‹ Les fils de JudasChapitre 52 sur 59 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

L'entrée des cavernes de la Peste avait dû fifre fort grande autrefois.

Mais un éboulement des rocliers supérieurs avait eu lieu, ne laissant plus qu’un étroit passage.

Peut-être même cet éboulement avait-il été l’œuvre des compagnons de Ma-Eddin, qui avaient voulu se retrancher devant les Turcs.

Sir Archibald fut donc obligé de se baisser pour pénétrer à l’intérieur.

Sa torche s’agita un moment aux prises avec un courant d’air.

Puis quand il eut fait quelques pas, elle cessa de vaciller et projeta au loin sa lueur.

Du reste, Rodokani et Aléa, également munis d’une torche, étaient entrés sur les pas de sir ArchibaJd.

La caverne, dès le point de départ, se divisait en deux galeries naturelles qui paraissaient devoir se subdiviser elles-mêmes en différents couloirs souterrains.

La voûte, arrondie par la nature, s’élevait à mesure qu’on avançait.

Au bout de vingt pas, sir Archibald sentit quelque chose craquer sous son pied.

Il se baissa et reconnut des ossements humains ü demi réduits en poussière.

Rodokani, qui portait le pic, les échelles de corde et un faisceau de torches destinées à remplacer celles qui étaient déjà allumées, se heurta un peu plus loin à un crâne séparé de son squelette.

A mesure qu’ils avançaient, les débris humains se multipliaient.

Evidemment c’étaient là les ossements des malheureux compagnons de Ma-Eddin, et l’on comprenait que tant de cadavres amoncelés avaient dû pendant bien longtemps répandre des miasmes mortels dans toute la contrée environnante.

Sir Archibald s’arrêta, et se retournant vers Aléa :

— Laquelle de ces deux galeries allons-nous suivre dabord ? dit-il.

— Le document que Ma-Eddin a laissé, et dont vous avez la traduction, répondit Aléa, ne vous indique-t-il pas le chemin à suivre ?

— Non, répondit sir Archibald ; je trouve seulement cette indication :

L'une des deux galeries descend vers la mer.

Laquelle est- ce?

Aléa se plaça juste à l’endroit ou les deux galeries convergeaient vers un point commun.

— Attendez! dit-elle.

Et avec une sagacité merveilleuse, elle déposa sa torche tantôt à l’entrée d’une galerie, tantôt à l’entrée de l’autre. La torche demeura droite et brûla tranquillement devant la première galerie.

Elle courba un peu la flamme à l’entrée de la seconde.

— C’est celle-là qui descend à la mer, dit Aléa.

Et elle s’y engagea la première.

Les parois de la caverne étaient d’une roche lisse et sans fissure.

De temps en temps cependant Rodokani

donnait un coup de pic et obtenait un son mat et plein.

Le sol toujours couvert d’ossements était pareillement du rocher, et l’expérience de Rodokani, souvent renouvelée, donnait toujours le môme résultat.

La galerie paraissait s’incliner peu à peu et s’enfoncer sous la montagne.

A mesure que nos chercheurs du trésor avançaient, les torches vacillaient davantage et le courant d’air devenait plus vif.

Enfin un bruit sourd assez semblable à celui d’un tonnerre lointain arriva aux oreilles d’Aléa.

Elle s’ariôta encore.

— Je ne me suis pas trompée, dit-elle; c’est le bruit de la mer que j’entends.

Rodokani frappait toujours le soi, la voûte et les parois de la galerie, et jamais le pic ne rencontrait une fente, uncreux, un endroit sonore.

Quelques gouttes de sueur perlaient au front de sir Arehibald.

— Les trésors doivent ôtre enfouis dans l’autre galerie, dit-il enfin.

— Non, répondit Aléa, ce n’est pas probable.

— Pourquoi?

— Ma-Eddin ne se sera séparé de ses trésors qu'au dernier moment.

— Eli bien ?

' — C’est-à-dire quelques minutes avant de se jeter dans la barque qui l’attendait au bout de la galerie aboutissant à la mer.

Par conséquent les trésors doivent être tout près de cet orifice.

— Vous avez peut-être raison, répondit sir Archibald.

Et il continua à avancer.

La poussière humaine allait diminuant, et la galerie s’inclinait de plus en plus.

En même temps le bruit de la mer comfnençait à dominer la voix d’Aléa et de ses deux compagnons.

On entendait même distinctement le clapotement lointain des vagues sur les rochers.

Tout à coup sir Archibald s’arrêta.

— On ne peut pas aller plus loin ! dit-il.

En effet la galerie se fermait brusquement.

Une immense pierre l’obstruait, ne laissant qu’une ouverture trop étroite pour laisser passer un corps humain.

Cette pierre détachée do la voûte avait sans doute été roulée là par Ma-Eddin et ses disciples.

— Voilà, dit Aléa, qui me continue dans mon opinion que les trésors sont dans cette galerie.

Sir Archibald regardait attentivement la pierre, dont le sommet n’atteignait pas tout à fait la voûte.

Cette pierre avait à peu près la forme d'un cône tronqué.

Sir Archibald l'escalada, de façon à ce que sa tête touchât la voûte.

Puis il passa le bras qui tenait la torche entre la voûte et la pierre, de façon à éclairer cette partie de la galerie dont l’accès lui était provisoirement interdit.

Mais le courant d’air était si violent que la torche s’éteigpit.

Seulement ses souliers armés de crampons de fer déchirèrent un peu la pierre, comme il redescendait.

— C’est de la roche tendre, dit-il, le pic de Rodokani en aura raison.

Rodokani se mit à l’œuvre.

Sir Archibald ne s’était point trompé. La roche s’entama sous le pic comme du plâtre durci.

Le Grec était fort, il était adroit...

Et puis il travaillait sous le regard d’Aléa.

En moins d’un quart d’heure il eut brisé un morceau de la roche assez large pour que sir Archibald pût, en remontant sur la pierre, se couler entre elle et ià voûte.

Mais, comme il allài$*>abandonner de ses mains les aspérités du ro( Éfe:il se laissa tomber de l’autre côté de la galerie en criant : Passez-moi une torche J

Un fragment de la pierre tomba et retentit à une profondeur épouvantable.

Les cheveux de sir Archibald se hérissèrent.

Il remonta tout frissonnant sur la roche en murmurant :

— J'ai failli tomber dans un abîme i

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