‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 50 sur 133 · janvier 1899 1- janvier · texte numérisé non relu

janvier 1899 1- janvier

Emprunts contractés pour les

besoins généraux de l'Etat . . 3.629.200.0J0 3. 444.700.000

Emprunts de chemins de fer 1.363.000.000 3.199.200 000

Total 4 992.200.000 6.643.900.000

La dette publique russe, dont le service absorbait une partie si importante des dépenses, se chiffrait donc, au début de 1904, c'est-à-dhe avant la guerre, par 18 milliards de francs en chiffres ronds. Elle était, par conséquent, à peu près égale, dit M. Helfferich, à la dette de l 'Empire allemand augmentée de celle des Etats particuliers. Environ la moitié de la dette russe était libellée à la fois en valuta russe et en valuta anglaise, allemande, française et 'hollandaise, et les intérêts et le capital -étaient payables, au choix du créancier, en valuta russe ou étrangère. L'Etat, en rachetant les chemins de fer, s'était substitué comme débiteur du chef des obligations émises par les sociétés rachetées ; de même, les lettres de gage des banques agraires) de la noblesse et des paysans (qui sont des institutions d'Etat) représentaient aussi une dette d'Etat russe.

Une partie importante de cette dette était placée à l'étranger, surtout en France; ce dernier pays avait repris, en effet, comme nous l'avons dit dans la première partie de notre ouvrage, les valeurs russes qui, dès l'année 1887, avaient été écartées du marché allemand, et avait depuis lors absorbé de très grandes quantités de titres russes provenant de nouveaux emprunts'. A la cote officielle de la Bourse de Paris étaient inscrites quatorze catégories d'emprunts d'Etat russes et, en outre, dix catégories d'obligations des chemins de fer. Les titres d'Etat russes placés en France étaient évalués de 7 à 9 milliards

Je francs. En Allemagne, en Angleterre et aux Pays-Bas, il s'en trouvait encore pour 3 milliards de francs environ. La somme que la Eussie devait payer à ces pays comme intérêt et amortissement était évaluée à 450 ou 500 millions de francs par an. C'est d'ailleurs pourquoi Le ministre des Finances russe possédait toujours à Londres, à Paris et à Berlin, des disponibilités variables, mais importantes, pour le service de ces emprunts extérieurs. Pendant les premiers mois de mai 1904, ces disponibilités s 'élevaient au chiffre respectable de 500 millions de francs environ.

A côté de la dette importante contractée par l'Etat russe à l'étranger, il faut mentionner qu'une grande partie de l'industrie russe nouvellement créée avait été appelée à la vie par les capitaux étrangers et fonctionnait, au moins en partie, au moyen de ces capitaux. Les actions et les obligations d'un nombre considérable d'entreprises, surtout dansi le domaine des mines, de l'industrie métallurgique, ainsi que du transport, etc., étaient placées à l'étranger, et notamment en France, en Allemagne, en Belgique, et les dividendes et les intérêts que la Eussie payait de ce ehejf à l'étranger constituaient, à côté du service de la dette publique, un nouvel élément à la charge du bilan international d'échanges de la Eussie avec l'étranger. ISEconomist de Londres, dans une lettre de Paris du 13 février 1904, estimait la tpt alité des titres russes (y compris les titres industriels) placés en France, à 7 ou 8 milliards de francs. M. Raphaël Georges Lévy évaluait, dans un article de la Revue des Deux-Mondes du 1er juillet 1904, la somme des valeurs d'Etat russes négociables à la Bourse de Paris, à plus de la moitié de la dette totale, soit à environ 9 milliards de francs. On voit par là combien ces chiffres ne sont qu'approchés, et d'ailleurs peu certains.

(( Depuis -le milieu du xixe siècle, dit M. Helfïerich, la solution des graves problèmes qui se posaient en Russie dans les domaines politique, économique et militaire, no-

tamment l'abolition du servage, la construction ql'un grand réseau ferré, la liquidation des dépenses de la guerre de Crimée et du conflit russo-turc, exigeait des dépenses énormes que les finances publiques, alors peu prospères,' n'arrivaient que difficilement à couvrir. Les conditions économiques ne permettaient pas, en effet, à l'Etat de se procurer facilement les sommes dont il avait besoin: les paysans en étaient encore au système de la production primitive et la quantité de numéraire était réduite au minimum. En outre, une réorganisation des finances russes s'imposait pour en adapter le mécanisme aux nouveaux besoins. Ces réformes n'étant pas réalisées, les budgets russes continuaient à donner d'importants déficits, et, les recettes ne suffisant pas à couvrir les dépenses, on avait recours à jet continu aux emprunts et aux émissions de roubles-crédit, sujets à une très grande dépréciation.

» Au commencement des années 1880-85, le ministre des Finances, M. Bunge, entreprit une réforme décisive afin de consolider la dette publique, de rétablir le crédit de l'Etat et de remplacer la monnaie de papier, sujette à oscillations, par un étalon d'or solidement établi. Cette réforme commença à porter des fruits dès l'année 1888. La réforme de Bunge, qui, en partie, avait déjà été préparée par l'introduction, en 1875, d'un impôt foncier général, comprenait aussi la suppression de la capitation et de l'impôt sur le sel, qui pesaient lourdement sur les classes les plus pauvres et dont on ne pouvait pas escompter un accroissement des rentrées, ainsi que la diminution des annuités de rachat payées par les ex-serfs ; par contre, l'imposition indirecte des objets qui ne sont pas de première nécessité, et, avant tout, de l'alcool, du tabac, du sucre, des huiles minérales et allumettes, ainsi que les droits de douanes, furent remaniés de manière à fournir un rendement plus élevé; l'imposition des classes industrielles, du commerce et de la circulation ne fut que peu augmentée, afin de ne

pas gêner le développement de l 'industrie et du commerce; par contre, on se servit dans une large mesure, pour les besoins des finances d'Etat, des énormes propriétés domaniales, des chemins de fer et d'autres entreprises! d'Etat. On appliqua aussi strictement le principe drapres lequel toutes les dépenses ordinaires devaient être couvertes par les dépenses de même ordre, et même une partie des dépenses extraordinaires devait être couverte, au lieu de nouveaux emprunts, par des excédents des Budgets ordinaires. Le budget extraordinaire fut sensiblement déchargé par la loi du 4 juin 1894, qui transporta toutes les dépenses pour l'entretien des chemins de fer et le renouvellement du matériel roulant, pour les travaux de port, pour le renouvellement de l'armement, etc., au budget ordinaire. Les dépenses pour la construction de nouvelles lignes et pour l'achat de nouveau matériel roulant furent seules laissées au budget extraordinaire.

» Comme conséquence de cette politique financière, le déficit disparut presque définitivement des budgets russes dès l'année 1888 et fut à peu près constamment remplacé par des excédents notables des recettes sur les dépenses, et cela bien que les problèmes qu'avait à résoudre l'Etat exigeassent un accroissement énorme des dépenses.

Elles se montaient en millions de roubles :

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