QUATRIÈME INCARNATION DE VISCHNOU
AVATAR DE GHRISTNA.
Quatre mille huit cents ans environ avant notre ère, l'enfant dont la naissance, suivant la légende de la Genèse indoue, avait été annoncée à Hèva par Brahma,vint au monde dans la petite ville de Madura, et reçu le nom de Christna (en samscrit, sacré).
Cet enfant n'était autre que Vischnou incarné dans le sein delà vierge Devanaguy (en samscrit, formé par Dieu) pour racheter la faute originelle et ramener l'humanité dans les voies du bien.
Devanaguy, restée vierge quoique mère, car elle avait conçu sans avoir connu d'homme, obombrèe par les rayons de Vischnou, accoucha de l'enfant divin dans une tour où son oncle Kansa, tyran de Madura, l'avait fait enfermer, car il avait connu en songe que l'enfant qui naîtrait d'elle devait le détrôner,
La nuit de l'accouchement, au premier vagissement de Christna, un vent violent renversa les portes de la prison, tua les sentinelles, et Devanaguy fut conduite avec son fils nouveau-né dans la maison du berger Nanda par un envoyé de Vischnou, qui mit ce dernier au courant du dépôt qu'il lui confiait.
En apprenant la délivrance de Devanaguy et sa fuite merveilleuse, le tyran Kansa, aveuglé par la fureur, et pour at-
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teindre plus sûrement Christna, ordonna le massacre, dans tous ses Etats, les enfants du sexe masculin, nés la même nuit que celui qiïil voulait faire mourir.
Christna échappa par miracle, et toute son enfance s'écoula au milieu des dangers suscités par ceux qui avaient intérêt à sa mort; mais il sortit victorieux de toutes les embûches, de tous les pièges qu'on lui tendit.
Arrivé à âge d'homme, il s'entoura de quelques disciples fervents,, et se mit à prêcher une morale que l'Inde ne connaissait plus depuis la domination brahmanique; s'attaquant courageusement aux castes, il enseigna l'égalité de tous les hommes devant Dieu, et dévoila l'hypocrisie et le charlatanisme des prêtres. ïl parcourut l'Inde entière, poursuivi par les brahmes et les rois, attirant à lui les peuples par le charme de sa personne, une éloquence douce, persuasive, imagée, et la sublimité de sa doctrine.
S'aider les uns les autres, protéger surtout la faiblesse, aimer son semble comme soi-même, rendre le bien pour le mal, pratiquer l'aumône, toutes les vertus enfin que certaines gens croient nées d'hier, s' imaginant que le monde a commencé avec eux, ont été enseignées aux peuples par Christna, dans l'extrême Orient, aune époque où la plupart des contrées européennes étaient encore sous les eaux.
Un jour que Christna priait, adossé contre un arbre, une bonde de sbires Renvoyés par les prêtres dont il avait dévoilé les vices , le perça de flèches et suspendit son corps aux branches, pour qu'il devint la proie des oiseaux immondes.
La nouvelle de cette mort, étant parvenue aux oreilles d'Ardjouna, le plus cher des disciples de Christna, il accourut, avec un'e foule immense de peuple pour recueillir les restes sacrés. Mais le corps de l'homme Dieu avait disparu ; sans doute il avait regagné les célestes demeures, et l'arbre aux branches duquel il avait été suspendu, s'était subitement couvert de grandes fleurs rouges, et répandait aux alentours le plus suave des parfums.
Christna avait été surnommé Iezeus (en samscrit, pure essence, émanation divine) par ses disciples, un jour qu'il
l'inde brahmanique et royale. 335
s'était montré à eux, entouré de rayons lumineux, dans toute la splendeur de la majesté divine.
Telle est en quelques mots cette célèbre incarnation de Iezeus Ghristna, dont nous avons suffisamment caractérisé l'œuvre dans notre précédent ouvrage, la Bible dans l'Inde, pour n'avoir pas à l'étudier ici de nouveau : aussi bien n'avons-nous consacré ces quelques lignes au grand novateur indou que pour rappeler les traits principaux de sa vie, et dans cette revue du passé, bien marquer la place de cet homme, la plus grande figure religieuse de l'humanité. L'œuvre de Ghristna souffla sur le monde brahmanique qui marchait de révolution en révolution au règne pur de la force, un parfum de philosophie et de spiritualisme, qui eut pour résultat d'adoucir les mœurs en élevant les idées ; les luttes intérieures s'arrêtent comme par enchantement, et si l'ambition continue à susciter des querelles entre princes, du moins n'assiste-t-on plus, à ces épouvantables hécatombes qui se terminaient d'ordinaire par la fuite de plusieurs millions d'hommes obligés d'aller demander à des contrées inconnues, un asile pour leurs femmes, leurs enfants, les statues de leurs dieux, et les urnes funéraires des ancêtres.
Les brahmes qui avaient fait assassiner Christna, furent les premiers à subir son influence; soit habileté, soit conviction, ils l'acceptèrent comme la grande incarnation de Vischnou, promise par Brahma au premier homme, et placèrent sa statue dans tous les temples.
Les castes inférieures, comme toujours, ne profitèrent pas de cette révolution qui avait été faite pour elles, mais elles en reçurent avec le temps quelques adoucissements à leur misérable situation : ce n'est jamais en vain qu'un homme passe au milieu des esclaves, des opprimés et des faibles en laissant tomber des paroles d'égalité et de liberté.
Après l'avènement de Ghristna, les brahmes furent peu à peu dépouillés de leur autorité politique, par les rois qu'ils avaient si longtemps tenus en tutelle, et Prithou ayant réuni toutes les contrées de l'Inde sous son sceptre, commença la célèbre dynastie de Soma-Vansa dont les princes régnèrent sans conteste pendant plusieurs milliers d'années. Mais la
perte du pouvoir ne diminua en rien le prestige religieux des brahmes, qui continuèrent à dominer le peuple par le charlatanisme et le mensonge.
Christna a laissé dans l'Inde et dans tout l'Orient, une trace profonde, sensible encore, bien qu'elle soit vieille de plus de six mille ans. Les initiés du troisième degré, les brahmes savants et les punditsse sont rangés sous sa bannière, et n'ont jamais admis d'autres incarnations divines, que celle du fils de la vierge Devanaguy.
La légende religieuse raconte par la voix de nombreux prophètes, que Christna doit revenir sur la terre à l'époque du maha-prâlaya (fin suprême de toutes choses), pour combattre le prince des rakchasas (démon), qui sous les traits du cheval Kalki, viendra pulvériser le monde, et essayer de détruire le boutho ou germe universel de tout, qui retourne se féconder dans l'intelligence de Brahma pendant le chaos, ou nuit de sommeil de la divinité.
Christna, vainqueur de Kalki, anéantira tous les principes mauvais, sauvera le boutho, avec lequel au jour prochain de Dieu, la création nouvelle s'effectuera, et, se réunissant à Brahma et à Siva, tous trois s'abîmeront dans le sein de Zeus ; la Trinité finira dans l'Unité.