‹ Les filles du régent: la duchesse de Berry, la̕bbesse de Chelles, la princesse de Modène, la reine dE̕spagne, la princesse de Conti, Mademoiselle de BeaujolaisChapitre 25 sur 41 · IM(L · texte numérisé non relu

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Renaud d'Ëste ; il « Taccable sans cesse » ; mais il ajoute : « Tout ce que j'ai pu faire jusqu'à présent a été de l'habituer à entendre parler d'eux avec moins de répugpnance. Je ne pus tirer hier soir autre chose de lui sinon que ceux qu'on n'avoit pas chassés pouvoient revenir (1). »

Salvatico avait été remplacé dans la confiance du duc par les marquis Guirardini et Lesquesini, qui le dirig*eaient absolument et étaient les auteurs de toutes ces honteuses tracasseries. « Le duc passe son temps dans sa chambre avec quelques-uns de ses confidents et avec quelques moines qui lui rendent compte des moindres minuties qui se passent dans la famille de Modène. Mais ces sang^liers étrang^ers (2), en s'emparant de son esprit, y ont si fortement imprimé les maximes de Machiavel et bouché toutes les avenues qui pourroient les détruire, que son cœur est devenu inaccessible à tout autre objet que de tenir ses sujets dans l'oppression, sans se faire le moindre scrupule de manquer aux paroles les plus positives (3). » Gampredon avait beau lui prouver, la plume à la main, qu'il ne servait pas les intérêts de la dot, il n'en obtenait aucune réponse, sinon l'expression du reg'ret de voir la princesse absente, avec son mari, et l'assurance qu'elle pouvait revenir à Reg'g^io pourvu « qu'elle ne troublât

(1) Du 23 février.

(2) Ces deux marquis étaient, l'un Génois et l'autre Lucquois.

(3) Du 23 février.

pas son repos ». Voilà l'unique réplique que je reçois à toutes mes tentatives (4). »

Le cardinal de Fleury se décida à annoncer à Campredon, en présence de l'impossibilité d'obtenir une solution convenable à Modène, que le roi paierait directement à la princesse l'intérêt du surplus de sa dot, à condition qu'on ne diminuerait pas de nouveau son apanag*e, qu'elle rentrerait à Reggpio et « ne sortiroit du duché sous aucun prétexte » . Il ordonnait ensuite à notre envoyé de quitter Modène a en laissant voir au duc le mécontentement du roi (2). » Pendant ce temps, Campredon avait encore nég'ocié et il avait parlé si raidement cette fois qu'après une longue conférence : « le duc à la fin m'embrasse, se lève , ferme sa porte et, consent à traiter avec moi sans se préoccuper de ses ministi^es. Il offrit de tout oublier aux conditions suivantes :

1** Le prince chassera Malag*ousi et dom Jacomo, auteurs de l'animosité du prince contre son père (3).

2" La princesse renverra dona Bosquetti.

3"* Ils reviendront sans retard à Reg*g»io et ne troubleront plus le repos du duc.

4^ Le duc se chargera de l'éducation de son petit-fils, si on le laisse demeurer avec lui.

5"* Le comte Bellicini, premier gentilhomme du

(1) Du 23 février.

(2) Dépêche du 25 mars.

(3) Campredon ajoute que c'était vrai et que la princesse lui avait dénoncé ces deux hommes comme les auteurs de sa mésintelligence avec son mari.

i08 LKS FILLRS DU RÉGENT.

prince, sera chargé de la dépense, et, si la rente de 8,000 pistoles ne suffîsoit pas, le duc y pourvoiroit.

6** Le duc paiera à 5 p. 1 00 Tintérêt du surplus de la dot de la princesse si le roi le verse et si la princesse se comportoit convenablement. »

Campredon transmit ces conditions à Gênes (1) et à Paris en demandant au roi ses ordres et en expliquant cette brusque conversion du vieux duc par le besoin pressant d'une somme d'arg*ent qu'il ne pouvait parvenir à trouver et que lui aurait procuré le versement du reliquat dû à sa belle -fille (2).

La princesse répondit la première en indiquant tout de suite le dang^er de cet arrangpement : le paiement de la dot entre leà mains de son beaupère mettait Charlotte d'Orléans absolument à sa discrétion. Elle refusa donc nettement son consentement, en discutant chaque article « très-fortement» , de l'avis même de Campredon. Elle réclamait le droit d'habiter Modène, comme seul moyen de combattre les intrig'ues de ses ennemis et de donner une valeur à la sag^esse de sa conduite. Elle concluait en ces termes très-sensés :

« Je vous fais toutes ces explications afin que vous voyiez que ce n'est que sur la raison et l'expérience du passé que je refuse un accommodement qui n'en auroit que le nom, mais seroit plus cruel que la plus violente guerre. Ce ne peut être que le

(1) « Rn les habillant n^ dit-il.

(2) Du 17 mars.

peu de séjour que vous avez fait à Modène qui vous a fait prêter Toreille, joint à votre droiture et à votre envie de chang'er ma triste situation. Plût à Dieu que l'exemple du passé me pût permettre d'espérer que cela y apportât du remède, mais jeserois digne de mes malheurs si cette même expérience ne me faisoit prévenir ce qui les peut augmenter (1), »

Cette détermination consterna Campredon qui espérait avoir trouvé une solution, dont, au fond, il avait trop de sens pour ne pas saisir les graves inconvénients si bien mis en lumière par la princesse : mais la mauvaise humeur l'emportait en ce moment chez lui : il manda immédiatement au cardinal de Fleury sa déconvenue, en protestant que ce refus allait combler les vujes du duc en lui « donnant le beau rôle » , perdre la princesse et hâter la séparation (2). Il lui écrivit en ce sens très-amèrement, puis il demanda une nouvelle entrevue à Renaud d'Esté qu'il trouva mécontent de ces lenteurs, de plus en plus animé contre sa belle-fille et absolument résolu à maintenir ses conditions. C'est sur ces entrefaites que Campredon reçut la note de notre gouvernement, du 29 mars, suivie d'une dépêche du 5 avril, rédig'ée par M. de Machault, se prononçant vivement contre les prétentions du duc de Modène. Mais notre envoyé avait déjà perdu courage, et, dès le 4, il écrivait au cardinal qu'il renon-

(1) Du 22 mai*s.

(2) Du 28 mars. — M"^ de Valois avait envoyé au cardinal de Fleury la copie de sa longue réponse en y joignant les plus pressantes instances.

ilO LES FILLES DU RÉGENT.

oàit à continuer son œuvre : « J'ai fait tout le possible et je n'ai rien à espérer. » Il s'exécuta cependant, après mûres réflexions , et remit officiellement au duc une note résumant les observations de sa belle-fille, en ajoutant qu'il le faisait par ordre exprès du Roi. Il était à ce moment très-vivement soutenu par notre g^ouvernement, et il avait été prévenu que la duchesse d'Orléans, à laquelle toutes ses dépêches étaient montrées, bien que conseillant le retour à Regg'io et prêchant la conciliation, approuvait cette fois la défiance qu'inspirait l'attitude de la cour de Modène. Les entrevues continuèrent de plus en plus pénibles entre le souverain entêté et le nég^ociateur, qui obtint de la princesse le renvoi de ses deux femmes de chambre. Mais rien n'avançait pour la question financière : M. de Machault dut, en conséquence, mander à la tille du Rég'ent que le Roi, ne trouvant pas digne de lui de poursuivre des tentatives inutiles, avait ordonné, de concert avec la duchesse d'Orléans qui était tenue au courant de tous ces incidents, le rappel de son ambassadeur : il la prévenait que les arrérages de sa dot. lui seraient régulièrement payés sur ses quittances, à condition, après avoir obtenu du duc des garanties contre toute diminution de sa pension , qu'elle rentrerait à Reggio « pour faire taire les récriminations et venir à bout d'un esprit aussi mal disposé et aussi difficile à manier (1). »

(I) Du 2 mai.

Elle répondit en ces termes :

a Je suis profondément touchée des bontés du Roi pour moy; mon respect et, si j'ose dire, tendre attachement pour S. M. me doivent servir de garant de la joie que j'aurai à lui donner toujours la preuve d'une parfaite obéissance à tout ce qui pourra dépendre de moi et produire les effets pour lesquels S. M. me daignera faire savoir ses volontés. » Après avoir exprimé ses regrets de ce que le roi ne brisait pas la résistance du duc, elle continue : « Cependant je me soumets de bon cœur à tout ce qu'il plaira à S. M. sur cette affaire, la suppliant de me vouloir bien accorder la continuation de sa protection de qui seule je puis espérer une fin à mes malheurs, et de me laisser la liberté de pouvoir regarder comme un sacrifice volontaire la peine que je ne doute pas deviner continuellement dans le séjour q,ue je me propose de faire à Reggio (1). » Elle terminait en proposant la conversion de ce qui lui était dû en rente à fonds perdus pour avoir des revenus plus considérables, « ce qui ne mérite pas la plus légère attention, » observe Machault (2).

Cette décision inquiéta le vieux duc, qui craignit de voir disparaître une somme dont il avait de plus en plus besoin. Il demanda donc de lui-même aussitôt à reprendre les négociations et fit des offres sérieuses pour la maison de ses enfants : la princesse

(i) De Génes^ 15 mai.

(2) Du 20 mai.

consentit à les accepter, par « l*extrêmeenvie quej'ai de contribuer, par tout ce qui peut dépendre de moi, à sa satisfaction» (1). Mais il y joigpnait des articles « impossibles d, et elle demandait seulement de stipuler une augmentation proportionnée au nombre des enfants qu'elle pourrait avoir. Gampredon était venu apporter à Gênes les propositions du duc, qu'il jug^eait aussi «ridicules» qu'elles étaient appréciées de Versailles, où Ton qualifiait cet acte de « bizarre et sing*ulier (2) » . Gampredon voulait cependant en finir : il déclarait à Fleury qu'il ne fallait pas demander au duc un arrangement raisonnable et que ce serait encore pire de le discuter, parce qu'il en profiterait pour se dédire (3). Il fit donc recopier au net cet instrument et crut avoir enfin tout gagné. Mais quand il s'agit de signer, le prince se rétracta sur plusieurs points précédemment acceptés par lui : l'acte fut lu et relu a plus de dix fois ; il a fallu passer toute la nuit en discussions et reproches réciproques entre le prince et la princesse qui étoient venus chez moi pour en finir. Enfin, je lui ai fait signer chacun des articles séparément (4), pour que le prince ne pût dire que le bon de sa main n'est pas une approbation réelle. Je ne puis assurer

({) Du 3i mai.

(2) Dépêche du roi, du 23 mai.

(3) Il écmait ii Fieury le 4 juin que le duc a^ait demandé la garantie de rjirlicle, mais qu'il n'avait rien promis, et a que le duc serait bien forcé de se contenter de ce qu'il plaira au roi. »

(4) Il y en avait dix-huit.

encore si, malgré cette précaution, le traité sera mis dans toute sa perfection et je remarque avec douleur qu'il reste toujours de part et d'autre un levain de méfiance. Le prince s'est retiré le premier, et la princesse^ pendant que je la reconduisois, a laissé sur ma table le billet suivant :

« Ce 4 juin 1725, avant que de sortir de chez « M. l'Envoyé, je me proteste que tout ce que j'ay 0 vu en M. le duc de Modène, sa rétractation de ce a qu'il a écrit et approuvé lui-même, fait que, quel- « que obéissance que je professe au roi, j'embras- (( serai plutôt la mort que de consentir à retourner « à Reggpio, que S. M. n'ait la bonté de me pro- (( mettre un asile dans son royaume si le prince me (( manque de parole et continue à me traiter aussi a mal que par le passé. »

C'était tout simplement la rupture de l'arrangement, un véritable naufrage au port. Campredon ne se tint pas pour battu ; le lendemain matin, a la trouvant plus tranquille,je l'ai convaincue de s'exécuter sans envoyer le billet que je communique seulement ofQcieusement à V. E. (1).» Et le 11 juin il mandait au vieux duc que les deux valets et les deux femmes de chambre étaient renvoyés. De son côté, le roi écrivait à ce prince pour le remercier d'avoir, «à sa considération,» consenti au paiement des intérêts de la dot et pour insister sur les « excellentes résolutions de madame la princesse, tendant

(1) Du 7 juin.

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