FORTUNE NATIONALE
En face de ces dépenses, à combien pouvait-on évaluer la fortune nationale, c’est-à-dire le capital, sur les revenus duquel elles devaient être prélevées? On considérait à Athènes comme gens à leur aise ceux qui possédaient 1 talent. La valeur moyenne des maisons y était de 1 ou 2 talents (oïxoi xaXavxïxot, SixàXavxoi) ; mais il y en avait de bien supérieures. Isaos parle d’une maison de 4 talents. Stratoclès avait 8 talents en bétail, immeubles, et mobilier; Dikaogène 11 talents, qui lui donnaient un revenu annuel de 8.000 drachmes; Nicias, fils de Nikératos, avait, d’a-
AU. V e SIÈCLE AYANT NOTRE ÈRE.
près Xénophon, plus de mille esclaves. Les familles d’Hipponikos et de Rallias comptaient parmi les plus riches : elles remplissaient l’office de porteurs de torches (SaSou/oç) dans les mystères d’Eleusis. Rallias le second, qu’on estimait posséder 200 talents, fut ambassadeur à la cour de Perse. Le troisième Hipponikos, dont la veuve épousa Périclès, avait 600 esclaves occupés dans les mines, donna 10 talents de dot a sa fille quand elle devint femme d’Alcibiade, avec promesse de doubler ce chiffre à la naissance de son premier fils.
La terre paraît avoir été assez divisée, au moins dans les temps anciens. Ce ne fut qu’à l’époque de Démosthène que des plaintes commencèrent à se faire entendre sur la réunion de grands domaines dans les mêmes mains.
Antipater enleva le droit de cité à ceux qui ne possédaient pas 200 drachmes; cette mesure, qui date de la 114° olympiade, atteignit 12.000 Athéniens.
Polybe évalue la richesse nationale à 6.000 talents, mais ce chiffre est manifestement trop faible. Les 900.000 plèthres deterre arable à eux seuls, calculés à 50 drachmes l’un, valaient déjà 7.500 talents. Les deux autres tiers du territoire portaient bien cette valeur à 9.000 talents. 10.000 maisons de la capitale, calculée à dix mines chacune, font 1.600 talents. Les autres bâtiments, dans le reste du pays, valaient bien 400 talents ; 360.000 esclaves, comptés à 1 mine chacun, faisaient encore 6.000 talents ; 3.000 chevaux à 5 mines représentaient 250 talents, 1.000 attelages de mulets à 6 mines, 100 talents ; le bétail, 250 talents. Enfin, les métaux précieux sous forme de monnaie, bijoux, vaisselle, au moins 2.500 talents, ce qui nous conduit à un total de 20.000 talents.
Avant Solon, les Hoplites formaient la classe dominante; après eux venaient les agriculteurs (xeXé ovtsç), les bergers (AiyaipsK;), les artisans (’Apyâfciç). Les agriculteurs payaient le sixième de leurs revenus aux Hoplites
dont ils étaient les vassaux. Solon supprima cette vassalité et donna le droit de participer à la puissance publique aux quatre classes :
1° Les pentacosiomédimnes, qui retiraient de leurs terres 500 mesures de solides ou de liquides.
2° Ceux qui récoltaient 300 mesures et pouvaient nourrir un cheval de guerre pour le maître et un pour son écuyer. C’étaient les chevaliers (ÊTt7U£ïç, wrrcaSaTsXoovTeç).
3° Les Zeugites (^euyïTai) qui avaient un attelage (£e oyoq) de labour, de deux chevaux, mulets ou bœufs. On retrouve aujourd’hui en Roumanie des divisions semblables parmi la population rurale, que l’on dénombre selon le chiffre des têtes de bétail qu’elle possède.
4° Les thètes, qui avaient moins que les Zeugites.
Pollux, dont le témoignage paraît d’ailleurs suspect, nous dit que la base de l’imposition pour les pentacosiomedimnes était d’un talent, pour les chevaliers de trente mines, pour les Zeugites de dix, tandis que la quatrième classe ne payait rien.
D’après ces indications Bœckh dressa le tableau suivant, établi en drachmes :
CLASSE. REVENU FORTUNE Capital Impôt du
81/3 % •= 1/12 taxé 50»
Penlacosiomedimnes. 500 6.000 6.000 120
Chevaliers. 300 3.600 3.000 60
Zeugites. 150 1.800 1.000 20
On capitalisait le revenu à un taux d’intérêt d’autant plus élevé que la richesse du contribuable était moindre.
Immédiatement après les citoyens venaient les Isotèles, (îaoxeXetç, ô[actsXeTç) qui n’avaient pas les mêmes droits et étaient soumis, comme les étrangers, à la juridiction de l’archonte Polemarchos.
On appelait participants (ffimsXeîç) les 1.200 citoyens les plus riches; ils étaient répartis en vingt symmories
AU V e SIÈCLE AYANT NOTRE ÈRE.
ou classes, dans chacune desquelles se formaient des syntélies (jiwIXeià) comprenant une quinzaine de personnes associées pour la construction d’un navire. Démosthène (106 e Olympiade) critiquait le désordre qui s’y était introduit : comme chef de la marine (èiaaTâtYjç tou ^ réorganisa. Ces charges de la triérarchie, tolérables avec une bonne répartition, cessaient de l’être lorsque le désordre s’y introduisait. Un poète comique nous rappelle que l’impôt sur la fortune peut la détruire, que le chorège qui a donné des vêtements d’or à ses choristes n’a plus que des haillons à porter, que le triérarque ruiné se pend de désespoir. Il nous donne ainsi l’idée de ce que devenait la richesse nationale à mesure que croissaient les exigences de la foule.