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IX. La guerre des Balkans et les finances du Monténégro

Bien que le Monténégro soit, en fait, indépendant depuis plusieurs siècles, ce n'est qu'en 1878 que son autonomie fut formellement reconnue par la Turquie et les puissances et consacrée par le traité de Berlin. 0 'est le plus petit des Etats de la Péninsule balkanique. Limité par la mer Adriatique, l'Herzégovine, le Sandjack de Novi-Bazar et l'Al-

(1) L'Information du 1er juin 1913.

(2) L'Information du 5 août 1913.

banie, il a une superficie de 9.080 kilomètres carrés, qui représente à peu près celle d'un grand département français. Sa population est évaluée à 250.000 habitants, ce qui correspond à une densité moyenne d'environ 28 habitants par kilomètre carré. C'est l'une des plus faibles de l'Europe, ce qui s 'explique par la nature montagneuse et aride du territoire monténégrin.

Couvert de montagnes dénudées et subissant, d'autre part, un climat extrême, très rigoureux en hiver, très chaud en été, le Monténégro n'a qu'une vie économique fort peu active. Il existe, cependant, quelques vallées assez fertiles dans lesquelles on rencontre des plaines : tel est le cas, notamment, de la vallée de la Zêta, qui traverse 1-e pays du nord au sud. C'est dans ces plaines, d'ailleurs peu étendues, que sont construites les cinq ou six villes du Royaume: Cettigné, 4.500 habitants; Berkovitz, Mikchitch, Dannovgrad, etc.. (1).

Les ressources économiques du Monténégro sont très peu importantes. L'agriculture, qui n'est, d'ailleurs, aucunement encouragée par les Pouvoirs publics, ne dispose b que d'une très faible étendue de terres cultivables ; elle est pratiquée de la façon la plus rudimentaire, par une population qui se préoccupe exclusivement de subvenir à ses besoins les plus essentiels. Il faut reconnaître, au surplus, que la nature du sol et le régime des pluies, qui dénudent fréquemment les parties élevées, constituent à cet égard des conditions aussi peu favorables que possible. L'élevage, qui était autrefois assez florissant, est en voie de déclin et ne représente plus qu'une ressource à peu près négligeable.

Le sous-sol monténégrin renferme d'importantes richesses minières, mais qui ne donnent lieu à aucune exploitation sérieuse, faute d'encouragements officiels. Ce petit Etat ne /dispose, en effet, jusqu'à ce jour, ni des capacités techniques, ni des ressources financières nécessaires

(1) L'Information du 17 mai 1913.

pour élaborer un programme homogène et complet de relèvement économique. Assailli de demandes de concessions partielles, qui lui viennent d'Autriche, d'Allemagne, d'Italie, de Russie, même de Hollande, le Gouvernement se défie des unes, parce qu'il soupçonne — - souvent avec raison — l'intérêt politique -de. les inspirer, et des autres tout simplement parce qu'il se sent dépourvu de moyens d'appréciation et de contrôle. D'où ses oscillations perpétuelles entré un sincère désir du progrès et la crainte de prendre des engagements téméraires. C'est ainsi que la présence de gisements de pétrole a été nettement reconnue sans qu'un effort quelconque ait été tenté en vue d'établir une exploitation. Il existe également des gisements de charbon dans la plupart des districts, mais- ils, ne sont pas exploités, ce qui est d'autant plus fâcheux que les Monténégrins ont déboisé une grande partie de leur pa^ys pour ise chauffer. Seul, le sel donne lieu à une certaine exploitation, qui est, d'ailleurs, strictement limitée aux besoins de la -consommation (1) .

L'industrie est à peu près inexistante au Monténégro, qui s'approvisionne à l'étranger, et notamment en Autriche, de tous les objets qui lui sont nécessaires. C'est ainsi que les laines et les peaux qu'il exporte chez sa voisine, en faible quantité d'ailleurs, lui reviennent sous forme de marchandises fabriquées, le pays ne possédant ni filatures, ni tissages, ni tanneries. Les seules exploitations industrielles que l'on peut mentionner sont: une manufacture d'armes et de munitions, la manufacture de tabac de Podgoritza, les deux brasseries de Mikchitch^ la station centrale d'électricité de Cettigné, et quelques petits ateliers pour la confection des vêtements.

Cette absence d'activité économique s'explique, il est vrai, par la difficulté des communications dans un pays coupé de montagnes et de vallées enchevêtrées. Les routes sont peu nombreuses. Le seul chemin de fer du Monténégro

(1) L Intormation du 16 octobre 1913.

est celui qui met en communication le port d 'Antivari avec le lac de Scutari; la ligne a une longueur d'une quarantaine de kilomètres. Il existe, enfin, un service régulier de bateaux de Rick a à Scutari par Virbazar et Plavnitza,

On comprend qu'un pays dont la vie économique est aussi faible n'ait qu'un commerce extérieur fort peu important. V oici, d 'ailleurs, d 'après les statistiques publiées, quels ont été les résultats de ce commerce en 1909 et 1910:

Importations. , . Exportations. . .

(en coi

ronnes)

Les trois pays qui commercent le plus avec le Monténégro sont l'Autriche, la Turquie et l'Italie. Le commerce extérieur monténégrin se trouve, d'ailleurs, considérablement entravé par l'existence de droits de douane relativement élevés, perçus dans un but exclusivement fiscal.

En raison de l'absence d'industrie et du peu d'importance de l'agriculture, la balance du commerce extérieur monténégrin est nettement débitrice, ce qui est une circonstance peu favorable au point de vue monétaire. L 'équilibre se trouve rétabli dans une certaine mesure, il est vrai, par les envois de fonds des Monténégrins établis à l'étranger, et surtout par la subvention annuelle payée par la Russie et dont il sera question plus loin. A raison de la pauvreté du sol national, nombre d 'habitants émigrent, en effet, chaque année pour chercher du travail au dehors. Le Monténégro n'a, d'ailleurs, pas de système monétaire propre: la monnaie en usage est la monnaie autrichienne ; les pièces nationales de 1 et de 5 « perpers » sont rares et circulent peu. Quant aux établissements xle crédit, ils sont peu nombreux. Ils comprennent la Banque du Monténégro, au capital d'un million de couronnes; la Banque de Podgoritza, au capital de 600.000 couronnes; la Caisse d'épar-

gne de Mikchitch, au capital de 500.000 couronnes, et la Banque nationale, au capital de 300.000 couronnes; ces établissements disposent de dépôts dont l'ensemble se chiffre par 5 millions de couronnes environ. D'autre part, le Gouvernement a créé, il y a quelques années, une Banque hypothécaire, au capital de 3 millions de couronnes (1).

On ne connaît que peu de chose en ce qui concerne la situation financière du Monténégro avant la guerre des Balkans. Voici, d'après les informations publiées, comment se seraient balancés les budgets des exercices 1911 et 1912 :

1° Recettes :

{en couronnes)

2° Dépenses :

Les deux principales ressources étaient constituées par le produit de l'impôt foncier et par celui des douanes. Quant au monopole du tabac, il était entre les mains d 'une société italienne, concessionnaire pour une durée de vingtcinq ans. L'Etat avait une participation dans les bénéfices de cette société; mais, par suite des amortissements effectués par celle-ci, il n'avait encore rien reçu.

(1) Revue desDeux Mondes 1912, t. VI. (Article précitéde M. R -G. Lévy.)

Les dépenses prévues étaient, comme on le voit, pour 1912, presque exactement égales aux recettes. Cependant il ne faut pas se faire d'illusion sur cet équilibre apparent. Il n'est pas douteux que le crédit de 260.000 couronnes affecté au ministère de la Guerre ne correspondait que de fort loin aux dépenses militaires du pays. Ce n'est évidemment pas avec cette somme plus modeste que le Gouvernement monténégrin aurait pu, avant la guerre, entretenir une armée de 30.000 hommes, bien équipée et bien exercée, une artillerie munie de canons à tir rapide, etc.. En fait, les dépenses militaires étaient payées sur la subvention du Gouvernement russe, subvention dont le montant, variable d'ailleurs selon les circonstances, pouvait être estimée en moyenne entre deux et trois millions de francs par an.

La situation de la dette monténégrine était la suivante à la date du 1er janvier 1912 :

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