‹ Les fils de JudasChapitre 9 sur 59 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les traîtres sont làclies.

Comme Tony levait le bras pour frapper, le -docteur, que le rêve agitait, fit un mouvement. .*

Tony hésita.

Les lèvi'cs d’ Ali-Kan s’entr’ouvrirent et laissèrent passer un nom :

« Sir Archibald. »

Un éclair jaillit des yeux de Tony.

Cependant il ne frappa point encore.

Après s’être un moment agité dans son fauteuil, Ali-Kan avait retrouvé sa paisible immobilité.

Mais un bruit lointain et faible avait frappé l’oreille de Tony, dont le cœur était troublé. h 5

Il lui semblait qu’un pas lent et régulier montait le petit escalier. "* *’

Et il résista, et son cœiir battit plus violemment encore.

Le bruit devenait plus distinct.

Tony leva le bras une seconde fois.

Mais ce bras demeura de nouveau suspendu.

Tony cherchait maintenant la place où il frapperait le docteur.

En s’agitant, Ali-Ivan avait perdu sa première attitude.

Si Tony Voulait frapper sûrement, c’était aucœur qu’il devait frapper.

Et Tony hésitait encore.

Le bruit continuait. -4*. ,/

son front; en même temps scs tempes batti-

rent avec force, et un nuage passa sur ses yeux.

Un nuage do sang!

Une main, inexpérimentée sans douto, tournait le bouton de la porto sans pouvoir l’ouvrir.

muau.

sentit une sueur glacée inonder

Le bruit s’était arrêté, mais derrière la porte du cabinet, et pour faire place à un autre bruit.

Et ce bruit qui glaçait Tony d’effroi; par-

al

vint à l’oreille du docteur endormi et lui fit faire un soubresaut dans son fauteuil.

Alors la peur donna du courage à Tony.

Son bras s’abaissa et son couteau disparut tout entier dans la poitrine du docteur.

Ali-Kan. poussa un soupir et glissa de son fauhuil sur le sol.

Au même inslanf, la porte s’ouvrit...

Alors Tony, ivre d’épouvante, n’eut même pas la force de faire un cri.

Au seuil de cette porte apparaissait comme ün fantôme, c’est-à-dire üne femme vêtue de blanc venait d'entrer.

Et cette femme, marchant lentement, d'un pas mesuré, s’avança vers Tony.

Et Tony la reconnut.

C’était Marthe Callebrand !

Marthe, reprise par son accès de somnambulisme, et qui revenait pour la seconde fois de la nuit chez le docteur;

Marthe qui ne poussa point une exclamation de terreur ;

Marthe qui ne fit pas un geste d’horreur.

Seulement, elle continua à avancer vers Tony, calme, solennelle...

Et Tony fut tout à coup la proie d’une étrange idée.

Marthe était vêtue do blanc; Marthe ne parlait pas; Marthe avançait toujours...

Tony fut pris d’une terreur vertigineuse.

— Elle est morte, se dit-il, et c’est son fantôme qui sort de la tombe pour me condamner.

Et comme elle avançait toujours, il recula...

Il recula jusqu’au mur, et en reculant, il renversa un siège qui tomba lourdement sur le parquet.

Ali-Kan, frappé à mortsans doute, se tordait silencieusement dans une mare de sang.

Au bruit que fit le siège en tombant, Marthe s’arrêta. Mais le sommeil magnétique ne l’abandonna point ; ses yeux demeurèrent fermés.

Tony la voyant s’arrêter, voulut s’élancer vers la porte. Mais Marthe recula; et elle se trouva devant cette porte qui était maintenant l’unique espoir de l'assassin.

Et Tony s’arrêta la sueur au front, l’angoisse à la gorge. Marthe, immobile, avait l’air d’un archange gardant cette issue et défendant à l’assassin d’aller plus loin.

Et, en ce moment, Ali-Kan poussa un long soupir et murmura quelques mots...

Ali-Kan n’était pas mort.

Tony crut de plus en plus que c’était le fantôme de Marthe qu’il avait devant lui.

Il le crut 'd’autant mieux que, dans son sommeil magnétique, elle ouvrit la bouche et prononça lentement ces paroles :

‘ — Tony est un assassin!..,.

Ivre d’épouvante, Tony bondissait maintenant dans cette chambre d’où il no pouvait sortir que par la porte, et dont la porte était défendue par un fantôme.

Il bondissait comme une bête fauve prise au piège... Marthe, immobile, s’était adossée à la porte qui s’était refermée.

Il se passa alors une chose inattendue et terrible. Dans son épouvante, Tony avait oublié le vieux fou que sir Archibald lui avait confié, et qui était couché dans la pièce voisine.

Au bruit du fauteuil qui tombait, le vieux fou s’était éveillé.

Puis tout à coup il fit irruption dans le cabinet et se heurta à quelque chose qui se tordait en gémissant.

C’était Ali-Kan qui vomissait le sang à flots.

Le pied du fou glissa dans le sang.

Il se baissa, et il regarda...

Un éclair de raison passa dans ce cerveau troublé.

Il prit le docteur dans ses bras et le souleva ;

et, on le soulevant, il arracha le couteau qui était enfoncé jùqu’au manche dans la poitrine.

En mémo temps ses regards tombèrent sur Tony qui continuait à fixer un œil éperdu sur celle qu’il prenait pour un fantôme... -

Et le dieu vengeur permit que le pauvre idiot eût une seconde d’intelligence...

Et le fou laissant glisser le docteur dans le fauteuil où il était assis tout à l’heure, se jeta sur Tony comme une bête fauve et le frappa de ce couteau déjà ruisselant du sang d’Ali- Kan.

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