‹ Les finances Athéniennes au Ve siècle avant notre èreChapitre 3 sur 6 · RECETTES · texte numérisé non relu

RECETTES

Les revenus se divisaient en revenus ordinaires, qui couvraient les dépenses de même nature, et en revenus extraordinaires destinés à subvenir aux frais de guerre. Ils provenaient des impôts directs, que les citoyens libres ne payaient pas en principe, considérant le fait d’être taxés comme une sorte de déchéance : ces impôts faisaient partie de ce qu’on appelait l’économie satrapique, et frappaient les étrangers et les esclaves. Les impôts indirects consistaient en droits de douane, amendes, frais de justice. Enfin d’autres ressources provenaient des tributs payés par les peuples alliés ou soumis ; des exploitations d’État, des emprunts.

Taxe sur les étrangers. — La taxe personnelle prélevée sur les étrangers établis à Athènes ([astcôuov) s’élevait à 12 drachmes par an. La femme payait 6 drachmes lorsque la famille ne comprenait pas de fils soumis lui-même à la taxe.

Taxe sur les esclaves. — La taxe sur les esclaves pa*

raît avoir été de 3 oboles par an. A raison de 400.000 esclaves que l’on comptait à une certaine époque, cela représentait 1.200.000 oboles, soit 200.000 drachmes. A côté de ces taxes, nous trouvons des droits qui rappellent nos patentes et qui s’appliquaient à des professions déterminées, telles que bateleurs, diseurs de bonne aventure, détaillants étrangers qui payaient le £evixà TeXetv; courtisanes (rcopvtxov xéXoç). Ces revenus étaient pour la plupart affermés.

Dime. — La dîme représentait la redevance exigée de celui qui occupait des terres au profit du propriétaire éminent. C’est elle que Pisistrate, qui avait un budget important, qui s’entourait d’une garde personnelle, prétendit réclamer de tous les propriétaires athéniens au taux du dixième; ses successeurs la réduisirent au vingtième. L’Etat continua à la percevoir, ainsi que les nombreux temples qui possédaient des étendues de sol plus ou moins considérables; celui de Délos avait des propriétés jusque dans les Cyclades. Artémis touchait des dîmes à Ithaque.

Beaucoup du particuliers, dans le but de s’assurer une jouissance paisible, donnaient leurs terres aux dieux, en s’en réservant l’usufruit, mais en s’engageant à payer la dîme, leur vie durant. Au moment des guerres Médiques, il n’était pas rare de voir des citoyens promettre aux dieux de leur consacrer une partie de leurs domaines si la victoire favorisait les armes nationales; les États eux-mêmes firent des vœux semblables.

Impôt sur le capital. — Certains auteurs pensent que 1 impôt sur le capital, frappant exclusivement la terre, avait déjà été institué par Solon, au début du vi e siècle. Le capital possédé par chacun était déterminé en multipliant par 12 le chiffre de son revenu, ce qui correspondait donc à une capitalisation d’environ 8 pour cent. Les citoyens étaient groupés en quatre classes, dont la dernière ne payait rien. Les trois autres étaient taxées, la première

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pour la totalité du capital, la seconde pour les cinq sixièmes, la troisième pour les cinq neuvièmes. Guiraud croit que cette répartition des habitants en quatre classes était faite non en vue de l’impôt, mais en vue des fonctions publiques et surtout militaires qu’il s’agissait d’assigner aux citoyens.

La première mention, d’après le même auteur, qui soit faite de cet impôt appelé eicrçopoc remonte à 428, année au cours de laquelle les Athéniens firent un effort considérable pour réprimer la révolte de Mitylène. Ce fut, comme Yincome tax anglais à ses débuts, une imposition de guerre, à laquelle les Athéniens eurent souvent recours, dans le dernier tiers du v e siècle, et pendant le iv e : cependant elle ne devint jamais permanente et eut toujours pour objet de subvenir à un budget militaire : les écrivains grecs associent les expressions qui désignent la guerre et l’impôt sur le capital (1). Celui-ci était de plus en plus fréquent à l’époque des luttes décisives contre Sparte, alors qu’Athènes cherchait par tous les moyens à augmenter ses ressources et allait jusqu’à altérer la pureté de ses monnaies, dont elle avait été fière pendant si longtemps.

Un décret du peuple était nécessaire pour autoriser la levée de l’eisphora, qui frappait alors la fortune mobilière aussi bien que les immeubles. Les nombreux inventaires de fortunes athéniennes que nous connaissons indiquent qu’elles comprenaient fréquemment des créances de diverse nature : il était naturel que, dans une cité aussi industrieuse et commerçante, les capitaux mobiliers fussent importants.

Au point de vue de l’assiette de l’impôt, on doit distinguer deux périodes, avant et après 378. Dans la première, le capital représenté par la terre, paraît n’avoir été taxé que dans la proportion indiquée par l’hypothèse de

(t) Guiraud : Études économiques sur l’antiquité.

Boeckh, sur laquelle nous reviendrons plus loin. Les pentacosiomédimnes récoltaient au minimum 500 médimnes de grain (262 hectolitres) ou 500 metrètes de vin ou d’huile (197 h.). Les cavaliers en récoltaient 300; les zeugites 150 et les thètes moins de 150. Chaque mesure étant évaluée à 1 drachme, on multipliait par 12 le revenu ainsi obtenu pour fixer le capital, qui était de 6.000, 3.600 ou 1.800 drachmes. Mais, pour la perception de l’eisphora, le capital de la deuxième classe était réduit à 3.000 et celui de la troisième à 1.000 drachmes.

L’eisphora paraît avoir été un impôt de répartition, dont les listes étaient, jusqu’en 378, dressées par des agents élus. Après cette date, on créa des groupes de citoyens appelés symmories, desquels étaient exclus ceux qui ne payaient pas l’impôt. Guiraud croit que l’on révisait périodiquement la composition des symmories, de façon que leur quote-part demeurât constante : à l’intérieur de chacune d’elles, on fixait ensuite le montant dû par chaque contribuable individuellement. Parmi les citoyens classés dans les symmories, les 300 plus riches étaient assujettis à la proeisphora, c’est-à-dire qu’ils étaient tenus de verser la totalité de l’impôt sur le capital aussitôt qu’il était voté, quitte à recouvrer ensuite sur les autres contribuables la part due par ceux-ci. Le recouvrement était incertain, de sorte qu’il y avait là, en fin de compte, une sorte de progression indirecte.

Pendant la guerre du Péloponèse, le rendement le plus élevé de l’eisphora fut de 200 talents, soit le sixième à peu près du budget des recettes en 428. Il est possible que plus tard ce chiffre ait été dépassé. L’impôt paraît en tout cas avoir été très lourd. Cependant, pour en apprécier le poids, il convient de se souvenir que le taux de capitalisation à Athènes était différent de ce qu’il est de nos jours. La terre rapportait couramment 8, l’industrie de 12 à 20, les prêts maritimes 30 %.

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On a calculé que l’eisphora représentait 1 à 2 % du capital imposable, mais seulement de un à deux cinquièmes du capital réel de l’Attique. Au iv 8 siècle, les Athéniens, fatigués de payer, éprouvaient une telle horreur de la guerre, dit Guiraud, qu’ils ne se risquèrent à combattre Philippe de Macédoine qu’au moment où il était trop tard pour triompher de lui.

Liturgies. — A la charge de l’eisphora s’ajoutait celle des liturgies, c’est à-dire des subsides demandés à tout instant aux riches pour célébrer des fêtes, donner des spectacles, des banquets populaires, équiper une flotte. L’accumulation de ces divers impôts créa entre l’aristocratie et le peuple un état de haine et d’exaspération tel que les Spartiates trouvèrent des partisans sinon avoués, du moins résignés parmi leurs adversaires. Tout en flétrissant le rôle que les traîtres jouèrent dans la cité au moment où sa rivale lui portait les derniers coups, on ne peut s’empêcher de penser qu’un régime fiscal qui engendrait dépareilles aberrations devait être déplorable.

Frais de justice. — Les frais de justice étaient une source importante de revenus, que grossissait singulièrement l’obligation imposée aux alliés de venir faire juger leurs procès à Athènes. On distinguait quatre espèces de consignation: parastasis, épobélie, prytanées, parakatabole.

Le parastasis était la somme à verser au préalable dans certains procès, lorsque l’action publique était mise en mouvement; l’épobélie (èicwêeXia) était le sixième de l’estimation de la valeur de l’objet en litige : on la

nommait ainsi à cause du rapport de l’obole à la drachme. Les prytanées étaient les sommes consignées par les deux parties adverses. Celle qui était condamnée perdait ce qu’elle avait payé et devait, en outre, rembourser au gagnant le montant de ce qu’il avait lui-même versé, c’està-dire trois pour mille. La parakatabole était la somme à

avancer par celui qui réclamait un bien de l’État ou revendiquait un héritage attribué à autrui ; lorsque la plainte n’était pas admise, la parakatabole était attribuée à l’État ou à l’héritier qu’on avait voulu évincer. On voit comment ces diverses dispositions étaient combinées de façon à assurer au Trésor des rentrées permanentes.

Amendes. — Les amendes (Tifjnqpt,aTa) s’élevaient à des chiffres considérables. Dans les affaires privées, elles étaient établies d’avance; tantôt le montant en était fixe, tantôt il représentait une proportion de l’objet en litige. Ainsi, pour injures proférées de vive voix, la peine était de 500 drachmes ; pour refus de témoignage, de 1.000 drachmes. Dans les procès intentés par voie d’action publique, le plaignant devait à l’État 1.000 drachmes s il n obtenait pas au moins le cinquième des voix du tribunal.

Quant aux condamnés, ils payaient des sommes beaucoup plus fortes. En cas de procès pour impiété, la peine était de 1.000 drachmes. La même somme était due par les sycophantes convaincus d’accusations calomnieuses. En cas d infraction aux lois, la peine pouvait aller à 5, 10 et même 15 talents. Ceux qui n’acquittaient pas les amendes qui leur avaient été infligées étaient mis au nombre des debiteurs de l’Etat et perdaient leurs droits civiques (axt^a). Les confiscations de biens étaient fréquentes, notamment en cas de bannissement, de condamnation à I esclavage ou à la mort.

Il est aisé de comprendre quels périls entraînait cette organisation judiciaire : des tribunaux populaires ne succombaient que trop facilement à la tentation d’alimenter le budget en multipliant les condamnations qui assuraient au fisc de grosses perceptions.

Domaine public. — Le Trésor tirait des ressources du omaine de l’Etat, consistant en pâturages, forêts, maisons, salines, eaux, mines, dont la majeure partie était

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affermée moyennant redevance en argent ou en nature.. Des adjudications avaient lieu à cet effet : les conditions en sont relatées dans des inscriptions dont voici un exemple :

Sous l’archonte Archippos et le démarque Phormion, la commune du Pirée afferme pour dix ans les rivages et salines, le Theseion et les autres biens sacrés. Ceux qui soumissionnent pour plus de 10 drachmes doivent déposer ' un cautionnement, les autres fourniront caution. L’affermage est consenti franc et libre d’impôt. Si les immeubles affermés venaient à être frappés d’un impôt extraordinaire, il serait acquitté par la commune. Les fermiers n’ont le droit de sortir ni bois ni terre du Theseion; ils paieront leur loyer moitié dans l’hécatombéion (1 er mois) moitié dans le poséidéon (6 e mois). Ils exploiteront de leur mieux pendant les neuf premières années : au cours de la dixième, ils ne feront qu’une demi-récolte, de façon à ce que les successeurs éventuels trouvent la chose en bon état, et puissent continuer une exploitation normale. Les théâtres étaient affermés;à une certaine époque, celui du Pirée l’était pour 3.300 drachmes.

Mines. — Les mines constituaient un patrimoine de l’Etat perpétuel et inaccessible. C’étaient des magistrats qui procédaient à la vente des [iixaXXa. Il arrivait bien que l’Etat en concédât l’exploitation, mais ce n’était jamais que pour un temps limité. On distinguait les concessions vierges, louées pour dix ans, xaivoxopuai, et les concessions antérieurement exploitées, abandonnées ensuite et remises en adjudication pour trois ans seulement, luaXaia \j.éxaiXka. Il était naturel que la durée du bail, dans le second cas, fût bien plus courte que dans le premier, puisque le nouvel exploitant profitait des travaux antérieurs. Le concessionnaire ne pouvait ni vendre, ni léguer son lot. Il n’avait qu’un droit d’usufruit sur les gisements, qui faisaient partie du domaine public. M. Ardaillon pense que le fermage,

convenu entre les locataires et les polètes, représentants de l’État, se payait d’avance, à raison d,’un taux minimum de 4,16 % sur les produits de la mine. Les enchères le faisaient souvent monter à un chiffre plus élevé. Des mesures sévères assuraient le maintien en bonne condition des travaux miniers : la peine capitale menaçait ceux qui auraient abattu des piliers de minerai, laissés en place pour soutenir la voûte des chantiers.

Les mines d’argent du Laurium, dont l’exploitation a été reprise de nos jours, constituèrent pour Athènes une source de revenus extrêmement importante et lui permirent de frapper en abondance ces belles monnaies qui furent longtemps recherchées dans tout le bassin de la Méditerranée. Polybe nous dit que, quand les Romains levaient des contributions de guerre, ils les stipulaient payables en argent attique, et du meilleur ; d’une façon générale, l’exploitation de ces mines et d’autres gisements en Thrace a été d’un singulier secours pour les finances de ceux qui les possédaient.

Douanes. — Les droits de douane se percevaient dans les entrepôts et marchés («t:’ èjATcopfov xat àyopaç). Dans les premiers on prélevait les taxes d’importation et d’exportation, en général du cinquième, les droits de quai dûs pour les navires qui séjournaient dans les ports (èXXipt.evtov). Il est souvent question, dans les auteurs grecs, d’une taxe à laquelle les passagers étaient assujettis avant de s’embarquer. Dans les marchés se percevaient les taxes de consommation, les licences imposées aux commerçants qui y opéraient, les droits de vente (èwc&vwv);

Tributs. — Les tributs (çopoi) jouèrent un rôle notable dans 1 histoire financière et politique d’Athènes au v* siècle avant notre ère. Quand Athènes remplaça Sparte à la tête de la.Confédération hellénique, Aristide fut chargé de mesurer le territoire, d’évaluer le revenu de chaque État, et de déterminer d’après cela la part que chacun aurait à

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fournir des frais de construction de la flotte et de l’équipement de l’armée. Ce travail l’occupa jusqu’à sa mort, survenue en 467 : la contribution totale était alors d’environ 460 talents. A plusieurs reprises les villes tributaires demandèrent des réductions, qui leur furent accordées. Des révisions de tarifs eurent également lieu. Une liste, qui date de 442, nous apprend que 175 cités payaient alors plus de 400 talents par an. Les contribuables protestèrent contre l’emploi fait de leurs deniers par Périclès lorsqu’il commença l’exécution de son vaste programme de travaux publics. Après la guerre de Samos, qui éclata en 441, les Samiens durent acquitter les frais de l’expédition; ils le firent en partie par des cessions de territoire, en partie moyennant des annuités, de 80 talents chacune, qui n’avaient pas encore cessé en 427. En 431, une inscription établit à 500 talents le total des tributs. Mais à la fin du v 0 siècle, alors que l’hégémonie d’Athènes disparut sous les efforts répétés de ses adversaires, les alliés cessèrent, les uns après les autres, de lui fournir des subsides et la disparition de ce concours financier, qui avait aidé à asseoir son empire, fut en partie la cause de sa ruine.

Emprunts. — Le chapitre des emprunts est un des plus curieux de la finance athénienne. Pour en bien comprendre le mécanisme, il convient d’avoir présente à l’esprit la nature des trésors qui appartenaient aux temples. Ceux-ci constituaient de véritables personnes morales, propriétaires de biens fonciers, titulaires de revenus importants, détenteurs de quantités considérables de métaux précieux, sous formes de vases sacrés, d’images, de butin conquis sur l’ennemi, de lingots, d’espèces monnayées. Ces trésors étaient mis sous la garde des dieux, et des peines sévères frappaient ceux qui auraient eu l’audace d’y porter la main. Une loi avait même menacé de la peine capitale quiconque parlerait seulement de disposer d’une réserve spéciale

de 1.000 talents constituée à.l’Acropole. Néanmoins, il sembla naturel, lorsque la patrie était en danger, de recourir à ces ressources, non pas en les confisquant au profit du Trésor public, mais en les empruntant, de façon à les mettre temporairement à sa disposition.

D’innombrables opérations de ce genre eurent lieu.

Le Trésor principal était celui d’Athéna. Il avait été pillé par les Mèdes en 480. Mais le butin fait sur eux à la fin de cette même année 480 et en 479, lorsque la fortune des armes se prononça en faveur des Athéniens, vint enrichir à nouveau la caisse de la déesse, à laquelle ses revenus annuels étaient d’ailleurs régulièrement versés au mois de mai (thargelion).

Le célèbre décret de Callias , dont le texte nous a été conservé, constate que, en 434, 3.000 talents, en monnaie nationale, ont été apportés à l’Acropole au trésor d’Athéna Polias, et dispose que l’argent prêté à l’État par les autres divinités leur sera restitué. D’après M. Cavaignac, le trésor d’Athéna se serait élevé en 431 à 5.700 talents. Les emprunts que la République lui fait et sur lesquels elle paie un intérêt sont relatés sur une stèle, en tête de laquelle les trésoriers d’Athéna inscrivent un versement fait aux stratèges Eukratès et ses collègues, qui partent pour la Macédoine en 432; puis des sommes payées aux hellénotames pour l’armée de Potidée; des paiements aux stratèges en 431 pour l’expédition de Péloponèse. Au cours des années suivantes, les emprunts ne font que croître. Le nombre des tributaires diminue; la culture des domaines en Attique, l’exploitation des mines du Laurium sont fréquemment troublées par les incursions des ennemis. En chacune des années 424 et 423, on emprunta environ 50 talents au trésor d’Athéna. En 421, après la paix de Nicias, la dette de la cité vis-à-vis d’Athéna Polias s élevait à 4.750 talents, sans compter 30 talents dûs à

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Athéna Nike et 800 dûs aux autres dieux. Si on ajoute à ces capitaux les intérêts courus, on voit que la dette athénienne, vers la fin du v° siècle, atteignait le total respectable d’une cinquantaine de millions de francs. Les remboursements, commencés aussitôt après la cessation des hostilités, ne durèrent pas longtemps. Dès l’année 418 la guerre éclata de nouveau. Les Athéniens eurent, comme de coutume, recours aux trésors sacrés, notamment afin d’organiser en 415 l’expédition de Sicile, qui se termina si tristement pour eux en 413 par le désastre de Syracuse. La défection de Chios en 412 les obligea à des efforts plus considérables encore. Le roi de Perse fournissait des subsides à Sparte et ordonnait à ses satrapes de reprendre les villes d’Asie Mineure qui s’étaient séparées de la Médie 65 ans auparavant. Une partie de l’Ionie et de la Carie, l’Hellespont en 411 font défection. Athènes cherche à remplacer les ressources qui lui échappent par un droit de 10 % quelle perçoit à Chrysopolis sur les blés venant de la mer Noire et allant en Grèce ; mais ses forces s’épuisent : elle n’a même plus assez de citoyens pour monter sur ses navires, dont les équipages sont formés d’esclaves. Il semble qu’alors les divers trésors accumulés à l’Acropole avaient été absorbés et que la République en était réduite à détourner à son profit les revenus de la déesse, dont le capital avait été englouti par les dépenses militaires incessantes, et par les travaux publics, tels que construction de murailles, de temples et d’autres édifices.

En dehors des emprunts faits par Athènes aux temples, elle en demanda aussi à des banquiers particuliers, qui lui avancèrent plus d’une fois des sommes importantes. Ils consentaient souvent au trésor public des taux de faveur, inférieurs à ceux qu’ils exigeaient de leurs clients ordinaires ; ils allaient jusqu’à lui faire des dons de monnaies ou d’armes; l’on cite un cadeau de 1.000

boucliers offerts à la République par le banquier Pharmion.

Le total des revenus athéniens, au début de la guerre de Péloponèse, était évalué par Xénophon à 1.000 talents. Aristophane, dans les Guêpes, indique un chiffre double. Il est bien difficile d’arriver à une précision à cet égard. En tout cas, si on voulait dresser un budget complet qui donnât quelque idée de l’ensemble des dépenses et des revenus publics, il faudrait faire entrer en ligne de compte, à côté des recettes propres de l’État (npoffoSot) les prestations (XsuoupYfai) fournies par les particuliers, chôrèges, triérarques et autres. L’hestiasis par exemple était un banquet dont les frais étaient supportés par un hôte faisant partie d’un groupe limité de citoyens (é<m«T<i >p) et choisi, comme les autres liturges, en raison de sa fortune. On ne pouvait, en effet, laisser au sort le soin de désigner ceux à qui incombaient d’aussi lourdes dépenses. Ces festins de famille (çuXeTcxà îeïicva) étaient différents des agapes populaires, dont les frais étaient prélevés sur les fonds propres du Trésor public.

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