L REICHENAU
A peine ratné des fils d'Egalité^ le duc de Chartres, eut-il passé à l'étranger, avec Dumouriez, qu*il fut obligé de se, séparer de son général : celui-ci, en effet, avait cru devoir publier dans divers journaux d'Angleterre et d'Allemagne, une profession.de foi politique où. le ci-devant duc d'Orléans était malmené. « Je ne l'ai jamais estimé, disait Dumouriez, et, depuis l'époque funeste où il a déchiré les liens du sang et manqué à toutes les lois connues, en votant criminellement la mort de l'infortuné Louis XYI sur lequel il a prononcé son jugement avec une impudeur atroce, mon mépris sur lui s'est changé en une aversion légitime qui ne me laisse que le désir de le, savoir livré à la sévérité des lois. »
Dumouriez ajoutait, il est vrai : oc Quant à ses enfants, je les crois doués d'autant de vertus qu'il a de vices ; ils ont parfaitement servi leur patrie dans les armées que je commandais, sans jamais montrer d'ambition. J'ai une grande amitié pour l'ainé, fondée sur l'estilne la mieux méritée. Je crois être sûr que, bien loin d'aspirer jamais à monter sur le. trône de France, il fuirait au bout de l'uni-' vers plutôt que de s'y voir forcé... »
La prédiction, appliquée à celui qui devait être le roi des Français, montrait, de la part de Dumouriez, peu de clairvoyance : mais qui pouvait prévoir l'étonnant roman
de la France ? Quoi qu'il en soit le duc de Chartres quitta ses compagnons d'émigration : il se dirigea seul, à pied, sous un faux nom^ vers la Suisse^ en suivant la rive droite du Rhin.
En Suisse il retrouva sa sœur, M"* d'Orléans et M"** de Genlis, qui, fuyant comme lui^ sous de faux noms, n'avaient pas moins de craintes d'être reconnues. Os trouvèrent là quelques amis de leur famille, entre autres le générai Montesquieu qui, après avoir commandé l'armée des Alpes, était aussi exilé et fugitif ^
Chartres, sous le nom de Corby devint le secrétaire de Montesquiou ; puis, à bout de ressources, il se fit admettre au concours comme professeur dans le collège de Reichenau \ près de Coire. Sa sœur et M*^ de Genlis, obligées de quitter le couvent de Bremgarten où elles s'étaient réfugiées, se dirigèrent vers Fribourg, espérant trouver un asile chez la princesse de Conti. Quant au duc de Chartres, après quelques mois de professorat, voyant son incognito dévoilé, il erra de nouveau, sans argent, accompagné d'un seul domestique, Baudouin, qui le suivait par dévouement. Il se dirigea vers les rives de l'Elbe et arriva au commencement de mars 1795 à Hambourg.
La mère des trois jeunes princes, la duchesse d'Orléans, avait obtenu, comme on Ta dit, de ne pas suivre en prison son mari et ses enfants : elle se fixa à Vernon, chez son père, le duc de Penthièvre, dont les vertus et la bienfaisance étaient d'un si éclatant renom, que, seul de la famille des Bourbons, il ne fût pas inquiété et mourut dans son château, entouré de tous ses serviteurs, an plat
* Michaud, ouv, cité.
* La chambre qa'il y occupa est devenue, par les soins de la reine Amélie, une sorte de musée intime que les touristes visitent en grand nooibre.
fort de la Terreur. Ce n'est qu'après son décès que la duchesse d'Orléans fut mise en arrestation : on Técroua à la prison du Luxembourg, d'où elle fut transférée bientôt à la maison Belhomme, dans le faubourg de Gharonne, où la détention était plus supportable. Elle y resta trois ans : le 12 septembre 1797 elle était expulsée et partait pour l'Espagne, accompagnée de M"^"" de la Gharce, de la Tour du Pin, de Ghastelleux, de M. Gueydan, son médecin et de quelques fidèles serviteurs ^.
Mais ayant de prendre, elle aussi, la route de l'exil, la Teuve de Philippe-Égalité avait eu à s'occuper de ses fils, Montpensier et Beaujolais. Ceux-ci languissaient encore dans les prisons de Marseille : au mois d'avril 1796, ils avaient adressé au Directoire une supplique dont Toici le texte.