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III. La situation financière de la Bulgarie à l'ouverture

des hostilités

L'histoire financière de la Bulgarie, encore peu ancienne, d'ailleurs, se caractérise par un accroissement ra-

(1) L'Information du 5 octobre 1913.

(2) Le Rentier du 17 septembre 1913. La Turquie a émis, en décembre 1913, 100 millions de francs de bons du Trésor 5 % à 475, remboursables à 4 ans et garantis parle produit de l'impôt foncier perçu par l'Administration de la Dette. La moitié de cet emprunt a été émise en France par les soins de la banque Périer, l'autre moitié en Angleterre, Hollande, Suisse et Belgique.

pide des dépenses publiques, qui, de moins de 100 millions en 1902, se sont élevées à près de 200 millions dans ces dernières années. Le perfectionnement d'un instrument militaire dont on peut mesurer aujourd'hui toute la valeur et l'organisation de l'outillage nécessaire au développement économique du pays ont été les deux causes principales de cet accroissement des charges publiques. On s'en rendra compte si l'on considère que, sur un budget total de 188 millions voté pour l'exercice 1912, les dépenses du ministère de la Guerre représentaient plus de 10 millions et celles des Travaux publics près de 30 millions. Encore faut-il remarquer qu'il s'agit là du seul budget ordinaire !

Pour faire face à ces charges croissantes, le Gouvernement bulgare fut conduit h développer ses ressources normales, qui, en fait, ont à peu près doublé depuis une dizaine d'années. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les budgets bulgares de la dernière décade pour constater que cette augmentation des ressources publiques a presque exclusivement porté" sur les impôts indirects; depuis une douzaine d'années, en effet, le produit des impôts directs est resté à peu près stationnaire. L'augmentation du revenu des chemins de fer et du domaine public a été également pour beaucoup dans l'accroissement des recettes du Trésor bulgare; en fait, ce revenu a plus que doublé depuis dix ans.

Malgré tout, cependant, les dépenses se sont accrues plus vite que les recettes, de sorte que le déficit était, avant la guerre, le régime normal du budget bulgare. Certes, ce déficit n'apparaît pas à première vue. A l'inverse d'autres pays balkaniques, de la Eounianie par exemple, qui ont réalisé leur unité budgétaire depuis plusieurs années, la Bulgarie, en effet, a plusieurs budgets, qu'il faut nécessairement réunir si l'on veut obtenir une vue exacte de l'état des finances) du pays. En fait, les documents officiels mentionnent, à côté du budget ordinaire

proprement dit,. des comptes généraux dans lesquels sont inscrits des crédits extraordinaires atteignant parfois des chiffres très élevés. Si Ton compare les recettes budgétaires normales (c'est-à-dire autres que le produit des emprunts) avec l'ensemble des dépenses figurant dans le budget ordinaire et dans Ces. comptes spéciaux, — sauf les dépenses de construction de chemins de fer et de ports, — on obtient les résultats suivants pour la période 1903- 1911 (1) :

ANNÉES

RI CETTES

DÉPENSES

DÉFICITS

EXCÉDENTS

(En milliers de

leva ou francs)

Il s'agit là d'un déficit réel, puisque nous n'avons pas compris dans les charges ci-dessus les dépenses de construction de chemins de fer et de ports, dépenses qui peuvent être considérées, en effet, comme directement productives et dont voici, d'ailleurs, le relevé pour la même période :

1903 Leva 3.015.665

Soit un total de plus de 100 millions de leva.

(1) L'Information du 25 avril 1913.

Ainsi, depuis une dizaine d'années, l'insuffisance des recettes normales par rapport aux dépenses totales s'est; chiffrée pour la Bulgarie par plus de 2501 millions de leva, qu'il a fallu nécessairement demander à l'emprunt, ce qui explique le rapide accroissement de la dette publique de ce pays durant cette période. ; ;

Si l'on ne tient pas compte des crédits extraordinaires, l'on arrive, par contre, à un résultat tout différent, comme le montre le tableau suivant (1) :

ANNÉES

RECETTES

DÉPEIVSES

EXCÉDENTS

(En milliers de

leva ou francs)

1912 (prérisions)

Comme certains de ses voisins, la Bulgarie a réalisé, depuis le début du siècle environ, d'importants progrès au point de vue économique. Sans doute, elle est restée un pays essentiellement agricole et dont l'une des principales sources de richesse est représentée par l'élevage; néanmoins, de grands efforts ont été tentés, non sans succès, pour développer l'industrie manufacturière proprement dite. On pourra, d'ailleurs, se rendre compte du développement économique général du pays par le relevé suivant de son commerce extérieur (2) :

(1) Le Moniteur des Intérêts matériels du 11 octobre 1912.

(2) L'Information du 22 octobre 1913. La Bulgarie possède quelques minoteries, brasseries, distilleries, fabriques de tabac, tanneries et filatures. L'industrie du tissage, notamment, a pris ces dernières années une certaine importance. De plus, grâce à la protection de droits de douane élevés, cinq sucreries se sont fondées avec un capital de 24 millions fourni par l'étranger.

ANNÉES

IMPORTATIONS

EXPORTATIONS

(Er\ milliers de leva ou francs

Les progrès1 réalisés dans ces douze années ont été, comme, on le voit, très satisfaisants, aussi bien au point de vue des importations qu'en ce qui concerne les exportations. Les secondes, toutefois, se sont accrues moins rapidement que les premières, et c'est vraisemblablement à cette .circonstance qu'il faut attribuer la prime sur l'or qui a existé, à différentes reprises, en Bulgarie, prime qui s'était sérieusement atténuée, d'ailleurs, durant les années\qui ont précédé la guerre. Il est cependant certain que la situation monétaire de la Bulgarie laissait encore à désirer à ce moment-là.

Par suite du manque de capitaux indigènes, plusieurs banques privées par actions se sont constituées avec le concours des fonds étrangers. Ces institutions ont grandement contribué à réduire le taux du loyer de l'argent pour les entreprises commerciales et à faciliter ainsi les créations d'industries. Sous l'influence du capital étranger et de la concurrence active entre les banques, le taux d'intérêt des avances et de l'escompte, qui était autrefois très élevé, a pu être notablement réduit, et, depuis plusieurs années, il s'est tenu, jusqu'à la guerre, à un niveau modéré, aux environs de 7 0/0 depuis 1906, et entre 6 1/2 et 6 0/0 depuis 1911.

Ces dernières années, trois établissements financiers ont été fondés: la Banque générale de Bulgarie (création de la Banque de Paris et des Pays-Bas et de la Banque Commerciale hongroise) ; la Banque de Paris (création de la Disconto-Gesellsioliaft et de la maison S. Bleichrôder), et la Banque balkanique (création du Wiener Bankverein). Ces divers établissements ont apporté aiu pays une somme de 68 millions environ, fournie en grande partie par des capitalistes étrangers. Enfin, une nouvelle banque, soutenue par des capitaux russes, a été créée à la fin de 1912.

La politique du Gouvernement bulgare a donc été, avant la guerre, d'attirer chez lui des capitaux étrangers. Il avait cependant beaucoup fait déjà pour le développement du crédit à l'intérieur en créant de ses propres deniers des établissements financiersi nationaux: la Banque nationale de Bulgarie et la Banque agricole, qui fonctionnent sous le contrôle de l'Etat, le premier même sous son entière responsabilité. La Banque nationale possède 75 succursales dans le pays, la Banque agricole 85.

Il existe,, en outre, en Bulgarie, plusieurs banques indigènes de moyenne importance, et un grand nombre de petits groupements, dont le but est de faciliter le crédit à l 'agriculture.

A la Banque agricole, qui a surtout comme clientèle la population paysanne, les prêts sont passés, de 1897 à 1911, de 26.300.000 francs à 69.300.000 francs (dont la moitié environ assurés pour cinq ans).

La Banque nationale de Bulgarie, l'institut national d'émission, n'avait guère, en 1911, qu'un total de dépôts à peine supérieur à celui de 1895 ; par contre, ses avances sur titres s'étaient remarquablement accrues pendant la même période, passant de 3.600.000 à 63.600.000 francs, ce qui montre bien le goût que le public indigène avait pris aux valeurs mobilières nationales. D'après les déclarations du ministre des Finances bulgare, en effet, une portion de

47.000.000 francs de la dette publique de Bulgarie était possédée par des nationaux en 1911, tandis qu'en 1906 cette portion ne s'élevait qu'à 28.500.000 francs (1).

La Banque nationale joue un grand rôle dans la vie financière du pays. Le capital, fourni exclusivement par le Trésor, est de 20 millions de leva, dont la moitié seulement a été versée. Le fonds de réserve, au 31 décembre 1911, dépassait 7 millions. A la même date, la Banque avait prêté près de 11 millions aux districts, municipalités et établissements de crédit, tandis que les avances de l'Etat étaient presque intégralement remboursées. L'encaisse métallique était, à la fin de l'exercice, de 60 millions dont 7/12es en or ; la circulation des billets atteignait 110 millions. On remarque, depuis plusieurs années, une diminution graduelle des dépots privés et orne augmentation parallèle des dépôts publics à la Banque. Les premiers sont, en général, à court terme, les seconds à long terme, ou même ne peuvent pas être retirés: ils permettent donc à l'établissement des opérations d'une nature différente de celles qu'il est légitime d'entreprendre au moyen deis ressources fournies par des dépôts à brève échéance. La répartition des bénéfices de la Banque pour 1911 a donné 1.379.000 leva au fonds de réserve, 90.000 au fonds de réserve hypothécaire, 678.000 au fonds des créance^ douteuses, et 3.201.000 au Trésor, seul actionnaire de l'établissement (2).

La Banque nationale de Bulgarie fut fondée en 1879 par le prince Dondukoff-Korsakoff, commissaire du Gouvernement russe en Bulgarie. Un capital initial de 2 millions de leva (francs), qui restait propriété de l'Etat, fut placé à sa disposition (3).

(1) Bank-Archiv. du 15 février 1913 : La situation économique et budgétaire du royaume de Bulgarie, par Gustave Schlieper, directeur de la Discouto Gesellschaft. Le Rentier du 17 avril 1913.

(2) Revue des Deux-Mondes, 1912, t VI : Les finances des Etats balkaniques et les bourses européennes, par R -G. Lévy.

(3) L'Information du 23 avril 1913.

Dans les premières aimées de son existence, depuis celle de sa fondation jusqu'à celle de sa réforme, c'est-àdire de 1879 à 1885, la Banque de Bulgarie ne fut pas une banque de dépôts et d'escompte, -mais plutôt un établissement de crédit agricole -et communal. Ce ne fut qu'à partir de 1883, sous l'influence des transactions croissantes du commerce, que la Banque vit s'élever son chiffre d'affaires. En 1885, Ivan Guéchoff, le directeur de la Banque (qui fut Président du Conseilv des ministres lors de la guerre balkanique), après un voyage d'étude à l'étranger, rédigea un projet de réforme de la Banque, qui fut adopté par le Parlement le 18 janvier 1885.

En opposition avec la précédente législation bancaire, la nouvelle loi revêtit la Banque du caractère d'institut d'Etat avec administration autonome. Le capital fut porté de 2 à 10 millions et la Banque fut investie du privilège d'émission des billets, dont un tiers au moins doit être couvert par une encaisse-or. Comme un besoin pressant de crédit hypothécaire et communal à long terme se faisait sentir, la Banque fut autorisée par la loi du 4 août 1885 à consentir des prêts hypothécaires aux communes et aux caisses agricoles pour une -durée qui, tout d'abord, ne devait pas excéder un an; elle pouvait émettre, en échange, des obligations foncières.

La situation politique et économique de la Bulgarie, à l'époque de cette modification légale, ne permit pas à la Banque de réaliser les espérances que le législateur avait placées dans la réforme. De graves événements politiques, comme la guerre serbo-bulgare, déclarée le 2 novembre 1885, le coup d'Etat du 9 août 1886 et les troubles intérieurs qui en furent la conséquence, exercèrent une influence très défavorable sur le développement de la Banque. Pendant les années 1885-1889', celle-ci fut obligée à plusieurs reprises d'arrêter ses opérations, de telle sorte qu'elle ne fonctionna que quelques mois au cours de cette période. Ce ne fut qu'après le couronnement du prince Ferdinand que le calme renaquit peu à peu dans le

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