‹ Les fils de JudasChapitre 23 sur 59 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

— Voilà l’homme que nous attendons ! murmura le vieillard, tils de Moctar, en voyant entrer le jeune homme qui marchait levant au ciel des yeux inspirés.

Et tous ceux qui, à travers les siècles, avaient été désignés pour servir de compagnons au fils de Ma-Eddin, tous ceux qui étaient venus des divers points du monde pour assister à ce mystérieux rendez-vous, se levèrent et le regardèrent avec une respectueuse curiosité*

Néanmoins le vieillard lui fit cette question :

— Qui êtes -vous?

— Celui que vous attendez, répondit-il.

Et il promena sur les assistants un regard

brillant de folie; mais pour les Orientaux qui vivent si souvent la moitié de leur vie dans les bras invisibles et mystérieux du haschich, la folie, c'est presque la sagesse.

Aussi demeurèrent -ils graves et presque anxieux.

— Nous n’attendons personne, dit le flls de Moctar.

— Cependant je suis le fils de Ma-Eddin et je viens recueillir son héritage, dit le jeune homme d’un ton ferme et résolu.

— Et qui nous prouve que vous êtes le flls de Moctar?

— Hegardez-moi...

Et il fit encore un pas en avant et se trouva en pleine lumière.

Co fut alors que sir Archibald, saisi de vertige, recula.

Raymond avança encore.

Puis il se trouva face à face avec le baronnet, et son regard s’arrêta sur lui.

Il eut un moment de stupéfaction.

— Vous! sir Archibald, dit-il.

L'Anglais avait repris courage :

— Quel est cet homme? dit-il en regardant le flls de Moctar.

Et il eut l’air de voir Raymond pour la première fois.

Mais Raymond lui dit :

— Sir Archibald, vous êtes un traître!

Cette accusation inattendue fit bondir l’Anglais.

— Quel est ce fou? répéta-t-il.

— Ce fou, dit le descendant de Moctar, semble parler le langage de la raison.

La colère de Raymond s’était subitement apaisée.

Il avait repris cet air calme et prophétique qui avait frappé tous ces hommes réunis dans le souterrain.

Le fils de Moctar à qui tout le monde obéissait se chargea de répondre à sir Archibald.

— Si vous êtes réellement le maître, dit-il, prouvez-le !

— Comment vous le prouver mieux que par la possession du parchemin que je vous ai montré ? répondit l’Anglais.

Un sourire vint aux lèvres de ce vieillard à barbe blanche :

— Sir Archibald, dit-il, vous vous trompez...

— Moi!

— Il y a une preuve irrésistible de votre

naissance et de votre origine que vous pouv z ' nous donner.

— Laquelle?

— Déshabillez-vous et montrez-nous vos épaules.

Sir Arcliibald tressaillit.

Le vieillard continua avec calme :

— Tous les enfants de Ma-Eddin doivent porter sur l’épaule droite un signe bizarre.

L’Anglais se méprit aux paroles du fils de Moctar.

— Et comment savez-vous cela? fit-il.

Il songeait que le signe que, en effet, il portait sur l’épaule, et qui trahissait sa descendance en ligne directe du traître Judasicli, serait pris, au contraire, par tous ces hommes pour une marque sacrée.

Le fils de Moctar acheva :

— Ma-Eddin, avant de mourir, marqua ses deux enfants, et ceux-ci marquèrent les leurs, et votre père a dû en faire autant, après avoir porté lui- même ce signe de reconnaissance.

Le visage de sir Arcliibald s’illumina à ces paroles.

— Oui , dit-il , et vous allez voir sur mon épaule cette marque dont vous parlez!

En môme temps, il se dépouilla de son manteau et de son habit.

Raymond le regardait curieusement et il paraissait attentif à ses moindres mouvements.

On eût dit qu’il ne comprenait rien à se qui se passait, et qu’il cherchait à s’en rendre compte.

Un silence de mort s’était fait autour de sir Archibald qui continuait à se déshabiller.

Quand il n’eut plus que sa chemise, il la déchira.

Puis il montra son épaule d’un air triomphant en disant :

— Regardez, et inclinez-vous !

Mais un cri d’indignation, un cri de rage se fit entendre alors de tous côtés.

— Le fils de Judas ! s'écria-t-on.

> Et celui qui commandait aux autres dit û sir Archibald frémissant :

— Je t’ai tendu un piège, ô traître! Jamais Ma-Eddin n’a marqué ses enfants; mais tu as apporté, en venant au monde, le stigmate infime que ceux de ta race se sont transmis de génération en génération.

— A mort! le fils de Judas, à mort! s’écrièrent les compagnons de Moctar.

Sir Archibald était sans armes; il n’avait

pas même le revolver qui le quittait si rarement.

Raymond était retombé dans son rêve plein de folie ; mais il répétait, sans même regarder sir Archibald :

— C'est bien moi qui suis le fils de Ma- Eddin.

Et tandis que le fils de Moctar se prosternait devant lui et disait :

— Oui, maître, vous êtes bien celui que nous attendions!...

Ali, le chamelier arabe, répéta :

— Cfoi, c’est bien le jeune homme que j’ai conduit au monastère du Liban.

Sir Archibald jetait autour de lui des regards effarés.

Il eût voulu pouvoir fuir.

Ali le chamelier s’avança vers lui, menaçant.

— Je me nomme Ali, tu le sais, dit-il. Avant d'être chamelier, j’ai été au service du pacha d’Egypte qui m’avait fait son tchaous, c’est-àdire son justicier.

Personne mieux que moi ne sait faire voler une tête d’un coup de yatagan, et la tienne, acheva-t-il, va divorcer avec tes épaules.

En même temps, et sur un signe du fils do Moctar, Ali, l’ancien bourreau , ouvrit soi]

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caftan et prit à sa ceinture un larR^cimeferre

arabe. ‘ .

Sir Archibald jeta un cri. ■ ' V

Mais deux des compagnons du vieillard se

jetèrent sur lui et l’enlacèrent.

Et Ali le bourreau tira du fourreau le terrible cimeterre, dont la lame étincela comme un rayon de soleil.

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