‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 91 sur 133 · DE LA DETTE · texte numérisé non relu

DE LA DETTE

(En livres turques)

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La part des excédents revenant à l'Administration cle la Dette devait être obligatoirement affectée à un amortissement extraordinaire de la Dette unifiée — 60 0/0 — et des Lots turcs — 40 0/0. — Aussi ces deux fonds s'amortissaient-ils rapidement. En 1911-12, exercice qui précéda la guerre des Balkans, il avait été ainsi amorti un capital nominal de 689.348 livres turques de Dette unifiée.

Nous devons- maintenant, pour terminer, dire quelques mots sur le système monétaire en Turquie et sur la Banque ottomane.

La Turquie a pour unité monétaire la livre d'or, qui se divise théoriquement en cent piastres, chaque piastre valant elle-même quarante paras. La livre d'or est également divisée en cinq gros « medjidiés » argent de 20 piastres chacun. Cette circulation d'espèces monnayées repose sur la loi de 1844, qui établissait un régime bimétalliste sur la base d'un rapport de valeur de 1 à 15,092 entre l'or et l'argent. Les deux métaux jouissaient alors de la frappe libre et d'un pouvoir libératoire illimité.

Par suite de la baisse de la valeur de l'argent, qui commença à se manifester vers 1874, l'or fut expédié à l'étranger pour servir à l'achat de lingots d'argent, et les frappes de medjidiés et de piastres prirent des proportions vraiment inquiétantes. Une fois l'or sorti du pays , la monnaie d'argent devint en fait l'étalon monétaire. Tou-

tefois, il fallait de Por pour les paiements extérieurs. Le Trésor fut particulièrement atteint, naturellement, par la prime sur Por: tout en étant obligé, en effet, d'expédier au dehors des quantités considérables de métal jaune pour : le règlement de sa dette extérieure, il était tenu cependant, aux termes de la loi de 1844, de recevoir en argent déprécié le paiement des impôts (1).

Par le décret de 1881, le Gouvernement stipula que le fisc exigerait pour l'acquit d'une livre d'or 105 piastres au lieu de 100. Cette mesure n 'empêcha pas l 'agio de s'élever jusqu'à 8 0/0, ce qui mettait toujours à la charge du Trésor une perte de 3 0/0. Ce ne fut qu'en 1909 que le Gouvernement turc décida que la piastre fiscale, créée en 1881, ne vaudrait plus que 1/102,60 de la livre d'or. A la veille de la guerre des Balkans, il existait, par conséquent, pour la piastre turque, trois valeurs différentes par rapport à Por (2) : .

1° La piastre légale ou piastre or, correspondant à la centième partie de la livre turque;

2° La piastre argent, acceptée dans le commerce pour 1/108 de la livre turque;

3° la piastre fiscale, qui ne correspondait qu'à la 1/102,60 partie de la livre turque.

Mais cette complication, résultant des maladroites mesures gouvernementales, n'était pas la seule; les sarafs ou changeurs, qui pullulent en Turquie, avaient encore réussi à l'aggraver. La plus grande cause de confusion résultait d'une différence de valeur effective entre les diverses coupures de monnaie, dont les cours variaient chaque jour suivant l'état du marché. Les sarafs accaparaient les petites pièces pour les vendre aux époques où elles étaient très demandées (solde des militaires, caravane sacrée).

(1) Revue économique internationale, août 1913 : Le système monétaire en Turquie, par M. Alexandre Ilitch.

(2) L'Information du 19 novembre 1913.

Enfin, comme en Chine, la valeur des monnaies ne variait pas seulement dans le temps, mais aussi dans l'espace. C'est ainsi que la livre turque représentait:

à Beyrouth

à Alep

à Adana . . .

Piastres

à Mossoul . .

à Damas. . . .

à Andrinople

Nous empruntons à la conférence déjà citée de M. Charles Laurent, sur la Réforme financière en Turquie, le passage suivant concernant le système monétaire turc: « Je dois dire que la situation monétaire s'est notablement améliorée au profit du Trésor public. Mais elle reste très incommode pour les particuliers. Les transactions commerciales importantes se règlent en or. Dans certaines provinces de la Turquie, notamment dans les plus reculées, les populations n'usent, au contraire, que du métal blanc... Aussi l'industrie des changeurs, des sarafs, — pour les appeler par leur nom turc — est-elle l'industrie la plus développée de l'Empire ottoman. A Constàntinople, dans certains quartiers, chaque boutique de commerçant est doublée d'une échoppe de saraf. C'est, bien entendu, le public qui paie les frais de ce commerce florissant, et l'on évalue l'impôt qu'il leur paie ainsi entre 4 et 7 0/0 du montant des transactions commerciales. Vous voyez donc qu'une réforme monétaire, qui mettrait fin à cet état de choses, équivaudrait à une véritable diminution des impôts. Mais elle ne laisse pas d'être difficile, d'autant plus que, dans certaines parties de l'Empire, la monnaie nationale n'a même pas cours... Une commission a été constituée depuis quelques mois (1910) au ministère des Finances pour parer ou, du moins, pour essayer de parer aux difficultés actuelles ; mais, en l 'absence de statistiques suffisantes, son étude sera forcément très longue et très malaisée. Elle ne s'en poursuit pas moins rapidement, et la commission, très heureusement inspirée

en cette circonstance, a décidé de prendre sur cette délicate question de la réforme des monnaies, l'avis de deux éminents spécialistes en la matière : le savant M. Luzzatti en Italie, et, en France, un homme que vous connaissez tous et dont vous admirez le beau talent, M. de Foville ».

L'introduction, dans les provinces, des billets de la Banque ottomane aurait pu assainir cette déplorable situation monétaire, mais les souvenirs si fâcheux que la population avait gardés de l'émission des anciens « hdimés » (papier-monnaie) empêcha l'extension de cette monnaie fiduciaire. Malgré toutes les tentatives faites par la Banque ottomane, la circulation des billets, qui peut atteindre le triple de l'encaisse métallique, n'avait été que de 25 millions et demi de francs en 1909, fraction qui représente à peine le seizième du montant légalement autorisé. Ce n'était que le grand commerce qui utilisait les billets j le petit commerce n'acceptait que la monnaie d'argent.

Quant à la Banque ottomane, créée en 1863 par la transformation d'une banque anglaise, son histoire touche de près à celle des finances de la Turquie, auxquelles elle n'a pas cessé d'être intimement mêlée, surtout depuis 1874. A ce moment, qui fut celui des plus grands embarras financiers de l'Empire, elle devint le trésorier-payeur général, devant recevoir la totalité des revenus publics. Elle était chargée, à l'exclusion de toute autre société, de la négociation des bons du Trésor et avait un droit de préférence sur toute émission. Depuis lors, elle fut le véritable banquier du Trésor, auquel elle rendit des services d'autant plus précieux que ses administrateurs occidentaux représentaient des maisons de crédit de premier ordre, dont les capitaux et la puissance contribuaient singulièrement à son prestige. Une ombre passa au tableau en 1910: on sait, en effet, qu'à cette date le Gouvernement turc décida de se passer de l'intermédiaire de la Banque ottomane pour la conclusion d'un emprunt de

7 millions de livres turques. Des pourparlers engagés avec un consortium de banques françaises placé sous la direction de la Société centrale des banques de province échouèrent, malgré la garantie des revenus des douanes de Constantinople offerte par le Gouvernement ottoman, par suite du refus d'autorisation opposé par le ministre des Finances français à la demande d'admission à la cote officielle de la Bourse de Paris. Le Gouvernement turc, sollicité par des banques allemandes, conclut son emprunt à Berlin, et cet événement jeta un certain froid sur les relations entre la Banque ottomane et le Gouvernement impérial.

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