PÉTITION AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF
Citoyens Directeurs,
C'est au nom de la loi, au nom de la justice, et surtout au nom de l'humanité que nous vous supplions d'avoir égard à nos réclamations. Nous vous adressâmes, il y a près de deux mois, une pétition dans laquelle nous ne vous demandions uniquement que la simple exécution du décret du 12 messidor, an III, relatif à l'Échange. Les affaires majeures qui vous occupent vous ont sans doute empêché de songer à notre demande. Nous vous la renouvelons aujourd'hui. Le poids de la captivité sous laquelle nous gémissons depuis trois ans révolus, nous devient de
* Journal de la vie de S. A. S. M»» la duchesse d* Orléans douai* rière, par E, Delille^ son secrétaire xntrnMi 1822.
jour en jour plus lourd et plus insupportable. La vie ne peut avoir aucun prix pour nous sans la liberté. Nous n'avons jamais mérité de perdre ni Tune ni Tautre. Nos parents qui furent arrêtés à la même époque que nous et par le même motif de sûreté générale ont obtenu leur liberté depuis sept mois. Pourquoi donc n'en jouissons-nous pas comme eux? Accordez-nous-la, de grâce, accordez nous-la ! Jamais vous n'aurez lieu de vous repentir de cet acte de justice et d'humanité. Ordonnez toutes les mesures que votre prudence vous suggérera, mais ne soyea point sourds à nos supplications et faites-nous sortir de cette horrible captivité où ne doivent point languir des innocents.
P. Orléans. A, Orléans.
Au Fort-Jean de Marseille, le 24 germinal an IV de la République (18 avril 1796').
Le Directoire ne se refusait pas à <c briser les fers » des jeunes princes : mais il exigea, pour prix de leur liberté, que leur frère afné, devenu duc d'Orléans depuis Texécution du père^ s'éloignât de l'Europe ; une vieille tradition d'avant 1789, représentait encore comme menaçante, l'ambition de cette maison d'Orléans, aujourd'hui dispersée sur tous les points de l'Europe.
Ce fut la duchesse d'Orléans, si heureuse de remplir enfin son rôle de mère de famille, qui se chargea de la négociation : elle écrivit à son fils aine la lettre touchante qu'on va lire :
Les événements qui se sont accumulés sur la tète
* Archives nationaU* F^ 4389.
de ta pauvre mère depuis l'instant où elle a eu le malheur d'être privée de la consolation de communiquer avec toi, en achevant de ruiner sa santé l'ont rendue encore plus sensible à tout ce qui a rapport aux objets de son affection.
Son pays et ses enfants multipliant depuis long<^ temps ses sollicitudes^ tu ne te borneras pas sans doute à les partager lorsque tu sauras que même dans tes malheurs tu peux encore les servir.
Uintérét de ta patrie» celui des tiens te demandent le sacrifice de mettre entre nous la barrière des mers; je suis persuadée que tu n'hésiteras pas à leur donner ce témoignage d'attachement, surtout lorsque tu sauras que tes frères détenus à Marseille partent pour Philadelphie où le gouvernement français leur fournira de quoi exister d'une manière convenable.
Les revers ayant dû rendre encore plus précoce la maturité de mon fils, il ne refusera pas à sa bonne mère la consolation de le savoir auprès de ses frères.
Si l'idée de notre séparation est déchirante pour mon cœur^ celle de votre réunion en adoucira bien l'amertume.
Que la perspective de soulager les maux de ta pauvre mère, de rendre la situation des tiens moins pénible^ de contribuer à assurer le calme à ton pays... que cette perspective exalte ta générosité, soutienne ta loyauté... tu n'a pas sans doute oublié^ mon bien-aimé, que la tendresse de ta mère n'a pas besoin d'être excitée par de nouveaux actes de ta part propres à la justifier; que j'apprenne bientôt que mon Léodgard, que mon Antoine ont embrassé leur ami, que
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leur mère reçoit en eux les démonstrations et les preuves des sentiments de son fils... arrive à Philadelphie en même temps qu'eux... plus tdt situ le peux... le ministre de France à Hambourg facilitera ton passage... qu'il le connaisse du moins... Ah! que ne puis-je aller moi-même presser contre le sein trop déchiré de cette si tendre mère celui qui ne lui refusera pas le soulagement qu'elle réclame,
Si cette lettre parvient à mon bien^aimé, j'espère qu'il ne différera pas de répondre à sa si tendre mère» et de lui procurer enfin la consolation de recevoir une fois de ses nouvelles, comme elle a hélas aussi pour la première la satisfaction de lui en donner des siennes ! il voudra bien Tadresser sous le couvert du ministre de la police générale de la république à Paris.
J'aime i^ croire que depuis environ trois moismalgré l'impossibilité ou j'ai toujours été de t'écrire ei quoique bien indirectement tu auras connu Textrême désir de ta mère de te savoir bien éloigné de tous les intrigants et de .toutes Içs intrigues qu'elle ne sau* rait assez te recommander de fuir.
J.-M.-A. Penthiévrb.
Paris, ce 8 prairial, Tan IV (27 mai i796k ').
La lettre écrite, la duchesse d'Orléans l'expédia au Directoire : le gouvernement la lui renvoya, après approbation, en la priant d'y mettre une adresse : mais elle ignorait où se trouvait son fils atné : depuis de longs mois
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elle n'en avait reçu aucune uouvelle : on sayait -^ et très yaguement, — qu'après avoir séjourné quelque temps à {lambourg^ Louis-Philippe d'Orléans avait visité une partie de rAUemagne, le Danemark^ la Suède, la Norvège, la Laponie, le cap Nord... Là on avait perdu sa trace : et c'est dans cette ignorance que la duchesse d'Orléans s'adressa de nouveau an ministre de la Police :
Citoyen ministre,
Dès l'instant où j'appris que vous étiez seul chargé de Fexécution de la détermination du directoire exécutif relative à mes enfants votre réputatitm m'inspira la plus grande confiance pour le prompt accomplissement de mes vœux, ceux de voir ces infortunés enfants jouir de leur liberté hors de toute portée et des intrigants qui pourraient tenter de les séduire et de ceux qui h leur insu voudraient emprunter leur nom pour se livrer à de nouvelles manœuvres. Par quelle fatalité se fait-il dono que malgré les dispositions bien précises du décret du 13 messidor, mes pauvres enfants soient totUà t heure depuis un an les 9euls innocents qui même après que la puissance publique a si solennellement proncmcé aur leur sort gémissent encore dans des cachots... je ne parle pas de l'état de dénuement dans lequel on les laissait depuis environ deux mois. .. je suis bien persuadée que le gouvernement ne le connai^ait piis. . . mais citoyen vous êtes père : vous connaisses le prix de la liberté et si vous faites attention à tout ce qu'a souffert la malheureuse mère qui réclame pour ses enfants, la justice qu'il semblait
qu'on ne devait pas leur refuser, ah, sans doute qu'elle n'aurait plus besoin de vous importuner.
Le gouvernement m'a fait demander de contribuer autant qu'il serait en moi à décider mon fils aîné à se rendre aussi en Amérique. Mon attachement bien connu pour mon pays, ma soumission à ses lois m'auraient suffi pour aller même au devant de ce vœu^ si d'un autre côté je n'étais pas bien convaincue que le seul parti que doivent prendre mes enfants est de se tenir à mille lieues de tout ce qui pourrait les rapprocher de toute affaire publique. Je n'ai donc pas hésité un seul instant à écrire la lettre que j'ai confiée à votre bienfaisant ancien collègue pour vous la remettre il me l'a rapportée pour que j'y mette une adresse. Cet obligeant citoyen et plusieurs autres se sont inutilement donné des soins pour savoir d'une manière précise et le lieu de sa retraite et le nom qu'il a pris dans ce moment. Vous ne devez pas être surpris de l'inutilité de mes recherches puisqu'avec les moyens que vous avez vous n'êtes pas même fixé. Je serais trop heureuse si je voyais mon pays tranquille et bien plus encore si je pouvais y contribuer; disposée comme je le suis à faire tout ce qui sera en moi pour cela, comment donc me refuserait-on, refuserait-on à mes enfants la justice que personne ne réclame en vain ; vos principes me la garantissent, mais de plus longs délais seraient des dénis formels et ce n'est pas le sort que vous voulez faire à la plus sensible et à la plus infortunée des mères. Ses enfants sèchent avec raison d'impatience, ils se meurent et quand ils n'auraient pas
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d'aussi sûrs garants de la légitimité de leur demande, la politique même les éloignerait du foyer sulfureux dans lequel ils respirent un si mauvais air et qui menace à chaque instant de quelque explosion dont ils pourraient devenir si injustement les victimes.
J.-M.-A. Penthièvrb,
Ce 89 prairial Tan IV (17 juin 1706 «).
Le ministre mit aussitôt ses agents en campagne, et, le 20 juillet, il recevait de son collègue des Affaires étrangères une indication précise :
Paris le 2 thermidor de Fan IV de la République française one et indiTisibte (20 juillet 1796).