‹ Les fils de JudasChapitre 5 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Il y eut entre ces deux hommes qui se sentaient issus du même sang pervers un moment de terrible silence après ces paroles de sir Archibald.

Puis ce fut lui encore qui reprit la parole et dit :

— Comment êtes-vous sorti de la mnison de santé, mon cher cousin?

— Comme j’y étais entré, répondit Tony.

Lorsque le coupé est parti, j’avais depuis longtemps repris ma place dans la touffe d’ébéniers auprès de la porte. Au moment où il sortait, emportant Mmo Aléa, j’ai fait un bond et je suis sorti entraîné par lui.

Je crois bien que le domestique qui venait refermer la porte a vu quelque chose, mais il ne s’est pas rendu un compte exact de ce qu’il voyait.

Et d’ailleurs, quand il a jeté un cri, le coupé était déjà loin.

— Voyons, maintenant, reprit sir Arehibald, causofls et vite !

— Je le veux bien.

— Xléa sait qui je suis...

•*- N’en doutez pas.

— Et Ali-Kan a reconnu dans Raymond le vrai fils de Ma-Eddin?

— .Te vous l’affirme.

— Par conséquent, dit froidement le baronnet, si d’ici à demain soir, Ali-Kan voit un seul de ces hommes qui m’attendent au mystérieux rendez-vous pour me jurer fidélité et se mettre à mes ordres, tout est perdu.

— C’est à n’en pas douter.

— Il faut donc que le docteur Ali-Kan ne parle pas.

— Comment l’en empêcher ?

Sir Arehibald eut un sourire à faire frémir.

— Les morts se taisent, dit-il.

— Je le sais, répondit Tony impassible.

— Dr donc, reprit sir Archilnild, eooutezmoi bien.

— ParU z.

— Vous avez pénétré souvent, me ditesvous, dans la maison de santé.

— Quatre ou cinq fois au moins.

— Vous en connaissez par conséquent tous les êtres ?

— Parfaitement, je vous l ai dit, je m’y promènerais les yeux fermés.

— Quand on amène un pensionnaire la nuit, le docteur se lève-t-il ?

— Toujours.

Sir Archibald tira sa montre.

— Il n’est que minuit, dit-il, nous sommes en hiver et il n’est pas jour avant sept heures. Nous avons donc tout le temps.

— Je ne comprends pas très-bien, dit Tony.

— Vous comprendrez tout à l’heure.

Sur ces derniers mots, l’Anglais se dépouilla de ta robe de chambre et ôta ses pantoufles. Puis il remit ses bottes et endossa un gros paletot dont il releva le collet dé façon à cacher tout le bas de son visage.

— Venez avec moi, mon cher cousin, dit-i alors.

L’hôtel du Louvre ne ferme jamais. Jour ej

nuit, ses corridors et ses escaliers sont encombrés de voyageurs, de domestiques et de garçons.

Malgré l’heure avancée sir Archibald et Tony sortirent donc sans que personne fit attention à eu x. Quand ils furent dans la rue de Rivoli, sir Archibald gagna la place du Paîals-Rbyal sur laquelle il y avait encore trois ou quatre voitures de place. Il ouvrit la portière de l’une d’elles, y monta et y lit monter Tony.

Puis il dit au cocher :

— Rue du Helder.

— Mais où me conduisez -vous? dit Tony.

— A mon ancien appartement.

— Pourquoi faire?

— Nous allons y chercher un fou.

— Un fou ! dit Tony-, avec étonnement.

Sir Archibald se prit à sourire.

— Je ne vous ai peut-être pas raconté, ditil, comment et sur qui j’avais essayé le poison que j’ai fait prendre à Raymond en lui offrant un cigare.

— Non, dit Tony.

— J’en ai fait l'expérience sur un vieux domestique qui m’a élevé.

— Ah! vraiment?

— Et je me suis fort dirent, je vous jure,

pendant plusieurs mois de la folie du bonhomme.

Là-dessus, sir Archibald.raconta en riant de très-bon cœur sa rencontre avec le médecin turc, l’expérience qu’il avait faite du narcotique et les étranges aberrations d’esprit du pauvre Caleb depuis ce jour. Comme il finissait son récit, la voiture arriva rue du Helder.

— Venez, répéta sir Archibald.

En même temps, il dit au cocher :

— Attendez-nous.

L’Anglais fit monter Tony chez lui.

Ils trouvèrent le vieux domestique assis, les jambes croisées, sur le tapis du salon, en proie à sa folie contemplative.

Le pauvre vieux divaguait, comme à l'ordinaire, au grand ébahissement et à la grande joie du valet de chambre de sir Archibald et d'une demi-douzaine de domestiques de la maison qui 11e s’attendaient pas à ce que l’Anglais rentrerait à l’improviste et qui> le voyant arriver, se sauvèrent tout confus.

Le vieux serviteur se croyait, à cette heure, le tailleur de Bagdad, et prétendait que le calife le faisait demander.

— Puisque le calife m’attend, lui dit sir Archibald, il faut aller le voir.

Le vieux Caleb se leva, plein d'obéissance pour sir Aichibald.

Alors celui-ci regarda Tony.

— Comprenez- vous, dit-il?

— Pas encore.

— Voilà un fou.

— Bon!

— Ce fou est votre parent.

— Fort bien.

— Vous voulez le guéiir. %

— Et je le conduis chez le docteur Ali-Kan.

— Vous l’avez dit.

— Mais quand ?

— A l’instant môme.

Tony fronça le sourcil.

— Le reste vous regarde, acheva sir Archibald.

— Ah ! pardon, dit Tony, mais si je comprends bien, c’est un rôle d’assassin que vous voulez me faire jouer.

Sir Archibald demeura impassible,

— Or, dit encore Tony, il est possible que je ne réussisse pas.

— Qui ne risque rien, n'a rien.

— D’accord, mais je veux des arrhes.

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— Plaît-il?

—Si vous voulez faire votre testament en ma faveur, pour le cas où le trésor de Ma-Eddin nous échapperait,..

— Eh bien?

— Je me charge d’Ali-Kan, dit Tony avec ilegme.

— Soit, dit sir Archibald, c’est marché conclu.

Les yeux de Tony brillèrent d’une sombre cupidité.

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