DE LA EAUTE ORIGINELLE DANS L INDE ET CHEZ TOUS LES PEUPLES
Tous les peuples ont admis parmi leurs croyances religieuses, l'idée de la faute originelle, et de la rédemption par l'incarnation divine. Avant de rechercher les motifs, signalons la croyance.
Suivant les livres sacrés des Indous, Adhima (en samscrit le premier homme) et sa femme Hé va (en samcrit, ce qui complète la vie), placés par Dieu dans l'île de Geylan où tout avait été réuni pour leur bonheur et leur commodité, mais avec la défense de quitter ce lieu de délices, poussés par le prince des rakchasas ou démons, se rendirent coupables de désobéissance aux ordres de Brahma en se rendant sur la grande terre indoue qu'ils apercevaient de leur île. Pour ce fait, Brahma les condamna eux et leur descendance au travail et à la peine, mais comme Hèva n'avait suivit son mari que par amour, en priant Brahma de lui pardonner, ce dernier promit d'envoyer Vischnou s'incarner dans le sein d'une femme pour racheter l'humanité de la faute qu'ils venaient de commettre. (Nous avons donné cette légende dans la Bible dans l'Inde.)
Moïse, inintelligent copiste des mystère de l'Egypte et de l'Inde, charge le plus fortement la femme du fardeau de la désobéissance, en lui faisant manger une pomme à laquelle le Seigneur avait défendu de toucher, et Eve après avoir péché, tentée par le diable, fait à son tour succomber son mari; pour ce fait le Seigneur les chasse du paradis terrestre où il les avait placés, et ne promet pas de rédempteur.
Les traducteurs catholiques de la Bible ont beau torturer le texte, Dieu n'annonce absolument rien à Adam et Eve eu les chassant, et loin de leur pardonner, il craint qu'ils ne deviennent aussi puissants que lui s'ils continuent à manger l 'arbre de vie, et pour leur en empêcher, il fait garder ce fameux arbre par un ange armé d'un glaive.
Mais ne cherchons pas de querelle à propos de cette grossière superstition... nou% en verrons bien d'autres.
Le bouddhisme, rameau détaché du brahmanisme, «e changea rien à la primitive légende indoue sur la faute du premier homme.
Zoroastre (en samscrit, Souriastara, qui répand le culte du du soleil) transfuge des pagodes de l'Indoustan comme Moïse le fut des temples de l'Egypte, raconte dans ses Nosks, que les premiers hommes à peine créés, essayèrent de gravir le ciel, pour devenir aussi puissants que Zerwan Akérhen, et que ce dernier les précipita sur la terre et de dèvah ou anges qu'il les avait créés, il les fit men ou hommes, esclaves de la vie et de la terre pour effacer leur faute.
Le. fondateur du magisme, n'est point l'inventeur de cette légende, qui n'est autre que celle du combat des dévas contre Brahma, de la théogonie indoue, copiée également par la fable grecque dans la lutte des Titans contre Jupiter.
D'après les croyances du syasyou, primitive religion du Japon, le dieu suprême qui existe par sa seule force et sa propre pensée, Ame-no-mi-naka-nnsino-kami, et par abréviation Nusino-Kami, ayant créé des dieux inférieurs, l'un d'eux Iza-na-gino-mikoto, et sa femme Iza-na-mino-mikoto^ s'étant révoltés contre son autorité furent précipités sur l'Onok-oro-sima, la plus grande des îles qui forment .le Japon, le Kiousou actuel, où ils donnèrent naissance à la race humaine. Le mot Kami qui, en japonais, signifie Dieu, vient certainement du samscrit et du talmoul Sami, mot qui a la même signification dans ces deux langues.
Les Chinois n'ont que des données très-vagues sur la faute originelle; les Kings ou anciens livres sacrés, révisés par Com-fu-tsé, n'en parlent que par allusion. Mais il est généralement admis par les bonzes, que l'homme n'a dû sa
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situation misérable sur la terre, qu'à une révolte contre son créateur.
On ne saurait douter que les croyances de ces différents peuples soient émanées des primitives traditions de l'Inde, en présence de ce fait que Zoroastre et Bouddah, dont les doctrines envahirent la Perse, le Thibet, la Chine et le Japon, levèrent dans l'Inde même l'étendard de la révolte contre l'autorité religieuses des brahmef.
Gomme on le pense bien, nous n'admettons ni chez les uns ni chez les autres, ces contes absurdes qui soumettent l'homme au travail et à la souffrance, qui rendent l'humanité tout entière responsable devant Dieu d'une faute, de ses ancêtres, et quelle faute !
Parce qu'Adhima et Hèva ont quitté Geylan, parce que Eve a croqué une pomme... voilà tous leurs descendants Condamnés aux plus [durs labeurs et à une expiation éternelle !
Nous ne pouvons voir là qu'une de ces niaiseries sacerdotales destinées à soumettre la raison humaine par l'absurde, et à entourer Dieu et la création de telles folies, que l'esprit de l'homme en arriva, dans cette nuit du passé où le prêtre lui défend de porter la lumière, à tout admettre sans discussion.
Chose étrange, les hommes les plus sérieux qui, dans le domaine de la science n'hésitent jamais à rejeter tout ce qui n'est pas établi sur des bases irréfutables, abandonnent tout critérium de certitude, du jour où ils se mettent à la remorque d'une secte religieuse. La raison perd tous ses droits, et ils ne semblent avoir d'autre souci que celui d'éteindre l'immortel flambeau que Dieu même nous a donné.
Dites-leur que la grande idée de l'Être suprême se peut passer de toutes les nuageuses superstitions d'un autre âge, qu'il n'est nulle besoin, pour adorer Dieu et lui rendre les hommages qui lui sont dus, des formes particulières de tel ou tel culte variables selon les temps, les lieux et les peuples; que les mystères, les incarnations dans le sein de Devanaguy, Avany ou Marie, et tous les legs merveilleux du passé issus de la crédulité et de la faiblesse humaine, ne
sont que des inventions sacerdotales, et qu'il est temps de ne plus rapetisser le Créateur, en le façonnant à notre taille dans l'exclusif intérêt d'une caste.
Ils vous répondent par un acte de foi, et se refusent à tout examen.
La foi ! mais nous l'avons comme eux, comme eux nous croyons en un Dieu unique qui a tout créé et dont tout dépend, qui nous jugera suivant nos mérites et nos fautes, et recevra dans son sein notre âme purifiée par les bonnes œuvres ou l'expiation; comme eux nous repoussons l'athéisme qui n'est qu'un orgueilleux blasphème !
Quel est donc le point qui nous divise?
Un seul fossé nous sépare, mais il est large, profond, et nos mains ne se peuvent rencontrer d'une rive à l'autre.
L'acte de foi de nos adversaires, ne s'adresse pas seulement à Dieu, il s'applique avec la même ardeur aux inventions humaines, il faut croire à l'Être suprême de telle façon, lui rendre son culte ici et non point là, admettre certains hommes comme les seuls dépositaires de la vérité religieuse, entrer dans leur camp, soutenir leur bannière, proscrire tout ce qui ne pense pas comme eux, admettre une révélation qui est un non-sens appliqué à la puisance divine; mêler Dieu à toutes nos actions, chanter ses louanges sur les cadavres fumants de cent mille hommes égorgés à la guerre, croire que si l'on a été vaincu, c'est pour l'expiation de ses fautes, ou parce qu'on n'avait pas assez prié!,..
Mais surtout se courber docilement sous la main du prêtre, croire à son infaillibilité, à son désintéressement, à ses vertus, épouser ses querelles, soldat bien discipliné, ne marcher que sur un signe de lui, le combler de richesses et d'honneurs, protéger sa sainte et grasse oisiveté, et le reconnaître à deux genoux pour oint du Seigneur : à ce compte seulement^vous serez un croyant.
Qui n'eslime Colin, n'estime pas son roi Et n'a, suivant Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.
Le prêtre a remplacé Dieu.
Donc nous repoussons comme indigne de la majesté di-
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vine, cette croyance grossière d'une faute primitive, qui aurait attiré la colère céleste, non-seulement sur les prétendus auteurs de cette prétendue faute, mais encore sur l'humanité tout entière.
Vous aurez beau nous répéter que les desseins de Dieu sont impénétrables... vous ne nous ferez jamais admettre qu'ils soient absurdes et qu'ils violent à chaque instant les lois morales établies par le Créateur, dans le seul but. d'éprouver notre obéissance, en nous forçant à croire des choses monstrueuses ou incompréhensibles.
D'un côté vous êtes forcés d'admettre le libre arbitre; car sans cela toute idée de punition serait injuste : et de l'autre vous établissez l'esclavage; car chaque acte de la vie religieuse est régi par un mystère ou une prescription que vous ne permettez pas de discuter.
C'est la liberté de croire et d'obéir à genoux. Du moment où il me faudrait croire à la faute originelle, et à la proscription de la race humaine pour le vol d'une pomme, je ne rirai plus de ce prêtre sauvage de l'île océanienne d'Huahiné- Ithi, qui me disait un jour : que le puissant dieu Thi avalait la lune tous les matins, et la rendait tous les soirs... Et il fallait voir comme le gaillard était habile, à l'aide de ceswblime mystère, à remplir sa case de dons pieux: cocos, ignames, taros, poissons, patates et cochons sauvages... il en revendait.
Quand ar.rivait une éclipse de lune, il ramassait de quoi charger un navire. Cela se conçoit. Le magnanime dieu Thi, ne voulant plus rendre la lune, il fallait l'accabler de présents pour le décider à la restituer.. .
Supposons, ce qui peut se voir, que l'île d'Huahiné-Ithi, comme le groupe des îles Sandwich, s'assimile peu à peu la civilisation européenne... Pensez-vous qu'il arrivera un moment ou ce brave prêtre dira à ses compatriotes : — Je suis un imposteur, et Thi n'avale absolument rien.
Non, ces choses-là ne se disent jamais, et en pleine civilisation, le bon prêtre continuera à exploiter son idée, soutenu parle roi et les chefs qui diront : — 11 importe pour la sûreté de notre domination que le peuple continue à croire que Thi avale la lune.
Et si la raison réclame ses droits, on lui répondra : Ne voyez -vous donc point que ce n'est là qu'une image employée par nos livres sacrés, une sublime fiction, et que le grand Thi avalant et restituant constamment la lune, nous représente admirablement ce grand problème de la vie et de la mort, qui détruit et renouvelle tout dans la nature.
Et c'est ainsi que la plus stupide des croyances prend racine et devient un symbole... pas à Huahiné-Ithi seulement.
L'idée d'une faute originelle, définie, spéciale, doit être reléguée dans le domaine de la poésie religieuse, tous les cultes l'ont habilement exploitée, l'environnant de mystères, l'étayant de l'intervention de Dieu : aucun n'a voulu l'expliquer dans son sens naturel et logique.
Les premiers hommes, considérant d'un côté leur propre faiblesse , et de l'autre leurs aspirations vers Dieu et un monde inconnu, s'imaginèrent qu'ils avaient la science de ceci par souvenir, et qu'une faute seule avait pu les faire chasser du lieu où ils aspiraient à retourner. Et ils imaginèrent pour expliquer cette faute, la fable de la désobéissance, ou celle de la révolte contre Dieu, qui toutes deux admises par la théologie brahmanique, furent depuis acceptées, soit l'une, soit l'autre, par toutes les religions du globe.
Il est de notre temps de prouver l'insanité de pareilles croyances, de les extirper de l'âme des masses p,our les remplacer par des idées plus saines, plus conformes à la justice de l'Être suprême.
Les premiers pas de l'homme sont mystérieux et fabuleux en tout. Le nuageux n'est point seulement l'apanage de l'idée religieuse.
Qu'était l'histoire à son berceau? Une collection de faits faux et absurdes, dont l'existence est matériellement impossible !
Qu'étaient les sciences exactes dans les premiers âges du monde ? A part l'astronomie qui s'était développée d'ellemême, appelant naturellement l'observation, le reste ne possédait pas deux axiomes doués de quelque raison.
Nous avons réformé l'histoire, et créé la science. Est-ce
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que l'idée religieuse échapperait à l'examen de la raison, par l'excès même de son absurdité?
Quoi qu'il en soit de ce que nous réserve l'avenir, c'est de la légende indoue qu'est sortie l'idée de la faute originelle et la promesse d'un rédempteur, deux croyances sur lesquelles toutes les théocraties ont basé leurs systèmes religieux, et assis leur domination.
Les premiers patriarches indous, ainsi que nous l'avons 'vu, par les chants, invocations et prières extraits des livres sacrés semblèrent s'inquiéter fort peu de cette faute inconnue, dont ils avaient cependant la notion, elle n'altéra en rien l'idée simple et sublime qu'ils s'étaient faite de Dieu «t des devoirs de l'homme sur la terre.
La faute originelle... c'est le prêtre!