‹ Les fils de JudasChapitre 18 sur 59 · CHAPITRE XV H · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV H

Les 111s de Moclar et de Kougli-llassan étaient réunis, comme la première fois, dans cette partie du souterrain qui formait comme une salle octogone.

Tous étaient revêtus de ce costume oriental qu’ils ne portaient sans doute point à la ville, puisque sir Archibald avait cru reconnaître * dans l’escalier du docteur Ali-Kan le vieux - voisin de Tony vêtu comme un bourgeois parisien.

Ce dernier se tenait debout au milieu de la salle, tandis que les autres étaient assis, sur des nattes, au long des murs, les jambes croisées.

Sir Archibald fut introduit.

Nous l’avons vu à l'œuvre; il avait un rare sang-froid el une merveilleuse audace.

Cependant, en arrivant parmi ces hommes, il lui sembla nue optait bien moins des disciples attendant leur maitre-que des juges qui s’apprêtaient à prononcer une sentence.

On silence de mort régnait.

La lampe suspendit d à la voûte ne projetait autour d’elle qu’une lueur triste et rougeâtre. ' ■

Moctar vint à sir Archibald et s’arrêta à un pas de distance.

Le vieillard était grave, presque solennel.

— Qui êtes- vous? dit-il.

Sir Archibald, qui commençait à so faire à tous ces visages moroses et à ces façons orientales, répondit :

— Je suis le fils de Ma-Eddin, le dernier descendant du maître suprême, l’homme que vous attendez et qui doit vous courber sous ses lois.

. — C’est bien ! dit Moctar.

Sir Archibald crut que cette question qu’on lui avait si nettement posée et à laquelle il avait si audacieusement répondu, était une formalité pure, et il respira, . ,.i ,

no

Mais les visages ne se déridèrent point autour de lui. ■*

Le vieillard reprit : *

— Etes-vous bien le lils de Ma-Eddin?

Le baronnet fit un pas en arrière.

— En pouvez-vous douter? fit-il.

— Etes-vous bien celui que nous avons attendu à travers les siècles? répéta le vieillard.

— Oui, dit sir Arehibald.

Et sa voix ne trembla point, et son visage demeura impassible.

Le vieillard reprit :

— Maître, il convient à tous ceux qui sont sages de poursuivre avec instance la recherche de la vérité.

— Je ne vous comprends pas, dit l'Anglais.

— Si vous êtes le vrai fils de Ma-Eddin, poursuivit le vieillard, non-seulement vous me comprendrez quand je me serai expliqué, mais vous approuverez ma conduite.

— Expliquez-vous donc!

Et sir Arehibald eut un geste d’inquiétude.

— Maitre , reprit le fils de Moctar, un de oeux qui étaient attendus ici ce soir ne viendra pas.

— Ah! dit sir Arehibald.

Et il retrouva son visage glacé. .

— Celui-là,, continua le vieillard, est au seuil de ce monde mystérieux qu’on appelle l'Eternité.

— De qui donc voulez-vous parler? demanda sir Archibald qui prit un air naïf.

— Du docteur arménien Ali-Kan.

— Ah! c'est juste, fit l’Anglais, il a été assassiné.

— Il est mourant, mais il n'est pas mort encore.

Quelques gouttes de sueur portèrent au front de sir Archibald.

Et regardant plus attentivement le vieillard, il se dit :

— Oui, c'est bien lui que j'ai rencontré dans l’escalier du pavillon, ce matin.

Le vieillard poursuivit, toujours grave et triste :

— Ali-Kan va mourir; Ali-Kan, avant d’expirer, ne retrouvera peut-être ni l'usage de la parole, ni un éclair de raison.

— Eh bien? fit sir Archibald que ces derniers mots rassurèrent.

— Mais Ali-Kan a écrit.

Ce fut un coup de tonnerre qui retentit tout à coup aux oreilles du baronnet.

Cependant il fit bonne contenance.

— Ah ! il a écrit, dit-il.

— Oui.

— Sur quoi et sur qui?

— Quand une main criminelle l’a frappé, répondit le vieillard avec un accent solennel, il m’écrivait en langue arabe la lettre que voici.

Et le flls de Moctar, ouvrant son caftan, prit à sa ceinture une feuille de papier pliée en quatre et la tendit à sir Archibald.

Mais,orf s’en souvient, le docteur avait écrit en langue arabe.

Sir Archibald, qui sentait bien que la partie engagée était décisive et que tout pouvait dé-" pendre de son attitude, sut être maître de lui.

Il déplia le papier et y jeta les yeux.

Puis un sourire vint à ses lèvres :

— Excusez-moi, dit-il, mais je n’ai pas appris l’arabe, ignorant, il y a six mois encore, les grandes destinées qui m’attendaient.

— Aussi, répliqua le vieillard, vais-je vous traduire le contenu de cette lettre.

Et, reprenant le papier, il regarda fixement sir Archibald.

— Ali-Kan, dit-il, prétend que nous n’avons pas retrouvé le vrai descendant de Ma- Jîddin,

— Vous ôtes fou! dit sir Archibald.

— Que, dans tous les cas, le descendant ne saurait être vous.

— Ali-Kan a menti.

— Vous êtes Anglais...

— Soit.

— Vous vous nommez sir Archibald...

— D'accord.

Et, croisant ses bras, sir Archibald promena vers tous ces hommes silencieux un regard superbe.

— Eh bien, dit-il, nesavez-vous pas que les fils de Ma-Eddin, aussi bien que les dis de ses disciples, ont été dispersés sur la surface du globe?

Oui, je m’appelle sir Archibald, mais je m’appelle aussi Ma-Eddin.

Le vieillard était muet, mais son farouche silence épouvantait sir Archibald.

— Comment la feuille de papyrus qui m’a fait connaître se serait- elle trouvée en mes mains? poursuivit sir Archibald avec animation. Comment serais-je allé au Liban ?

A ces derniers mots, un des hommes assis . au long du mur se leva, et dit d une voix lente et grave.

— Vous mentez, sir Aichibald !

Et sir Archibald étouffa un cri el recula.

to.

Page 1