal une très^belle ménagerie, remplie en grande quantité des oiseaux et des bêtes les plus rares. Un grand et fort beau tigre s'échappa et courut les jardins de ce même côté de la ménagerie, tandis que les comédiens, hommes et femmes s'y promenoient. On peut juger de l'effroi et de l'inquiétude de toute cette cour rassemblée. Le maître du tigre accourut, le rapprocha adroitement et le ramena dans sa loge, sans qu'il eût pu faire aucun mal à personne que la plus grande peur.D (Saint-Simon). On voit que, si Rions eut un beau mouvement, il n'y eut pas probablement grand mérite.
LA DUCUeSBE DE BERRY. 2âi
gré les honneurs qui lui furent rendus, les politesses exceptionnelles de M. le Duc et de madame la Duchesse douairière, la fille du Régent se montra parfaitement maussade : «elle ne fit pas g*râce d'une lig^ne de toute sa grandeur »> ; elle n'adressa pas une fois en huit jours la parole à la femme du prince qui la recevait, sous prétexte de la brouille qui existait entre elles, depuis que celle-ci avait fait manquer le mariage de mademoiselle de Valois avec le prince de Gonti. « Il ne se peut rien « ajouter à la hauteuF et à la sécheresse avec les- « quelles elle reçut les honneurs dont elle fut « Fobjet, à la contrainte, à l'ennui qu'elle sut y « répandre, et à ce qu'on peut appeler les mauvais (( traitements les plus marqués, les plus outrés et « les plus continués qu'elle s'attacha de faire à la « jeune duchesse, à qui elle ne parla jamais (1). » Un incident piquant signala ce séjour. Le célèbre marquis de Lassai était depuis longues années l'amant ou le mari secret de madame la Duchesse douairière, et ce fut lui qui eut la mission de s'occuper de M. de Rions; il eut une table spéciale pour lui ; une csdèche avec des relais particuliers leur furent destinés. « Cette attention » fut marquée « jusqu'au plus plaisant ridicule (2). »
À son retour, la duchesse se fit donner le château de Meudon en échange de celui d'Amboise, que son
(i) Saint-Simoo.
(3) /6td.
contrat de mariage lui attribuait pour habitation (30 octobre), et dès le lendemain, en rentrant de la station qu'elle avait été faire au Carmel pour célébrer la fête de la Toussaint, elle s'empressa de nommer Rions gouverneur de Meudon, à la place de du Mont, vieux serviteur de son beau-père, et de renvoyer sur l'heure tous ceux qui logeaient au château^ pour y faire commencer sans retard les travaux d'appropriation. Elle se réinstalla aussitôt au Luxembourg, et y affecta des allures encore plus souveraines qu'auparavant, secondée d'ailleurs par la bassesse des courtisans et même de tous les ambassadeurs qui s'empressaient à sa toi* lette. Le 10 novembre, elle parut au bal masqué de FOpéra, et, après deux ou trois soirées de grand jeu, rétablit son jeu ordinaire : le lansquenet avant le souper, et cette fois le biribi après (17 novembre). C'est quelques jours après qu'elle assista à la première représentation d'Œdipe, comme nous l'avons déjà raconté, et le 7 décembre qu'à celle de Sémiramië (1), à l'Opéra, elle fit de nouveau cette fameuse entreprise qui scandalisa tout Paris. Dangeau se contente prudemment de relater que u ma- « dame la duchesse de Berry étoit sur Tamphithéâ- « tre, où l'on avoit fait mettre uti fauteuil, et il y « avoit trente places pour les dames qui étoient avec tt elle ; il y avoit une estrade sous le fauteuil de « madame de Berry, et Ton avoit mis une barrière
({) Parales de Roy^ musique de Deâtoucheij.
« à la moitié de Tamphithéâtre, afin que le reste « des places ne fût point mêlé à celles qu'elle avoit « retenues.» Mais on comprend toute rinconvenance de cette tentative atténuée sous la plume modérée du chroniqueur officiel. Saint-Simon n^en dit que quelques mots, mais en constatant le mauvais effet produit et a^^ravé par cette double circonstance, que le roi était encore à Paris, et que le Régnent et sa mère étaient présents dans leur log^e, et semblaient de la sorte autoriser cette ridicule entreprise. La duchesse de Berry n'osa plus recommencer, mais elle fit pire dans une autre circonstance, et dut cette fois encore renoncer à ses prétentions, après avoir soulevé une réprobation plus g^rave.
Les ambassadeurs nouveaux allaient en cérémonie présenter leurs hommages à la duchesse de Berry, comme les ambassadrices venaient chez elle prendre le tabouret. Un jour, ayant à recevoir l'ambassadeur de Venise, la duchesse de Berry s'imagina de faire placer son fauteuil sur une estrade de trois marches^ — ce que ne fit jamais reine de France (d). Les dames venues pour assister à l'audience ne dissimulèrent pas leur surprise^ et M"* de Saint-Simon eut grand' peine à les empêcher de se retirer avec éclat, a L'ambassadeur étonné s'arrêta à a cette vue étrange, et demeura quelques moments « incertain. Il approcha néanmoins, comme pre-
(I) Dans cette réception la feine n'ayait même pas de tilpis sous les pieds;
« nant son audience pour éviter un scandale ; mais « après sa dernière révérence et quelques moments « de silence, il tourna le dos et s'en alla, sans « avoir fait son compliment. » Il convoqua immédiatement tous ses collèg*ues, et le soir même ils déposèrent une protestation unanime, en déclarant au Régnent qu'à l'avenir aucun ministre étranger ne se présenterait plus chez la duchesse de Berry, sans avoir acquis au préalable la certitude qu'une entreprise de ce genre ne se renouvellerait plus. Ils s'abstinrent tous pendant assez long*temps de paraître au Luxembourg», et ne se montrèrent satisfaits qu'après avoir reçu les assurances les plus formelles que pareille chose n'arriverait jamais.
Toutes ces mésaventures cçtusaient beaucoup de bruit dans le public et ne ramenaient pas l'opinion en faveur de la princesse qui se complaisait si maladroitement au contraire à l'exciter contre elle (1). Caricatures et couplets foisonnaient à son plus g^rand dam. On vit notamment alors une estampe au crayon assez curieuse (2). Elle représentait l'hôtel des Quinze-vingts au bas duquel était écrit : Palais de la Régence. Dans un compartiment une
(1) C'est aussi à cette époque qu'excitée par les roués ayec lesquels elle Tirait intimement^ grâce aux soupers paternels^ elle fit chez elle une tive algarade au maréchal de Villars uu sujet d'une mesure qu'il venait de faire prendre par rapport aux colonels : le maréchal montra en cette triste circonstance une rare modération.
(2) Décembre 1718. — Buvat, I, 345.
table était charg^ée de pièces d'or, aux deux bouts le duc d'Orléans et la duchesse de Berry, au milieu plusieurs personnes qui prenaient un louis; la princesse criait : « Mon père, au voleur ! ils emportent tout, » à quoi le Ré'g'ent répondait : « Je n'y vois g'outte. » Dans un second t&bleau des évêques et des jésuites semblaient bombarder une égalise ; la duchesse : « Mon père, au secours ! » le Régnent : « Je n'y reconnais rien ! » Dans un autre, on voyait un bureau couvert de papiers; d'un côté s'élevait le temple de Bacchus, de l'autre celui de Cylhère et de Vénus; la foule des courtisans courait de l'un à l'autre , tatidis qu'au bas du bureau était écrit : ((Personne ne s'arrête ici.» Les chansons allaient leur train. Le recueil de Maurepas renferme à la date de 1718 plusieurs couplets des plus sang*lants. Nous ne citerons que ceux qui peuvent trouver à peu près leur place ici :
Que la peste soit en Provence, Ce n'est pas notre plus grand mal ; Ceseroitunbien pour laFranœ Qu'elle fût au Palais-Royal.
Le Régent fuira la crapule, Les chimistes et les devins, De sa fille aura des scrupules.
Quand je cesserai d'aimer le vin.
À ses appétits la princesse Mettra sagement quelque frein ; Elle aura la délicatesse.
Quand je cesserai d'aimer le vin !
Vô
Ou encore :
On dit que le Luxembourg ^
Sert de réduit k l'Amour^ Ce n'e$t qu'une médisance; On dit qu'à Tlntempérance .
Un autel est dressé.
Une nuit et jour on encense.
C'est la pure Térité.
L*hiver de 1719 vit la duchesse de Berry continuer sa vie mondaine et relig^ieuse. Après avoir été passer deux jours chez les Carmélites pour fêter la solennité de Noël, elle se montra souvent au théâtre , à la Comédie-Française où elle se rendait toujours avec un nombreux cortège de dames ; mais désormais elle n'alla plus à l'Opéra qu'en log'e avec son père, et une fois elle y essaya encore une entreprise qui ne paraît pas avoir eu de succès : elle s'y fit donner un fauteuil à l'amphithéâtre , ayant le Régent et sa sœur de Valois assis à ses côtés sur des siég^es bas (1). A cette époque elle chang^eait ses jours de dévotion, et, au lieu de se rendre tous les dimanches chez les Carmélites, elle fixait son choix au mardi de chaque semaine (2), ce qui ne l'empêchait pas de reprendre ses « g-randes toilettes » où avaient reparu les ambassadeurs avec tous les courtisans; elle continuait ses soirées de jeu d'où elle dut cependant par ordre de son père proscrire le bi-
(1) Dangettu^ 20 mars; (•2) Ibidi, 7 février
LA DUGHfiSSB DE BERRT. 221
ribi (1); elle ne manquait pas un bal de TOpéra et restait jusqu'à quatre heures du matin à celui du mardi gras (2). Pendant ce même hiver elle assista à la représentation d' Œdipe qui fut donné chez le roi (3), Dangeau constate qu'il y avait une assistance nombreuse et brillante ; la princesse avec les dames amenées par elle étaient en grande toilette derrière le fauteuil de Louis XV (4); il ajoute que la pièce fut a fort applaudie» et rapporte un détail intéressant à recueillir. « Quoique le lieu soit assez « petit et qu'il y eût assez de monde, l'ordre y fut « très-grand. M">« la duchesse de Berry s'y trouva « incommodée un moment par la grande chaleur « on fit ouvrir une fenêtre ; on lui donna quelques « petites bouteilles d'eau forte à sentir, qui dissipè- « rent cette petite vapeur-là, qui ne dura pas plus « de deux minutes. » Il est permis de croire que la princesse succomba à l'émotion de quelques applaudissements significatifs et paya de la sorte la maladroite audace qu'il y avait à venir inutilement s'afficher dans un moment où le déchaînement de l'opinion était peut-être plus violent encore par suite de son état avancé de grossesse qui n'était un secret pour personne.
(1) Dangeau, 44 janvier.
(2) Ibid., 21 février.
(3) idid.^ 11 février.
(4) Il y avait les ambassadeurs d'Autriche de Portugal ôt de Sardaigne.
Nous remarquerons, avant d'aller plus loin, que c'est à cette époque qu'eut lieu la découverte de la conspiration de Cellamare qui conduisit le duc et la duchesse du Maine en prison et qui causa de si violents chag*rins et même quelques inquiétudes à la duchesse d'Orléans : mais sa fille ne paraît pas s'en être même préoccupée. C'est alors également que le Régnent eut cet accident qui faillit le priver de Tusagpe d'un œil et sur lequel les chroniqueurs varient quant au récit, bien qu'il ait toujours pour théâtre l'intérieur de la duchesse de Berry. Suivant les Uns, le duc d'Orléans ayant un jour serré trop vivement la belle marquise de La Rochefoucauld, l'une des dames de sa fille et cependant de mœurs sévères, elle aurait été oblig^ée de se défendre et aurait brisé son éventail sur l'œil du trop entreprenant prince. Suivant d'autres, c'aurait été une des femmes de chambre de la duchesse de Berry qui aurait plu au Régnent, et dont il avait cru avoir facilement raison : elle fit au contraire, — vertu ou intérêt, — une héroïque défense jusqu'à presque crever dans la lutte l'œil du duc d'Orléans.
Nous avons dit que la princesse était, à la fin de l'hiver, dans un état de grossesse des plus avancés. Le public en parlait vivement et les chansonniers redoublaient leurs couplets, en faisant revivre toutes les accusations précédentes. Le recueil de Maurepas en contient plusieurs qui abordent sans pudeur ce triste sujet :
LA DUGBESSB DE BERRT. 229
Que notre régent et sa fille Commettent mainte peccadille. C'est un fait qui semble constant; Mais que pai* lui elle soit mère.
Se peut^il que d'un même en£fmt Il soit le grand-père et le père ?
Voici ce qu'on distribuait dans les rues de Paris au commencement du mois d'avril :
Or, écoutez petits et grands.
Un très-funeste événement.
reguingui, 6 Ion Ion la.
• A l'endroit d'une jeune dame
Qui en a regret dans Tàme.
reguingui, etc.
Dans le Luxembourg, ce dit-on.
Elle Ta faire un joli poupon.
reguingui, etc.
Et quoique tout le monde en glose, Tous les jours fait la même chose.
reguingui, etc.
La nuit du dimanche au lundi.
Les douleurs elle ressentit, reguingui, etc.
Mais en moins d'une demi-heure Elle est accouchée ou je meure !
Dans les derniers jours, la princesse dut cependant s arrêter et g^arder le lit : la vie ag^itée sans ménagements, les soupers, les parties plus nombreuses que jamais auxquelles elle s'était livrée pendant riiiver de 1719, avaient mal disposé la duchesse de Berry à la crise qu'elle allait avoir à subir.
23Ô LS8 FILLES DU r£gBNT.
Elle avait essayé de dissimuler autant que'possible sa gprossesse, et c'est dans ce dessein qu'elle avait affecté de mener une existence encore plus bruyante ; mais sa santé s'en était g^ravement ressentie. A la fin elle s'instcdla dans une petite chambre reculée au fond de ses appartements, au Luxembourg^, qui avait des dégagements commodes pour les visites secrètes ; elle n'y admit que Rions, madame de Mouchy et une des deux de ses femmes dont elle était parfaitement sûre. Le duc et la duchesse d'Orléans n'y entraient pas toujours ; rarement aussi la duchesse de Saint-Simon, les dames de service, la première femme de chambre, môme le médecin. La princesse s'excusait sur une fatigue, une migraine, et l'on n'insistait pas. Comme chacun savait ce qu'il en était, on acceptait volontiers ces défaites et on finit par venir seulement à la porte que madame de Mouchy entre-bâillait pour donner de brèves nouvelles, La duchesse de Berry montra, une grande énergie : elle avait lutté jusqu'au dernier jour. Le 23 mars, elle eut encore sa réception ordinaire : « Il y eut le soir, dit Dangeau, plus de monde que <x jamais au Luxembourg, parce que c'est le der- « nier jour que madame de Berry tient sa cour, « et qu'il y aura jeu chez elle. » Le lendemain elle décommanda son dîner chez les Carmélites, — elle y allait chaque vendredi de carême, — pour passer la journée à Meudon avec son père, mais elle s'y rendit le 26. Deux jours après la crise éclata. Dangeau dit : « Metdame la duchesse de
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a Bei*ry fut saig*née du pied le soir et a eu de grande des convulsions aux pieds et aux mains. » Le lendemain il fallut recommencer, ce qui amena un léguer soulag^ement ; mais le dang^er était réel, et le duc d'Orléans en conçut une si g^rande émotion qu'il fallut, le 30, le saig'ner lui-même. Le 31, un redoublement se prononça, qui se reproduisit le f*' avril au soir : dans la nuit on crut la princesse perdue. Dang'eau remarque que, pendant quatre heures, elle fut dans le plus g»rand danger, etBuvat, qui appelle cette maladie une apoplexie, dit qu'elle fui <c pendant trois heures comme morte » . Au malin, une réaction inespérée se produisit, et dès le lendemain tout dang^er avait disparu. Dangeau nous apprend que, le 31, «madame la duchesse de Berry se confessa, se trouvant assez mal » . Ceci nous ramène tout naturellement au récit détaillé de Saint- Simon. Le dang^er était menaçant, en effet, et les médecins considéraient la princesse comme perdue. Le Régent lui-même, n'ayant probablement pas la force d'assister à ce navrant spectacle, après avoir été à la messe , et avoir reçu assez longuement le cardinal de Noailles, était allé passer la fin de la matinée à Chelles, auprès de sa fille la religieuse. On avait cependant mandé au Luxembourg le curé de Saint-Sulpice, l'abbé Lan guet, qui avait exposé au Régent, à son retour, l'urgence de s'occuper du salut spirituel de la malade. Ce prince hésitait à en parler à sa fille, d'autant plus que le curé déclara publiquement qu'il n'entendait la laisser adminis-
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trer qu'autant que Rions et M™* de Mouchy seraient expulsés du palais. Le Régnent le prit à part, essaya de le ramener et n'en put rien obtenir, sinon qu'il s'en remettait à la décision du cardinal de Noailles. Celui-ci fut mandé, et la conférence recommença entre eux trois. Le prélat approuva pleinement la conduite du curé, le proclama à haute voix devant toutes les personnes présentes, en ajoutant qu*îl défendait absolument, et sous les peines canoniques, à n'importe quel prêtre, d'administrer les sacrements à la duchesse de Berry, tant que Rions et madame de Mouchy seraient dans le Luxembourg. « On peut jug'er, ajoute Saint-Simon, de l'éclat « d'un si indispensable scandale, de l'efTet qu'il fit « dans cette pièce si remplie, de l'embarras de « M. le duc d'Orléans, du bruit que cela fit incon-
« tinent partout. » Le conciliabule recommença entre les trois personnag^es, pour décider lequel irait porter cette nouvelle à la malade, qui, pendant ce temps, s'était confessée à un cordelier, son directeur au Carmel. Le danger sans cesse croissant, l'inquiétude de la princesse à laquelle la pensée de la mort inspirait une terreur effroyable, tout pressait une démarche dont le duc d'Orléans enfin se charge^, tandis que le cardinal et le curé s'éloignaient un peu de la porte de la chambre, — car toute cette scène s'était passée de manière que la malade n'en pût pas perdre un mot. Le Régent entr'ouvrit la porte et appela madame de Mouchy; il lui annonça la résolution à laquelle il fallait
obéir: celle-ci s'emporta, « le prit sur un haut ton, « dit ce qu'il lui plut sur son mérite et sur Taffronl a que des cageots entreprenoient de lui faire, et à « madame la duchesse de Berry qui ne le soutfriroit « et n'y consentiroit jamais. » Elle parut se résig^ner cependant à tout lui reporter, mais évidemment en arrang^eant les choses à sa façon. « La réponse né- « g^ative ne tarda pas à être rendue par la même « à M. le duc d'Orléans, en entré-bâillant la porte. » Le cardinal persista dans sa décision, pendant que le curé, en entendant le récit piteusement fait par le Régnent, se contentait de hausser les épaules. Le prélat reprocha à ce prince d'avoir chargée un pareil intermédiaire de cette commission si g'rave et le pressa, par toutes les considérations instantes et les plus élevées, à intervenir lui-même et à remplir son rôle de père auprès d'une fille si près de paraître devant son Dieu. Le Régnent ne se sentit pas le courag^e nécessaire pour une pareille scène , et il refusa à deux reprises. Le cardinal voulut alors s'en charg^er lui-même. Nouveau tourment pour le duc d'Orléans, qui craig'nit une crise subite pour sa fille , et demanda encore à nég^ocier. « Il alla « donc faire un autre colloque dans cette porte qu'il « se fit entre-bâiller, dont le succès fut pareil au (( jirécédent. Madame la duchesse de Berry se mit en « furie, se répandit dans des emportements contre (c ces cafards qui abusoient de son état et de leur ca- « ractère pour la déshonorer par un éclat inouï, et « n'éparg^na pas M. son père de sa sottise et de sa
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H foiblessede le souffrir... M. le duc d'Orléans re- « vint au cardinal fort petit et tout en peine. » Il lui montra sa fille trop faible pour le moment, et lui demanda d'attendre. Au bout de deux heures de vains efforts, le prélat trouva qu'une plus long*ue insistance serait indécente pour son caractère et il se retira, en renouvelant encore à haute voix au curé sa défense de donner les sacrements avant d'avoir obtenu pleinement satisfaction. Le duc d'Orléans se précipita alors dans la chambre de sa fille pour lui annoncer le départ du cardinal. Mais en rentrant dans le salon il fut désagréablement surpris, en trouvant «collé contre la porte » l'abbé Languet, qui lui déclara que c'était là son poste, et que rien ne l'en ferait partir, parce qu'il ne voulait pas qu'on pût le tromper au sujet des sacrements. Il y passa quatre jours et quatre nuits, ne s'éloig-nant que peu de temps pour aller prendre ses repas et se reposer un peu, mais en laissant alors à sa place deux prêtres dont il était parfaitement sûr.
la. duchesse de Berry ne céda pas. Au bout de peu de jours, comme nous l'avons dit, elle entra en convalescence (!}. Cette crise ne servît qu'à l'animer violemment contre le cardinal de Noailles, qui n'avait cependant fait que remplir son devoir cJon-
(i ) La princesse nyait donné le jour h une nile : Duclos nous apprend qu'il vit celle enfant dans sa jeunesse, et qu'au raoment où il âcrÎTail ses mÉmoires elle était religieuse h Ponloise, avec 400 livres de peasion.
sciencieusement et de façon à mériter Tapprobation unanime d'une cour où il comptait beaucoup d'ennemis, et à resserrer encore les liens qui unissaient la princesse aux deux personnagpes sig^nalés par le prélat à la vindicte publique. Elle ne voulut presque voir qu'eux pendant sa convalescence; elle reçut à peine et très-brièvement ses parents et Madame ; elle manda quelquefois M""" de Saint- Simon, qui y venait à contre-cœur, comme on peut le penser, « prenoit pour bon ce que matf dame la duchesse de Berry lui disoit de sa santé, « et se retiroit au plus vite. » Madame ne parle qu'une seule fois dans ses lettres de cette maladie de sa petite-fille et sans laisser jflace à la moindre allusion : « La duchesse de Berri est malade, écrit- « elle le 2 avril, elle a la fièvre et des vapeurs; c'est « l'efiet des parfums horriblement forts qu'elle a « toujours dans son appartement, et qui font beaua coup de mal. J'en ai prévenu, mais on ne m'a « pas écoutée ; il est d'ailleurs impossible de se a bien porter avec son affreuse gloutonnerie ; chan que soir elle se met à table à huit ou neuf heures ce et elle mangue jusqu'à trois heures du matin. S'il a lui arrivoit quelque chose de fâcheux, mon fils « en seroit inconsolable , car c'est au monde la « personne qu'il aime le mieux. » Quelques jours après la vieille princesse insiste comme pour bien montrer qu'elle ne croyait à rien d'autre qu'à une maladie causée par l'intempérance : « La maladie a de la duchesse vient d'avoir bu trop d'eau- de- vie
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« et d*avoir énormément mangue ; dès qu'elle est « un peu mieux, elle se remet à boire et à faire de a nouveaux excès et elle éprouve une rechute (1). » La duchesse de Berry voulut se montrer un peu populaire pour tâcher de diminuer les bruits que ce scandale venait de provoquer dans la foule : elle fit dans ce but rouvrir les portes du jardin du Luxembourg», dont la fermeture avait causé tant de plaintes; puis elle imag^ina de se vouer au blanc elle et toute sa maison pour six mois, et de passer ce temps à Meudon (2). Ses officiers de leur côté firent chanter un Te Deum chez les Carmes déchaussés, et , après dîner, un second chez les Jacobins de la rue Saînt-Honoré'(3).
({) Lettre du 15 avril.
(2) Dangeau. — BuTat ajoute qu'elle se fit faire un carrosse blanc avec les harnais d^argent.
(3) Buvat.