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CHAPITRE VIII

MANOU (le législateur). — RAHDA.-MANTA (qui châtie le crime) YAMA-AHAKA (juge sévère).

Ceci n?est qu'un épisode, un fait particulier d'histoire qui n'a pas l'importance de ceux que je viens de citer, au point de vue de l'étude des révolutions religieuses et politiques de l'Inde. Il n'est point la tête de ligne d'une époque indiquant sous la forme symbolique de l'incarnation, un grand changement politique ou social, il n'est pas non plus le point de départ d'une de ces grandes émigrations dont l'histoire de l'humanité a gardé le souvenir et recherche les traces; mais il est une des traditions légendaires de la mère-patrie, conservée sur le sol conquis par les émigrants, comme un signe d'origine.

C'est une des innombrables preuves de la filiation indoue des Grecs, à ce titre le lecteur me saura gré d'interrompre un instant la revue générale des incarnations et émigrations brahmaniques pour la lui signaler.

Extraits du Puratana-Sastra (Récits antiques).

« Mithra, qui régnait en Mitila, ayant voulu sur la fin de sa vie, remettre le pouvoir à l'un de ses fils, pour se livrer aux austérités les plus méritoires, en demanda l'autorisation à l'artaxehatria Hastina qui, ayant consulté le brahmatma, répondit : « — Que les trois fils de Mithra gouvernent ensemble Mitila jusqu'à la mort de leur père; quandils auront accompli les cérémonies funéraires sur sa tombe, le titre de

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xchatria de Mitila sera donné .au plus digne. » — Ainsi fut fait, et sous le gouvernement des trois princes, la province de Mitila jouit pendant plusieurs années d'une tranquillité et d'une prospérité sans exemple.

« Or, Mithra étant venu à mourir ; ainsi qu'il avait été dit, ses trois fils, après avoir accompli sur sa tombe les cérémonies funéraires prescrites, se rendirent en Gosala auprès de l'artaxchatria Hastina et du brahmatma Yavana-Pùchi, et ayant comparu devant toute la cour et les saints brahmes assemblés, l'un d'eux prit la parole le premier et dit :

— « Je suis le fils aîné de Mithra, j'ai gouverné avec mes frères l'état de Mitila, et grâce à l'appui, aux sages conseils et aux bons exemples qu'ils m'ont donnés, les peuples de Mitila m'ont appelé Manou (le législateur). »

Et un autre s'étant approché dit :

— « Je suis le second fils de Mithra, j'ai gouverné avec mes frères l'état de Mitila, et, grâce à l'appui, aux sages conseils et aux bons exemples qu'ils m'ont donnés, les peuples de Mitila m'ont appelé Rahda-Manta (qui châtie le crime). »

Le dernier ayant parlé à son tour dit :

— « Je suis le troisième fils de Mithra, j'ai gouverné avec mes frères l'état de Mitila, et grâce à l'appui, aux sages conseils et aux bons exemples qu'ils m'ont donnés, les peuples de Mitila m'ont appelé Yama-Ahaka (juge sévère).

— « En entendant ces trois frères s'attribuant mutuellement tout le mérite des actes qui leur avaient valu le respect et la reconnaissance des peuples de Mitila, l'assemblée entière fut frappée d'un profond étonnement; et aux unanimes applaudissements de tous, Hastina et Yavana-Richi déclarèrent que les trois frères recevraient le titre de xchatria de Mitila, et que tous trois continueraient à gouverner cette province avec un pouvoir égal. Ils se distinguèrent tellement par la sagesse, la justice et la modération de leurs actes, qu'après leur mort ils furent élevés au rang des dieux, et eurent pour mission de peser dans la balance céleste les actions bonnes ou mauvaises des hommes.»

Il est incontestable que cette croyance mythologique de

l'Inde a été transportée telle quelle en Grèce, et que Minos, Rahdamante et Eaque ne sont autres que Manou, Rahda- Manta et Ahaka.

Ni l'histoire, ni la poésie, ni la littérature, ni la philosophie, ni les législations antiques ne sont nées sur le sol restreint de la Grèce où nous les voyons apparaître. L'antiquité, qui envoyait constamment ses sages en Orient chercher les livres de la loi et les origines de toute science, savait bien quel était son berceau, et d'où lui venait la lumière.

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