‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 27 sur 133 · CHAPITRE Tr DIFFICULTÉS DE LA STATISTIQUE EN CETTE MATIÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Tr DIFFICULTÉS DE LA STATISTIQUE EN CETTE MATIÈRE

Même dans mi pays à comptabilité publique aussi précise que celle de la France, de l'Angleterre ou de toute antre nation de premier ordre, il est très difficile de donner ie chiffre exact du coût d'une guerre où ce pays a joué le rôle de belligérant. Tout d'abord, l 'expression « dépenses de guerre » peut être enltendue dans un sens plus ou moins large selon que l'on y fait entrer toutes les conséquences plus ou moins directes ou indirectes du conflit ou qu'on la restreint, au contraire, aux simples frais militaires nécessités par celui-ci.

En outre, différentes méthodes peuvent être employées pour se rendre compte, au moyen des documents officiels, du montant de ces dépenses, et ceci explique la diversité des chiffres donnés par les auteurs financiers à l'occasion d'une même guerre. M. Leroy-Beaulieu met lui-même bien en évidence cette particularité dansï son Trcâté de la science des finances (1) : (( Dans son discours budgétaire du 13 février 1857, dit-il, sir G. Cornewal Lewis, alors Chancelier de l'Echiquier, voulant déterminer les frais

(1) Leroy Beaulieu, Traité de la se. des fin., page 268.

causés par la guerre de Crimée, prit la méthode suivante de calcul. Il fit un total des dépenses générales. du pays pendant les trois années de guerre (comprenant dans ces années de guerre l'exercice du 1er avril 1856 au 31 mars 1857, parce qu'il y eut un arriéré des frais de guerre à payer, des transports à faire, etc..) ; il mit en regard de ce total la dépense qu'avaient entraînée les trois années de paix immédiatement antérieures, et il admit que la différence entre les dépenses des trois années de paix et celles des trois années qui s'étaient ressenties de la guerre représentait le total des frais de la lutte. Ce calcul n'était pas mauvais comme approximation, mais il est loin de présenter une exactitude rigoureuse: en effet, même pendant ces années de guerre, les dépenses des services civils peuvent avoir augmenté, de sorte que la différence entre les dépenses totales de l'année de guerre et celles de l'année de paix antérieure peut ne pas correspondre exactement aux dépenses extraordinaires nécessitées par la guerre ».

En outre, comme cela a eu lieu durant la guerre russojaponaise, les belligérants peuvent, en face d'un gros besoin d'argent résultant d'un conflit armé, réduire leurs dépenses ordinaires, soit en suspendant l'exécution des travaux publics en cours, soit en suspendant momentanément l'amortissement de la dette.

Une seconde méthode d'évaluation consiste à calculer toutes les dépenses faites pour les services de la guerre et de la marine pendant les années de lutte, à y ajouter les dépenses extraordinaires de guerre liquidées après la fin de la lutte, et à déduire de ce chiffre d'ensemble les dépenses qu'auraient occasionnées, pour les services militaires, navals et du commissariat, un même nombre d'années de paix, d'après les chiffres des deux ou trois années les plus récentes.

Cette méthode, quoique imparfaite encore, est meilleure que la précédente. C 'est celle que nous utiliserons au cours

de cette étude. Elle est, ^toutefois, impuissante à l'égard d'un pays tel que la Turquie, où la complexité des finances publiques frise l'anarchie lai plus complète et verse une ombre presque impénétrable sur toutes les opérations des services publics.

La différence de méthode d'évaluation employée explique donc la diversité des chiffres donnés par différents auteurs à l'occasion d'une même guerre. Nous avons fait apparaître cette diversité de chiffres à l'occasion de la guerre de 1870 dans des pages antérieures: il n'y a donc pas lieu d'y revenir ici.

D'ailleurs, au cours de notre étude, quoique nous attachant à donner toujours des chiffres aussi exacts, aussi surs que possible, nous nous efforcerons bien moins de mettre en relief leur vérité que de mettre en lumière et d'interpréter les diverses méthodes employées par chaque belligérant. Ce qui nous importe, en effet, à nous, économiste financier, c'est moins de savoir qu'une guerre a pu coûter tant de milliards que de connaître par quels moyens pareille somme a pu être réunie.

Et dans ce but, pour chaque guerre, nous étudierons la situation financière de chacun des belligérants avant l'ouverture des hostilités, nous donnerons un aperçu chronologique des opérations financières exécutées durant la lutte et nous terminerons par une rapide comparaison de la situation à la fin du conflit avec celle qui le précédait.

En quelques mots, enfin, nous tirerons les leçons de la guerre, mettant en relief les particularités qui la caractérisent et commentant la politique financière suivie par chaque Etat.

Pour la guerre des Balkans seulement, plus grave au point de vue européen, vu la possibilité die complications qu'elle faisait naître, nous nous étendrons plus longuement sur sa répercussion indirecte dans les Etats neutres et sur l'influence déprimante qu'elle exerça sur les marchés financiers de l'étranger.

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