‹ Les filles du régent: la duchesse de Berry, la̕bbesse de Chelles, la princesse de Modène, la reine dE̕spagne, la princesse de Conti, Mademoiselle de BeaujolaisChapitre 26 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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à établir entre vous et elle les bannes intelligpenoes, l'union et tous les sentiments que vous pouvez souhaiter (i). » Le roi adressa aussi des remercîmenls à sa tante , en l'encourag'eant à persévérer et en l'assurant, à ce prix, de son amitié. Sa lettre au prince était plus froide (2).

Il y eut cependant encore des difficultés de la part de Renaud d'Esté pour le paiement, chapitre sur lequel il était intraitable. La princesse s'en plaig*nit par une lettre datée de Gênes du 28 août ; mais elles paraissent avoir été promptement aplanies, car elle était rentrée à Reg^g^io à peu de jours de là. Mais , hélas ! dans quelles conditions ! « J'y ai tout trouvé dans un désordre énorme, écritelle le 5 septembre à Gampredon ; on me conteste de nouveau les sommes qui me sont dues ; on me tracasse par tous les moyens. Ge nonobstant Je paye de douceur. Je suis résolue de faire mon possible pour adoucir les esprits et mettre les choses en bon ordre. Mes enfants sont en bonne santé...; ma mère doit être contente. » A Golibeaux, alors à Paris, elle mande le 1 1 : « J'ai bien lieu de me repentir de mon retour, tout estant en un estât encore plus déplorable qu'avant mon départ. » Elle le suppliait d'inter^ céder auprès du roi « en qui est mon seul espoir » . L'attitude du duc éloigpnait en effet par crainte tout

(i) Du 21 juin.

(2) Du 10 juillet 1729. La princesse y répondit le 26^ par des remerciments et en constatant que l'approbation du roi rend ce traité « irrévocable V.

le monde de sa belle-fille ; la noblesse modénaise lui montrait peu de respect (1), et, depuis deux ans qu'elle avait perdu la marquise Rang^oni, elle ne pouvait trouver personne pour reipplir la charge de dame d'honneur. Le duc lui fit sèchement répondre que cela ne le regardait pas, et qu'elle en conférât avec Bellencini(2). Elle envoya alors ses plaintes à Paris, d'où M. de Chauvelin, lui donnant parfaitement raison , l'informa qu'il en avait parlé sévèrement par ordre du roi à l'envoyé de Modène (3). Les choses s'envenimèrent de nouveau , mais sans abattre la princesse, qui se sentait soutenue à Versailles. Elle pria Gampredon d'intervenir a par une lettre menaçante au duc (4) » . Notre pauvre diplomate prit aussitôt la plume : « S. M. m'a commandé de faire à V. M. les représentations que je jugerai les plus propres à faire cesser des sujets de plaintes que toutes les personnes impartiales trouveront fondées (5). » Et le duc répondit « en l'air, en ajoutant qu'il n'avoit rien reçu de Paris et qu'il attendroit (6) » .

A bout de courage cependant après ces alternatives, la princesse essaya de se retourner une dernière fois vers sa mère, qui montra dans toute cette

(1) La princesse au duc de Modène^ 15 octobre.

(2) Du 21 octobre*

(3) Du 22 novembre*

(4) Du 6 décembre.

(6) Du 15 décembre.

(6) Du 2 janvier 4730.

affaire la plus réprékensible indifférence. La princesse avait pu en effet avoir des torts pendant son séjour en France; mais, depuis qu'elle était en Italie, sa conduite privée n'avait donné lieu à aucune critique, et les amertumes, les injustices dont elle était abreuvée étaient suffisantes pour effacer le souvenir de ses premières excentricités. Elle était profondément malheureuse, indig'nement maltraitée, et l'attitude de la duchesse d'Orléans ne saurait être trop sévèrement appréciée. Quand elle n'aurait pas eu les sentiments d'une tendre mère, son devoir était de défendre sa fille et de sentir au moins plus vive* ment les insultes faites à l'honneur de sa maison dont elle s'était montrée dans un autre temps et avec peu de raison si follement entichée. Charlotte d''Orléans s'adressa donc à sa mère en désespoir de causé ; elle lui exposa sa position en gpémissant, et en représentant la ferme volonté de son beau-père de ne rien tenir de ses engag-ements (1).

« J'ai toujours eu pour vous, ma chère maman, la soumission non-seulement d'une bonne fille, maismême d'une fillepupille rjevous ai informée de tout ce qui s'est passé, je n'en ai jamais retiré autre serviceque d'être accuséeque c'est par ma fautequeje suis devenue malheureuse... Permettez-moi de vous dire que vous n'avez jamais montré de vivacité dans ce qui me reg^arde, que pour vous opposer à ce que

(1) Du 25 janvier 1730.

MADEMOISELLE DE VALOIS. i17

VOUS avez cru que je désirois. Vous me dites que c'est par amitié pour moi : mais oublierez-vous toujours que j'ai trente ans, et par conséquent ne songe qu'à m'asaurer une vie tranquille; que de plus, si j'ai eu des idées du côté de la France, ce n'étoit que d'accord avec mon marî seulement et nullement pour Paris? Ainsi je ne vous eusse point présenté un visage que je n'ay que trop lieu de vous croire odieux. Ce à quoi je ne puis résister, c'est de voir que vous seule dans tout l'univers me vouliez donner tort. Ce n'est point par manque de respect ni d'attachement que je m'en vais vous demander une grâce, mais si je suis assez malheureuse pour que votre cœur prenne toujours le parti de M. le Duc contre moi, permettez-moi de m'en tenir aux protestations de respect et de tendresse, et de ne vous plus informer de ce qui m'arrivera, et joignez-y la bonté de déclarera M. le cardinal de Fleury que vous ne voulez plus entrer en rien de ce qui me regarde. »

Il ne paraît pas que la duchesse d'Orléans ait même répondu à cette lettre dont il est impossible de ne pas remarquer la dignité et l'élévation. Tout con-tinua à aller de mal en pis, aucun payement n'était fait. Au milieu de l'été, la princesse accoucha encore d'un fils (14 juillet). Les humiliations dont on accablait jusqu'à ses domestiques les plus inoffensifs lui rendirent plus vive l'envie de s'éloigner aussitôt après son rétablissement. Une tentative d'assassinat commise par les archers du duc contre

148 LES FILLES DU r£0ENT.

un de ses g^ens acheva de l'exaspérer {{) : elle en écrivit à Ghauvelin pour lui dire qu'au lieu, sur sa plainte, d'avoir fait poursuivre les meurtriers, son béau-père les avait récompensés (2). Le 2 novembre, elle recourut à Fleury pour obtenir la permission de venir attendre à Marseille que sa situation fût améliorée. «Cette permission, dit-elle très-adroitement, n'est point toute nouvelle. S. M. avoit eu la bonté de m'en accorder une à peu près semblable il y a quelques années, mais la mort de mon fils aîné m'empêcha d'en profiter. » Fleury se contenta de lui répondre que son frère ne trouvait pas qu'il y eût motif suffisant pour quitter Reggio, ne croyant pas que le duc eût réellement voulu lui faire une insulte (3). Elle répliqua au premier ministre par une longpue lettre, non écrite de sa main, à cause de l'état maladif de ses yeux, et dans laquelle elle exhalait toutes ses plaintes et tous ses gpriefs (4). En même temps elle s'adressait encore à sa mère pour lui exposer qu'elle n'avait pas de quoi vivre convenablement, à ce point qu'elle avait dû emprunter pour acquitter les frais de ses dernières couches. Mais elle ne devait plus rien espérer de sa famille, et nous allons voir le duc d'Orléans renchérir encore sur l'indifférence malveillante de sa mère. Fleury lui écrivit en effet que ce

(1) Commise le 17 août.

(2) Du 25 septembre.

(3) Du 5 décembre.

(4) Du !•' janvier 1731.

prince « a répondu que tout cela ne le regardoit pas, qu'il ne s'en mêloit pas, et que je devois m*adresser à madame sa mère : » il lui transmettait ses sympathiques condoléances, en la suppliant de ne pas tenter de nouvelle escapade, a Je ne puis rien faire que de concert avec la famille, ajoute-t-il tristement^ qui ne trouveroit pas bon avec raison que je me mêlasse plus qu'elle de ses affaires et seroit endroit de me désavouer (1 ) . » On avouera qu'une pareille situation était faite pour aigrir le caractère le plus pacifique. Soit habitude cependant, soit résignation ou découragement, la princesse se tut et céda. Aussi, grande dut être sa surprise, quand elle se vit régler les arrérages qu'on lui devait depuis deux ans (9 juillet). Quelques jours après, elle eut à annoncer au roi la mort de son second fils (12 juillet). Le payement de l'arriéré amena un peu de calme dans la triste cour de Reggio, et mit fin pour quelque temps à toute correspondance avec la France, et il nous faut arriver à la fin de l'année 1732 pour entendre parler de la princesse de Modène. A cette époque, le marquis de Bissy représentait notre gouvernement à Parme, et entretenait de bons rapports avec la petite cour de Reggio. Il y envoya une fois son fils porteur de gracieuses paroles du roi (2), et

(1) Du 16 féTrierl731.

(2) Lettre de remerctments de la princesse, 26 décembre 1732.

(Aff. étr.)

i20 LES FILLBS DU RÉGENT.

lui-même y vint au mois de janvier suivant. Il rendit compte de sa visite au cardinal de Fleury, dans une lettre qui contient de précieux détails (1) :

« Madame la Princesse demande beaucoup la protection de la France pour elle et pour son mari, convenant cependant avec moi qu'il étoit devenu Autrichien; que le fond en étoit très-bon; qu'il avoit été piqué qu'on lui eût refusé de se retirer en France, qui estoit un asile où il auroit vécu en chang*eant de nom dans une province, à moins de frais qu'à Reg^gio, et avec une apparence de protection de notre part. Elle accuse madame sa mère d'être cause de ce refus, car elle me dit qu'il ne s'est fait que par complaisance pour elle, et qu'elle croit savoir que de votre part vous n'y auriez trouvé aucun inconvénient. Elle convint avec moi de l'autorité et du crédit qu'elle a sur l'esprit de son mari, qui, avec de bonnes qualités, étoit un homme assez foible. On pourroit le faire changer avec quelque façon gracieuse, si tant est qu'on le croye nécessaire à quelque chose. Effectivement, elle a beaucoup de crédit sur lui. Il la prie de m'empêcher d'aller dans ses appartements et dans celui de ses enfants qu'elle me fit venir, n'étant pas meublés de façon à y recevoir personne. L'un et l'autre m'ont fait promettre avec toutes sortes d'instances de retourner de temps en temps, mais vous croyez bien que je n'exécuterai sur cela ce que j'ai promis, qu'autant

(1) Du 16 janvier 1733. (Aff. élr.)

MADBMOISELIB DE VALOIS. i24

que vous me manderez que cela convient. Le prince a été excessivement sensible à la Toison que l'Empereur lui a donnée il y a quelque ten\ps, ce qui cependant n'est pas un objet si grand pour un homme comme luy. »

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