CHAPITRE VI MOBILISATION D'ARMÉES. — MOBILISATION DE CAPITAUX
Par le chapitre qui précède, nous avons pu nous rendre compte, en même temps que de l'énorme accroissement des dépenses publiques dans tous les pays, de l'extrême difficulté que doivent éprouver les divers ministres des Finances pour « boucler » leurs budgets. En présence de pareilles difficultés budgétaires en temps de paix, peut-on nier l'importance du problème que posent les finances de guerre, quand des sommes colossales, nous Pavons vu, doivent être très rapidement réunies au milieu du bouleversement et de la désorganisation générale !
En raison des effectifs considérables mis en œuvre, la guerre de demain, malgré sa courte durée, sera certainement très coûteuse. La note à payer ne dépassera peutêtre pas sensiblement celle des grandes orgies guerrières du dernier siècle, dont les frais atteignirent parfois des chiffres fabuleux, mais ces dépenses, qui se répartissaient jadis, comme la lutte, sur un certain nombre d'années, s'accumuleront dorénavant en un court espace de quelques mois, rendant ainsi la liquidation plus rapide, plus colossale et plus difficile (1).
Bien que le désir de maintenir la paix soit devenu de nos jours le plus grand facteur de la politique mondiale, les rivalités ethniques, économiques et sociales ne man-
(1) Bernard Serrigny, Les Conséquences économiques et sociales de la prochaine guerre, page 157.
quent pas, dit M. Frédéric Flora, d'allumer parfois dans notre vieille Europe la lueur d'un vaste incendie. Mais les finances des belligérants suffiraient-elles à tous les besoins en cas de conflit? Les pacifistes répondent négativement (1).
(( Si la guerre se prolongeait, dit M. de Bloch, il serait difficile de trouver les fonds nécessaires pour couvrir les dépenses militaires. Certaines nations, économiquement et financièrement moins favorisées, seraient même dans l'impossibilité de se les procurer. » (2)
Les ressources de trésorerie ne suffiraient pas; il en serait de même des emprunts et de l'augmentation des impôts anciens ou de la création d'impôts nouveaux. La guerre future, dit on, n'aura d'autres ressources que le papier-monnaie avec ses conséquences désastreuses.
Ce sont là des affirmations auxquelles il ne faut pas ajouter trop d'importance. La Russie et le Japon, pendant leurs dix mois de guerre, firent face à 11 milliards environ de dépenses sans recourir cependant au papier-monnaie. La puissance financière des grands peuples modernes ne le cède en rien à leur puissance militaire et navale. Mais comme les finances de la guerre ne s'improvisent pas « au milieu des clameurs des fanfares guerrières », suivant l'expression de M. Flora, il faut que, dès le temps de paix, la préparation financière accompagne la préparation militaire. Toutes les mesures concernant le Trésor, le crédit public, les impôts, doivent être purement inspirées par l'éventualité, proche ou lointaine, d'un conflit. L'ouverture des hostilités doit trouver le pays préparé aussi bien financièrement que militairement, car le meilleur moyen d'avoir la paix est encore d'être prêt à la guerre.
A la mobilisation des armées doit correspondre la mobi-
(1) Frédéric Flora, Le fianze délia guerra, page 6.
(2) Jean de Bloch, La Guerre future, tome IV.
lisation des capitaux. Comment s'accomplit cette dernière mobilisation, c'est ce que nous étudierons justement dans ce travail (1). Nous verrons que la question de l'existence des capitaux n'est à ce point de vue qu'une des faces du problème. Pour vivifier la guerre, en effet, il faut encore qu'ils veuillent bien répondre à l'appel des gouvernements, ce qui sera souvent plus difficile. La facilité de la mobilisation financière dépend évidemment de la confiance, de la situation économique et financière, des appels au crédit précédemment effectués qui viennent à chaque instant modifier complètement l'aspect de la cote. Toutefois, du passé il est permis d'inférer cette conclusion que, toutes choses égales d'ailleurs, les Etats en possession de la puissance financière la mieux assise, de l'organisme le plus solide, résistent plus facilement que les autres à de pareilles bourrasques.
(1) Bernard Serrigny, Les Conséquences économiques et sociales de la prochaine guerre, page 172.