‹ Les filles du régent: la duchesse de Berry, la̕bbesse de Chelles, la princesse de Modène, la reine dE̕spagne, la princesse de Conti, Mademoiselle de BeaujolaisChapitre 36 sur 41 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Le duc de Bourbon opposé à l'abdication. — Enyoi de Tessé, — Il arrive trop tard. — Le roi Louis ne règne que nominatiTement. — La reine Elisabeth déteste sa belle^e. — Continuation des excentricité» de celle-ci. — Le peuple aime son mari. — Intrigues. — ÀTenture de Magny.— La jeune reine n'écoute aucun avis. — Elle est enfermée. — SéTérité du roi. — Démarches de Tessé. — Froideur du gouTemement français. — Fin de la punition. — Le roi parait aimer de nouveau la reine. — Maladie et mort rapide du roi Louis. — Abandon de sa veuTe. — La France n'en veut pas et l'Espagne refuse de la garder.— Le texte de son contrat de mariage décide son retour. — Airtngements financiers. — Débats pour les frais de son voyage. — Elle est installée à Vincennes. — Obscurité de ses dernières années. — Sa mort.

Mais le duc d'Orléans était déjà mort au moment où Goulang^es rédig*eait cette dépêche, et elle fut reçue par le duc de Bourbon. Ce prince pensait tout différemment sur cette question du vivant du Régent; il voyait l'abdication de Philippe V avec un extrême déplaisir, parce qu'elle g*randissait la maison d'Orléans (1). Il ne s'inquiétait ni des intérêts politiques du pays, ni de la reconnaissance qu*en résumé il aurait dû conserver pour la conduite du

(i) Jobez, Hist, de la Pranr.e mis Louis XV, tom. IL

LA REINE B'SSPAGNE. 399

Régent à son égard dans l'affaire de la conspira^ lion de Cellamarre, ni du caractère du nouveau duc d'Orléans, dont la nullité aurait dû lui enlever toute inquiétude : il ne songeait qu'à assurer l'héritage du trône de France à un autre prince qu'à un membre de la famille qu'il détestait. L'abdication de PhilippeV grandissait précisément l'influence de la branche d'Orléans, et le duc de Bourbon voulait à tout prix prévenir cette complication déplorable pour ses projets. C'est après avoir lu la dépêche de Coulànges démontrant si clairement le préjudice causé par Tabsence d'un ambassadeur français à Madrid, qu'il se hâta de faire choix du maréchal de Tessé, et de lui ordonner de partir en diligience. Mais il était trop tard, ôt quand Tessé arriva à San-Ildefonso le 20 février 1724, tout était consommé. Il s'empressa de se rendre chez le roi Philippe, qu'il trouva avec sa femme . Celle-ci voulut se retirer, mais le maréchal, connaissant bien à l'avance son ten^ain, se hâta de lui déclarer qu'il n'avait « rien à dire qu'elle ne pût savoir ; et je^ puis assurer, ajo«te-t-il, qu'elle demeura sans répugnance (1). » Il ne rendit^ visite au roi Louis, à Madrid, que le 28. * Je -trouvay ^le roy seul dans son cabinet, écrit-il, non qu'il n'y eût bien des curieux dans les antichambres et dans sa chambre, mais la porte fut fermée. Je ne suis pas aussi sot que je vous le parus. Sire, quand je pris congé de V. M. Ce prince est bien fait et d'une jolie

{i) A//, éff ., Tol. d'Esp. 33 1 ,

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figure ; il m'éeoula attentivement, me regarda de même, et me répondit plutôt de mine que de paroles. Jepassay chez la reine, où mon audience fut plus égayée de paroles. Cette princesse est certainement mieux de figure qu'elle n'étoit quand elle partit de France (1). » Peu de jours après, il compléta les portraits des nouveaux souverains : « Le roi Louis a de l'esprit et ressemble infiniment à la figure de son grand-père, mais il n'y a pas moyen d'en tirer un mot. La jeune reine est vraie (2).... Je vous assure qu'elle a appris bien des choses au Palais-Royal (3).... »)

Le nouveau roi n'était pas capable en effet de porter le poids de la couronne, ni de diriger la trop originale princesse que les exigences de la politique avaient associée à son sort, et pour laquelle son amour se refroidissait sensiblement. C'était un enfant qui se plaisait alors, soit à se quereller avec sa fenune, soit à faire des malices puériles : il parcourait quelquefois ses propres jardins, en sacca* géant les massifis de fleurs, pour avoir le plaisir d'entendre le lendemain les plaintes des gardiens. Quant à la reine, elle n'avait renoncé à aucune de ses excentricités auxquelles l'exercice du pouvoir absolu semblait au contraire devoir imprimer un

(2) Suit im passage trop irif dans lequel Tessé exprime son doute absolu sur la conclusion sérieuse du mariage.

(3) Suit encore une anecdote des plus scabreuses et datant, dit le marécbal, de vingt-quatre heures. Dépèche du 0 mai. ïbid.

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nouvel essor : nous en allons désormais suivre tous les développements dans la correspondance du nouvel ambassadeur (1).

De pareils princes devaient fournir libre carrière aux intrig^ues et aux intrigants, partagées entre les anciens souverains, dont plus d'un entrevoyait déjà le retour, et les nouveaux dont on connaissait le peu de consistance^ mais qu'on cherchait à sous* traire àTii^jOluence du roi Philippe, sans l'avis préalable duquel le roi Louis ne décidait rien (2). « Je mcu'che à tâtons, » écrit Tessé le 14 mars. Il constate avec plaisir que le président de Gastille était favorable à la France, mais en même temps il fournit de curieux détails sur le premier ministre Gri^ mcddo, dont nous avons vu la femme refuser une pension, mais en accepter l'équivalent annuellement en bijoux. « Le marquis Grimaldo est vendu aux Anglois comme on vend du bœuf a la bouche* rie, et voici une assez plaisante chose. Feu le cardinal Dubois, en recevant une pension du roi d'Ang'ieterre, mande à Grimaldo qu'il lui en avoit fait ménager autant. Ce n'est pas un conte de fée que je vous mande, mais ce qu'il y a de beau, c'est que feu M, le duc d'Orléans a donné la main à ces deux pensions : passez-moi le séné, je vous passerai l'émétîque. Voilà comme les affaires d'État sont con-

(i) La reine mécou tenta la haute noblesée et la ville en admettant des conviTes à sa propre table^ notanunent ses dames d'honneur. (Coulanges^ 20 février 1724. 16.)

(2) Tessé^ 6 mars. Ib.

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duiies (1). » 11 oonstate aussi Tinfluence absolue du vieux roi : « Le jeune roi a un respect indicible pour son père. D'ici à long^teoips la jeune reine ne prendra aucuqe autorité sur Fesprit de son mari (2). » G est sur ces entrefaites qu'il se produisit un incident qui fit g*rand bruit et qui nuisit considérablement à Elisabeth d'Orléans dans le public. Saint-Simon raconte qu'un jour, suivant son habitude, cette princesse, en chemise, avec une robe légère par-dessus, sans bas ni jupes, étant juchée sur une échelle dans sa chambre, la peur la prit et elle appela au se« cours. Foucault de Magpny, — le même que nous avons vu chassé de France pour une esclandre à un bal de la duchesse de Berry, et qui, ayant cherché fortune en Espagne, y était devenu majordome de la jeune reine, après avoir été g'ouverneur des Infants, — accourut, sauta sur Téchelle et aida la princesse à descendre. Gelle-ci, le soir même, se plaignit d'avoir été indignement outragée par lui. Gomme en pareil cas la tête du coupable d'un tel attentat n'aurait pu être soustraite à Téchafaud, Philippe V voulut prévenir un aussi terrible dénouement, et il demanda à Tessé de faire immédiatement rappeler Magny. Le maréchal s'empressa de rendre compte de l'aventure au duc de Bourbon, voici en quels termes, et nous demandons la permission de n'en retrancher

(i) Le 28 mars, le duc de Bonrbon lui l'épondit pour reconnaître le iiiérite de la découverte faite par Tesséi (2) Dépêche du 27 mars^

Là EEINB d'XSPAGMK. 3(Ki

aucun, malgré leur assez g^rande liberté : «Je lui la* verai la tête, mais ce sera pour la sottise qu'il a faite en venant en ce pays ci, car pour l'imprudence qu'il a eue avec la reine, s*il y a quelque personne à réprimander, c'est elle qui s'est fait faux mérite d'une chose dont lé pauvre diable est. innocent. Elle étoit montée au haut d'une échelle, et elle montroit son derrière pour ne pas dire autre chose ; elle pensa tomber et cria au secours. Ma]g^ny monta et l'aida à descendre devant toutes les femmes; mais, à moins d'être aveugple, il falloit bien que Magny vit ce que certainement il ne cherchoit pas à voir, et qu'elle a l'usage de montrer très-librement. La reine, pour se faire uil mérite qui ne lui a pas réussi, Taccusa d'avoir été insolent. En vérité, Ton ne l'est avec ces dames que lorsqu'on veut forcer a l'être (1). » Le duc de fiourbôn eut de la peine à se décider à frapper Magny, tant était grande chez lui la satisfaction de voir humilier un membre de la famille d'Orléans. La vieille reine intervint, et c'est devant ses instances que l'on se déterminât à sévir : (iJ'oubliois de vous remercier, écrit Teasé, de ce que vous avez fait pour Magny. Si j'avois pu penser que cela eût fait de la peine là-bas,' je n'en aurois pas ouvert la bouche, car je n'ai rien à faire avec lui ; mais ce n'a été que par charité que je l'ai fait, pour mettre à couvert la jeune personne qui y

(1) t)a 31 avril 1724. Aff. é^.— Lemontey rapporte cetle aneedote> et cite des extraits complètement dénaturés de cette dépédiéi*

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étoit intéressée et qui nous touche de si près (4). » Ce n'était nullement par affection que Elisabeth Farnèse venait d'agir ainsi dans l'intérêt de sa bellefîUe ; elle voulut uniquement prévenir un scandale qui aurait sing*ulièrement nui à l'honneur de la cour d'Espagne. Elle en était arrivée à détester la jeune reine, à laquelle elle ne pouvait par* donner de régner. Elle s'en ouvrait franchement avec Tessé, qui montrait la plus grande déférence envers les anciens souverains , connaissant leur influence sur le roi Louis, et ne doutant pas de leur retour sur le trône. Dès le 2S février, Tessé écrivait : « La reine, femme de Philippe, ne peut la souffrir ; » le 7 avril : « La reine m'a dit : Nous avons fait une terrible acquisition ; elle sera comme ses sœurs, si elle n'est pire. » A cette époque, précisément, une ardente cabale poussait le jeune roi à gouverner par lui-même, au lieu de toujours consulter son père ; mais elle se heurtait à une volonté bien arrêtée dans le sens contraire, et il ne faut pas se dissimuler qu'un des principaux motifs de l'asservissement du roi Louis, était l'attitude de sa femme, qui le forçait à se rejeter toigours auprès de ses parents, auxquels il contait ses peines, et qui le plaignaient et le consolaient. « Bien que Ton travaille malicieusement à Madrid à faire penser au jeune roi qu'il doit gou-

(1) Lemontey. — Magny en arrivant en France^ trauva une lettre de cachet lui défendant d'approcher de Paris.

verner indépendamment de son père, jamais ils n'en viendront à bout dans les choses essentielles. En voici un petit exemple : N'avez-vous jamais ouï dire le proverbe : ce que femme veut, Dieu le veut? La reine vouloit absolument quelque chose que l'on ne vouloit pas à San Ildefonso. Elle se fâcha, elle bouda, elle pleura , et enfin, dit-elle, n'êtesvous pas le roi et ne suis-je pas la reine? — Oui, dit le roi, mon père est mon maître et le vôtre (1). » Gela ne décourageait pas les intrigants, qui se donnèrent bientôt libre carrière à la cour de TEscurial. Le roi Louis accordait toute sa confiance au secrétaire d'Etat Orondayn, ce qui excita le mécontentement et l'inquiétude de Grimaldo, lequel n'hésita pas, par l'intermédiaire du P. Bermudez, à se réconcilier avec le président de Gastille : « Les cabales sont plus vives que jamais, » écrit le 19 juin Tessé, qui rend un compte régulier de la manière dont le roi Louis entendait le gouvernement. Il assistait régulièrement à son lever, où jamais ce prince ne l'entretenait d'affaires (2) ; aussi enregistre-fc-il avec un profond étonnement la réception qui lui fut faite le 8 juin. Le roi l'accueillit, en lui exprimant ses regrets, à la nouvelle que nos plénipotentiaires à Cambrai abandonnaient les intérêts de la couronne d'Espagne, en l'assurant que jamais il

(1) TeMé, 5 juin 1722, vol. 335.

(2) « Je le crois peu sensible à sa gloire, ni au gouvernement, ni avoir ouTerture d^esprit pour les affaires. » (Tessé, 8 juin.)

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