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D OU VIENNENT LE CULTE DES ANCETRES ET LE CÉNOBITISME

Le culte des ancêtres si fort en honneur dans l'antiquité, conservé jusqu'à nos jours par tous les peuples de l'Orient, est né d'une croyance antérieure aux védas, et remonte aux premiers temps de l'époque patriarcale.

En outre des légendes, prières [et invocations, que nous avons données, qu'on interroge les monuments les plus anciens de la littérature religieuse des Indous, les quelques fragments antérieurs aux livres sacrés qui nous restent du premier Manou. Quelques hymnes de ValmiM, et tout le recueil connu sous le nom de Nikâra, partout on retrouvera à côté de la foi en un Dieu unique, et à l'immortalité de l'âme, la croyance que l'homme ne pouvait entrer au séjour céleste et s'absorber dans la, grande âme, c'est-à-dire dans le sein de Brahma, s'il ne laissait derrière lui un fils qui put acomplir sur sa tombe les cérémonies funéraires de la purification, destinées à laver l'âme et le corps des dernières souillures contractés sur la terre.

Le père de famille défunt avait, pendant le cours de sa vie, racheté les fautes qu'il avait pu commettre, par la prière, par la méditation sur Dieu et la pratique de toutes le vertus; mais quoi qu'il eût fait de bien, que la mort l'ait frappé subitement, ou après une longue maladie, il n'avait pas eu le temps de se purifier de ses derniers souillures; et dès lors, comme l'âme ne pouvait retourner au séjour des bienheureux avant que la moindre tache à sa pureté ait été été enlevée; le fils aîné ouvrait à son père la porte de Brahma, par le jeûne, les prières et les cérémonies funéraires qu'il

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accomplissait sur sa tombe, et qui avaient le don d'enlever jusqu'aux péchés les plus légers du défunt.

Ces cérémonies ne pouvaient être accomplies par une autre personne que le fils du mort, du fait d'un parent, même le plus rapproché, elles eussent été inefficaces. Et comme il se pouvait que des fautes graves que le défunt n'avait pas eu le temps de purifier, l'aient fait condamner par Brahma à un long exil. Le fils aîné devait chaque année, à l'anniversaire du décès de son père, répéter sur sa tombe ou sur l'urne qui contenait ses cendres, les mêmes cérémonies.

Celui qui ne laissait pas de fils, pour le suppléer, et accomplir la purification funéraire, à mesure qu'il avançait en âge, devait veiller avec le plus grand soin à ses actions, afin de commettre le moins de fautes possibles, car il devait s'attendre à subir dans son entier la punition que Brahma lui infligerait pour les dernières souillures.

Telle était la croyance!

Il y a là sans qu'on s'en doute, l'explication naturelle, logique, d'une foule de mœurs, de coutumes civiles et religieuses qui, à travers l'antiquité, sont parvenues jusqu'à nous, et à qui bien qu'elles se soient tranformées, il nous sera facile d'assigner leur origine.

Ce fut une nécessité impérieuse et devant laquelle toute autre devait céder, que de laisser après sa mort un fils qui put vous remplacer, et vous ouvrir le ciel par ses mortifications et ses prières. Aussi la femme stérile, allait-elle d'elle-même faire choix d'une seconde épouse pour son mari, et l'introduisait-elle sans répugnance dans le lit conjugal.

Si la première femme craignait, que la beauté, la jeunesse d'une seconde épouse, put nuire à son influence dans la maison, et à l'affection que son mari lui portait, au lieu de lui permettre une autre femme légitime, elle lui conduisait une de ses servantes, parmi les plus robustes et les plus jeunes, la choisissant vierge; et le fils qui naissait de cette femme de basse classe, n'appartenait pas à sa mère naturelle ; il était dit issu de la femme légitime de son père. Cette dernière était considérée, comme n'ayant cédé temporairement

une portion de ses droits à une étrangère que dans son propre intérêt, et pour donner, pour ainsi dire par procuration, à son mari, un fils qu'elle n'avait pu procréer elle-même.

Dans la primitive société indoue le mari ne pouvait en aucun cas, se choisir une seconde femme et l'introduire dans sa maison, ni même contracter une union passagère avec une femme inférieure, il lui fallait le consentement de sa femme légitime, qui dans les deux cas, soit qu'elle admit une femme comme seconde épouse, soit qu'elle consentit à un simple lien passager, avait toujours le choix de la femme. Et cela n'était que logique. Cette dérogation à la loi n'ayant pas eu en vue les plaisirs de l'époux, on admettait qu'elle ne pouvait avoir lieu que par une cession volontaire d'une partie de ses droits par la femme légitime.

Il est certain que lapolygamie, qui devint une institution reconnue dans tout l'Orient, qui fut acceptée des Égyptiens et des Hébreux, que Mahomet sanctionna plus tard, vient de là.

Ce qui rattache l'origine de cette coutume, d'une manière indiscutable, à l'idée religieuse que nous venons d'énoncer, c'est que dans l'Inde, aux lieux où la croyance primitive, cause de la coutume, s'était conservée dans toute sa pureté, la polygamie ne fut jamais qu'une exception admise en cas de stérilité seulement de la femme légitime, et encore fût-il loisible à cette dernière, de n'admettre que temporairement une concubine.

La Perse sous les mages, l'Arabie et l'Egypte, reçurent cette coutume avec la croyance religieuse dont elle découlait, et vous rencontrez à chaque pas, dans les annales anciennes des émigrations qui peuplèrent ces contrées, dans les inscriptions, dans les bas-reliefs des temples, la preuve que le fils aîné était l'officiant des cérémonies funéraires de la famille, le chef du culte des ancêtres.

Moïse en copiant de souvenir les livres sacrés de l'Egypte et de l'Inde, auxquels il avait été initié par les prêtres à la cour des Pharaons, relate également cette coutume dans la biographie apocryphe des patriarches, qu'il écrivit à la hâte en tête de son livre, pour se rattacher par Adam, à

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une prétendue révélation primitive. Mais comme toujours, il se garde bien de donner l'esprit de la loi, d'expliquer la croyance qui a engendré la loi.

Écoutons ce qu'il dit au chapitre seizième de la Genèse :

« Or Sarah, femme d'Abraham, était sans enfants; mais ayant une servante égyptienne nommé Agar.

« Elle dit à son mari : Voilà maintenant que le Seigneur m'a privé d'enfanter, approchez-vous de votre servante, peut-être aurais-je des enfants d'elle, et lorsque Abraham eut consentit à sa prière.

« Elle prit Agar, sa servante égyptienne, dix ans après qu'ils eurent commencé d'habiter en la terre de Ghanaan, et la donna pour concubine à son mari.

« Abraham s'approcha d'elle, et l'ayant connue, elle conçut; mais Agar voyant qu'elle allait donner un fils à son maître, dédaigna Sarah sa maîtresse.

« Et Sarah dit à Abraham, vous agissez injustement contre moi, j'ai mis ma servante entre vos bras, laquelle voyant qu'elle a conçu me méprise. Que le Seigneur soit juge entre toi et moi.

« Abraham lui répondit : Voilà ta servante qui est entre tes mains, fais d'elle ce que tu voudras. Donc Sarah repoussa celle-ci, et Agar s'enfuit.

Voilà bien, saisie sur le vif, la coutume indoue et égyptienne tout entière. Sarah n'ayant pas d'enfant, en désire un par une autre femme, et elle conduit sa servante à son mari, afin que d'elle lui naisse un fils.

Mais pourquoi cette nécessité d'un fils? pourquoi cette fiction qui faire dire à Sarah, peut-être aurais-je des enfants d'elle.

Sans doute on pourra dire qu'Abraham désirait des enfants, pour perpétuer son nom et sa race sur la terre, pour leur laisser les troupeaux, les biens qu'il possédait, et qu'il y a là une explication suffisante de son action... Gela est vrai; mais qu'importait à Sarah un fils qui n'était point sorti de son sein, une descendance qui n'était point la sienne. Maitresse à la maison elle risquait de se donner une rivale, de

perdre son autorité, et tout cela pour donner des héritiers à son mari qui ne fussent point de son sang?

Gela n'est pas clans la nature, et quiconque connaît un peu le cœur humain n'admettra jamais la possibilité d'une telle abnégation. de la part de la femme, [à moins des motifs les plus impérieux et les plus graves, surtout, si comme dans ce cas, tout ce qu'il y a en elle de sentiments délicats doit en être froissé.

Dira-t-on que c'était dans les mœurs de l'époque?- que la femme était esclave des volontés du maître et n'avait qu'à obéir? Une foule de gens n'ont pas d'autre réponse aux textes qui les embarrassent, ils semblent ne pas voir que ce sont ces mœurs qu'il s'agit d'expliquer.

Nous répondrons que la femme ne fût pas une esclave aux époques patriarcales, et que Sarah se charge elle-même du soin de nous le prouver, en choisissant la concubine qu'elle veut bien permettre à son mari, et en la chassant ensuite au premier acte d'orgueil qui vient blesser sa susceptibilité de maîtresse de maison.

Les écrivains catholiques prétendent, et cela sérieusement, que Sarah, ayant eu -par intuition divine connaissance que de la race d'Abraham devait naître le rédempteur promis aux hommes, elle craignait, se voyant sans enfants, que la parole de Dieu ne se put s'accomplir!

Laissons Sarah avec son intuition divine et ne rapetissons point l'idée que la conscience nous donne de Dieu, en le faisant intervenir dans ces contes absurdes, qui trop longtemps déjà ont abusé l'humanité.

A quoi bon faire toujours intervenir le merveilleux dans des choses qui trouvent leur explication naturelle dans l'histoire mieux comprise des époques où elles se sont produites.

Sarah a simplement partagé les croyances religieuses de son temps, croyances apportées de l'Inde par l'émigration qui colonisa l'Egypte. Se voyant vieillir dans sa stérilité, elle se demanda si l'heure n'était pas arrivée de permettre temporairement une femme à son mari, afin de se procurer un fils qui put accomplir, sur sa tombe et sur celle d'Abraham, les

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cérémonies funéraires qui devaient leur ouvrir le séjour céleste. Et elle choisit Agar que, par deux fois, la jalousie lui fit chasser de sa maison.

Voilà, à l'aide de la coutume indoue l'explication historique et religieuse, que Moïse ne donne pas, de cet acte de Sarah, qui sans cela serait incompréhensible.

S'il n'y avait pas eu nécessité religieuse d'avoir un fils, pour le repos de la tombe et la délivrance dans l'autre vie, jamais Sarah n'eut introduit dans le lit de son mari, Agar qui lui devient immédiatement odieuse pour ce fait, et qu'elle finit par renvoyer à tout jamais de sa demeure avec Ismaël, le fils né d'Abraham, du jour où un tressaillement de son sein lui apprit qu'elle-même avait conçu.

Nous allons voir bientôt les preuves les plus convaincantes s'accumuler autour de cette idée, et accentuer mieux encore la filiation qui la rattache à l'Inde patriarcale. Toutes les conséquences que cette croyance eut pour l'Inde nous les retrouverons en Egypte, et dans la coutume mosaïque.

Ainsi suivant la loi primitive de l'époque de l'unité de Dieu et des patriarches, le père ne pouvait parvenir au séjour de Brahma que par les prières de son fils, et quand par hasard sa femme légitime se trouvait frappée de stérilité, il pouvait avec son consentement obtenir d'une femme étrangère, ce fils qui appartenait par une fiction de droit religieux non à sa mère naturelle, mais à la femme légitime de son père, et ne pouvait accomplir les cérémonies funéraires que pour cette mère légale... pour le père, cela allait de soi, puisqu'il était réellement son fils par le sang.

La femme frappée de stérilité avait donc un intérêt aussi grand que son mari à se procurer un fils.

Une fois cette croyance admise dans toute sa fatalité, — le père n'est sauve que par le fils, — nous allons voir naître tout un droit nouveau, qui ira jusqu'aux conséquences les plus extrêmes pour veiller à ce que l'homme ne soit point privé des prières et des purifications funéraires.

Il pouvait arriver que le père de famille ayant connu, du consentement de sa femme, une servante ou une étrangère,

cette dernière ne conçût pas ; une tentative était faite encore avec une autre femme, et si un résultat meilleur n'était pas obtenu, le mari voyant que la stérilité était de son fait, était libre alors, d'autoriser sa femme à concevoir des œuvres d'un autre que seul il avait le droit de choisir, et qu'il prenait d'ordinaire parmi ses parents les plus proches.

Écoutons Manou, conservant et codifiant la coutume ancienne, lib. XI, sloca 59 et suivants.

« Lorsqu'on n'a pas d'enfants, la progéniture que l'on désire peut être obtenue par l'union de l'épouse convenableblement autorisée avec un frère ou un autre parent (sapindha).

« Arrosé de beurre liquide, afin que la chair ne touche pas la chair et gardant le silence, que le parent chargé de cet office, en s'approchant pendant la nuit de la femme sans enfants, engendre un seul fils, mais jamais un second.

« Quelques-uns de ceux qui connaissent à fond cette question, se fondant sur ce que le but de cette disposition peut n'être pas parfaitement atteint par la naissance d'un seul enfant qui peut mourir, sont d'avis que les femmes peuventlégalement engendrer de cette manière un second fils.

« L'objet de cette commission une fois obtenu suivant la loi, que les deux personnes, le frère et la belle-sœur se comportent, l'une à l'égard de l'autre, comme un père et une belle -fille.

« Mais un frère, soit l'aîné, soit le jeune, qui, chargé de remplir ce devoir, n'observe pas la règle prescrite, et ne pense qu'à satisfaire ses passions, sera dégradé dans les deux cas, s'il est l'aîné, comme ayant souillé la couche de sa sa belle-fille, s'il est le plus jeune, comme ayant souillé la couche de son père.

« Mais ceci n'est que pour la femme mariée sans enfants, et autorisée par son mari, une veuve sans enfants ne peut être autorisée par les parents à concevoir du fait d'un autre, car ceux qui lui permettent de concevoir ainsi, violent la loi primitive.

« Il n'est question en aucune manière d'une pareille commission, ni dans la coutume ancienne, ni dans les livres

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sacrés; les lois qui ont rapport au mariage ne disent pas que la veuve puisse concevoir pour donner un fils à son mari décédé, sans contracter une autre union.

« En effet, cette pratique qui ne convient qu'à des animaux, a été blâmée hautement par les hommes vertueux et instruits, bien qu'elle soit dite avoir eu cours parmi les premiers hommes à l'époque de Vena.

« Depuis ce temps, les gens de bien désapprouvent l'homme qui, par égarement, invite une veuve sans enfants à recevoir les caresses d'un autre homme en dehors du mode prescrit.

« Que la jeune femme dont le mari vient à mourir, soit épousée de nouveau par le propre frère du mari, et à son défaut par le plus proche parent, suivant la règle suivante :

« Après avoir épousé selon le rite cette jeune veuve vêtue de blanc, et connue comme étant de bonnes mœurs, que le nouveau mari s'approche d'elle avec respect pendant la saison favorable, et comme si elle était encore la femme de son frère, jusqu'à ce qu'elle ait conçu, et l'enfant qui naît est dit fils du défunt. »

Gomme on le voit, le mari frappé d'impuissance pouvait autoriser sa femme à concevoir des œuvres de son frère, ou d'un de ses parents.

Il n'y a certes que cette croyance religieuse de la nécessité d'un fils pour racheter les fautes de son père, qui ait pu faire accepter de pareilles coutumes. On ne peut dire que la débauche et la dégradation des mœurs y aient conduit, quand on voit quelles précautions sont ordonnées au frère qui s'approche de sa belle-sœur avec l'autorisation du mari, et dans quel état d'esprit il doit se trouver ; son corps doit être enduit de beurre pour que sa chair ne touche point la chair de la femme, et il ne doit point songer à satisfaire ses passions, sous peine d'être dégradé, c'est-à-dire rejeté de sa famille... S'il arrivait que ni l'un ni l'autre des deux époux n'aient pu ainsi se procurer un fils, deux moyens leur restaient de s'assurer une mort tranquille et de voir s'ouvrir devant eux les

portes du séjour des bienheureux. L'adoption ou la vie cénobitique dans le désert.

Par l'adoption d'un fils, les deux époux se -trouvaient dans la même situation que s'il en fût né un de leur union. Nulle différence entre l'adopté et le fils légitime, il recevait un nom de son nouveau père, héritait de lui et devenait chef de famille à sa mort.

Un fragment de Soumati, qui avait recueilli l'œuvre de l'ancien Manou, depuis abrégé par les brahmes, nous indique d'une manière non équivoque quel fut, à l'origine, le but et l'esprit de l'adoption.

« C'est aux macérations, aux jeûnes et aux prières d'un ermite du nom de Tarpana, qu'est dû ce mode de se procurer un fils par adoption.

« S'étant retiré dans les forêts sur le soir de sa vie, pour vivre seul à seul avec Dieu, méditer sur sa grandeur, sa puissance et la beauté de ses œuvres, parfois il gémissait et disait :

« Seigneur! dans leurs tanières et dans les épais réduits des bois, les fauves ont des petits, et j'entends chaque soir, quand le beau sourya abandonne la terre, les hurlements de la mère conduisant sa nichée à l'abreuvoir, et les cris de joie des petits.

« Si je lève les yeux, regardant dans le feuillage sombre, j'aperçois de toutes part des milliers d'oisillons qui s'aident à voltiger à la saison nouvelle, sous la direction de leur mère, et j'entends le gouhougou ! des colombes, qui rapportent aux nids la nourriture de leurs petits.

« Le long des lacs aux eaux profondes, le long des fleuves au cours rapide, et dans les mytérieuses solitudes, les jeunes buffles jouent dans les hautes herbes, sous la surveillance des mâles qui les protègent, et le jeune éléphant bondit autour de sa mère.

« Si je me rapproche des lieus habités par les hommes, de toutes parts les troupeaux paissent dans les plaines, et partout, après la saison favorable des amours, naissent les petits, que les mères élèvent de leur lait; chaque brebis

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a son agneau, pas une génisse qui n'ait son nourrisson.

« Pourquoi Seigneur, la fille de l'homme, qui est issu de toi est-elle stérile ? pourquoi si souvent ne peut-elle concevoir des baisers de son époux ?

« Est-ce juste, est-ce bon, est-ce suivant la loi, que le frère continue à souiller le lit de son frère pour le féconder -? voit-on deux lions dans la tanière de la lionne, deux sangliers dans la même bauge, deux oiseaux mâles au même nid!

« Ayant ainsi prié le Seigneur, et s'étant plongé pendant des jours et des mois dans la méditation de ce sujet, le saint ermite Tarpana, imagina l'adoption pour la sainteté du lit conjugal et la perpétuité des cérémonies funéraires d'expiation.

« Et le corps courbé vers la terre, s'aidantd'un bâton pour assurer sa marche, il revint vers les lieux habités pour enseigner cela aux hommes... » (Soumati. )

L'adoption eut donc pour objet de faire cesser cette coutume outrageuse à la dignité conjugale, qui remplaçait le mari par le frère, en même temps qu'elle assura l'accomplissement des cérémonies funéraires.

C'est de l'Inde, on n'en saurait douter, grâce à la tran? mission de l'idée religieuse, que l'adoption à passé dans les moeurs de tous les peuples.

La formule indoue de l'adoption fut celle-ci : — O Narada. moi qui n'ai pas de descendants mâles, je me hâte avec sollicitude de t'adopter pour fils, pour l'accomplissement des cérémonies funéraires et des rites sacrés, et la perpétuité de ma race.

Pourrait-on dire, lorsque les Athéniens admirent la formule suivante d'adoption, qu'ils ne l'avaient point reçue de leurs ancêtres indous, et que l'idée du salut du père par les prières du fils, ne faisait point partie de leurs croyances religieuses.

a J'adopte afin d'avoir un fils qui put accomplir sur ma tombe les cérémonies funéraires, perpétuer ma race, et

en transmettant mon nom par une chaîne non interrompue de descendants, lui conférer en quelque sorte l'immortalité. »

A deux pas de là, les Spartiates ( Spardhata, les rivaux ), autre rameau de la même tribu, avafent conservé les deux coutumes : le père de famille sans enfants, pouvait se procurer un fils, soit par l'adoption, soit en autorisant sa femme à concevoir de son frère, soit en connaissant lui-même sa belle-sœur en cas de stérilité de sa femme.

Les Tyrenniens, les Sabins et les Samnites ( en samscrit tyrana, guerriers rapides ; sabhana, caste des guerriers ; samnata, les bannis ), peuplades issues de la haute Asie, apportèrent en Italie les mêmes croyances, et ce culte des mânes des ancêtres circonscrit dans la famille, dont le fils aîné continua à être le prêtre, eut dans les mœurs de si profondes racines, souvenir vivace du berceau, qu'à lui seul, il forma toute la religion de la Rome ancienne, du jour où Jupiter et Janus quoiqu'encore debouts n'eurent plus d'adorateurs.

Là encore, nous retrouvons la double coutume indoue, l'adoption, ou l'obtention d'un fils par une femme étrangère,, et l'histoire nous apprend qu'il fut commun à Rome, d'emprunter la femme de son ami pour en avoir un fils.

Certes, on ne peut pas dire qu'il soit possible à une croyance d'accuser mieux son origine. Sans doute il est naturel à l'homme de désirer des enfants et de les aimer, à condition qu'ils soient de son sang, et que le père se voie revivre pour ainsi dire dans son fils; mais comment cette affection qui a sa source dans l'amour même de soi aurait-elle pu conduire l'homme impuissant, à se procurer un enfant par l'union de sa femme et d'un étranger, ou par adoption . Gomment l'homme qui travaille avec joie pour nourrir et élever un fils parce qu'il est né de lui, aurait -il pu concevoir l'idée de s'imposer des privations, des sacrifices pour prendre à sa charge les enfants des autres, si la croyance religieuse n'était intervenue avec toute sa puissance mystérieuse, si l'homme à Athènes, à Sparte, à Rome, en Egypte et en Judée,

à l'imitation des anciens patriarches de l'Inde, n'avait pensé que les cérémonies mortuaires accomplies par son fils sur sa tombe, avaient le pouvoir de lui ouvrir le séjour de Brahma, Zeus, Osiris ou Jupiter.

Si le père de famille, venait à mourir avant d'avoir pu se procurer un fils suivant les différents modes que nous venons d'indiquer, l'importance de ne point le laisser privé des seules prières qui eussent l'efficacité d'effacer ses fautes, et de racheter une condamnation de plusieurs milliers d'années d'exil peut-être, était telle qu'en vertu d'une nouvelle fiction, on trouvait le moyen de lui donner un héritier.

Le frère, et à son défaut le plus proche parent, épousait la veuve du défunt, et le premier enfant mâle qui venait à naître était dit fils du décédé, héritait de lui, et dès que ses pas pouvaient le porter, et ses lèvres balbutier quelques paroles, commençait à murmurer des prières, sur la tombe ou l'urne funéraire de celui qu'on lui avait donné pour père.

Manou qui avait consacrée cette coutume, formulait ainsi la loi :

« Que la jeune femme dont le mari vient à mourir, soit épousée de nouveau par le propre frère du mari, et à son défaut par le plus proche parent, suivant la règle suivante, etc.... et l'enfant qui naît est dit fils du défunt. »

On voit de plus en plus, combien était forte cette croyance religieuse des premiers temps de l'Inde, puisque le frère ou le parent le plus proche, étaient obligés de se sacrifier au défunt, d'épouser sa veuve, et de consentir à ce que leur premier né fût soustrait à leur tendresse; nécessité d'autant plus pénible, que si après avoir engendré un fils, pour le compte de son frère ou de son parent, le mari de la veuve, ne pouvait en avoir d'autres héritiers mâles, il était obligé pour assurer à son tour l'accomplissement des cérémonies funéraires de son décès, soit d'adopter un fils, soit d'en obtenir un d'une étrangère. Car nul au monde ne voulait se trouver dans cet état dont le véda a dit :

« L'homme qui passe de cette vie dans les ténèbres mystérieuses de l'autre sans laisser derrière lui, un fils pour prier, ressemble au pêcheur qui se hasarde sur l'immense océan avec une barque sans gouvernail, sans voiles et sans rames et qui prétend arriver au port. »

La Bible hébraïque, dans une foule de passage, témoigne d'une coutume identique, mais comme toujours, elle ne l'explique pas et semble avoir totalement oublié l'idée religieuse qui lui a donné naissance, et seule peut la rendre acceptable. C'est ainsi que les croyances et les habitudes en se transmettant d'âge en âge, perdent leur cachet primitif, n'ont plus ni nécessité ni raison d'être, se conservent à titre de coutumes dont nul ne connaît l'origine, mais qu'on continue d'observer par respect pour la tradition bien que la tradition elle-même soit devenue muette, sur les causes qui leur ont donné naissance.

Nous voyons dans la Bible que Ruth étant devenue veuve, suivit Noémie sa belle-mère de Moab en Bethléem, et comme elle n'avait pas d'enfants, elle se rendit auprès de Booz, proche parent de son mari, et les choses se passèrent suivant les coutumes que nous venons d'indiquer.

Booz épousa Ruth devant les anciens et le peuple en disant :

& Vous êtes témoins que je prends pour femme Ruth la Moabite, veuve de Mahalon, afin que je fasse revivre le nom du mort dans son héritage, et que son nom ne s'éteigne pas dans sa famille, parmi ses frères et son peuple. »

De même Thamar après la mort de Her, son mari, n'ayant pu concevoir d'Onan frère de ce dernier qu'elle avait épousé, et qui avait eu recours aux manœuvres les plus contre nature pour ne point susciter des enfants à son frère, semen fundebat in terram, ne craignit pas, sous un déguisement, afin dene point rester sans descendance, de provoquer les embrassements de Juda son beau-père.

Cette coutume n'avait plus de raison d'être à l'époque où

nous la retrouvons en Israël, puisque le fils n'accomplissait plus les cérémonies funéraires sur la tombe de son père, que le lévite était prêtre dans le temple et en dehors du temple, commandant in castris, vel extra castra et que pas un verset de Moïse et des différents auteurs de la Bible, ne peut faire soupçonner qu'ils eussent conservé le plus faible souvenir de la croyance religieuse, qui seule peut expliquer et les paroles de Booz épousant Ruth pour faire revivre le nom du mort, et l'inceste de Thamar.

Nous demanderons à ceux qui osent prétendre que de la Bible sont sorties toutes les coutumes religieuses de l'Orient, — comme si les civilisations de l'Inde, de la Chine, de la Perse et de l'Egypte n'existaient point déjà de toute pièce, des siècles avant l'apparition de cette copie mal faite des livres sacrés de la haute Asie, — de nous dire, s'il n'y a point là, infiltration de la religion et des mœurs anciennes de l'Inde, d'où peut venir cette coutume absurde et contre nature...

Cependant, il était possible de parvenir au séjour de Brahma, de s'abîmer dans la grande âme, sans laisser de fils, sans qu'aucune cérémonie funéraire fût accomplie sur sa tombe, mais pour cela, il fallait que la mort vous surprît sans souillures, ou avec une telle provision de prières, invocations, et bonnes-œuvres, que l'on fût immédiatement purifié des dernières fautes que l'on n'avait pas eu le temps d'effacer par le sacrifice expiatoire.

Peu de fidèles osaient tenter l'aventure. Pour être complètement rassurés sur leur sort dans l'autre vie, les premiers patriarches qui n'eurent pas d'enfants, et refusèrent de s'en procurer par un des moyens que nous avons indiqués, ou par adoption, imaginèrent de se retirer loin des lieux habités, où la fréquentation de leurs semblables était un9 source journalière de fautes, pour vivre au désert, seuls à seuls avec la pensée de Dieu, se nourrissant de fruits sauvages et de racines, et partageant leur temps entre la mortification et la prière.

Nous lisons dans un fragment de Valmiki conservé au Prâsada :

« Il ne doit pas ambitionner les prières d'un fils, celui qui se retire dans les forêts pour y vivre de privations et de souffrances et qui, n'accordant que quelques heures au sommeil, passe ses jours et ses nuits à prier et à méditer sur la grandeur, la puissance et la bonté de Brahma. Les prières et la mortification qu'il aura semées pendant sa vie, le purifieront de toutes souillures, et son âme s'absorbera dans la grande âme comme la goutte d'eau dans l'océan. »

C'est de là qu'est née la vie cénobitique, qui se conserva dans l'Inde malgré la révolution brahmanique, et fut si fort en honneur dans l'Orient pendant toute l'antiquité.

Le christianisme qui ne fut suivant l'opinion des gnostiques, qu'une rénovation des mystères de la haute Asie, qui a emprunté à la religion des brahmes son rédempteur Ghristna, tous ses sacrements, toutes ses cérémonies, et la trinité. — Nous en donnerons bientôt de nombreuses preuves, venant compléter celles déjà apportées au débat par la Bible dans l'Inde. — Le christianisme, disons-nous, à l'imitation des Indous, eut ses anachorètes se retirant dans les déserts pour s'y purifier, comme les sectateurs de Brahma, par la prière et la mortification de la chair.

Pour prouver jusqu'à quel point les anachorètes chrétiens furent les imitateurs des cénobites de la haute Asie, nous allons citer d'importants passages du législateur Manou sur les devoirs du vânaprastha, ou dévot ascétique habitant des forêts. Il nous paraît utile de donner quelques développements à cette question; tout ce qui touche aux origines du christianisme, et tend à prouver sa filiation brahmanique étant mis par nous en première ligne.

Les études de cette première partie sur les patriarches indous, et la religion naturelle des premiers âges, n'ont, le lecteur l'a déjà compris, d'autre but que de prouver que tous les fondateurs de religion et Moïse en tête, venus à une époque où le patriarche n'existait plus, où la famille s'était depuis longtemps fondue dans la tribu, la tribu dans la peuplade, la peuplade dans la nation, à une époque où l'Asie entière et l'Egypte comptaient de grands royaumes dont les peu-

pies asservis étaient divisés en castes sous l'autorité des prêtres et des rois, où Thèbes aux cent portes, ou Babylone, où Ninive la grande comptaient déjà des siècles d'existence, que tous les fondateurs de religion, et Moïse en tête, disonsnous, forcés de se rattacher à Dieu depuis la création du monde pour être cru des peuples, ont simplement copié dans leurs livres de la loi les récits sur la Genèse et les anciens patriarches de l'Asie, tels qu'ils les ont trouvés dans les védas, Manou et autres livres sacrés de l'extrême Orient, en les appropriant au degré d'intelligence de leur époque.

Moïse fut de tous le moins habile, et il faut une foi robuste pour croire à ses inventions, quand on le voit obligé, pour se rattacher à Adam en trois ou quatre générations, de faire vivre des hommes, six, huit et neuf siècles, alors qu'il est constant, par la chronologie des rois d'Egypte, et plus anciennement encore par celle des rois de l'Inde, qu'à cette époque la vie de l'homme dépassait aussi rarement un siècle qu'aujourd'hui.

Les deux autres époques, de la trinitè et des brahmes, du polythéisme et de l'alliance des prêtres et des rois, en nous montrant comment les prêtres confisquèrent la religion naturelle pour lui substituer leurs mystères, nous donneront la clef de toutes les superstitions, de toutes les croyances grossières qui ont donné naissance aux différentes religions du globe ; foyer où le christianisme puisa plus que toutes les autres, à ce point qu'aujourd'hui, bien qu'il ait abandonné beaucoup de pratiques anciennes, et qu'il en ait transformé une foule d'autres, on peut dire qu'il n'est encore qu'une copie servile du brahmanisme.

La retraite dans le désert pour se purifier par la prière, est une de ces coutumes abandonnées, ou plutôt transformées, car il est incontestable qu'elle a donné naissance plus tard, à tous ces ordres mendiants, qui préfèrent prélever leur vie sur la crédulité publique, que de la devoir à un travail pénible mais honnête.

Au point de vue de l'origine de cette ancienne coutume, il est intéressant d'étudier, dans Manou, les règles de la vie cénobitique cher les Indous qui pourraient, ainsi qu'on va le

10 i LES FILS DE DIEU.

voir, en changeant quelques mots, comme par exemple celui de véda en Écriture sainte, parfaitement s'appliquer aux ermites chrétiens.

Les quelques fragments du primitif Manou ou Vriddha- Manava, que nous possédons, ne contiennent que quelques versets sur la vie ascétique du temps des patriarches, c'est donc au Manou abrégé par les prêtres dans l'intérêt de leur domination, que nous sommes obligé d'avoir recours, en avertissant le lecteur, que dans les lignes qu'il va lire, il rencontrera quelques coutumes superstitieuses, qui n'avaient point cours à la primitive époque dont nous nous occupons.

Les brahmes de la pagode de Chélambrum possèdent beaucoup de fragments du Vriddah-Manava, et nous sommes convaincu, que si l'on pouvait fouiller à loisir, dans les immenses bibliothèques des pagodes du sud de l'Inde, on parviendrait à reconstituer, en entier cet ouvrage admira ble que Minos a consulté, dont Manès s'est servi pour donner des lois aux Égyptiens, que Moïse a tronqué, et dans lequel nous retrouvons encore aujourd'hui, tout abrégé qu'il est, les sources du droit Justinien et de tous les codes modernes.

Il suffirait pour cela.de créer une école de samscrit dans une de nos possessions de l'Inde, soit à Karikal, soit à Pondichéry ; les résultats qu'on obtiendrait avant peu de cette institution, pour l'histoire du passé de l'humanité, seraient incalculables,... mais les jésuites veillent : ce n'est pas pour rien qu'ils détruisent dans l'Inde tous les manuscrits qu leur tombent sous la main, et quoique chassés de notre pays par une loi qui n'a jamais été rapportée, ils sont assez puissants pour faire obstacle longtemps encore à toute mesure utile qui les a pour adversaires.

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