‹ Les fils de JudasChapitre 16 sur 59 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

.Sir Arcliibald était un homme entier, absolu, à qui rien n’avait résisté jusqu’alors.

Peu au courant des habitudes do la justice française, il avait cru qu’il lui suffisait de donner une caution suffisante pour être mis en liberté sur-le-champ.

Mais lorsqu’il parla de caution, on se mit à rire et on lui expliqua que pour une prévention de la nature de celle qui le concernait la caution n’était pas admise.

Il est difficile de dépeindre la rage et la fureur qui S’emparèrent alors de cet Anglais flegmatique.

On l’avait conduit à la Conciergerie et enfermé dans une pistole.

Là, il avait demandé de quoi écrire.

Sir Archibald était lancé dans legrand inonde parisien, il avait des éclations à l'ambassade.

Il comptait se faire reclamer par l’ambassadeur anglais.

On lui répondit qu’il ne pourrait communiquer avec personne avant d’avoir été interrogé par un juge d’instruction.

Pendant plusieurs heures sir Archibald fut * en proie à une surexcitation extraordinaire.

Non qu’il redoutât beaucoup les conséquences de son arrestation.

Mais parce qu’il allait manquer le rendezvous donné par le descendant de Moctar.

S’il y manquait, tout était perdu sans doute.

La journée s’écoula.

Pendant cette journée, sir Archibald s’attendit d’heure en heure à être conduit chez - un juge d’instruction.

Il n’en fut rien.

Le jour qui pénétrait dans sa pistule s 'éteignit, et personne ne parut.

Sa montre à la main, sir Archibald, fou de ■£ colère, calculait que trois heures à peine le séparaient de celle du rendez-vous, et que cette heure arriverait, et qu’il serait toujours en prison.

Il 9

Et, comme il se disait cela, écumant de rage et piétinant le sol de sa pis tôle, des pas retentirent tout à coup daiis le corridor, la porte s’ouvrit et un flot de clarté pénétra dans sa prison. ?

Sir Arehibald stupéfait vit apparaître d’abord un guichetier qui portait un flambeau.

Puis, derrière le guichetier, une femme drapée dans un grand manteau.

Et, à la vue de cette femme, sir Arehibald poussa un cri.

Il avait reconnu Aléa.

Aléa entra souriante et lit un signe au guichetier.

Celui-ci posa le flambeau sur la table de la pistole et sortit en saluant avec respect.

Alors la jeune femme tendit la main à sir Arehibald et lui dit :

— Je viens vous délivrer, mon pauvre ami.

— Vous... venez... me délivrer? balbutia sir Arehibald.

Il regardait Aléa et semblait se demander s’il n’était pas le jouet de quelque hallucination.

— Oui, dit-elle en souriant, on n’est pas niais comme cet infirmier, qui s'est imaginé un moment que vous étiez pour quelque chose dans

le double crime commis Ma maison de santé.

Heureusement, poursuivit-elle, je n’ai pas perdu une minute depuis ce matin, je suis allée partout, j’ai vu tout le monde et j’ai obtenu une ordonnance de non-lieu.

Vous êtes libre.

— Libre ! exclama sir Arcliibald.

— Sans doute, répondit-elle.

Et elle lui montra la porte de la pistole que le guichetier avait laissée toute grande ouverte en se retirant.

— Libre!... libre!... répétait machinalement sir Arcliibald en regardant Aléa.

— Allons, dit-elle toujours souriante, donnez-moi le bras et allons-nous-en. Je deviendrais folle si je restais ici.

Et il lui oilrit son bras, et ils sortirent de la pistole, et toutes les portes s’ouvrirent devant eux comme par magie.

La voiture d’Aléa .attendait sur le quai.

— Où voulez-vous que je vous conduise?

demanda Aléa.

— Je ne sais pas, balbutia-t-il.

— Chez vous alors, dit-elle.

— Ce ne fut qu’au bout d’un quart d’heure que sir Archibald recouvra toute sa présence d’esprit.

Mais quand le, sang-froid lui revenait, il ne revenait pas à demi.

En arrivant rue du Helder, sir Archibald était aussi calme que s’il fût sorti de son club, et il s’était posé dix fois, durant le trajet, cette terrible question qui lui paraissait insoluble :

— Aléa me joue-t-elle ou biou est-elle sincère?

En l’oute, la jeune femme lui avait appris qu’on désespérait des jours de Tony, lequel était bien, quoi qu’on en eût dit, un étudiant allemand ; mais que, en revanche, on espérait sauver Ali-Kan. Elle avait ajouté, du reste, que le malheureux docteur avait toujours le délire, et cette dernière nouvelle avait soulagé sir Archibald.

Quand le coupé se fut arrêté à la porte de la maison que sir Archibald habitait rue du Helder, Aléa lui tendit de nouveau la main :

— Au revoir ! lui dit-elle, et venez demain me remercier.

Pour aujourd’hui, vous devez avoir besoin de repos.

Sir Archibald baisa la main d’Aléa qui dit à * son valet de pied.

— A l’hôtel!

Puis il descendit lestement, attendit que le

coupé eût tourné l’angle de la rue du Helder, et alors, au lieu de monter chez lui, il courut à une station de voitures, se jeta dans un remise et se fit conduire à l’hôtel du Louvre.

Neuf heures sonnaient comme il entrait dans la cour.

Le concierge, en le voyant, vint à sa rencontre et lui remit une lettre.

Sir Archibald tressaillit en l’ouvrant.

La lettre contenait ces quelques mots :

« Le fils de Ma-Eddin est attendu ce soir, au fond du puits. »

Un éclair passa dans les yeux de sir Archibald et il murmura avec un accent de triomphe.

— Qui donc a dit qu’Aléa portait malheur?

Page 1